1. Christ, modèle de la vie bonne1. Christ, the Pattern of the Good Life
Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapitre IX, « La norme et le motif de la vie nouvelle ». Extrait assigné (paragraphes choisis). Les interprétations sont celles de l’auteur.Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapter IX, “The Standard and Motive of the New Life”. Assigned excerpt (selected paragraphs). The interpretations are the author’s.
L’exemple de Christ n’est pas une source d’autorité distincte, indépendante de son enseignement, mais plutôt son témoignage et son illustration. En Jésus, la parole et l’action sont en plein accord. Il était ce qu’il enseignait, et chaque vérité qu’il prononçait découlait directement de sa nature intérieure. Il est le prototype et l’expression du « bien » tel qu’il existe dans la pensée de Dieu, ainsi que son représentant parfait et sa norme dans la vie humaine. En lui est manifesté pour tous les temps ce que l’on entend par le bien.The example of Christ is not a separate source of authority independent of His teaching, but rather its witness and illustration. Word and deed in Jesus are in full agreement. He was what He taught, and every truth He uttered flowed directly from His inner nature. He is the prototype and expression of the ‘good’ as it exists in the mind of God, as well as the perfect representative and standard of it in human life. In Him is manifested for all time what is meant by the good.
Partout dans la vie et l’enseignement de Jésus se manifestait une note de maîtrise de soi et d’autorité qui impressionnait ses contemporains et contribue beaucoup à expliquer et à unifier les divers traits de sa personnalité et de son influence. Il est remarquable de constater combien souvent le mot « puissance » est appliqué à Jésus dans le Nouveau Testament. Que nous considérions son attitude envers Dieu ou sa relation avec les autres, c’est cette note de force tranquille, d’énergie morale vivante, qui retient notre attention. Il suffira de mentionner en passant trois directions dans lesquelles cette qualité de puissance se manifeste.Everywhere there was manifest in the life and teaching of Jesus a note of self-mastery and authority which impressed His contemporaries and goes far to explain and unify the various features of His personality and influence. It is remarkable to notice how often the word ‘power’ is applied to Jesus in the New Testament. Whether we regard His attitude to God, or His relation to others, it is this note of quiet strength, of vital moral force which arrests our attention. It will be sufficient to mention in passing three directions in which this quality of power is manifest.
(1) Elle se révèle dans la conscience d’une mission divine. Il avance avec constance, avec le calme de celui qui se connaît lui-même et connaît son œuvre. Il n’a ni crainte ni hésitation. Le courage, le sérieux et l’unité de dessein marquent sa carrière. Il a conscience que sa tâche lui a été donnée par Dieu, et qu’il est l’instrument choisi de la volonté de son Père. La vie a pour lui de la grandeur et de la valeur, parce qu’elle peut devenir la manifestation et le véhicule du dessein divin.(1) It is revealed in the consciousness of a divine mission. He goes steadily forward with the calmness of one who knows himself and his work. He has no fear or hesitancy. Courage, earnestness, and singleness of purpose mark His career. He is conscious that His task has been given Him by God, and that He is the chosen instrument of His Father’s will. Life has a greatness and worth for Him because it may be made the manifestation and vehicle of the divine purpose.
(2) Sa puissance se révèle encore dans la réalisation de la sainteté. La sainteté doit être distinguée, d’une part, de l’innocence, et d’autre part, de l’absence de péché. L’innocence est une bonté non éprouvée ; l’absence de péché est une bonté négative ; la sainteté est une bonté conquise et victorieuse. Ce n’est pas la simple absence de péché qui distinguait Jésus. La sienne était une pureté gagnée à travers la tentation, une obéissance rendue parfaite par la souffrance, une paix et une harmonie de l’âme obtenues non par la répression de soi, mais par la consécration de sa vie, à mesure qu’elle se déployait, à la volonté de Dieu.(2) His power is revealed again in the realisation of Holiness. Holiness is to be differentiated, on the one hand, from innocence; and, on the other, from sinlessness. Innocence is untried goodness; sinlessness is negative goodness; holiness is achieved and victorious goodness. It was not mere absence of sin that distinguished Jesus. His was a purity won by temptation, an obedience perfected through suffering, a peace and harmony of soul attained not by self-suppression, but by the consecration of His unfolding life to the will of God.
(3) Sa puissance se manifeste une fois de plus dans sa sympathie pour l’homme. Sa pureté rayonnait. Elle se répandait en actes d’amour. Il allait de lieu en lieu faisant du bien, envahissant le monde des ténèbres et du chagrin par la lumière et la joie. C’est la richesse de ses intérêts et la diversité de sa sympathie qui donnent au ministère du Fils de l’homme sa force et son charme. Avec la joie comme avec la peine, avec l’esprit enjoué de l’enfance et le sérieux de l’âge mûr, avec les fêtes innocentes et les occupations plus graves de ses semblables, avec les soucis des riches et les épreuves des pauvres, il manifestait le sentiment le plus intime et le plus tendre. Ses paraboles montrent qu’il avait un regard ouvert et attentif sur toute la vie qui l’entourait. À chaque appel, il répondait avec une pénétration et une délicatesse d’égards qui montraient qu’il avait lui-même sondé les profondeurs de l’expérience humaine et savait ce qui était dans l’homme. L’humour, l’ironie et le pathétique se révèlent tour à tour dans ses rapports avec les hommes.(3) His power is manifested once more in His Sympathy with man. His purity was pervasive. It flowed forth in acts of love. He went about doing good, invading the world of darkness and sorrow with light and joy. It is the wealth of His interests and the variety of His sympathy which give to the ministry of the Son of Man its impressiveness and charm. With gladness as with grief, with the playfulness of childhood and the earnestness of maturity, with the innocent festivities and the graver pursuits of His fellow-men, with the cares of the rich and the trials of the poor, He disclosed the most intimate and tender feeling. His parables show that He had an open and observant eye for all the life around Him. To every appeal He responded with an insight and delicacy of consideration which betokened that He Himself had sounded the depths of human experience and knew what was in man. Humour, irony, and pathos in turn are revealed in His human intercourse.
Mais si Jésus aimait se donner lui-même librement, il savait aussi se retenir. Il ne peut y avoir de vraie sympathie sans retenue. Les vertus passives — la douceur, la patience, la longanimité — qui apparaissent dans la vie de Christ ne sont « pas les signes d’une simple mortification de soi ; ce sont les signes d’une puissance en réserve. Ce sont les marques de quelqu’un qui peut se permettre d’attendre, qui s’attend à souffrir ; et cela non parce qu’il est simplement doux et humble, mais parce qu’il est aussi fort et calme ». Le Nouveau Testament dépeint Jésus comme fait semblable aux hommes ; sa vie, bien qu’unique sous certains aspects, était dans ses conditions générales normale, passant par les étapes ordinaires de la croissance et participant aux expériences communes du genre humain. Il devait se soumettre aux mêmes lois et aux mêmes limites de l’univers que nous. Il y avait le même appel, dans son cas comme dans le nôtre, à l’obéissance et à la persévérance. Il y avait la même exigence de décision morale. La tentation, la souffrance et le labeur, qui comptent tant pour l’homme dans la formation du caractère, furent aussi des facteurs du développement spirituel de Christ. La confiance, la prière, l’action de grâces étaient pratiquées par le Fils de l’homme comme par les autres ; seule la confession n’avait aucune place dans sa vie.But while Jesus delighted to give of Himself freely He knew also how to withhold Himself. There can be no true sympathy without restraint. The passive virtues—meekness, patience, forbearance—which appear in the life of Christ are ‘not the signs of mere self-mortification, they are the signs of power in reserve. They are the marks of one who can afford to wait, who expects to suffer; and that not because he is simply meek and lowly, but because he is also strong and calm.’ The New Testament depicts Jesus as made in the likeness of men, whose life, though unique in some of its aspects, was in its general conditions normal, passing through the ordinary stages of growth, and participating in the common experiences of mankind. He had to submit to the same laws and limitations of the universe as we have. There was the same call, in His case as in ours, to obedience and endurance. There was the same demand for moral decision. Temptation, suffering, and toil, which mean so much for man in the discipline of character, were factors also in the spiritual development of Christ. Trust, prayer, thanksgiving were exercised by the Son of Man as by others; confession alone had no place in His life.
2. Le motif chrétien : pardon, filiation et vocation2. The Christian Motive: Forgiveness, Sonship and Calling
Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapitre IX, « La norme et le motif de la vie nouvelle ». Extrait assigné (paragraphes choisis). Les interprétations sont celles de l’auteur.Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapter IX, “The Standard and Motive of the New Life”. Assigned excerpt (selected paragraphs). The interpretations are the author’s.
Considéré correctement, Christ n’est pas seulement le modèle de la vie nouvelle, mais aussi son motif. Tous les grands appels de l’Évangile — chaque persuasion et chaque supplication par lesquelles Dieu cherche à éveiller un amour en retour dans le cœur des hommes — sont centrés sur la personne et la passion de Christ et trouvent en elles leur expression.Rightly regarded Christ is not only the model of the new life, but its motive as well. All the great appeals of the Gospel—every persuasion and plea by which God seeks to awaken a responsive love in the hearts of men—are centred in, and find expression through, the Person and Passion of Christ.
La question du motif est primordiale en éthique. Si donc nous demandons : quelle est la source la plus profonde de l’action, quel est le stimulant et la force motrice du chrétien ? La réponse est : (1) l’amour de Dieu, un amour qui trouve sa plus haute expression dans le pardon. De tous les motifs, le plus puissant est le sentiment d’avoir été pardonné. Même quand ce n’est qu’un être humain qui en pardonne un autre, rien ne pénètre aussi profondément dans le cœur humain, ne suscite une repentance aussi tendre et aussi entière, ni n’apporte une joie aussi pure et aussi durable. Le pardon ne rétablit pas seulement l’ancienne relation que l’offense avait rompue ; il donne à l’offenseur un sentiment de loyauté inconnu jusque-là. Il est désormais lié non par la loi, mais par l’honneur, et ce serait une déloyauté pire que l’offense première s’il blessait de nouveau un tel amour. C’est ainsi que Dieu devient l’objet du respect et de l’affection, non parce qu’il nous impose des lois, mais parce qu’il pardonne et rachète. La conscience du pardon est bien plus puissante pour produire la bonté que la conscience de la loi. Ce fait psychologique était à la racine du ministère de Christ, et c’était le secret de son espérance pour l’homme. C’est aussi la clé de tout ce qui est paradoxal et, en même temps, de tout ce qui est le plus caractéristique dans l’Évangile de saint Paul. Ce que la loi ne pouvait faire, le pardon l’accomplit. Il crée le cœur nouveau, et avec lui la sainteté nouvelle. « Ce n’est rien de réglementaire qui fait des saints à partir d’hommes pécheurs ; c’est le pardon qui vient par la passion de Jésus. » (2) À côté du motif du pardon, et en fait découlant de lui, il y a la conscience nouvelle de la paternité de Dieu, et l’idée correspondante de filiation. C’était un motif auquel Jésus faisait habituellement appel. Il cherchait toujours non seulement à créer chez les hommes la confiance en Dieu en révélant sa providence paternelle, mais aussi à les tirer de leur apathie et de leur servitude en allumant dans leur âme le sentiment de leur valeur et de leur liberté en tant que fils de Dieu. La même pensée occupe aussi une place importante dans les épîtres de saint Paul et de saint Jean. En tant qu’enfants de Dieu, nous ne sommes plus des domestiques et des mercenaires qui font leur travail seulement pour le salaire, sans intérêt intelligent, mais des fils qui partagent les biens de notre Père et coopèrent avec lui à ses desseins. (3) Étroitement liée à l’idée de filiation est celle de la vie comme vocation divine. La vie est un dépôt, et en tant qu’enfants de Dieu, nous sommes appelés à le servir avec tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Le sentiment de la vocation et de la gestion de la vie agit comme un motif : (a) en donnant dignité et stabilité au caractère, nous préservant d’une part du fatalisme et d’autre part du fanatisme, et donnant une précision de but à tous nos efforts ; et (b) en favorisant la sincérité et la fidélité dans l’œuvre de notre vie. Le souci de bien faire imprégnera chaque domaine de notre conduite, puisque tout ce que nous faisons, en parole ou en œuvre, nous le faisons comme pour Dieu. Tout devoir est ressenti comme un seul, et lorsque l’amour pour Dieu en devient le motif, le plus petit acte comme le plus grand est revêtu d’une valeur infinie. « Tout service a même rang devant Dieu. »The question of motive is a primary one in Ethics. If, therefore, we ask, What is the deepest spring of action, what is the incentive and motive power for the Christian? The answer is: (1) the love of God, a love which finds its highest expression in Forgiveness. Of all motives the most powerful is the sense of being pardoned. Even when it is only one human being who forgives another, nothing strikes so deep into the human heart or evokes penitence so tender and unreserved, or brings a joy so pure and lasting. It not only restores the old relation which wrong had dissolved; it gives the offender a sense of loyalty unknown before. He is now bound not by law but by honour, and it would be a disloyalty worse than the original offence if he wounded such love again. Thus it is that God becomes the object of reverence and affection, not because He imposes laws upon us but because He pardons and redeems. The consciousness of forgiveness is far more potent in producing goodness than the consciousness of law. This psychological fact lay at the root of Christ’s ministry, and was the secret of His hope for man. This, too, is the key to all that is paradoxical, and, at the same time, to all that is most characteristic in St Paul’s Gospel. What the Law could not do, forgiveness achieves. It creates the new heart, and with it the new holiness. ‘It is not anything statutory which makes saints out of sinful men; it is the forgiveness which comes through the passion of Jesus.’ (2) Next to the motive of forgiveness, and indeed arising from it, is the new consciousness of the Fatherhood of God, and the corresponding idea of sonship. This was a motive to which Jesus habitually appealed. He invariably sought not only to create in men confidence in God by revealing His fatherly providence, but also to lift them out of their apathy and thraldom by kindling in their souls a sense of their worth and liberty as sons of God. The same thought is prominent also in the epistles both of St. Paul and St. John. As children of God we are no longer menials and hirelings who do their work merely for pay, and without intelligent interest, but sons who share our Father’s possessions and co-operate with Him in His purposes. (3) Closely connected with the idea of Sonship is that of life as a Divine Vocation. Life is a trust, and as the children of God we are called to serve Him with all we have and are. The sense of the vocation and stewardship of life acts as a motive: (a) in giving dignity and stability to character, saving us, on the one hand, from fatalism, and on the other from fanaticism, and affording definiteness of purpose to all our endeavours; and (b) in promoting sincerity and fidelity in our life-work. Thoroughness will permeate every department of our conduct, since whatsoever we do in word or deed we do as unto God. All duty is felt to be one, and as love to God becomes its motive the smallest as well as the greatest act is invested with infinite worth. ‘All service ranks the same with God.’
Quand nous nous tournons vers l’éthique chrétienne, nous trouvons qu’ici, non moins qu’en éthique philosophique, le motif réside dans l’objet lui-même. La fin et le motif ne font en réalité qu’un, et le bien suprême doit être recherché pour lui-même et non en vue de quelque gain ultérieur. Il est vrai que le christianisme n’a pas toujours été présenté sous sa forme la plus pure ; trop souvent la prudence, la crainte, la préoccupation de l’au-delà ont été présentées comme des incitations à la bonté, comme si l’Évangile ne se souciait en rien des dispositions d’un homme et ne s’occupait que de son bonheur final. Même un moraliste aussi pénétrant que Paley ne fonde la morale sur rien de plus élevé qu’un intérêt personnel éclairé. Mais le lecteur le plus superficiel des Évangiles doit voir d’un coup d’œil l’écart considérable entre une telle conception et celle de Christ. Rien ne saurait être plus éloigné de l’esprit de Jésus que d’estimer la valeur d’une action d’après l’ampleur ou l’utilité de ses effets plutôt que d’après le bien intrinsèque de son motif. Sinon, il n’aurait pas placé l’obole de la veuve au-dessus des dons de la vanité, ni estimé l’hommage de la pécheresse repentante, non tant pour le prix de son offrande que pour la sincérité d’affection qu’elle révélait. Christ ne regardait qu’au cœur, et la valeur d’une action résidait essentiellement pour lui dans sa qualité intérieure. Le péché ne résidait pas seulement dans l’acte manifeste, mais plus encore dans le désir secret. Un homme peut être extérieurement irréprochable, et pourtant ne pas être vraiment bon. Celui qui reste sobre ou honnête simplement à cause des avantages terrestres attachés à une telle conduite peut obtenir de la société un certificat de respectabilité ; mais, jugé selon la norme de Christ, il n’est pas un homme vraiment moral. À une époque trop encline à faire de la bienséance extérieure la mesure de la bonté, on ne saurait trop insister sur le fait que l’éthique du christianisme est une éthique du motif et de l’intention intérieurs, et que, à cet égard, elle ne le cède en rien à l’exigence du système de morale désintéressée le plus rigoureux.When we turn to Christian Ethics we find that here, not less than in philosophical Ethics, the motive lies in the object itself. The end and the motive are really one, and the highest good is to be sought for itself and not for the sake of some ulterior gain. It is true, indeed, that Christianity has not always been presented in its purest form; too often have prudence, fear, other-worldliness been set forth as inducements to goodness, as if the Gospel cared nothing for the disposition of a man, and was concerned only with his ultimate happiness. Even a moralist so acute as Paley bases morality upon no higher ground than enlightened self-interest. But the most superficial reader of the Gospels must see at a glance the wide variance between such a view and that of Christ. Nothing could be further from the spirit of Jesus than to estimate the excellence of an action by the magnitude or the utility of its effects rather than the intrinsic good of its motive. Otherwise He would not have ranked the widow’s mite above the gifts of vanity, nor esteemed the tribute of the penitent, not so much for the costliness of her offering, as for the sincerity of affection it revealed. Christ looked upon the heart alone, and the worth of an action lay essentially for Him in its inner quality. Sin resided not merely in the overt act, but even more in the secret desire. A man may be outwardly blameless, and yet not really good. He who remains sober or honest simply because of the worldly advantages attaching to such conduct may obtain a certificate of respectability from society; but, judged by the standard of Christ, he is not truly a moral man. In an age which is too prone to make outward propriety the gauge of goodness, it cannot be sufficiently insisted upon that the Ethic of Christianity is an Ethic of the inner motive and intention, and that, in this respect, it does not fall a whit behind the demand of the most rigid system of disinterested morality.
3. Repentance, foi et obéissance3. Repentance, Faith and Obedience
Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapitre X, « La dynamique de la vie nouvelle ». Extrait assigné (paragraphes choisis). Les interprétations sont celles de l’auteur.Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapter X, “The Dynamic of the New Life”. Assigned excerpt (selected paragraphs). The interpretations are the author’s.
Si nous cherchons ce qui constitue l’élément subjectif ou humain dans la formation de la vie nouvelle, nous trouvons que le Nouveau Testament met l’accent sur trois facteurs principaux : la repentance, la foi et l’obéissance. Ils sont complémentaires, et constituent ensemble ce qu’on appelle communément la « conversion ».If we inquire what constitutes the subjective or human element in the making of the new life, we find that the New Testament emphasises three main factors—Repentance, Faith, and Obedience. These are complementary, and together constitute what is commonly called ‘conversion.’
1. La repentance est un détournement, dans la tristesse et la contrition, d’une vie de péché, une rupture avec le mal parce qu’une norme meilleure a été acceptée. Notre Seigneur a commencé son ministère par un appel à la repentance. Les quatre premières béatitudes en exposent les éléments, tandis que la parabole de l’enfant prodigue en illustre la nature.1. Repentance is a turning away in sorrow and contrition from a life of sin, a breaking off from evil because a better standard has been accepted. Our Lord began His ministry with a call to repentance. The first four beatitudes set forth its elements; while the parable of the prodigal illustrates its nature.
Les auteurs d’éthique distinguent un aspect négatif et un aspect positif de la repentance. Sous son aspect négatif, elle est considérée comme l’émotion de tristesse suscitée par la réflexion sur le péché. Mais la tristesse, bien qu’elle accompagne la repentance, ne doit pas être confondue avec elle. Le simple regret, que ce soit sous forme d’amertume devant sa propre folie ou de dépit d’avoir été découvert, peut n’être qu’un faible sentiment qui exerce peu ou pas d’influence sur la conduite ultérieure d’un homme. Même le remords qui suit l’accomplissement d’une méchanceté peut seulement s’approfondir en un désespoir paralysant qui produit la mort plutôt qu’une repentance qui mène à la vie.Ethical writers distinguish between a negative and a positive aspect of repentance. On its negative side it is regarded as the emotion of sorrow excited by reflection upon sin. But sorrow, though accompanying repentance, must not be identified with it. Mere regret, either in the form of bitterness over one’s folly, or chagrin on account of discovery, may be but a weak sentiment which exerts little or no influence upon a man’s subsequent conduct. Even remorse following the commission of wickedness may only deepen into a paralysing despair which works death rather than repentance unto life.
Sous son aspect positif, la repentance implique l’action aussi bien que le sentiment, et comporte une détermination de la volonté à quitter le passé et à commencer une vie nouvelle. Un homme se repent non seulement lorsqu’il s’afflige de sa mauvaise action, mais lorsqu’il la confesse et cherche à réparer ce qu’il peut. Cette orientation positive vers l’avenir, plutôt que la rumination passive du passé, est heureusement exprimée par le terme néotestamentaire metanoia, changement de pensée, et elle est appuyée par le conseil de Jean-Baptiste : « Produisez donc du fruit digne de la repentance. » Le changement de pensée indiqué ici équivaut pratiquement à ce que le Nouveau Testament appelle diversement « conversion », « renouvellement », « régénération » — des mots qui suggèrent que le changement est complet.On its positive side repentance implies action as well as feeling, and involves a determination of will to quit the past and start on a new life. A man repents not merely when he grieves over his misdeed, but when he confesses it and seeks to make what amendment he can. This positive outlook upon the future, rather than the passive brooding over the past, is happily expressed in the New Testament term metanoia, change of mind, and is enforced in the Baptist’s counsel, ‘Bring forth fruits meet for repentance.’ The change of mind here indicated is practically equivalent to what is variously called in the New Testament ‘Conversion,’ ‘Renewal,’ ‘Regeneration,’—words suggestive of the completeness of the change.
Il y a bien des manières de devenir chrétien. Certains hommes doivent traverser, comme Paul, un violent conflit intérieur. D’autres glissent tranquillement, presque imperceptiblement, vers des régions de vie plus riches et plus vastes. Mais quel que soit le moment ou la manière dont se fait le passage, que le renouvellement soit soudain ou graduel, c’est dans tous les cas la même victoire qui doit être remportée : la victoire de l’esprit sur la chair, le « dépouillement du vieil homme » et le « revêtement de l’homme nouveau ». La vie ne peut pas toujours être un compromis. Tôt ou tard, elle doit devenir une alternative. Celui qui a vu le moi supérieur ne peut plus se contenter du moi inférieur. Les actes de contrition, de confession et de décision — étapes essentielles et successives de la repentance — sont les effets immédiats de la vision de Christ. Bien que la repentance soit en effet une activité humaine, ici comme toujours la première impulsion vient du côté divin. Celui qui se repent vraiment est déjà saisi par Christ. « Nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. »There are many ways in which a man may become a Christian. Some men have to undergo, like Paul, fierce inward conflict. Others glide quietly, almost imperceptibly, into richer and ampler regions of life. But when or how the transition is made, whether the renewal be sudden or gradual, it is the same victory in all cases that must be won, the victory of the spirit over the flesh, the ‘putting off of the old man’ and the ‘putting on of the new.’ Life cannot be always a compromise. Sooner or later it must become an alternative. He who has seen the higher self can be no longer content with the lower. The acts of contrition, confession, and decision—essential and successive steps in repentance—are the immediate effects of the vision of Christ. Though repentance is indeed a human activity, here, as always, the earlier impulse comes from the divine side. He who truly repents is already in the grip of Christ. ‘We love Him because He first loved us.’
2. La foi. — Si la repentance regarde en arrière et abandonne l’ancien, la foi regarde en avant et accepte le nouveau. Même dans la repentance, il y a déjà un élément de foi, car un homme ne peut se détourner de son passé mauvais sans avoir quelque sentiment du contraste entre le réel et le possible, quelque vision de la vie meilleure qu’il sent désirable.2. Faith.—If repentance looks back and forsakes the old, faith looks forward and accepts the new. Even in repentance there is already an element of faith, for a man cannot turn away from his evil past without having some sense of contrast between the actual and the possible, some vision of the better life which he feels to be desirable.
3. L’obéissance. — La foi contient la puissance d’une obéissance nouvelle. Mais la foi est agissante par la charité. L’abandon de l’âme à Christ est la phase qui couronne la réponse de l’homme. L’obéissance de l’amour est la suite naturelle de la repentance et de la foi, l’acte qui achève la consécration. Comme Dieu se donne à l’homme en Christ, ainsi l’homme livre à Dieu, en Christ, tout ce qu’il est et tout ce qu’il a.3. Obedience.—Faith contains the power of a new obedience. But faith worketh by love. The soul’s surrender to Christ is the crowning phase of man’s response. The obedience of love is the natural sequel of repentance and faith, the completing act of consecration. As God gives Himself in Christ to man, so man yields in Christ to God all he is and all he has.
L’obéissance est une activité de l’âme par laquelle le croyant s’approprie la vie de Dieu. La vie n’est pas seulement un don, c’est une tâche, une réalisation. Nous ne sommes pas simplement des récepteurs passifs du bien, mais des agents libres et décisifs qui réagissent à ce qui leur est donné, l’intègrent dans leur vie et l’incorporent à la trame de leur caractère. L’obéissance de l’amour est le côté pratique de la foi. Tandis que Dieu communique l’énergie de l’Esprit, nous l’appliquons et, par un effort soutenu et incessant, nous façonnons notre âme et faisons notre monde.Obedience is an activity of the soul by which the believer appropriates the life of God. Life is not merely a gift, it is a task, an achievement. We are not simply passive recipients of the Good, but free and determinative agents who react upon what is given, taking it up into our life and working it into the texture of our character. The obedience of love is the practical side of faith. While God imparts the energy of the Spirit, we apply it and by strenuous endeavour and unceasing effort mould our souls and make our world.
Enfin, l’obéissance est une puissance croissante d’assimilation à Christ. Nous grandissons dans la vie chrétienne selon la mesure de notre foi et l’exercice de notre amour. Le monde spirituel est à nous en puissance au début de la vie chrétienne, mais il doit être mis en œuvre dans l’expérience quotidienne. Comme toute autre forme d’existence, la vie spirituelle est une croissance qui n’atteint la force et la plénitude qu’à travers un combat et une réalisation continuels. L’âme n’est pas un produit achevé. C’est par la persévérance qu’elle doit être acquise. Par l’épreuve et la tentation, par le labeur et la dépense de soi, à travers toutes les difficultés et tous les risques de la vie quotidienne, sa valeur est déterminée et sa destinée façonnée. Et c’est dans la mesure où nous utilisons ces expériences et les transformons, par l’obéissance à la volonté de Dieu, en moyens de bien, que nous grandissons dans le caractère chrétien et approchons de la pleine stature de l’homme parfait.Finally, obedience is a growing power of assimilation to Christ. We grow in the Christian life according to the measure of our faith and the exercise of our love. The spiritual world is potentially ours at the beginning of the Christian life, but it has to be worked out in daily experience. Like every other form of existence spiritual life is a growth which only attains to strength and fruition through continual conflict and achievement. The soul is not a finished product. In patience it is to be acquired. By trial and temptation, by toil and expenditure, through all the hardships and hazards of daily life its value is determined and its destiny shaped. And according to the measure in which we use these experiences, and transmute them by obedience to the will of God into means of good, do we grow in Christian character and approximate to the full stature of the perfect Man.
La repentance, la foi et l’obéissance sont ainsi les facteurs humains de la vie nouvelle. Elles sont les contreparties morales de la grâce. Dieu donne et l’homme s’approprie. Par la repentance, nous nous détournons du péché et de nous-mêmes vers la vraie demeure de notre âme, dans la paternité de Dieu. Par la foi, nous contemplons en Christ la vision du moi idéal. Par l’obéissance et l’abandon quotidien de nous-mêmes à la volonté divine, nous transformons la vision en réalité. Elles sont toutes des manifestations de l’amour, les notes par lesquelles le cœur humain répond à l’appel de l’amour divin.Repentance, Faith, and Obedience are thus the human factors of the new life. They are the moral counterparts of Grace. God gives and man appropriates. By repentance we turn from sin and self to the true home of our soul in the Fatherhood of God. By faith we behold in Christ the vision of the ideal self. By obedience and the daily surrender of ourselves to the divine will we transform the vision into the reality. They are all manifestations of love, the responsive notes of the human heart to the appeal of divine love.
4. L’amour, lien de toutes les vertus4. Love, the Bond of All the Virtues
Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapitre XI, « Les vertus et la vertu ». Extrait assigné (paragraphes choisis). Les interprétations sont celles de l’auteur.Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapter XI, “Virtues and Virtue”. Assigned excerpt (selected paragraphs). The interpretations are the author’s.
C’est dans le caractère que l’unité de la vie morale s’exprime le plus clairement. Il doit donc y avoir une unité de caractère sous la multiplicité des traits, un principe unique et souverain à l’œuvre dans la formation de la vie, dont chaque vertu possible est l’expression. Une unité de ce genre est fournie par la relation de l’homme avec Dieu. La religion ne peut être séparée de la conduite. S’il était vrai, comme le disait Épicure, que les dieux ne s’occupent pas des affaires humaines, alors non seulement la religion, mais la morale elle-même serait en danger. À mesure que les conceptions que les hommes se font de Dieu se purifient et s’approfondissent, ils tendent à présenter les divers contenus de la morale dans leur lien avec un ordre plus divin. C’est donc la pensée de la relation de l’homme avec Dieu qui donne sa cohérence à la vie morale et ramène à l’unité toutes ses diverses manifestations.It is in character that the unity of the moral life is most clearly expressed. There must be therefore a unity of character underlying the multiplicity of characteristics, one single and commanding principle at work in the formation of life of which every possible virtue is the expression. A unity of this kind is supplied by man’s relation to God. Religion cannot be separated from conduct. If it were true, as Epicurus said, that the gods take no concern in human affairs, then not religion only, but morality itself would be in danger. As men’s conceptions of God are purified and deepened, they tend to exhibit the varied contents of morality in their connection with a diviner order. It is, then, the thought of man’s relation to God which gives coherence to the moral life, and brings all its diverse manifestations into unity.
Si nous examinons la conscience chrétienne telle qu’elle est présentée dans le Nouveau Testament, nous trouvons trois mots fréquents, regroupés à maintes reprises, que l’on peut considérer comme les marques essentielles du caractère chrétien dans sa relation avec Dieu : la foi, l’espérance et l’amour.If we examine the Christian consciousness as presented in the New Testament, we find three words of frequent occurrence repeatedly grouped together, which may be regarded as the essential marks of Christian character in relation to God—Faith, Hope, and Love.
Elles sont si caractéristiques de la vie nouvelle qu’on les a appelées les vertus théologales, parce que, comme le dit Thomas d’Aquin, « elles ont Dieu pour objet : elles nous mettent dans une vraie relation avec Dieu, et elles nous sont communiquées par Dieu seul ». Ces grâces, cependant, ne peuvent être séparées. Un homme n’exerce pas à un moment la foi, et à un autre l’espérance ou l’amour. Elles forment un tout. Elles ne sont que des manifestations différentes d’une seule vertu. De celles-ci, l’amour est la plus grande, parce qu’il est ce sans quoi la foi et l’espérance ne pourraient exister. L’amour est l’essence même de la vie chrétienne. Il en est le secret et le signe. Aucun autre terme n’exprime aussi bien l’esprit de Christ. C’est le premier et le dernier mot du christianisme apostolique. L’amour peut être appelé la découverte de l’Évangile. Il était pratiquement inconnu dans le monde antique. L’eros, l’instinct sensuel, et la philia, le lien de l’amitié, existaient bien, mais l’agape dans son sens spirituel est la création de Christ. Dans l’éthique chrétienne, l’amour est premier et central. Nous avons atteint ici le roc de la vertu. Il n’est pas simplement une vertu parmi beaucoup d’autres. Il est la qualité dans laquelle toutes les vertus trouvent leur cadre et leur unité. D’un point de vue chrétien, toute excellence de caractère découle directement de l’amour et en est la manifestation. Il est, comme le dit saint Paul, « le lien de la perfection ». Les diverses vertus de la vie chrétienne ne sont que les facettes de ce joyau unique. L’amour, selon l’apôtre, est indispensable au caractère. Sans lui, la foi est une profession vide ; la connaissance, un simple étalage de savoir ; le courage, une confiance vantarde ; le renoncement à soi, un ascétisme inutile. L’amour est la source féconde de tout ce qui est beau et noble dans la vie. Il n’embrasse pas seulement toutes les autres grâces, il les produit. Il crée la force d’âme ; il engendre la sagesse ; il inspire la retenue et la tempérance ; il tempère la justice. Il se manifeste dans l’humilité, la douceur et le pardon : « Comme toute couleur est lumière, ainsi toute grâce est amour. »So characteristic are these of the new life that they have been called the theological virtues, because, as Thomas Aquinas says, ‘They have God for their object: they bring us into true relation to God, and they are imparted to us by God alone.’ These graces, however, cannot be separated. A man does not exercise at one time faith, and at another time hope or love. They are all of a piece. They are but different manifestations of one virtue. Of these love is the greatest, because it is that without which faith and hope could not exist. Love is of the very essence of the Christian life. It is its secret and sign. No other term is so expressive of the spirit of Christ. It is the first and last word of apostolic Christianity. Love may be called the discovery of the Gospel. It was practically unknown in the ancient world. Eros, the sensuous instinct and philia, the bond of friendship, did exist, but agape in its spiritual sense is the creation of Christ. In Christian Ethics love is primal and central. Here we have got down to the bedrock of virtue. It is not simply one virtue among many. It is the quality in which all the virtues have their setting and unity. From a Christian point of view every excellence of character springs directly from love and is the manifestation of it. It is, as St. Paul says, ‘the bond of perfectness.’ The several virtues of the Christian life are but facets of this one gem. Love, according to the apostle, is indispensable to character. Without it Faith is an empty profession; Knowledge, a mere parade of learning; Courage, a boastful confidence; Self-denial, a useless asceticism. Love is the fruitful source of all else that is beautiful and noble in life. It not only embraces but produces all the other graces. It creates fortitude; it begets wisdom; it prompts self-restraint and temperance; it tempers justice. It manifests itself in humility, meekness, and forgiveness: ‘As every hue is light, So every grace is love.’
L’amour est cependant étroitement associé à la foi et à l’espérance. La foi, comme nous l’avons vu, est théologiquement la puissance formatrice et appropriante par laquelle l’homme fait sien l’esprit de Christ. Mais éthiquement, elle est une forme de l’amour. Le caractère chrétien est formé par la foi, mais il vit et agit par l’amour. Un acte de foi est essentiellement un acte d’amour. C’est un don de confiance personnelle. Il implique un mouvement du moi vers un autre — ce qui est la nature même de l’amour. L’espérance, à son tour, n’est qu’une forme particulière de la foi qui regarde vers l’accomplissement du bien. L’homme d’espérance sait en qui il a cru, et il anticipe l’accomplissement de ses désirs. L’espérance est essentiellement un élément de l’amour. Comme la foi, elle est une forme d’idéalisme. Elle croit en un monde meilleur et l’attend, parce qu’elle sait que l’amour est au cœur de l’univers. Comme la foi est le contrepoison particulier du matérialisme dans le présent, ainsi l’espérance est le correctif particulier du pessimisme à l’égard de l’avenir. L’amour donne à l’une et à l’autre leur vision. L’espérance chrétienne, parce qu’elle est fondée sur la foi et inspirée par l’amour, n’est pas une complaisance facile qui accepte simplement le réel comme le meilleur des mondes possibles. Le chrétien est un homme d’espérance parce que, malgré les souffrances de la vie, il ne perd jamais foi en l’idéal que l’amour lui a révélé.Love is, however, closely associated with faith and hope. Faith, as we have seen, is theologically the formative and appropriating power by which man makes his own the spirit of Christ. But ethically it is a form of love. The Christian character is formed by faith, but it lives and works by love. A believing act is essentially a loving act. It is a giving of personal confidence. It implies an outgoing of the self towards another—which is the very nature of love. Hope, again, is but a particular form of faith which looks forward to the consummation of the good. The man of hope knows in whom he believes, and he anticipates the fulfilment of his longings. Hope is essentially an element of love. Like faith it is a form of idealism. It believes in, and looks forward to, a better world because it knows that love is at the heart of the universe. As faith is the special counteragent against materialism in the present, so hope is the special corrective of pessimism in regard to the future. Love supplies both with vision. Christian hope, because based on faith and prompted by love, is no easy-going complacence which simply accepts the actual as the best of all possible worlds. The Christian is a man of hope because in spite of life’s sufferings he never loses faith in the ideal which love has revealed to him.
La foi, l’espérance et la charité sont à la fois la racine et le fruit de toutes les vertus. Elles sont les attributs de l’homme que Christ a racheté. Le chrétien a un triple regard. Il regarde vers le haut, vers l’extérieur et vers l’intérieur. Son horizon n’est borné ni par l’espace ni par le temps. Il embrasse tous les hommes dans son regard, parce qu’il croit que chaque homme a une valeur infinie aux yeux de Dieu. Les anciennes barrières de pays et de caste, qui séparaient les hommes dans le monde antique, sont renversées par la foi en Dieu et l’espérance pour l’homme qu’inspire l’amour de Christ.Faith, hope, and charity are at once the root and fruit of all the virtues. They are the attributes of the man whom Christ has redeemed. The Christian has a threefold outlook. He looks upwards, outwards, and inwards. His horizon is bounded by neither space nor time. He embraces all men in his regard, because he believes that every man has infinite worth in God’s eyes. The old barriers of country and caste, which separated men in the ancient world, are broken down by faith in God and hope for man which the love of Christ inspires.
Ces grâces ne sont pas des ornements extérieurs ni des talents facultatifs. Elles sont les conditions essentielles de l’homme chrétien. Elles constituent son caractère le plus intime et nécessaire. Elles ne remplacent cependant pas les autres vertus et ne les rendent pas superflues. Au contraire, elles les transforment et les transfigurent, leur donnant à la fois leur cohérence et leur valeur.These graces are not outward adornments or optional accomplishments. They are the essential conditions of the Christian man. They constitute his inmost and necessary character. They do not, however, supersede or render superfluous the other virtues. On the contrary they transmute and transfigure them, giving to them at once their coherence and value.
5. Nos devoirs envers les autres : justice, vérité et pardon5. Our Duties to Others: Justice, Truth and Forgiveness
Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapitre XII, « Le domaine du devoir ». Extrait assigné (paragraphes choisis). Les interprétations sont celles de l’auteur.Archibald B. D. Alexander, Christianity and Ethics: A Handbook of Christian Ethics (1914), chapter XII, “The Realm of Duty”. Assigned excerpt (selected paragraphs). The interpretations are the author’s.
Les devoirs envers les autres. — Nous appartenons aux autres, et les autres nous appartiennent. Eux et nous sommes également des parties d’un tout plus grand.Duties in Relation to Others.—We belong to others, and others belong to us. They and we are alike parts of a larger whole.
Si cela est reconnu dans l’Écriture, et si tous les hommes y sont déclarés frères en vertu de leur commune humanité, le christianisme fait remonter la fraternité humaine à une source plus profonde. La relation de l’individu avec Christ est le vrai fondement de l’amour envers les autres. En Christ se dissolvent toutes les distinctions qui, à d’autres égards, séparent les hommes. Sous le vêtement le plus misérable et les traits les plus grossiers, malgré même la défiguration du péché, nous pouvons discerner les immenses possibilités de l’âme pour laquelle Christ est mort. La loi de l’amour est présentée par Jésus comme le plus haut de tous les commandements, et le devoir envers les autres est résumé de manière générale dans ce qu’on appelle la règle d’or. Parmi les principales manifestations de l’amour fraternel, il faut mentionner (a) le devoir global de la justice. Le fondement sur lequel repose la justice est le principe que chaque individu est une fin en lui-même. C’est donc le devoir de chacun de respecter les droits de ses voisins : négativement, en s’abstenant de leur nuire, et positivement, en rendant ce que nos semblables ont le droit de réclamer. La religion rend un homme plus sensible aux exigences de l’humanité. Le respect mutuel exige de tous un effort constant pour assurer à chacun la plus pleine liberté d’être lui-même. Le christianisme interprète la justice comme l’affranchissement de toute condition qui écrase ou avilit un homme. Il cherche à créer une conscience sociale, et à éveiller en chacun un sentiment de responsabilité pour le bien de tous. En même temps, la justice sociale ne doit pas être confondue avec la charité. La charité a beaucoup fait pour soulager la détresse, et elle formera toujours un élément indispensable du devoir du chrétien envers ses frères moins favorisés ; mais quelque chose de plus radical que l’aumône est nécessaire si l’on veut améliorer sensiblement les conditions de vie. La justice ne réclame pas seulement du pain ; c’est la revendication par l’humanité de la vie, et de tout ce que la vie doit signifier. Le christianisme affirme l’esprit de fraternité humaine — une fraternité dans laquelle chaque enfant aura la possibilité de grandir jusqu’à un noble âge d’homme, et chaque homme et chaque femme aura l’occasion et l’encouragement de vivre une vie libre, saine et utile. Tel est l’idéal chrétien, et aider à sa réalisation est le devoir imposé à chaque citoyen de la communauté. Les problèmes de la pauvreté, du logement, du chômage, de l’intempérance, et toutes les questions de salaires équitables, de profits légitimes et de prix justes, relèvent du principe régulateur de la justice sociale. La loi est : « Rendez à tous ce qui leur est dû. » L’amour qui ne fait point de mal au prochain ne lui refusera non plus aucun bien. (b) La véracité. — La justice ne se limite pas aux actes, mais s’étend à la parole et même à la pensée. Nous devons aux autres la véracité. Même quand le motif est bon, il ne peut y avoir de plus grand mauvais service rendu à la société que de manquer de véracité. Le mensonge, que ce soit sous forme d’hypocrisie ou d’équivoque, et même de travail mal fait, n’est pas seulement injuste envers les autres ; il est injuste envers nous-mêmes, et un tort fait au moi profond — l’homme nouveau en Christ. … Nous devons professer la vérité dans la charité. Le courage et la bienveillance doivent se mêler.While this is recognised in Scripture, and all men are declared to be brothers in virtue of their common humanity, Christianity traces the brotherhood of man to a deeper source. The relation of the individual to Christ is the true ground of love to others. In Christ all distinctions which in other respects separate men are dissolved. Beneath the meanest garb and coarsest features, in spite even of the defacement of sin, we may detect the vast possibilities of the soul for whom Christ has died. The law of love is presented by Jesus as the highest of all the commandments, and the duty to others is summed up generally in what is known as the golden rule. Of the chief manifestations of brotherly love mention must be made (a) of the comprehensive duty of Justice. The ground upon which justice rests is the principle that each individual is an end in himself. Hence it is the duty of each to respect the rights of his neighbours, negatively refraining from injury and positively rendering that which our fellow-men have a right to claim. Religion makes a man more sensitive to the claims of humanity. Mutual respect requires a constant effort on the part of all to secure for each the fullest freedom to be himself. Christianity interprets justice to mean emancipation from every condition which crushes or degrades a man. It seeks to create a social conscience, and to arouse in each a sense of responsibility for the good of all. At the same time social justice must not be identified with charity. Charity has done much to relieve distress, and it will always form an indispensable element in the Christian’s duty towards his less fortunate brethren; but something more radical than almsgiving is required if the conditions of life are to be appreciably bettered. Justice is a demand not for bread alone; it is a claim of humanity to life, and all that life ought to mean. Christianity affirms the spirit of human brotherhood—a brotherhood in which every child will have a chance to grow to a noble manhood, and every man and woman will have opportunity and encouragement to live a free, wholesome, and useful life. That is the Christian ideal, and to help towards its realisation is the duty laid upon every citizen of the commonwealth. The problems of poverty, housing, unemployment, intemperance, and all questions of fair wages, legitimate profits, and just prices, fall under the regulative principle of social justice. The law is, ‘Render to all their dues.’ The love which worketh no ill to his neighbour will also withhold no good. (b) Truthfulness.—Justice is not confined to acts, but extends to speech and even to thought. We owe to others veracity. Even when the motive is good, there can be no greater social disservice than to fail in truthfulness. Falsehood, either in the form of hypocrisy or equivocation, and even of unsound workmanship, is not only unjust to others; it is unjust to ourselves, and a wrong to the deeper self—the new man in Christ. … We are to speak the truth in love. Courage and kindliness are to commingle.
Lié à la véracité, et forme lui aussi de la justice, est le devoir, prescrit par saint Paul, de porter des jugements justes sur nos semblables. Si nous voulons éviter la critique mesquine et le mépris hautain, nous devons écarter tout préjugé et toute passion. Les deux qualités requises pour un jugement juste sont la connaissance et la sympathie. Goethe a un beau distique selon lequel « il est sûr, en tout cas, d’en appeler à celui qui sait ». Mais à l’intelligence doit s’ajouter une considération bienveillante. Nous devons nous efforcer de nous mettre à la place de notre frère. Sans un heureux mélange de connaissance et de sympathie, nous devenons intolérants et impatients. L’équité est la plus rare des qualités morales. Celui qui veut estimer autrui avec vérité doit avoir ce que saint Paul appelle le « discernement spirituel » — l’« âme équilibrée » de celui « qui voyait la vie avec fermeté et la voyait tout entière ».Connected with truthfulness, and also a form of justice, is the duty enjoined by St. Paul of forming just judgments of our fellow-men. If we would avoid petty fault-finding and high-minded contempt, we must dismiss all prejudice and passion. The two qualities requisite for proper judgment are knowledge and sympathy. Goethe has a fine couplet to the effect that ‘it is safe in every case to appeal to the man who knows.’ But to understanding must be added appreciative consideration. We must endeavour to put ourselves in the position of our brother. Without a finely blended knowledge and sympathy we grow intolerant and impatient. Fairness is the rarest of moral qualities. He who would estimate another truly must have what St. Paul calls ‘spiritual discernment’—the ‘even-balanced soul’ of one ‘who saw life steadily and who saw it whole.’
L’amour fraternel se manifeste encore dans le service, qui prend trois formes : la compassion, la bienfaisance ou bonté pratique, et l’exemple.Brotherly Love evinces itself further in Service, which takes the three forms of Compassion, Beneficence or practical kindness, and Example.
La compassion ou sympathie est une disposition à entrer dans les expériences des autres. En tant que chrétiens, rien de ce qui concerne notre frère ne peut nous être indifférent. En tant que membres de la même communauté spirituelle, nous participons aux joies et aux peines les uns des autres, « pleurant avec ceux qui pleurent, et nous réjouissant avec ceux qui se réjouissent ». Ce n’est pas un simple instinct naturel, mais un sentiment qui naît de la conscience chrétienne d’une union organique avec Christ. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui. » Nous accomplissons la loi de Christ en portant les fardeaux les uns des autres.Compassion or sympathy is a readiness to enter into the experiences of others. As Christians nothing that concerns our brother can be a matter of indifference to us. As members of the same spiritual community we are participators in each other’s joys and sorrows, ‘weeping with those that weep, and rejoicing with those that rejoice.’ It is no mere natural instinct, but one which grows out of the Christian consciousness of organic union with Christ. ‘When one member suffers, all the members suffer with it.’ We fulfil the law of Christ by bearing one another’s burdens.
La bienfaisance pratique est le fruit naturel de la sympathie. Les sentiments se traduisent en actes. Ceux qui ont été rachetés par l’amour de Christ deviennent les agents de son amour, dispensant avec joie aux autres ce qu’ils ont eux-mêmes reçu. Le ministère de l’amour, quelque forme qu’il prenne, doit en dernier ressort être un don de soi. Personne ne peut rendre un service sans y mettre quelque chose de lui-même. Aucun vrai service ne peut être rendu s’il ne nous coûte pas plus que de l’argent.Practical beneficence is the natural outcome of sympathy. Feelings pass into deeds. Those redeemed by the love of Christ become the agents of His love, gladly dispensing to others what they themselves have received. The ministry of love, whatever shape it may take, must, in the last resort, be a giving of self. No one can do a kindness who does not put something of himself into it. No true service can be done that does not cost us more than money.
Il y a une forme particulière de bonté pratique envers les autres qu’un disciple de Christ sera souvent appelé à exercer : l’esprit de support et de pardon. Le chrétien ne doit médire de personne, mais être doux, témoignant de la douceur envers tous les hommes ; vivant en paix avec tous, évitant tout ce qui provoque la querelle ; et même « se supportant les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, se pardonnant réciproquement ; de même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi ».There is one special form of practical kindness towards others which a follower of Christ will often be called upon to exercise—the spirit of forbearance and forgiveness. The Christian is to speak evil of no man, but to be gentle, showing all meekness unto all men; living peaceably with all men, avoiding everything provocative of strife; even ‘forbearing one another and forgiving one another, if any have a quarrel against any; even as Christ forgave you so also do ye.’