1. Abram apprend que Dieu est son Sauveur1. Abram Learns That God Is His Saviour
Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapitre VIII, « Abram en Égypte ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapter VIII, “Abram in Egypt”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Il quitta l’Égypte dans un état d’esprit beaucoup plus sain, pratiquement convaincu de sa propre incapacité à se frayer lui-même un chemin vers le bonheur que Dieu lui avait promis, et tout aussi convaincu de la fidélité de Dieu et de sa puissance pour le tirer de tous les embarras et de tous les désastres où sa propre folie et son péché pourraient le jeter. Sa propre assurance et ses propres calculs avaient placé la promesse de Dieu dans une situation extrêmement périlleuse ; et Abram vit que, sans l’intervention de Dieu, il n’aurait pu ni recouvrer la mère de la postérité promise, ni retourner dans le pays de la promesse. Abram est couvert de honte même aux yeux des esclaves de sa maison ; et avec quelle brûlante honte a-t-il dû se tenir devant Saraï et devant Pharaon, et recevoir sa femme des mains de celui dont il avait craint la méchanceté, mais qui, bien loin de vouloir pécher comme Abram le soupçonnait, s’indignait qu’Abram eût même rendu la chose possible. Il retourna en Canaan humilié et fort peu disposé à se fier à sa propre habileté à se tirer d’affaire dans les situations critiques ; mais tout à fait assuré qu’on pouvait en tout temps compter sur Dieu. Il était convaincu que ce n’était pas Dieu qui dépendait de lui, mais lui qui dépendait de Dieu. Il vit que Dieu ne se fiait pas à son habileté et à sa ruse, non, ni même à sa bonne volonté de faire et de supporter la volonté de Dieu, mais qu’il se fiait à lui-même, et que, par sa fidélité à sa propre promesse, par sa vigilance et sa providence, il ferait traverser à Abram tous les embrouillements causés par ses pauvres idées sur la meilleure manière d’accomplir les desseins de Dieu et de parvenir à sa bénédiction. Il vit, en un mot, que l’avenir du monde reposait non sur Abram, mais sur Dieu.He left Egypt in a much more healthy state of mind, practically convinced of his own inability to work his way to the happiness God had promised him, and equally convinced of God’s faithfulness and power to bring him through all the embarrassments and disasters into which his own folly and sin might bring him. His own confidence and management had placed God’s promise in a position of extreme hazard; and without the intervention of God Abram saw that he could neither recover the mother of the promised seed nor return to the land of promise. Abram is put to shame even in the eyes of his household slaves; and with what burning shame must he have stood before Sarai and Pharaoh, and received back his wife from him whose wickedness he had feared, but who so far from meaning to sin as Abram suspected, was indignant that Abram should have made it even possible. He returned to Canaan humbled and very little disposed to feel confident in his own powers of managing in emergencies; but quite assured that God might at all times be relied on. He was convinced that God was not depending upon him, but he upon God. He saw that God did not trust to his cleverness and craft, no, nor even to his willingness to do and endure God’s will, but that He was trusting in Himself, and that by His faithfulness to His own promise, by His watchfulness and providence, He would bring Abram through all the entanglements caused by his own poor ideas of the best way to work out God’s ends and attain to His blessing. He saw, in a word, that the future of the world lay not with Abram but with God.
C’était là assurément un pas important et nécessaire dans la connaissance de Dieu. Ainsi, de si bonne heure et de façon si indubitable, l’homme apprit en quel sens profond et étendu Dieu est son Sauveur. D’ordinaire, il faut longtemps à un homme pour apprendre que c’est Dieu qui le sauve, mais un jour il l’apprend. Il apprend que ce n’est pas sa propre foi, mais la fidélité de Dieu, qui le sauve. Il comprend qu’il a besoin de Dieu d’un bout à l’autre, du premier jour jusqu’au dernier ; non seulement pour lui faire des offres, mais pour le rendre capable de les accepter ; non seulement pour l’incliner à les accepter aujourd’hui, mais pour entretenir en lui en tout temps cette même inclination. Il apprend que Dieu ne se contente pas de lui faire une promesse en le laissant trouver tout seul son chemin vers ce qui est promis ; mais qu’il est toujours avec lui, le dégageant jour après jour des conséquences de sa propre folie, et lui assurant un bonheur non seulement possible, mais réel.This certainly was a great and needful step in the knowledge of God. Thus early and thus unmistakably was man taught in how profound and comprehensive a sense God is his Saviour. Commonly it takes a man a long time to learn that it is God who is saving him, but one day he learns it. He learns that it is not his own faith but God’s faithfulness that saves him. He perceives that he needs God throughout, from first to last; not only to make him offers, but to enable him to accept them; not only to incline him to accept them to-day, but to maintain within him at all times this same inclination. He learns that God not only makes him a promise and leaves him to find his own way to what is promised; but that He is with him always, disentangling him day by day from the results of his own folly and securing for him not only possible but actual blessedness.
Peu de découvertes sont aussi bienvenues et aussi réjouissantes pour l’âme. Peu nous donnent le même sentiment de la proximité et de la souveraineté de Dieu ; peu nous font sentir aussi profondément la dignité et l’importance de notre propre salut et de notre propre carrière. C’est l’affaire de Dieu ; une affaire où sont engagés non seulement nos intérêts personnels, mais la responsabilité et les desseins de Dieu. Dieu nous appelle à être à lui, et il ne nous envoie pas faire la guerre à nos propres frais, mais il nous fournit d’un bout à l’autre tout ce dont nous avons besoin. Quand nous descendons en Égypte, quand nous nous écartons complètement du chemin qui mène au pays promis et que les difficultés de ce monde nous tentent de tourner le dos à l’autel de Dieu et de chercher le soulagement dans nos propres arrangements et nos propres expédients, quand nous oublions pour un temps comment Dieu a identifié nos intérêts aux siens et que nous renions tacitement les vœux que nous avons silencieusement enregistrés devant lui, même alors il nous suit, veille sur nous, pose sa main sur nous et nous ordonne de revenir. Et c’est là notre seule espérance. Ce n’est pas en une quelconque résolution de notre part de nous attacher à lui et de vivre par la foi en sa promesse que nous pouvons nous confier. Si nous avons cette résolution, chérissons-la, car c’est le moyen présent par lequel Dieu nous conduit en avant. Mais si cette résolution venait à faillir, la honte avec laquelle vous reconnaissez votre manque de constance pourrait se révéler un lien plus fort pour vous attacher à lui que la hardie confiance avec laquelle vous envisagez aujourd’hui l’avenir. L’inconstance, la folie, la dépravation obstinée qui vous font désespérer, Dieu les vaincra. Avec une patience inlassable, avec un amour qui prévoit tout, il se tient à vos côtés et vous fera traverser. Ses dons et son appel sont irrévocables.Few discoveries are so welcome and gladdening to the soul. Few give us the same sense of God’s nearness and sovereignty; few make us feel so deeply the dignity and importance of our own salvation and career. This is God’s affair; a matter in which are involved not merely our personal interests, but God’s responsibility and purposes. God calls us to be His, and He does not send us a-warring on our own charges, but throughout furnishes us with everything we need. When we go down to Egypt, when we quite diverge from the path that leads to the promised land and worldly straits tempt us to turn our back upon God’s altar and seek relief by our own arrangements and devices, when we forget for a while how God has identified our interests with His own and tacitly abjure the vows we have silently registered before Him, even then He follows us and watches over us and lays His hand upon us and bids us back. And this only is our hope. Not in any determination of our own to cleave to Him and to live in faith on His promise can we trust. If we have this determination, let us cherish it, for this is God’s present means of leading us onwards. But should this determination fail, the shame with which you recognise your want of steadfastness may prove a stronger bond to hold you to Him than the bold confidence with which to-day you view the future. The waywardness, the foolishness, the obstinate depravity that cause you to despair, God will conquer. With untiring patience, with all-foreseeing love, He stands by you and will bring you through. His gifts and calling are without repentance.
2. L’Éternel pourvoira2. The Lord Will Provide
Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapitre XVI, « Le sacrifice d’Isaac ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapter XVI, “Sacrifice of Isaac”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
C’est là la loi universelle. Nous ne trouvons la provision de Dieu que sur la montagne du sacrifice, à aucune étape avant celle-ci, mais là seulement. Nous devons aller jusqu’au bout dans la foi ; ce qui se présente à nous comme un devoir, nous devons le faire ; souvent dans les ténèbres et dans une détresse complète, ne voyant aucune possibilité d’issue ni de soulagement, nous devons gravir la colline où nous devons abandonner tout ce qui a donné joie et espérance à notre vie ; et ce n’est qu’après que le sacrifice a été réellement accompli que nous pouvons entrer dans le ciel de la victoire que Dieu procure. Vous pouvez être appelé à sacrifier votre jeunesse, vos espoirs de carrière, vos affections, afin de soutenir et d’adoucir les derniers jours languissants d’un être auquel vous êtes naturellement lié. Ou bien toute votre vie peut s’être concentrée sur une affection que les circonstances exigent que vous abandonniez ; vous pouvez avoir à sacrifier vos goûts naturels et à renoncer à presque tout ce à quoi vous aviez autrefois attaché votre cœur ; et tandis qu’aux autres les années apportent l’éclat, la variété et l’étendue, à vous elles n’apportent peut-être que l’accomplissement monotone de tâches insipides et contraires à vos goûts. Vous pouvez vous trouver dans des circonstances qui vous tentent de dire : Dieu voit-il la difficulté inextricable où je suis ? Mesure-t-il la douleur que je dois souffrir si un soulagement immédiat ne vient pas ? L’obéissance envers lui ne doit-elle servir qu’à m’entraîner dans une détresse dont les autres hommes sont exempts ? Vous pouvez même dire que, bien qu’un substitut ait été trouvé pour Isaac, aucun substitut n’a été trouvé pour le sacrifice que vous avez dû faire, mais que vous avez été contraint de perdre réellement ce qui vous était cher comme la vie même. Mais quand le caractère a été pleinement éprouvé, quand le plus grand bien possible pour le caractère a été accompli, et quand un retard du soulagement ne ferait qu’accroître la détresse, alors le soulagement vient. Et la loi demeure toujours valable : dès que, en esprit, vous vous soumettez à la volonté de Dieu, et que, avec une paisible soumission, vous consentez à la perte ou à la douleur qui vous est infligée, à cette heure-là toute votre attitude envers vos circonstances est transformée, vous trouvez le repos et une espérance assurée. Deux choses sont certaines : que, si douloureuse que soit votre condition, l’intention de Dieu n’est pas de vous nuire, mais de vous faire avancer, et qu’une soumission pleine d’espérance est plus sage, plus noble et à tous égards meilleure que le murmure et le ressentiment.This is the universal law. We find God’s provision only on the mount of sacrifice, not at any stage short of this, but only there. We must go the whole way in faith; what lies before us as duty, we must do; often in darkness and utter misery, seeing no possibility of escape or relief, we must climb the hill where we are to abandon all that has given joy and hope to our life; and not before the sacrifice has been actually made can we enter into the heaven of victory God provides. You may be called to sacrifice your youth, your hopes of a career, your affections, that you may uphold and soothe the lingering days of one to whom you are naturally bound. Or your whole life may have centred in an affection which circumstances demand you shall abandon; you may have to sacrifice your natural tastes and give up almost everything you once set your heart on; and while to others the years bring brightness and variety and scope, to you they may be bringing only monotonous fulfilment of insipid and uncongenial tasks. You may be in circumstances which tempt you to say, Does God see the inextricable difficulty I am in? Does He estimate the pain I must suffer if immediate relief do not come? Is obedience to Him only to involve me in misery from which other men are exempt? You may even say that although a substitute was found for Isaac, no substitute has been found for the sacrifice you have had to make, but you have been compelled actually to lose what was dear to you as life itself. But when the character has been fully tried, when the utmost good to character has been accomplished, and when delay of relief would only increase misery, then relief comes. Still the law holds good, that as soon as you in spirit yield to God’s will, and with a quiet submissiveness consent to the loss or pain inflicted upon you, in that hour your whole attitude to your circumstances is transformed, you find rest and assured hope. Two things are certain: that, however painful your condition is, God’s intention is not to injure, but to advance you, and that hopeful submission is wiser, nobler, and every way better than murmuring and resentment.
Enfin, ces paroles, « L’Éternel pourvoira », qu’Abraham prononça dans cet état d’esprit exalté qui est proche de l’extase prophétique, ont été le refrain chanté par tout adorateur sincère et réfléchi lorsqu’il montait à la colline de Dieu pour chercher le pardon de son péché, le refrain que l’assemblée des adorateurs du Seigneur garda sur ses lèvres à travers tous les âges, jusqu’à ce qu’enfin, de même que l’ange de l’Éternel avait ouvert les yeux d’Abraham pour qu’il voie le bélier préparé, la voix du Baptiste, « qui crie dans le désert », tourne les regards d’un petit nombre défaillant et presque désespéré vers la grande provision de Dieu, avec l’annonce finale : « Voici l’Agneau de Dieu. » Acceptons ceci comme une devise que nous pouvons appliquer, non seulement dans toutes les difficultés temporelles, quand nous ne voyons aucune issue à la perte et à la détresse, mais aussi dans toutes les crises spirituelles, quand le péché nous paraît un fardeau trop lourd à porter, et quand nous semblons étendus sous le couteau levé du jugement de Dieu. Souvenons-nous que le désir de Dieu n’est pas que nous souffrions, mais que nous apprenions l’obéissance, que nous soyons amenés à cette confiance vraie et entière en lui qui puisse nous rendre propres à accomplir ses desseins d’amour. Souvenons-nous surtout que nous ne pouvons connaître la grâce de Dieu, ni faire l’expérience de l’abondante provision qu’il a faite pour les hommes faibles et pécheurs, tant que nous n’avons pas gravi la montagne du sacrifice et que nous ne sommes pas capables de nous remettre entièrement à lui. Ce n’est pas en attaquant un à un nos nombreux ennemis, ni en entreprenant morceau par morceau la grande œuvre de la sanctification, que nous ferons jamais beaucoup de croissance ou de progrès, mais en nous donnant entièrement à Dieu et en devenant disposés à vivre en lui et comme étant à lui.Finally, these words, “The Lord will provide,” which Abraham uttered in that exalted frame of mind which is near to the prophetic ecstasy, have been the burden sung by every sincere and thoughtful worshipper as he ascended the hill of God to seek forgiveness of his sin, the burden which the Lord’s worshipping congregation kept on its tongue through all the ages, till at length, as the angel of the Lord had opened the eyes of Abraham to see the ram provided, the voice of the Baptist “crying in the wilderness” to a fainting and well-nigh despairing few turned their eye to God’s great provision with the final announcement, “Behold the Lamb of God.” Let us accept this as a motto which we may apply, not only in all temporal straits, when we can see no escape from loss and misery, but also in all spiritual emergency, when sin seems a burden too great for us to bear, and when we seem to lie under the uplifted knife of God’s judgment. Let us remember that God’s desire is not that we suffer pain, but that we learn obedience, that we be brought to that true and thorough confidence in Him which may fit us to fulfil His loving purposes. Let us, above all, remember that we cannot know the grace of God, cannot experience the abundant provision He has made for weak and sinful men, until we have climbed the mount of sacrifice and are able to commit ourselves wholly to Him. Not by attacking our manifold enemies one by one, nor by attempting the great work of sanctification piecemeal, shall we ever make much growth or progress, but by giving ourselves up wholly to God and by becoming willing to live in Him and as His.
3. L’échelle entre la terre et le ciel3. The Ladder Between Earth and Heaven
Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapitre XXII, « La fuite et le songe de Jacob ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapter XXII, “Jacob’s Flight and Dream”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Il n’est pas étonnant qu’une vision qui montrait de façon si saisissante la communication ouverte entre la terre et le ciel se soit profondément gravée dans l’esprit des descendants de Jacob. Quelle consolation plus efficace pouvait désirer un pauvre paria, qui sentait qu’il avait gâché sa vie, que le souvenir de cet escalier s’élevant depuis l’oreiller du fugitif solitaire, poursuivi par la justice, jusqu’au cœur même du ciel ? Comment l’âme la plus désolée pouvait-elle se sentir tout à fait abandonnée, aussi longtemps que la mémoire gardait la vision des anges montant et descendant en foule pour servir promptement ceux qui sont dans le besoin ? Comment pouvait-on croire, même à l’heure la plus sombre, que toute espérance était perdue et que les hommes n’avaient plus qu’à maudire Dieu et mourir, quand l’esprit se tournait vers ce pont jeté sur l’intervalle entre la terre et le ciel ?No wonder that a vision which so graphically showed the open communication between earth and heaven should have deeply impressed itself on Jacob’s descendants. What more effectual consolation could any poor outcast, who felt he had spoiled his life, require than the memory of this staircase reaching from the pillow of the lonely fugitive from justice up into the very heart of heaven? How could any most desolate soul feel quite abandoned so long as the memory retained the vision of the angels thronging up and down with swift service to the needy? How could it be even in the darkest hour believed that all hope was gone, and that men might but curse God and die, when the mind turned to this bridging of the interval between earth and heaven?
Dans le Nouveau Testament, nous rencontrons un exemple de la familiarité que les vrais Israélites avaient avec cette vision. Notre Seigneur, en s’adressant à Nathanaël, en fait usage d’une manière qui prouve cette familiarité. Sous son figuier, dont les larges feuilles servaient dans tout jardin juif d’écran contre les regards, et dont on faisait retomber les branches de manière à former un oratoire en plein air où l’on pouvait se livrer sans être dérangé à la prière secrète, Nathanaël avait exposé au Père ses voies, ses faiblesses, ses espérances. Et Jacob ne fut guère plus étonné, quand il se vit l’objet de ce ministère angélique sur la colline solitaire, que ne le fut Nathanaël quand il découvrit qu’un regard avait percé l’écran de feuillage et lu ses pensées et ses désirs. Il s’était apparemment encouragé lui-même avec cette vision, car notre Seigneur, lisant ses pensées, lui dit : « Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois ; tu verras de plus grandes choses que celles-ci… vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme. »In the New Testament we meet with an instance of the familiarity with this vision which true Israelites enjoyed. Our Lord, in addressing Nathanael, makes use of it in a way that proves this familiarity. Under his fig-tree, whose broad leaves were used in every Jewish garden as a screen from observation, and whose branches were trained down so as to form an open-air oratory, where secret prayer might be indulged in undisturbed, Nathanael had been declaring to the Father his ways, his weaknesses, his hopes. And scarcely more astonished was Jacob when he found himself the object of this angelic ministry on the lonely hillside, than was Nathanael when he found how one eye penetrated the leafy screen, and had read his thoughts and wishes. Apparently he had been encouraging himself with this vision, for our Lord, reading his thoughts, says: “Because I said unto thee, When thou wast under the fig-tree I saw thee, believest thou? Thou shalt see greater things than these—thou shalt see heaven opened, and the angels of God ascending and descending upon the Son of man.”
C’est donc une vision pour nous plus encore que pour Jacob. Elle trouve son accomplissement plus manifestement dans les temps qui suivent l’Incarnation que dans les temps antérieurs. Le véritable escalier par lequel les messagers célestes montent et descendent, c’est le Fils de l’homme. C’est lui qui jette réellement un pont sur l’intervalle entre le ciel et la terre, entre Dieu et l’homme. En sa personne, ces deux sont unis. Vous ne pouvez dire si le Christ est plus divin ou plus humain, plus Dieu ou plus homme — solidement fondé sur la terre, comme cet escalier massif, par sa réelle humanité, par ses trente-trois années d’engagement dans toutes les fonctions humaines et dans toutes les expériences de cette vie, il est cependant familier de l’éternité ; son nom est « celui qui est descendu du ciel », et si votre regard le suit marche après marche jusqu’aux hauteurs de sa personne, il se pose enfin sur ce que vous reconnaissez comme divin. C’est son amour qui est assez vaste pour embrasser Dieu d’un côté, et le plus bas des pécheurs de l’autre. Vraiment, il est le chemin, l’escalier, qui mène de la plus basse profondeur de la terre à la plus haute hauteur du ciel. En lui, vous trouvez un amour qui vous embrasse tel que vous êtes, dans quelque condition que ce soit, si abattu et vaincu, si aigri et souillé que vous soyez — un amour qui s’abaisse vers vous avec tendresse et espérance, qui vous redonne prise sur la sainteté et sur la vie, et qui, dans cet amour même, vous découvre la plus haute gloire du ciel et de Dieu.This, then, is a vision for us even more than for Jacob. It has its fulfilment in the times after the Incarnation more manifestly than in previous times. The true staircase by which heavenly messengers ascend and descend is the Son of man. It is He who really bridges the interval between heaven and earth, God and man. In His person these two are united. You cannot tell whether Christ is more Divine or human, more God or man—solidly based on earth, as this massive staircase, by His real humanity, by His thirty-three years’ engagement in all human functions and all experiences of this life, He is yet familiar with eternity, His name is “He that came down from heaven,” and if your eye follows step by step to the heights of His person, it rests at last on what you recognise as Divine. His love it is that is wide enough to embrace God on the one hand, and the lowest sinner on the other. Truly He is the way, the stair, leading from the lowest depth of earth to the highest height of heaven. In Him you find a love that embraces you as you are, in whatever condition, however cast down and defeated, however embittered and polluted—a love that stoops tenderly to you and hopefully, and gives you once more a hold upon holiness and life, and in that very love unfolds to you the highest glory of heaven and of God.
Quand cela vient toucher un homme à l’heure de son besoin, cela devient la plus saisissante des révélations. Il s’éveille en sursaut du sommeil agité que nous appelons la vie, et toute la terre revêt pour lui une gloire et une crainte nouvelles. Il s’écrie avec Jacob : « Que ce lieu est redoutable ! Certainement, l’Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ! » Le monde qui lui avait paru si morne et si vide est rempli d’une présence majestueuse et vivante. Jacob n’est plus un simple fugitif fuyant les conséquences de son propre péché, un berger en quête d’emploi, un homme qui se lance dans le monde pour tenter sa chance ; il est l’associé de Dieu dans l’accomplissement d’un dessein divin. Et tel est le changement qui s’opère en tout homme qui croit à l’Incarnation, qui se sent relié à Dieu par Jésus-Christ ; il reconnaît l’intention divine d’élever sa vie et de la remplir d’espérances et de desseins nouveaux. Il sent que l’humanité est consacrée par l’entrée du Fils de Dieu en elle : il sent que toute vie humaine est une terre sainte, puisque le Seigneur lui-même l’a traversée. Ayant eu une fois cette vision de Dieu et de l’homme unis en Christ, la vie ne peut plus être pour lui le pauvre, morne, banal et misérable cercle de devoirs profanes, de joies éphémères et de péchés terriblement punis qu’elle était auparavant : elle devient vraiment la porte même du ciel ; de chacune de ses parties, il sait qu’un escalier s’élève jusqu’à la présence de Dieu, et que de la région de la pure sainteté et de la justice coulent vers lui des secours célestes, une tendre direction et de l’encouragement.When this comes home to a man in the hour of his need, it becomes the most arousing revelation. He springs from the troubled slumber we call life, and all earth wears a new glory and awe to him. He exclaims with Jacob, “How dreadful is this place. Surely the Lord is in this place, and I knew it not.” The world that had been so bleak and empty to him, is filled with a majestic vital presence. Jacob is no longer a mere fugitive from the results of his own sin, a shepherd in search of employment, a man setting out in the world to try his fortune; he is the partner with God in the fulfilment of a Divine purpose. And such is the change that passes on every man who believes in the Incarnation, who feels himself to be connected with God by Jesus Christ; he recognises the Divine intention to uplift his life, and to fill it with new hopes and purposes. He feels that humanity is consecrated by the entrance of the Son of God into it: he feels that all human life is holy ground since the Lord Himself has passed through it. Having once had this vision of God and man united in Christ, life cannot any more be to him the poor, dreary, commonplace, wretched round of secular duties and shortlived joys and terribly punished sins it was before: but it truly becomes the very gate of heaven; from each part of it he knows there is a staircase rising to the presence of God, and that out of the region of pure holiness and justice there flow to him heavenly aids, tender guidance, and encouragement.
4. Jacob devient Israël4. Jacob Becomes Israel
Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapitre XXIII, « Jacob à Peniel ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapter XXIII, “Jacob at Peniel”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Cette lutte eut donc une immense importance pour l’histoire de Jacob. Elle est, en fait, la représentation concrète de l’attitude qu’il avait gardée envers Dieu tout au long de son histoire passée ; et elle constitue le tournant où il adopte une attitude nouvelle et juste. Année après année, Jacob avait encore gardé confiance en lui-même ; il n’avait jamais été profondément humilié, mais s’était toujours senti capable de regagner le terrain qu’il avait perdu par son péché. Et dans cette lutte, il montre cette même détermination et cette même confiance en soi. Il lutte encore et encore, indomptable. Comme le dit Kurtz, que je suis dans son interprétation de cet épisode : « Toute la vie de Jacob avait été la lutte d’un homme habile et fort, opiniâtre et endurant, sûr de lui et suffisant à lui-même, qui n’était certain du résultat que lorsqu’il s’aidait lui-même — un combat contre Dieu, qui voulait briser sa force et sa sagesse, afin de lui donner une force réelle dans la faiblesse divine, et une sagesse réelle dans la folie divine. » Toute cette confiance en soi atteint maintenant son point culminant, et dans une lutte finale et sensible, sa nature de Jacob, son penchant naturel à arracher ce qu’il désire et à obtenir ce qu’il vise de l’adversaire le moins consentant, fait tout son possible, et le fait en vain. Ses efforts soutenus, ses feintes adroites, ses brusques rafales d’assauts véhéments ne font aucune impression sur ce combattant et ne le font pas reculer d’un pas. À maintes reprises, sa nature rusée déploie toutes ses diverses ressources, tantôt relâchant son étreinte et feignant la défaite, tantôt, rassemblant ses forces, se jetant sur l’étranger, mais tout cela en vain. Ce que Jacob avait souvent soupçonné au cours des vingt dernières années, ce qui l’avait traversé comme un soudain éclair de lumière lorsqu’il s’était trouvé marié à Léa — qu’il était entre les mains de quelqu’un contre qui il est tout à fait inutile de lutter —, il recommence maintenant à le soupçonner. Et comme paraît la première faible lueur de l’aube, et qu’il commence à distinguer vaguement le visage dont il avait senti sur le sien le souffle paisible pendant le combat, l’homme avec qui il lutte touche le tendon le plus fort du corps de Jacob, et le muscle sur lequel le lutteur compte le plus se dessèche à ce contact, et révèle à Jacob qui tombe combien toute son habileté et son obstination avaient été totalement vaines, et avec quelle rapidité l’étranger aurait pu le terrasser et le maîtriser.This struggle had, therefore, immense significance for the history of Jacob. It is, in fact, a concrete representation of the attitude he had maintained towards God throughout his previous history; and it constitutes the turning point at which he assumes a new and satisfactory attitude. Year after year Jacob had still retained confidence in himself; he had never been thoroughly humbled, but had always felt himself able to regain the land he had lost by his sin. And in this struggle he shows this same determination and self-confidence. He wrestles on indomitably. As Kurtz, whom I follow in his interpretation of this incident, says, “All along Jacob’s life had been the struggle of a clever and strong, a pertinacious and enduring, a self-confident and self-sufficient person, who was sure of the result only when he helped himself—a contest with God, who wished to break his strength and wisdom, in order to bestow upon him real strength in divine weakness, and real wisdom in divine folly.” All this self-confidence culminates now, and in one final and sensible struggle, his Jacob-nature, his natural propensity to wrest what he desires and win what he aims at, from the most unwilling opponent, does its very utmost and does it in vain. His steady straining, his dexterous feints, his quick gusts of vehement assault, make no impression on this combatant and move him not one foot off his ground. Time after time his crafty nature puts out all its various resources, now letting his grasp relax and feigning defeat, and then with gathered strength hurling himself on the stranger, but all in vain. What Jacob had often surmised during the last twenty years, what had flashed through him like a sudden gleam of light when he found himself married to Leah, that he was in the hands of one against whom it is quite useless to struggle, he now again begins to suspect. And as the first faint dawn appears, and he begins dimly to make out the face, the quiet breathing of which he had felt on his own during the contest, the man with whom he wrestles touches the strongest sinew in Jacob’s body, and the muscle on which the wrestler most depends shrivels at the touch and reveals to the falling Jacob how utterly futile had been all his skill and obstinacy, and how quickly the stranger might have thrown and mastered him.
En un instant, tandis qu’il tombe, Jacob voit où il en est, et qui l’a ainsi rencontré. Comme le muscle dur, raide et noueux se desséchait, ainsi se dessécha sa confiance en soi, endurcie et obstinée. Et de même que, terrassé, il s’agrippe pourtant à son vainqueur avec la ténacité naturelle d’un lutteur, ainsi, entièrement humilié devant ce Puissant qu’il reconnaît maintenant et confesse, il s’attache pourtant à lui et implore sa bénédiction. C’est à ce contact, qui révèle la toute-puissance de celui contre qui il a combattu, que toute la nature de Jacob s’effondre devant Dieu. Il voit combien a été folle et vaine son obstination à s’efforcer de soutirer à Dieu sa bénédiction par la ruse, ou de la lui arracher, et maintenant il reconnaît son incapacité totale à avancer d’un seul pas de cette manière ; il admet en lui-même qu’il est arrêté, affaibli en chemin, renversé sur le dos, et qu’il ne peut rien obtenir, absolument rien, par ce qu’il croyait capable de tout obtenir ; et c’est pourquoi il passe de la lutte à la prière, et avec larmes, comme le dit Osée, il sanglote, du cœur brisé de l’homme fort : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. » En passant ainsi de la hardiesse et de l’obstination de la confiance en soi à la hardiesse de la foi et de l’humilité, Jacob devient Israël — le supplanteur, déjoué par son vainqueur, se relève prince. Désarmé de toutes les autres armes, il trouve enfin et emploie les armes par lesquelles Dieu est vaincu, et avec la simplicité et la droiture désormais d’un véritable Israélite, face à face avec Dieu, suspendu sans force, les bras autour de lui, il implore la bénédiction qu’il n’avait pu gagner.All in a moment, as he falls, Jacob sees how it is with him, and Who it is that has met him thus. As the hard, stiff, corded muscle shrivelled, so shrivelled his obdurate, persistent self-confidence. And as he is thrown, yet cleaves with the natural tenacity of a wrestler to his conqueror; so, utterly humbled before this Mighty One whom now he recognises and owns, he yet cleaves to Him and entreats His blessing. It is at this touch, which discovers the Almighty power of Him with whom he has been contending, that the whole nature of Jacob goes down before God. He sees how foolish and vain has been his obstinate persistence in striving to trick God out of His blessing, or wrest it from Him, and now he owns his utter incapacity to advance one step in this way, he admits to himself that he is stopped, weakened in the way, thrown on his back, and can effect nothing, simply nothing, by what he thought would effect all; and, therefore, he passes from wrestling to praying, and with tears, as Hosea says, sobs out from the broken heart of the strong man, “I will not let thee go except thou bless me.” In making this transition from the boldness and persistence of self-confidence to the boldness of faith and humility, Jacob becomes Israel—the supplanter, being baffled by his conqueror, rises a Prince. Disarmed of all other weapons, he at last finds and uses the weapons wherewith God is conquered, and with the simplicity and guilelessness now of an Israelite indeed, face to face with God, hanging helpless with his arms around Him, he supplicates the blessing he could not win.
Ainsi, de même qu’Abraham dut devenir l’héritier de Dieu dans la simplicité d’une humble dépendance envers Dieu ; de même qu’Isaac dut s’étendre sur l’autel de Dieu avec une résignation absolue, et devenir ainsi l’héritier de Dieu, de même Jacob entre dans l’héritage par l’humiliation la plus profonde. Abraham dut renoncer à toutes ses possessions et vivre de la promesse de Dieu ; Isaac dut renoncer à la vie même ; Jacob dut livrer son moi lui-même, et abandonner toute dépendance envers sa propre habileté. Le nom nouveau qu’il reçoit marque et interprète cette crise de sa vie. Il entre dans son pays non comme Jacob, mais comme Israël. L’homme qui traversa le Jabbok n’était pas le même que celui qui avait trompé Ésaü, déjoué Laban et lutté ce matin même avec obstination contre l’ange. Il était Israël, le prince de Dieu, entrant dans le pays qui lui était librement donné par une autorité à laquelle nul ne pouvait résister ; un homme qui avait appris que, pour recevoir de Dieu, il faut demander.Thus, as Abraham had to become God’s heir in the simplicity of humble dependence on God; as Isaac had to lay himself on God’s altar with absolute resignation, and so become the heir of God, so Jacob enters on the inheritance through the most thorough humbling. Abraham had to give up all possessions and live on God’s promise; Isaac had to give up life itself; Jacob had to yield his very self, and abandon all dependence on his own ability. The new name he receives signalizes and interprets this crisis in his life. He enters his land not as Jacob, but as Israel. The man who crossed the Jabbok was not the same as he who had cheated Esau and outwitted Laban and determinedly striven this morning with the angel. He was Israel, God’s prince, entering on the land freely bestowed on him by an authority none could resist; a man who had learned that in order to receive from God, one must ask.
5. Le pardon de Joseph face au soupçon5. Joseph’s Forgiveness Under Suspicion
Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapitre XXX, « La réconciliation ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.Marcus Dods, The Expositor’s Bible: The Book of Genesis (1888), chapter XXX, “The Reconciliation”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Si cordiale que parût la réconciliation entre Joseph et ses frères, elle n’était pas aussi complète qu’on aurait pu le souhaiter. Tant que Jacob vécut, à vrai dire, tout alla bien ; mais « quand les frères de Joseph virent que leur père était mort, ils dirent : Si Joseph nous prenait en haine, et nous rendait tout le mal que nous lui avons fait ! » Il n’est pas étonnant que Joseph ait pleuré en recevant leur message. Il pleura parce qu’il voyait qu’il était encore incompris de ses frères et soupçonné par eux ; parce qu’il sentait aussi que, s’ils avaient été eux-mêmes des hommes plus généreux, ils auraient cru plus facilement à son pardon ; et parce que sa pitié était émue pour ces hommes, qui reconnaissaient être si complètement au pouvoir de leur frère cadet. Joseph avait traversé à leur sujet de violents conflits intérieurs, il avait beaucoup dépensé pour eux, tant en émotion qu’en biens matériels, il avait risqué sa position afin de pouvoir les servir, et voici sa récompense ! Ils supposaient qu’il n’avait fait qu’attendre son heure, que son apparent oubli du tort qu’ils lui avaient fait n’avait été que la retenue rusée d’un ressentiment profondément enraciné ; ou, au mieux, qu’il avait été inconsciemment influencé par égard pour son père, et que maintenant, cette influence ayant disparu, la condition sans défense de ses frères pourrait le tenter de se venger. Cette manifestation d’un esprit lâche et soupçonneux est inattendue, et a dû profondément attrister Joseph. Pourtant ici, comme ailleurs, il se montre magnanime. La pitié qu’il a pour eux détourne ses pensées de l’injustice qui lui est faite. Il les console et leur parle avec bonté, en disant : Soyez donc sans crainte ; je vous entretiendrai, vous et vos enfants.Cordial as the reconciliation between Joseph and his brethren seemed, it was not as thorough as might have been desired. So long, indeed, as Jacob lived, all went well; but “when Joseph’s brethren saw that their father was dead, they said, Joseph will peradventure hate us, and will certainly requite us all the evil which we did unto him.” No wonder Joseph wept when he received their message. He wept because he saw that he was still misunderstood and distrusted by his brethren; because he felt, too, that had they been more generous men themselves, they would more easily have believed in his forgiveness; and because his pity was stirred for these men, who recognised that they were so completely in the power of their younger brother. Joseph had passed through severe conflicts of feeling about them, had been at great expense both of emotion and of outward good on their account, had risked his position in order to be able to serve them, and here is his reward! They supposed he had been but biding his time, that his apparent forgetfulness of their injury had been the crafty restraint of a deep-seated resentment; or, at best, that he had been unconsciously influenced by regard for his father, and now, when that influence was removed, the helpless condition of his brethren might tempt him to retaliate. This exhibition of a craven and suspicious spirit is unexpected, and must have been profoundly saddening to Joseph. Yet here, as elsewhere, he is magnanimous. Pity for them turns his thoughts from the injustice done to himself. He comforts them, and speaks kindly to them, saying, Fear ye not; I will nourish you and your little ones.
Bien des pensées douloureuses ont dû être suggérées à Joseph par cette conduite. Si, après tout ce qu’il avait fait pour ses frères, ils n’avaient pas encore appris à l’aimer, mais accueillaient sa bonté avec soupçon, n’était-il pas probable que, sous son apparente popularité auprès des Égyptiens, se cachaient l’envie, ou cette froide reconnaissance qui reste bien en deçà de l’amour ? Cette révélation soudaine des véritables sentiments de ses frères envers lui a dû nécessairement l’inquiéter au sujet de ses autres amitiés. Tout le monde se servait-il simplement de lui, et personne ne lui donnait-il un amour pur pour lui-même ? Parmi le peuple qu’il avait sauvé de la famine, y en avait-il un seul qui le regardât avec quelque chose qui ressemblât à une affection personnelle ? La défiance semblait poursuivre Joseph du début à la fin. D’abord sa propre famille l’avait méconnu et persécuté. Puis son maître égyptien avait payé son service dévoué par le soupçon et la prison. Et maintenant encore, alors qu’un temps suffisant pour éprouver son caractère semblait s’être écoulé, il était encore regardé avec défiance par ceux qui, plus que tous les autres, avaient les meilleures raisons de croire en lui. Mais bien que Joseph eût ainsi, toute sa vie, côtoyé le soupçon, la cruauté, le mensonge, l’ingratitude et l’aveuglement, bien qu’il semblât condamné à être toujours mal jugé et à voir ses meilleures actions servir de motif d’accusation contre lui, il resta non seulement sans amertume, mais toujours aussi prêt à rendre service à tous. Les plus belles natures peuvent être déconcertées et engourdies par une défiance universelle ; des caractères qui ne sont pas naturellement désagréables sont parfois aigris par le soupçon ; et des personnes qui sont, dans l’ensemble, de sentiments élevés s’abaissent, quand un tel traitement les blesse, à invectiver le monde, ou à mettre en doute toute émotion généreuse, toute amitié constante ou toute intégrité irréprochable. Chez Joseph, il n’y a rien de tel. Si jamais un homme eut le droit de se plaindre de n’être pas apprécié, ce fut lui ; si jamais un homme fut tenté de renoncer à faire des sacrifices pour les siens, ce fut lui. Mais à travers tout cela, il se conduisit avec une générosité virile, avec une foi simple et persévérante, avec un respect digne de lui-même et des autres hommes. Dans l’ingratitude et l’injustice qu’il dut endurer, il ne trouva que l’occasion d’un désintéressement plus profond, d’une patience plus semblable à celle de Dieu. Et que tel puisse être le fruit des parties les plus douloureuses de l’expérience humaine, nous aurons un jour ou l’autre besoin de nous en souvenir. Quand notre bien est calomnié, nos motifs soupçonnés, nos sacrifices les plus sincères scrutés par un esprit ignorant et malveillant, nos actes de bonté les plus solides et les plus judicieux reçus avec soupçon, et l’amour qu’ils renferment entièrement rejeté, c’est alors que nous avons l’occasion de montrer que nous possédons cette disposition chrétienne qui sait pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois, et qui sait persévérer à aimer là où l’amour ne rencontre aucune réponse, et où les bienfaits ne suscitent aucune gratitude.Many painful thoughts must have been suggested to Joseph by this conduct. If, after all he had done for his brethren, they had not yet learned to love him, but met his kindness with suspicion, was it not probable that underneath his apparent popularity with the Egyptians there might lie envy, or the cold acknowledgment that falls far short of love? This sudden disclosure of the real feeling of his brethren towards him must necessarily have made him uneasy about his other friendships. Did every one merely make use of him, and did no one give him pure love for his own sake? The people he had saved from famine, was there one of them that regarded him with anything resembling personal affection? Distrust seemed to pursue Joseph from first to last. First his own family misunderstood and persecuted him. Then his Egyptian master had returned his devoted service with suspicion and imprisonment. And now again, after sufficient time for testing his character might seem to have elapsed, he was still looked upon with distrust by those who of all others had best reason to believe in him. But though Joseph had through all his life been thus conversant with suspicion, cruelty, falsehood, ingratitude, and blindness, though he seemed doomed to be always misread, and to have his best deeds made the ground of accusation against him, he remained not merely unsoured, but equally ready as ever to be of service to all. The finest natures may be disconcerted and deadened by universal distrust; characters not naturally unamiable are sometimes embittered by suspicion; and persons who are in the main high-minded do stoop, when stung by such treatment, to rail at the world, or to question all generous emotion, steadfast friendship, or unimpeachable integrity. In Joseph there is nothing of this. If ever man had a right to complain of being unappreciated, it was he; if ever man was tempted to give up making sacrifices for his relatives, it was he. But through all this he bore himself with manly generosity, with simple and persistent faith, with a dignified respect for himself and for other men. In the ingratitude and injustice he had to endure, he only found opportunity for a deeper unselfishness, a more God-like forbearance. And that such may be the outcome of the sorest parts of human experience we have one day or other need to remember. When our good is evil spoken of, our motives suspected, our most sincere sacrifices scrutinized by an ignorant and malicious spirit, our most substantial and well-judged acts of kindness received with suspicion, and the love that is in them quite rejected, it is then we have opportunity to show that to us belongs the Christian temper that can pardon till seventy times seven, and that can persist in loving where love meets no response, and benefits provoke no gratitude.