1. Pierre lors de son appel : de la peur à la foi1. Peter at His Call: From Fear to Faith
A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapitre II, « Pêcheurs d’hommes ». Extrait assigné ; traduction du Séminaire théologique de Chapala. Les interprétations sont celles de l’auteur.A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapter II, “Fishers of Men”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Nous rencontrerons d’abondantes preuves de l’état spirituel encore fruste des Douze, même longtemps après l’époque où ils furent appelés à suivre Jésus, à mesure que nous avancerons dans les études que nous avons entreprises. En attendant, nous pouvons découvrir des indices significatifs de l’immaturité religieuse d’au moins l’un des disciples — Simon, fils de Jonas — dans le récit que fait Luc des circonstances de son appel. Pressé par la foule qui s’était rassemblée sur le rivage du lac pour l’entendre prêcher, Jésus, lisons-nous, monta dans une barque (l’une des deux qui se trouvaient tout près), qui se trouvait être celle de Simon ; et, lui ayant demandé de s’éloigner un peu de terre, il s’assit et enseigna la foule depuis la barque. Quand il eut fini de parler, Jésus dit au propriétaire de la barque : « Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher. » Leurs efforts précédents pour prendre du poisson avaient été vains ; mais Simon et son frère firent ce que Jésus leur disait, et furent récompensés par une prise extraordinaire, qui leur parut, à eux et à leurs compagnons de pêche Jacques et Jean, rien de moins que miraculeuse. Simon, le plus impressionnable et le plus démonstratif des quatre, exprima son étonnement par des paroles et des gestes qui lui ressemblaient bien. Il tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. »We shall meet with abundant evidence of the crude spiritual condition of the twelve, even long after the period when they were called to follow Jesus, as we proceed with the studies on which we have entered. Meantime we may discover significant indications of the religious immaturity of at least one of the disciples,—Simon, son of Jonas,—in Luke’s account of the incidents connected with his call. Pressed by the multitude who had assembled on the shore of the lake to hear Him preach, Jesus, we read, entered into a ship (one of two lying near at hand), which happened to be Simon’s, and requesting him to thrust out a little from the land, sat down, and taught the people from the vessel. Having finished speaking, Jesus said unto the owner of the boat, “Launch out into the deep, and let down your nets for a draught.” Their previous efforts to catch fish had been unsuccessful; but Simon and his brother did as Jesus directed, and were rewarded by an extraordinary take, which appeared to them and their fishing companions, James and John, nothing short of miraculous. Simon, the most impressible and the most demonstrative of the four, gave utterance to his feelings of astonishment by characteristic words and gestures. He fell down at Jesus’ knees, saying, “Depart from me, for I am a sinful man, O Lord!”
Cette exclamation ouvre une fenêtre sur l’homme intérieur de celui qui l’a prononcée, par laquelle nous pouvons voir son état spirituel. Nous observons chez Pierre, à ce moment-là, ce mélange de bien et de mal, de grâce et de nature, qui reparaît si souvent dans son caractère au cours de l’histoire qui suit. Parmi les bons éléments qu’on y discerne, il y a une crainte révérencielle en présence de la puissance divine, un prompt souvenir du péché qui trahit une conscience délicate, et une humiliation sincère de soi-même devant une faveur imméritée. Ce sont là de précieux traits de caractère ; mais ils n’existaient pas chez Pierre sans alliage. À côté d’eux se trouvaient une terreur superstitieuse du surnaturel et une crainte servile de Dieu. La présence du premier élément est impliquée dans l’exhortation rassurante que Jésus adressa au disciple : « Ne crains point ; désormais tu seras pêcheur d’hommes. » La crainte servile de Dieu est plus manifeste encore dans ses propres paroles : « Seigneur, retire-toi de moi. » Fortement impressionné par la connaissance surhumaine révélée à l’occasion de la pêche miraculeuse, il considère Jésus, pour le moment, comme un être surnaturel, et, comme tel, il le redoute comme quelqu’un dont il n’est pas sûr d’être proche, surtout pour un pauvre mortel pécheur comme lui. Cet état d’esprit montre combien Pierre est encore totalement inapte à être l’apôtre d’un Évangile qui exalte la grâce de Dieu jusqu’envers le premier des pécheurs. Sa piété, suffisamment forte et décidée, n’est pas de type chrétien ; elle est légale, on pourrait presque dire païenne, dans son esprit.This exclamation opens a window into the inner man of him who uttered it, through which we can see his spiritual state. We observe in Peter at this time that mixture of good and evil, of grace and nature, which so frequently reappears in his character in the subsequent history. Among the good elements discernible are reverential awe in presence of Divine Power, a prompt calling to mind of sin betraying tenderness of conscience, and an unfeigned self-humiliation on account of unmerited favour. Valuable features of character these; but they did not exist in Peter without alloy. Along with them were associated superstitious dread of the supernatural, and a slavish fear of God. The presence of the former element is implied in the reassuring exhortation addressed to the disciple by Jesus, “Fear not; from henceforth thou shalt catch men.” Slavish fear of God is even more manifest in his own words, “Depart from me, O Lord.” Powerfully impressed with the superhuman knowledge revealed in connection with the great draught of fishes, he regards Jesus for the moment as a supernatural being, and as such dreads Him as one whom it is not safe to be near, especially for a poor sinful mortal like himself. This state of mind shows how utterly unfit Peter is, as yet, to be an apostle of a gospel which magnifies the grace of God even to the chief of sinners. His piety, sufficiently strong and decided, is not of a Christian type; it is legal, one might almost say pagan, in spirit.
La vérité de ce qui vient d’être dit peut être rendue plus évidente par un contraste que fournit un autre épisode de l’histoire de Pierre, survenu vers la fin de sa vie de disciple. C’était une autre scène de pêche sur les mêmes eaux, très semblable, et aussi très différente, de celle que rapporte ici Luc. Ce jour-là, Pierre et ses frères, sur l’indication d’un inconnu aperçu confusément sur le rivage dans la grisaille du matin, prirent, comme ici, une grande quantité de poissons. Cette prise exceptionnellement abondante, faite après toute une nuit de travail inutile, rappela à Jean ce qui était arrivé des années auparavant, en cette époque à jamais mémorable où lui et ses frères avaient été appelés à être pêcheurs d’hommes, et lui suggéra la pensée que l’inconnu sur le rivage devait être Jésus ressuscité. Le disciple bien-aimé communiqua sa découverte à son ami. Et remarquez la différence entre la conduite de Pierre alors et maintenant. Cette fois, il ne recule pas de peur devant la présence du Seigneur. Il aurait pourtant de très bonnes raisons de le faire ; car la confession « Je suis un homme pécheur » ne serait plus maintenant dans sa bouche une banalité pieuse, mais l’aveu faible et insuffisant d’une culpabilité odieuse récemment contractée. Pourtant il ne songe pas à éviter ni à fuir celui qu’il a personnellement et gravement offensé. Au contraire, il est rapporté que, « dès que Simon Pierre eut entendu que c’était le Seigneur, il mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer », dans l’intention de gagner le rivage à la nage et d’embrasser son Maître bien-aimé. Ce plongeon dans les eaux révèle une piété désormais bien purgée de superstition, et une foi en la grâce du pardon victorieuse de la crainte coupable. Pierre ne redoute plus maintenant ni la puissance divine ni la sainteté divine. Il peut être témoin d’un miracle avec sobriété et calme, sachant, par une longue expérience, que la puissance miraculeuse de Jésus s’exerçait toujours en étroite alliance avec la sagesse et l’amour, comme un agent bienfaisant employé à promouvoir le bien-être temporel et spirituel des hommes. Et tout en ayant conscience d’être un grand offenseur, il s’attend pleinement à recevoir un accueil plein de grâce de son Maître offensé, parce qu’il a toujours trouvé en lui quelqu’un qui surmontait le mal par le bien, et qui pardonnait non pas une fois ni sept fois, mais soixante-dix fois sept fois. Il a ainsi fait, à ces deux égards, un grand progrès depuis le temps où il s’écriait dans une terreur superstitieuse : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur ! »The truth of the statement just made may be rendered more apparent by a contrast supplied in another incident from the history of Peter, which occurred towards the close of his disciple-life. It was another fishing scene on the same waters, very like, and also very unlike, that here recorded by Luke. On that occasion Peter and his brethren, by direction of a stranger dimly descried on the shore in the grey morning, caught, as now, a great multitude of fishes. The unusually large draught, taken after a whole night’s toil to no purpose, reminded John of what had happened years before, at that ever-memorable period when he and his brethren were called to be fishers of men, and suggested to him the thought that the stranger on the shore must be the risen Jesus. The beloved disciple communicated his discovery to his friend. And mark the difference between Peter’s behaviour then and now. He shrinks not this time in fear from the presence of the Lord. He has very good reason to do so; for the confession, “I am a sinful man,” would now in his mouth be no pious commonplace, but the feeble inadequate acknowledgment of heinous guilt recently contracted. Yet he has no thought of avoiding or fleeing from Him whom he has personally and grievously injured. On the contrary, it is recorded, that “when Simon Peter heard that it was the Lord, he girt his fisher’s coat unto him, and did cast himself into the sea;” his intent being to swim to the land and embrace his beloved Master. That plunge into the waters reveals a piety now well purged of superstition, and a faith in pardoning grace victorious over guilty fear. Peter now dreads neither divine power nor divine holiness. He can witness a miracle with sobriety and composure, knowing, from long experience, that the wonder-working power of Jesus was ever exercised in intimate alliance with wisdom and love, as a beneficent agent employed to promote the temporal and spiritual well-being of men. And while conscious of being a grievous offender, he fully expects to receive a gracious reception from his injured Master, because he has ever found Him one who overcame evil with good, and forgave not once or seven times, but seventy times seven. He has thus in both respects made a great advance since the time he exclaimed in superstitious terror, “Depart from me, for I am a sinful man, O Lord!”
2. Pourquoi Jésus a choisi de tels hommes2. Why Jesus Chose Such Men
A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapitre IV, « Les Douze ». Extrait assigné ; traduction du Séminaire théologique de Chapala. Les interprétations sont celles de l’auteur.A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapter IV, “The Twelve”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Tels étaient les hommes que Jésus choisit pour être avec lui pendant qu’il était sur cette terre, et pour poursuivre son œuvre après qu’il l’aurait quittée. Tels étaient les hommes que l’Église célèbre comme la « glorieuse compagnie des apôtres ». L’éloge est mérité ; mais la gloire des Douze n’était pas de ce monde. Du point de vue du monde, ils formaient une compagnie bien insignifiante en vérité — une troupe de pauvres provinciaux galiléens illettrés, totalement dépourvus d’importance sociale, et qui n’avaient guère de chances d’être choisis par quelqu’un qui aurait eu un souci suprême des considérations de prudence. Pourquoi Jésus a-t-il choisi de tels hommes ? Était-il guidé par un sentiment d’hostilité envers ceux qui possédaient des avantages sociaux, ou par une préférence pour des hommes de sa propre condition ? Non ; son choix fut fait avec une vraie sagesse. S’il choisit principalement des Galiléens, ce ne fut pas par préjugé provincial contre ceux du Sud ; si, comme certains le pensent, il choisit deux ou même quatre de ses propres parents, ce ne fut pas par népotisme ; s’il choisit des hommes frustes, sans instruction et humbles, ce ne fut pas parce qu’il était animé de quelque mesquine jalousie envers le savoir, la culture ou la bonne naissance. Si un rabbin, un homme riche ou un chef avait été disposé à se livrer sans réserve au service du royaume, on ne lui aurait fait aucune objection à cause de ses connaissances, de ses biens ou de ses titres. Le cas de Saul de Tarse, l’élève de Gamaliel, prouve la vérité de cette affirmation. Gamaliel lui-même n’aurait pas été écarté, s’il avait pu s’abaisser à devenir disciple de l’ignorant Nazaréen. Mais, hélas ! ni lui ni aucun de ceux de son rang ne voulut condescendre jusque-là ; c’est pourquoi le Méprisé n’eut pas l’occasion de montrer qu’il était disposé à accepter comme disciples et à choisir comme apôtres des hommes tels qu’eux.Such were the men whom Jesus chose to be with Him while He was on this earth, and to carry on His work after He left it. Such were the men whom the church celebrates as the “glorious company of the apostles.” The praise is merited; but the glory of the twelve was not of this world. In a worldly point of view they were a very insignificant company indeed,—a band of poor illiterate Galilean provincials, utterly devoid of social consequence, not likely to be chosen by one having supreme regard to prudential considerations. Why did Jesus choose such men? Was He guided by feelings of antagonism to those possessing social advantages, or of partiality for men of His own class? No; His choice was made in true wisdom. If He chose Galileans mainly, it was not from provincial prejudice against those of the south; if, as some think, He chose two or even four of His own kindred, it was not from nepotism; if He chose rude, unlearned, humble men, it was not because He was animated by any petty jealousy of knowledge, culture, or good birth. If any rabbi, rich man, or ruler had been willing to yield himself unreservedly to the service of the kingdom, no objection would have been taken to him on account of his acquirements, possessions, or titles. The case of Saul of Tarsus, the pupil of Gamaliel, proves the truth of this statement. Even Gamaliel himself would not have been objected to, could he have stooped to become a disciple of the unlearned Nazarene. But, alas! neither he nor any of his order would condescend so far, and therefore the despised One did not get an opportunity of showing His willingness to accept as disciples and choose for apostles such as they were.
La vérité, c’est que Jésus fut obligé de se contenter, pour apôtres, de pêcheurs, de publicains et d’anciens zélotes. C’étaient les meilleurs qu’on pût avoir. Ceux qui s’estimaient meilleurs étaient trop orgueilleux pour devenir disciples, et par là ils s’excluaient eux-mêmes de ce que le monde entier voit maintenant comme le grand honneur d’être les princes choisis du royaume. L’aristocratie civile et religieuse se glorifiait de son incrédulité. Les habitants de Jérusalem s’intéressèrent bien un moment au jeune homme zélé qui avait purifié le temple avec un fouet de cordes ; mais leur foi était superficielle et leur attitude condescendante, et c’est pourquoi Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il savait ce qui était dans l’homme. Quelques personnes de bonne condition étaient des sympathisants sincères, mais ils n’étaient pas assez décidés dans leur attachement pour pouvoir être apôtres. Nicodème put à peine dire un mot timide pour la défense du Christ, et Joseph d’Arimathée était disciple « en secret », par crainte des Juifs. Ce n’étaient guère là des personnes à envoyer comme missionnaires de la croix — des hommes si entravés par les liens sociaux et les attaches de parti, et si asservis à la crainte des hommes. Les apôtres du christianisme devaient être faits d’une étoffe plus solide.The truth is, that Jesus was obliged to be content with fishermen, and publicans, and quondam zealots, for apostles. They were the best that could be had. Those who deemed themselves better were too proud to become disciples, and thereby they excluded themselves from what all the world now sees to be the high honour of being the chosen princes of the kingdom. The civil and religious aristocracy boasted of their unbelief. The citizens of Jerusalem did feel for a moment interested in the zealous youth who had purged the temple with a whip of small cords; but their faith was superficial, and their attitude patronizing, and therefore Jesus did not commit Himself unto them, because He knew what was in them. A few of good position were sincere sympathizers, but they were not so decided in their attachment as to be eligible for apostles. Nicodemus was barely able to speak a timid apologetic word in Christ’s behalf, and Joseph of Arimathea was a disciple “secretly,” for fear of the Jews. These were hardly the persons to send forth as missionaries of the cross—men so fettered by social ties and party connections, and so enslaved by the fear of man. The apostles of Christianity must be made of sterner stuff.
Ainsi Jésus fut obligé de se rabattre sur les hommes de Galilée, rustiques mais simples, sincères et énergiques. Et il fut tout à fait content de son choix, et remercia pieusement son Père de lui avoir donné ne fût-ce que des hommes tels qu’eux. Le savoir, le rang, la richesse, le raffinement, librement consacrés à son service, il ne les aurait pas méprisés ; mais il préférait des hommes dévoués qui n’avaient aucun de ces avantages à des hommes sans dévouement qui les avaient tous. Et avec raison ; car il importait peu, sauf aux yeux des préjugés de l’époque, quelle avait été la position sociale, ou même l’histoire antérieure, des Douze, pourvu qu’ils fussent spirituellement qualifiés pour l’œuvre à laquelle ils étaient appelés. Ce qui compte en définitive, ce n’est pas ce qui est autour d’un homme, mais ce qui est en lui. John Bunyan était un homme de basse naissance, de métier humble et, jusqu’à sa conversion, de mœurs basses ; mais il était par nature un homme de génie et par la grâce un homme de Dieu, et il aurait fait — il fut en fait — un apôtre des plus efficaces.And so Jesus was obliged to fall back on the rustic, but simple, sincere, and energetic men of Galilee. And He was quite content with His choice, and devoutly thanked His Father for giving Him even such as they. Learning, rank, wealth, refinement, freely given up to His service, He would not have despised; but He preferred devoted men who had none of these advantages, to undevoted men who had them all. And with good reason; for it mattered little, except in the eyes of contemporary prejudice, what the social position or even the previous history of the twelve had been, provided they were spiritually qualified for the work to which they were called. What tells ultimately is, not what is without a man, but what is within. John Bunyan was a man of low birth, low occupation, and, up till his conversion, of low habits; but he was by nature a man of genius, and by grace a man of God, and he would have made—he was, in fact—a most effective apostle.
3. L’argument du Christ en faveur de la prière persévérante3. Christ’s Argument for Persevering Prayer
A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapitre VI, « Enseigne-nous à prier ». Extrait assigné ; traduction du Séminaire théologique de Chapala. Les interprétations sont celles de l’auteur.A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapter VI, “Teach Us to Pray”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
L’argument par lequel Jésus chercha à inspirer à ses disciples découragés l’espérance et la confiance quant à l’accomplissement final de leurs désirs se distingue par la hardiesse, la bienveillance, la sagesse et la force logique. Sa hardiesse se montre dans le choix des illustrations. Jésus a une telle confiance dans la bonté de sa cause qu’il présente le cas de la manière la plus défavorable possible pour lui-même, en choisissant pour illustration non de bons exemples d’hommes, mais des personnes plutôt au-dessous qu’au-dessus du niveau ordinaire de la vertu humaine. Un homme qui, sollicité à n’importe quelle heure de la nuit par un voisin pour l’aider dans une vraie urgence, comme celle que suppose la parabole, ou dans un cas de maladie soudaine, l’éconduirait par une réponse comme celle-ci : « Ne m’importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner des pains », s’attirerait à juste titre le mépris de ses connaissances, et deviendrait parmi elles l’exemple proverbial de tout ce qui est mesquin et sans cœur. On observe la même disposition à prendre un cas extrême dans le second argument, tiré de la conduite des pères envers leurs enfants. « Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain ? » — ainsi commence-t-il. Peu importe à Jésus quel père on choisit ; il est prêt à prendre n’importe lequel ; il prendra le pire aussi volontiers que le meilleur ; et même plus volontiers, car l’argument ne repose pas sur la bonté du père, mais plutôt sur son manque de bonté, puisqu’il vise à montrer qu’aucune bonté particulière n’est nécessaire pour empêcher tous les parents de faire ce qui serait un outrage à l’affection naturelle et révolterait les sentiments de tout le genre humain.The argument by which Jesus sought to inspire His discouraged disciples with hope and confidence as to the ultimate fulfilment of their desires, is characterized by boldness, geniality, wisdom, and logical force. Its boldness is evinced in the choice of illustrations. Jesus has such confidence in the goodness of His cause, that He states the case as disadvantageously for Himself as possible, by selecting for illustration not good samples of men, but persons rather below than above the ordinary standard of human virtue. A man who, on being applied to at any hour of the night by a neighbour for help in a real emergency, such as that supposed in the parable, or in a case of sudden sickness, should put him off with such an answer as this, “Trouble me not, the door is now shut, and my children are with me in bed: I cannot rise and give thee,” would justly incur the contempt of his acquaintances, and become a byword among them for all that is ungenerous and heartless. The same readiness to take an extreme case is observable in the second argument, drawn from the conduct of fathers towards their children. “If a son shall ask bread of any of you”—so it begins. Jesus does not care what father may be selected; He is willing to take any one they please; He will take the very worst as readily as the best; nay, more readily, for the argument turns not on the goodness of the parent, but rather on his want of goodness, as it aims to show that no special goodness is required to keep all parents from doing what would be an outrage on natural affection, and revolting to the feelings of all mankind.
Le caractère bienveillant et affectueux de l’argument se manifeste par la pénétration et la sympathie qui s’y déploient. Jésus devine quelles dures pensées les hommes ont de Dieu sous le fardeau d’un désir inexaucé ; comment ils doutent de sa bonté, et le jugent indifférent, sans cœur, injuste. Il montre sa connaissance intime de leurs pensées secrètes par les cas qu’il présente ; car l’ami peu obligeant et le père dénaturé, et, pouvons-nous ajouter, le juge inique, sont des images, non certes de ce que Dieu est, ni de ce qu’il voudrait que nous croyions qu’il est, mais assurément de ce que même des hommes pieux pensent parfois qu’il est. Et il peut non seulement deviner, mais compatir. Il ne fait pas, comme les amis de Job, de reproches à ceux qui nourrissent des pensées de doute et apparemment profanes, ni ne les gronde pour leur impatience, leur défiance et leur abattement. Il les traite comme des hommes environnés d’infirmité, qui ont besoin de sympathie, de conseil et d’aide. Et en leur fournissant ces choses, il descend à leur niveau de sentiment, et s’efforce de montrer que, même si les choses étaient telles qu’elles paraissent, il n’y aurait pas lieu de désespérer. Il raisonne à partir de leurs propres pensées sur Dieu pour leur montrer qu’ils doivent encore espérer en lui. « Supposez, dit-il en substance, que Dieu soit ce que vous imaginez, indifférent et sans cœur : priez encore ; voyez, dans le cas que je présente, ce que peut la persévérance. Demandez comme demandait l’homme qui voulait des pains, et vous aussi vous recevrez de celui qui semble à présent sourd à vos requêtes. Les apparences, je l’accorde, peuvent être très défavorables, mais elles ne peuvent l’être davantage dans votre cas que dans celui du solliciteur de la parabole ; et vous voyez pourtant comment il s’en est tiré, pour ne pas s’être découragé trop facilement. »The genial, kindly character of the argument is manifest, from the insight and sympathy displayed therein. Jesus divines what hard thoughts men think of God under the burden of unfulfilled desire; how they doubt His goodness, and deem Him indifferent, heartless, unjust. He shows His intimate knowledge of their secret imaginations by the cases He puts; for the unkind friend and unnatural father, and we may add, the unjust judge, are pictures not indeed of what God is, or of what He would have us believe God to be, but certainly of what even pious men sometimes think Him to be. And He can not only divine, but sympathize. He does not, like Job’s friends, find fault with those who harbour doubting and apparently profane thoughts, nor chide them for impatience, distrust, and despondency. He deals with them as men compassed with infirmity, and needing sympathy, counsel, and help. And in supplying these, He comes down to their level of feeling, and tries to show that, even if things were as they seem, there is no cause for despair. He argues from their own thoughts of God, that they should still hope in Him. “Suppose,” He says in effect, “God to be what you fancy, indifferent and heartless, still pray on: see, in the case I put, what perseverance can effect. Ask as the man who wanted loaves asked, and ye also shall receive from Him who seems at present deaf to your petitions. Appearances, I grant, may be very unfavourable, but they cannot be more so in your case than in that of the petitioner in the parable; and yet you observe how he fared, through not being too easily disheartened.”
Dans cet argument, Jésus secourt ceux qui sont tentés avec une si profonde compassion que, parmi les autres hommes, seuls peuvent y atteindre ceux qui ont eux-mêmes fait l’expérience de la tentation. Se peut-il qu’il ait été lui aussi tenté comme nous par des doutes sur l’exaucement de ses prières ? Oui ; ici, comme à tant d’autres égards, il a été semblable à ses frères. Il a dû vivre par la foi comme les autres hommes, et il savait ce que c’est que d’attendre ; et durant les jours de sa chair, lorsqu’il passait par son apprentissage de la tentation et de la souffrance, il a prié comme quelqu’un dont la patience était durement éprouvée, avec de grands cris et avec larmes.Jesus succours the tempted in this argument with such deep fellow-feeling as among other men is attainable only by those who have themselves experienced temptation. Can He, too, have been tempted like as we are with doubts concerning the hearing of His prayers? Yes; here, as in so many other respects, He was like unto His brethren. He had to live by faith as other men, and He knew what it was to wait; and in the days of His flesh, when He was passing through His curriculum of temptation and suffering, He prayed as one whose patience was sorely tried, even with strong crying and tears.
Jésus montre sa sagesse dans la manière dont il traite les doutes de ses disciples, en évitant toute explication élaborée des causes ou des raisons du retard dans l’exaucement de la prière, et en n’employant que des arguments adaptés à la capacité de personnes faibles dans la foi et dans l’intelligence spirituelle. Il ne cherche pas à montrer pourquoi la sanctification est une œuvre lente et laborieuse, et non un acte instantané ; pourquoi l’Esprit est donné graduellement et dans une mesure limitée, et non tout d’un coup et sans mesure. Il exhorte simplement ses auditeurs à persévérer dans la recherche du Saint-Esprit, en leur assurant que, malgré un retard éprouvant, leurs désirs seront accomplis à la fin. Il ne leur enseigne aucune philosophie de l’attente de Dieu, mais leur dit seulement qu’ils n’attendront pas en vain.Jesus displays His wisdom in dealing with the doubts of His disciples, by avoiding all elaborate explanations of the causes or reasons of delay in the answering of prayer, and using only arguments adapted to the capacity of persons weak in faith and in spiritual understanding. He does not attempt to show why sanctification is a slow, tedious work, not a momentary act: why the Spirit is given gradually and in limited measure, not at once and without measure. He simply urges His hearers to persevere in seeking the Holy Spirit, assuring them, in spite of trying delay, their desires will be fulfilled in the end. He teaches them no philosophy of waiting on God, but only tells them that they shall not wait in vain.
4. La confession de Pierre : le Christ, le Fils du Dieu vivant4. Peter’s Confession: The Christ, the Son of the Living God
A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapitre XI, « L’opinion courante et la vérité éternelle ». Extrait assigné ; traduction du Séminaire théologique de Chapala. Les interprétations sont celles de l’auteur.A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapter XI, “Current Opinion and Eternal Truth”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Comment donc Jésus reçut-il le rapport de ses disciples ? Fut-il satisfait de ces opinions favorables qui circulaient parmi le peuple, et qui, dans ces circonstances, étaient vraiment flatteuses ? Il ne le fut pas. Il ne se contenta pas d’être mis au niveau même du plus grand des prophètes. Il n’exprima, il est vrai, aucun mécontentement contre ceux qui lui attribuaient un tel rang, et il a même pu être content d’apprendre que l’opinion publique avait tant avancé sur le chemin de la vraie foi. Néanmoins il refusa d’accepter la position qu’on lui accordait. Le doux et humble Fils de l’homme prétendait être quelque chose de plus qu’un grand prophète. C’est pourquoi il se tourna vers ses disciples choisis, comme vers des hommes de qui il attendait une expression plus satisfaisante de la vérité, et leur demanda expressément ce qu’ils pensaient de lui : « Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? »How, then, did Jesus receive the report of His disciples? Was He satisfied with these favourable, and in the circumstances really gratifying, opinions current among the people? He was not. He was not content to be put on a level with even the greatest of the prophets. He did not indeed express any displeasure against those who assigned Him such a rank, and He may even have been pleased to hear that public opinion had advanced so far on the way to the true faith. Nevertheless He declined to accept the position accorded. The meek and lowly Son of man claimed to be something more than a great prophet. Therefore He turned to His chosen disciples, as to men from whom He expected a more satisfactory statement of the truth, and pointedly asked what they thought of Him. “But you—whom say ye that I am?”
En cette occasion, comme en beaucoup d’autres, Simon fils de Jonas répondit pour le groupe. Sa réponse prompte, précise et mémorable à la question de son Maître fut celle-ci : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »In this case, as in many others, Simon son of Jonas answered for the company. His prompt, definite, memorable reply to his Master’s question was this: “Thou art the Christ, the Son of the living God.”
Cette conception de sa personne satisfit Jésus. Il ne reprocha pas à Pierre d’exagérer en allant si loin au-delà de l’opinion populaire. Au contraire, il approuva entièrement ce que l’ardent disciple avait dit, et exprima sa satisfaction en des termes qui n’avaient rien de froid ni de mesuré. Jamais peut-être il ne parla dans un langage plus animé, ni avec une plus grande apparence d’émotion profonde. Il déclara solennellement Pierre « heureux » à cause de sa foi ; il parla pour la première fois d’une Église qui serait fondée et qui professerait la foi de Pierre comme son credo ; il promit à ce disciple une grande autorité dans cette Église, comme s’il lui était reconnaissant d’avoir été le premier à mettre en paroles cette vérité capitale, et de l’avoir énoncée si hardiment au milieu de l’incrédulité générale et d’une croyance fruste et défectueuse ; et il exprima, dans les termes les plus forts possibles, sa confiance que l’Église encore à fonder résisterait à travers tous les âges à tous les assauts des puissances des ténèbres.With this view of His person Jesus was satisfied. He did not charge Peter with extravagance, in going so far beyond the opinion of the populace. On the contrary, He entirely approved of what the ardent disciple had said, and expressed His satisfaction in no cold or measured terms. Never, perhaps, did He speak in more animated language, or with greater appearance of deep emotion. He solemnly pronounced Peter “blessed” on account of his faith; He spake for the first time of a church which should be founded, professing Peter’s faith as its creed; He promised that disciple great power in that church, as if grateful to him for being the first to put the momentous truth into words, and for uttering it so boldly amid prevailing unbelief, and crude, defective belief; and He expressed, in the strongest possible terms, His confidence that the church yet to be founded would stand to all ages proof against all the assaults of the powers of darkness.
La confession de Simon, interprétée honnêtement, semble contenir ces deux propositions : que Jésus était le Messie, et qu’il était divin. « Tu es le Christ », dit-il d’abord, en se référant sciemment aux opinions du peuple qui avaient été rapportées — « Tu es le Christ », et non simplement un prophète venu préparer la voie du Christ. Puis il ajouta : « le Fils de Dieu », pour expliquer ce qu’il entendait par le terme de Christ. Le Messie qu’attendaient les Juifs en général n’était qu’un homme, bien qu’un homme très supérieur, l’homme idéal doté de dons extraordinaires. Le Christ du credo de Pierre était plus qu’un homme — un être surhumain, divin. C’est cette vérité qu’il chercha à exprimer dans la seconde partie de sa confession. Il appela Jésus Fils de Dieu, en se référant manifestement au nom que son Maître venait de se donner — Fils de l’homme. « Tu es, voulait-il dire, non seulement ce que tu viens de t’appeler toi-même, et ce que, dans l’humilité de ton esprit, tu as coutume de t’appeler — le Fils de l’homme ; tu es aussi Fils de Dieu, participant de la nature divine non moins réellement que de la nature humaine. » Enfin, il plaça l’épithète « vivant » devant le nom divin, pour exprimer sa conscience de faire une déclaration de très grande portée, et pour donner à cette déclaration un caractère solennel et délibéré. C’était comme s’il disait : « Je sais que ce n’est pas une chose légère d’appeler quelqu’un, même toi, Fils de Dieu, de l’unique Jéhovah vivant et éternel. Mais je ne recule pas devant cette affirmation, si hardie, si surprenante, voire si blasphématoire qu’elle puisse paraître. Je ne puis, par aucune autre expression, rendre justice à tout ce que je sais et ressens à ton sujet, ni rendre l’impression qu’a laissée dans mon esprit ce dont j’ai été témoin pendant le temps où je t’ai suivi comme disciple. »Simon’s confession, fairly interpreted, seems to contain these two propositions,—that Jesus was the Messiah, and that He was divine. “Thou art the Christ,” said he in the first place, with conscious reference to the reported opinions of the people,—“Thou art the Christ,” and not merely a prophet come to prepare Christ’s way. Then he added: “the Son of God,” to explain what he understood by the term Christ. The Messiah looked for by the Jews in general was merely a man, though a very superior one, the ideal man endowed with extraordinary gifts. The Christ of Peter’s creed was more than man—a superhuman, a divine being. This truth he sought to express in the second part of his confession. He called Jesus Son of God, with obvious reference to the name His Master had just given Himself—Son of man. “Thou,” he meant to say, “art not only what Thou hast now called Thyself, and what, in lowliness of mind, Thou art wont to call Thyself—the Son of man; Thou art also Son of God, partaking of the divine nature not less really than of the human.” Finally, he prefixed the epithet “living” to the divine name, to express his consciousness that he was making a very momentous declaration, and to give that declaration a solemn, deliberate character. It was as if he said: “I know it is no light matter to call any one, even Thee, Son of God, of the One living eternal Jehovah. But I shrink not from the assertion, however bold, startling, or even blasphemous it may seem. I cannot by any other expression do justice to all I know and feel concerning Thee, or convey the impression left on my mind by what I have witnessed during the time I have followed Thee as a disciple.”
5. « Non, jamais tu ne me laveras les pieds »5. “Thou Shalt Never Wash My Feet”
A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapitre XXI, « Le Maître qui sert ». Extrait assigné ; traduction du Séminaire théologique de Chapala. Les interprétations sont celles de l’auteur.A. B. Bruce, The Training of the Twelve (1871), chapter XXI, “The Master Serving”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Par lequel des Douze Jésus commença, on ne nous le dit pas ; mais nous savons, comme nous aurions pu le deviner sans qu’on nous le dise, qui fut le premier à dire ce qu’il pensait de cette action singulière. Quand vint le tour de Pierre, il s’était assez remis de la stupéfaction — sous l’influence de laquelle les premiers lavés avaient peut-être cédé passivement à la volonté de leur Seigneur — pour être capable de réfléchir à l’inconvenance d’un tel renversement de la juste relation entre le maître et les serviteurs. C’est pourquoi, quand Jésus vint à lui, ce disciple franc lui demanda avec étonnement : « Toi, Seigneur, tu me laves les pieds ! » Son esprit se révolta contre la proposition, comme portant atteinte à la dignité de son Seigneur bien-aimé et comme un outrage à son propre sentiment de respect. Cet élan d’aversion instinctive ne faisait nullement honte à Pierre, et il ne fut manifestement pas désapprouvé par son Maître. La réponse de Jésus à son objection est d’un ton nettement respectueux : « Ce que je fais, dit-il, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt » ; reconnaissant pratiquement que la démarche en question avait besoin d’explication, et que l’opposition de Pierre était, en premier lieu, parfaitement naturelle. « Je reconnais, voulait-il dire, que mon action présente heurte les sentiments de respect que tu nourris à juste titre envers moi. Néanmoins, laisse faire. Je fais cela pour des raisons que tu ne comprends pas maintenant, mais que tu comprendras avant peu. »With which of the twelve Jesus made a beginning we are not informed; but we know, as we might have guessed without being told, who was the first to speak his mind about the singular transaction. When Peter’s turn came, he had so far recovered from the amazement, under whose influence the first washed may have yielded passively to their Lord’s will, as to be capable of reflecting on the indecency of such an inversion of the right relation between master and servants. Therefore, when Jesus came to him, that outspoken disciple asked, in astonishment, “Lord, washest Thou my feet?” His spirit rose in rebellion against the proposal, as one injurious to the dignity of his beloved Lord, and as an outrage upon his own sense of reverence. This impulse of instinctive aversion was by no means discreditable to Peter, and it was evidently not regarded with disapprobation by his Master. The reply of Jesus to his objection is markedly respectful in tone: “What I do,” He said, “thou knowest not now, but thou shalt know hereafter;” virtually admitting that the proceeding in question needed explanation, and that Peter’s opposition was, in the first place, perfectly natural. “I acknowledge,” He meant to say, “that my present action is an offence to the feelings of reverence which you rightly cherish towards me. Nevertheless, suffer it. I do this for reasons which you do not comprehend now, but which you shall understand ere long.”
Si Pierre s’était contenté de cette réponse conciliante, sa conduite aurait été entièrement exempte de blâme. Mais il ne s’en contenta pas ; il persista dans son opposition après que Jésus eut clairement indiqué sa volonté, et s’écria avec véhémence et obstination : « Non, jamais tu ne me laveras les pieds ! » Le ton change ici complètement. La première parole de Pierre était l’expression d’un respect sincère ; la seconde n’est que le langage d’une irrévérence sans mélange et d’une franche désobéissance. Il contredit grossièrement son Maître et, pouvons-nous ajouter, il se contredit en même temps catégoriquement lui-même. Toute sa conduite en cette occasion présente un étrange mélange de contraires moraux : abaissement de soi et volonté propre, humilité et orgueil, respect et manque de respect envers Jésus, à qui il parle tantôt comme à quelqu’un dont il n’est pas digne de délier la courroie des souliers, et tantôt comme à quelqu’un à qui il pourrait dicter des ordres. Quel homme étrange ! Mais en vérité, combien nous sommes tous étranges !Had Peter been satisfied with this apologetic reply, his conduct would have been entirely free from blame. But he was not content, but persisted in opposition after Jesus had distinctly intimated His will, and vehemently and stubbornly exclaimed: “Thou shalt never wash my feet!” The tone here changes utterly. Peter’s first word was the expression of sincere reverence; his second is simply the language of unmitigated irreverence and downright disobedience. He rudely contradicts his Master, and at the same time, we may add, flatly contradicts himself. His whole behaviour on this occasion presents an odd mixture of moral opposites: self-abasement and self-will, humility and pride, respect and disrespect for Jesus, to whom he speaks now as one whose shoe-latchet he is not worthy to unloose, and anon as one to whom he might dictate orders. What a strange man! But, indeed, how strange are we all!
Pierre ayant ainsi changé de ton, Jésus jugea nécessaire de changer le sien aussi, passant de la douceur conciliante de sa première réponse à une sévérité magistrale. « Si je ne te lave, dit-il gravement, tu n’auras point de part avec moi » ; ce qui voulait dire : « Tu as pris une position des plus graves, Simon Pierre ; la question en jeu est tout simplement celle-ci : seras-tu, oui ou non, admis dans mon royaume — pour être un vrai disciple, et recevoir la récompense d’un vrai disciple ? »Peter having so changed his tone, Jesus found it needful to alter His tone too, from the apologetic mildness of the first reply to that of magisterial sternness. “If I wash thee not,” He said gravely, “thou hast no part with me;” meaning, “Thou hast taken up a most serious position, Simon Peter; the question at issue being simply, Are you or are you not to be admitted into my kingdom—to be a true disciple, and to have a true disciple’s reward?”
À première vue, il est difficile de voir comment telle pouvait être la question. On est tenté de penser que Jésus se laissait aller à l’exagération pour intimider un disciple récalcitrant et l’amener à se soumettre à sa volonté. Si nous rejetons cette manière d’interpréter comme incompatible avec le caractère de celui qui parle et avec la gravité du moment, nous sommes ramenés à la question : que signifie « laver » dans cette déclaration ? Manifestement, cela signifie plus que ce que l’on entend, plus que le simple lavage littéral des pieds ; et il faut y voir un symbole de la purification de l’âme du péché, ou, de façon plus large encore et, à notre avis, plus juste, comme représentant tout ce qui, dans l’enseignement et l’œuvre du Christ, serait compromis si l’on appliquait avec logique le principe sur lequel reposait l’opposition de Pierre à ce que Jésus lui lave les pieds. Dans l’une ou l’autre hypothèse, la déclaration de Jésus était vraie : dans la première, de manière évidente ; dans la seconde, de manière moins évidente, mais non moins réelle, comme nous allons le montrer.On a surface view, it is difficult to see how this could be the state of the question. One is tempted to think that Jesus was indulging in exaggeration, for the purpose of intimidating a refractory disciple into compliance with His will. If we reject this method of interpretation as incompatible with the character of the speaker and the seriousness of the occasion, we are thrown back on the inquiry, What does washing in this statement mean? Evidently it signifies more than meets the ear, more than the mere literal washing of the feet; and is to be regarded as a symbol of the washing of the soul from sin, or still more comprehensively, and in our opinion more correctly, as representing all in Christ’s teaching and work which would be compromised by the consistent carrying out of the principle on which Peter’s opposition to the washing of his feet by Jesus was based. On either supposition, the statement of Jesus was true: in the former case obviously; in the latter not so obviously, but not less really, as we proceed to show.
Observez donc ce qu’impliquait l’attitude adoptée par Pierre. Il se plaçait en fait sur ces deux positions : il n’admettrait rien qui semblât incompatible avec la dignité personnelle de son Seigneur, et il adopterait comme règle de conduite son propre jugement de préférence à la volonté du Christ ; la première position étant impliquée dans la question « Tu me laves les pieds ? », la seconde dans la résolution « Jamais tu ne me laveras les pieds ». En d’autres termes, le terrain pris par ce disciple compromettait toute la somme et toute la substance du christianisme ; le premier principe balayant tout l’état et toute l’expérience d’humiliation du Christ, et le second ne sapant pas moins sûrement le fondement de la seigneurie du Christ.Observe, then, what was involved in the attitude assumed by Peter. He virtually took his stand on these two positions: that he would admit of nothing which seemed inconsistent with the personal dignity of his Lord, and that he would adopt as his rule of conduct his own judgment in preference to Christ’s will; the one position being involved in the question, Dost Thou wash my feet? the other in the resolution, Thou shalt never wash my feet. In other words, the ground taken up by this disciple compromised the whole sum and substance of Christianity; the former principle sweeping away Christ’s whole state and experience of humiliation, and the latter not less certainly sapping the foundation of Christ’s lordship.