1. L’intelligence discernable dans la nature1. Mind Discernible in Nature
George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapitre 2, « Les arguments en faveur de l’existence de Dieu : leur fonction en général et considérés un à un ». Extrait au programme. Les interprétations sont celles de l’auteur.George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapter 2, “The Arguments for the Being of God: Their Function in General and as Severally Considered”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Que sont les lois de la nature ? Elles sont une description de l’interaction observée et habituelle des choses. Hypostasier la « Loi », au singulier ou au pluriel, si l’on entend par là plus qu’une figure de style, c’est instituer une forme grossière de culte de la nature. Les lois sont les règles selon lesquelles agit la puissance unique à l’œuvre dans la nature, ou, si l’on préfère le penser ainsi, les multiples forces de la nature. Nous ne pouvons pas les concevoir autrement que comme prescrites, comme ordonnées en vue de produire leurs effets. En d’autres termes, l’ordre de la nature est une disposition de l’intelligence. Cela explique la joie qui jaillit dans l’esprit lorsqu’il découvre quelque grande loi qui donne de la simplicité à des phénomènes naturels apparemment complexes. La pensée accède à la réalité grâce à leur affinité mutuelle. L’esprit reconnaît quelque chose qui lui est apparenté. Il découvre une pensée de Dieu.What are the laws of Nature? They are a description of the observed and customary interaction of things. To hypostatize "Law," either in the singular or the plural, if more than a figure of speech is meant, is to set up a crude species of Nature-worship. Laws are the rules conformably to which the unitary power operative in Nature, or, if one pleases so to think, the multiple forces in Nature, act. We cannot think of them otherwise than as prescribed, as ordained to the end that they may work out their effects. In other words, the order of Nature is an arrangement of intelligence. This explains the joy that springs up in the mind on the discovery of some great law which gives simplicity to seemingly complex natural phenomena. Thought gains access to reality through their mutual affinity. The mind recognizes something akin to itself. It discovers a thought of God.
Les normes selon lesquelles la faculté de connaître distingue, relie et classe les objets de la nature impliquent que la nature elle-même a été préalablement ordonnée selon les mêmes normes, ou qu’elle est le produit d’un esprit. C’est conformément aux catégories — le temps, l’espace, la quantité, la qualité, etc. — selon lesquelles l’esprit distingue les objets naturels, et comprend ainsi la nature, que la nature a été façonnée. Autrement dit, il y a de l’intelligence exprimée dans la nature. La science est l’énoncé des expressions de pensée et de dessein qui sont incorporées dans la nature. Un chien ne voit sur une page imprimée que des marques dépourvues de sens sur un fond blanc. Pour nous, elles contiennent et transmettent des idées, et nous mettent en communion avec l’esprit de l’auteur. Il en est de même de la nature. Prenez un livre d’astronomie. Si le monde stellaire n’était pas un système intellectuel, un tel ouvrage serait impossible. Le ciel lui-même est le livre que lit l’astronome, et le traité écrit n’est que la transcription des pensées qu’il y trouve.The norms according to which the knowing faculty discriminates, connects, and classifies the objects in Nature, imply that Nature herself has been prearranged according to the same norms, or is the product of mind. In conformity to the categories — time, space, quantity, quality, etc. — according to which the mind distinguishes natural objects, and thus comprehends Nature, Nature has been framed. That is to say, there is mind expressed in Nature. Science is the statement of the expressions of thought and purpose which are incorporated in Nature. A dog sees on a printed page only meaningless marks on a white ground. To us they contain and convey ideas, and bring us into communion with the mind of the author. So it is with Nature. Take a book of astronomy. If the stellar world were not an intellectual system, such a work would be impossible. The sky itself is the book which the astronomer reads, and the written treatise is merely a transcript of the thoughts which he finds there.
Cette vérité est présentée avec beaucoup de force et d’éloquence par l’un des plus éminents mathématiciens de notre temps, feu Benjamin Pierce. Il parle de la nature comme « imprégnée d’une pensée intelligible », de « l’étonnante intellectualité inscrite dans le monde matériel inconscient », où il n’y a « aucun recoin obscur d’une obscurité sans espoir », de « l’empire de l’ordre intellectuel que l’on trouve partout », « des vastes conceptions intellectuelles dans la nature ». Ignorer Dieu comme auteur de la nature aussi bien que de l’esprit est aussi absurde que de faire de « l’hymne le rejeton d’un son inconscient ». « Si l’on concède que l’origine commune de l’esprit et de la matière réside dans le décret d’un Créateur, l’identité cesse d’être un mystère. »This truth is presented with much force and eloquence by one of the most eminent mathematicians of the age, the late Benjamin Pierce. He speaks of Nature as "imbued with intelligible thought," of "the amazing intellectuality inwrought into the unconscious material world," in which there is "no dark corner of hopeless obscurity," of the "dominion of intellectual order everywhere found," "of the vast intellectual conceptions in Nature." To ignore God as the author of Nature as well as of mind is as absurd as to make "the anthem the offspring of unconscious sound." "If the common origin of mind and matter is conceded to reside in the decree of a Creator, the identity ceases to be a mystery."
La science est le reflet de l’esprit dans la nature. La nature est faite d’objets en interaction qui constituent ensemble un système complet. L’ordre règne dans la nature, ainsi qu’une harmonie universelle. Il faut donc que tous ces objets distincts soient façonnés et conduits de telle sorte qu’ils concourent à soutenir et à favoriser l’ensemble complexe, et non à le bouleverser et à le renverser. Il s’ensuit que l’existence et la conservation du système sont une fin pour la réalisation de laquelle la pluralité des forces — si on les suppose plurielles — et leurs activités particulières sont les moyens. C’est-à-dire que la nature dans sa totalité manifeste un dessein.Science is the reflex of mind in Nature. Nature is made up of interacting objects which constitute together one complete system. Order reigns in Nature, and universal harmony. Hence all these separate objects must be so fashioned and managed that they shall conspire to sustain and promote, and not to convulse and subvert, the complex whole. It follows that the existence and preservation of the system are an end for the realizing of which the plurality of forces — if supposed to be plural — and their special activities are the means. That is, Nature in its totality exhibits design.
La croyance au dessein a été à la racine de la découverte scientifique. Elle a suggéré les hypothèses que la recherche a vérifiées. Telle fut la source de la découverte par Newton de la loi de la gravitation. Harvey fut conduit à découvrir le vrai système de la circulation du sang en observant que, dans les canaux par lesquels le sang s’écoule, une série de valvules s’ouvre vers le cœur, tandis qu’une autre s’ouvre dans la direction opposée. Il avait foi en la prudence de la nature. Robert Boyle nous dit : « Je me souviens que lorsque je demandai à notre célèbre Harvey quelles étaient les choses qui l’avaient amené à penser à la circulation du sang, il me répondit que, lorsqu’il avait remarqué les valvules situées en de nombreuses parties du corps, placées de manière à laisser au sang le libre passage vers le cœur, mais à s’opposer au passage du sang veineux en sens contraire, il avait été invité à penser qu’une cause aussi prudente que la nature n’avait pas placé tant de valvules sans dessein, et qu’aucun dessein ne semblait plus probable que celui-ci : puisque le sang ne pouvait guère, à cause des valvules interposées, être envoyé par les veines vers les extrémités, il devait être envoyé par les artères et revenir par les veines, dont les valvules ne s’opposaient pas à son cours dans ce sens. » Kepler fut poussé à ses découvertes par « une foi exaltée, antérieure et supérieure à toute science, en l’existence de relations intimes entre la constitution de l’esprit de l’homme et celle du firmament de Dieu ». Une telle foi est à la racine de « l’inspiration prophétique des géomètres », que le progrès de l’observation vérifie.The belief in design has been at the root of scientific discovery. It has suggested the hypotheses which investigation has verified. Such was the source of Newton's discovery of the law of gravitation. Harvey was led to find out the true system of the circulation of the blood by observing that in the channels through which the blood flows, one set of valves opens toward the heart, while another set opens in the opposite direction. He had faith in the prudence of nature. Robert Boyle tells us: — "I remember that when I asked our famous Harvey what were the things that induced him to think of the circulation of the blood, he answered me, that when he took notice of the valves in many parts of the body, so placed that they gave free passage to the blood toward the heart, but opposed to the passage of the venous blood the contrary way, he was invited to think that so prudent a cause as nature had not placed so many valves without a design, and no design seemed more probable than that, since the blood could not well, because of the intervening valves, be sent by the veins to the limits, it should be sent through the arteries, and returned through the veins, whose valves did not oppose its course that way." Kepler was moved to his discoveries by "an exalted faith, anterior and superior to all science, in the existence of intimate relations between the constitution of man's mind and that of God's firmament." Such a faith is at the root of "the prophetic inspiration of the geometers," which the progress of observation verifies.
2. Un nouvel idéal de l’homme et une puissance pour le réaliser2. A New Ideal of Man and a Power to Realize It
George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapitre 5, « La mission divine de Jésus attestée par l’action transformatrice du christianisme dans la société humaine ». Extrait au programme. Les interprétations sont celles de l’auteur.George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapter 5, “The Divine Mission of Jesus Attested by the Transforming Agency of Christianity in Human Society”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Jésus-Christ a apporté au monde un nouvel idéal de l’homme — l’homme individuel et l’homme social. Ce n’était pas tout. Si cela avait été tout, la condition des hommes n’aurait peut-être pas été sensiblement modifiée. Il a apporté en même temps une force capable de réaliser — non pas magiquement, mais par degrés lents — cet idéal. C’est dans ce double caractère — la perfection de l’idéal moral et le merveilleux stimulant donné à sa réalisation pratique — que se manifeste la supériorité transcendante de la religion chrétienne. Les sages de l’Antiquité ont présenté des conceptions élevées, quoique toujours imparfaites, de ce que l’homme et la société devraient être ; mais ces conceptions sont restées inopérantes. Elles n’ont même pas suffi à élever beaucoup d’individus. Leur effet sur la vie sociale et politique fut faible. Le Grec, intellectuel et polyvalent, parvint à la culture, mais son idéal de l’homme était défectueux. La véracité, « l’or du caractère », n’était pas l’une de ses vertus caractéristiques. Il n’y avait aucune force vivifiante pour préserver le Grec de la dégénérescence et de la corruption. Il n’y avait pas davantage de puissance salvatrice dans la loi et l’organisation politique que Rome créa. Ni le savoir et la philosophie grecs, ni la politique et la jurisprudence romaines ne purent arracher l’humanité à la dégradation, ni même maintenir la puissance qu’elles avaient exercée. Avec Christ vinrent un idéal plus noble et une force pour élever les hommes jusqu’à lui. Cette force résidait en Jésus lui-même.Jesus Christ brought into the world a new ideal of man — man individual and man social. This was not all. Had this been all, the condition of men might not have been materially altered. He brought in at the same time a force adequate to effect — though not magically, but by slow degrees — the realization of this ideal. It is in its double character — in the perfection of the moral ideal, and in the wonderful stimulus to the practical realization of it — that the transcendent superiority of the Christian religion is manifest. The sages of antiquity presented high though always imperfect conceptions of what man and society should be; but those conceptions remained inoperative. They did not avail for the elevation of many individuals even. Their effect on social and political life was small. Culture was attained by the intellectual and versatile Greek, but the ideal of manhood was faulty. Truthfulness, "the gold of character," was not one of his characteristic virtues. There was no life-giving force to save the Greek from degeneracy and corruption. No more was there a saving power in the law and polity which Rome created. Neither Greek learning and philosophy, nor Roman politics and jurisprudence, could rescue mankind from degradation, or even keep up what power they had exerted. With Christ there came in a nobler ideal and a force to lift men up to it. That force resided in Jesus himself.
La pensée centrale de Jésus était la religion — la relation de l’homme avec Dieu. Retirez cette idée selon laquelle la vraie vie de l’homme consiste dans cette relation filiale avec le Père céleste, et le principe vital est perdu du système de Jésus. Les sources de sa puissance sont taries : la racine est morte, et les branches se dessèchent. Car à cette idée est inséparablement liée son estimation de la valeur de l’âme. Chaque individu, selon l’enseignement de Christ, a une valeur incalculable. Celle-ci ne dépend pas de sa condition extérieure. Lazare, le mendiant à la porte, était sur un pied d’égalité avec le riche à sa table somptueuse. À la surprise des disciples, Jésus conversa avec une femme du peuple au bord d’un puits. Qu’était une femme, et une femme pauvre, et même une femme dépravée, pour que le Maître perde son temps à l’éclairer ? Il prenait dans ses bras les petits enfants quand les disciples « les en empêchaient ». Ce n’était pas la volonté du Père qu’un seul de ces petits pérît. Le transgresseur de la loi humaine et divine, le paria, homme ou femme — il voyait en chacun quelque chose d’une valeur impérissable.The central thought of Jesus was religion — man's relation to God. Take out this idea of man's true life as consisting in that filial relation to the heavenly Father, and the vital principle is lost from the system of Jesus. The sources of its power are dried up: the root is dead, and the branches wither away. For with this idea is inseparably connected his estimate of the worth of the soul. Every individual, according to the teaching of Christ, has an incalculable worth. This does not depend on his outward condition. Lazarus, the beggar at the gate, was on a footing of equality with Dives at his luxurious table. To the surprise of the disciples, Jesus conversed with a peasant woman at a well. What was a woman, and a poor woman, even a depraved woman, that the Master should waste time in order to enlighten her? Little children he took in his arms when the disciples "forbade them." It was not the will of the Father that one of these little ones should perish. The transgressor of human and divine law, the male or female outcast — he saw in each something of imperishable value.
À cette idée de la valeur de l’homme est associée la reconnaissance de chaque individu comme une fin en soi. Aucun homme n’est fait simplement pour accroître les intérêts d’un autre homme ou pour servir à sa satisfaction. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le plus grand est celui qui a le plus l’esprit de sacrifice. Qu’un homme se serve d’un autre homme ou d’une femme comme d’un instrument pour son propre plaisir ou son propre avancement est un acte d’une cruauté et d’une bassesse inconcevables. L’égalité des hommes quant à leur valeur, quels que soient leurs talents, leurs biens, leur rang, leur pouvoir ou leur condition à quelque égard que ce soit, est une vérité cardinale. Elle découle de leur relation commune avec Dieu, comme créatures et comme enfants, et du bienfait commun de la rédemption, auquel tous ont part également. Dans la communauté des enfants de Dieu, il n’y avait aucune distinction entre esclave et homme libre, riche et pauvre, homme et femme, Grec et barbare. Tous — qu’ils appartiennent aux branches fortes et intellectuelles de l’humanité ou à celles que l’on estime peu, que leur sort soit parmi les prospères ou parmi les malheureux — sont au même niveau. Ils sont « frères ».With this idea of the worth of man, there is associated the recognition of every individual as an end in himself. No man is made merely to enhance the interests, or minister to the gratification, of another man. "Thou shalt love thy neighbor as thyself." He is the greatest who has most of the spirit of self-sacrifice. For one man to use another man or a woman as an instrument of his own pleasure or advancement, is an act of inconceivable cruelty and baseness. The equality of men as regards worth or value, be their talents, property, station, power, or condition in any particular what they may, is a cardinal truth. It is a deduction from their common relation, as creatures and children, to God, and from the common benefit of redemption, in which all alike share. In the community of God's children there was no distinction of bondman or freeman, rich or poor, male or female, Greek or barbarian. All — be their nationality that of the strong and intellectual branches of mankind, or of those little esteemed; be their lot among the prosperous or the unfortunate — are on a level. They are "brethren."
L’idéal chrétien embrassait la sanctification de la vie entière. Il ne renversait pas les relations établies entre les hommes, dans la mesure où elles étaient conformes à la nature et au droit. Il leur insufflait un esprit nouveau. Il se mit à l’œuvre non pour abattre, mais pour purifier la famille et l’État, et pour élever chacune de ces institutions à la norme idéale. Chacune devait être amenée à remplir sa vraie fonction, et à devenir une source de la plus haute bienfaisance possible.The Christian ideal embraced the sanctification of the entire life. It did not subvert established relations between man and man, as far as they were conformed to nature and right. It infused into them a new spirit. It set to work not to pull down, but to purify, the family and the state, and to raise each of these institutions to the ideal standard. Each was to be led to fulfil its true function, and to become a fountain of the highest possible beneficence.
3. L’impeccabilité de Jésus3. The Sinlessness of Jesus
George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapitre 7, « La conscience qu’avait Jésus d’une vocation surnaturelle, rendue crédible par son caractère sans péché ». Extrait au programme. Les interprétations sont celles de l’auteur.George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapter 7, “The Consciousness in Jesus of a Supernatural Calling Rendered Credible by His Sinless Character”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Il n’y a pas ici la place de s’attarder sur cette merveilleuse union de vertus dans le caractère de Jésus — des vertus souvent apparemment opposées. Ce n’était pas la piété sans la philanthropie, ni la philanthropie sans la piété, mais les deux dans l’union la plus étroite. C’était l’amour de Dieu et l’amour de l’homme, chacun en perfection, et tous deux formant un seul esprit. Ce n’était pas la compassion seule, séparée du sentiment de la justice ; ni la droiture austère et sans pitié. C’était la compassion et la justice, l’esprit d’amour et l’esprit de vérité, sans que l’un heurte l’autre. Il y avait un profond souci de l’âme et de la vie à venir, mais aucune indifférence cynique à la souffrance et au bien-être humains d’ici-bas. Il y avait un courage qui ne tremblait devant aucun adversaire, mais sans le moindre élément de témérité insouciante, et respectueux des limites de la prudence. Il y avait une dignité qui n’avait besoin d’aucun insigne pour la soutenir, et qui pourtant se mêlait à une douce humilité. Il y avait des reproches pour les plus orgueilleux, un démasquage implacable des oppresseurs des pauvres à l’air dévot, et les paroles les plus douces pour l’enfant, le malade souffrant, le malfaiteur repentant. Il y avait un profond souci du bien de grandes multitudes d’hommes, de la nation, du genre humain, et pourtant une affection sincère pour une simple famille, un tendre intérêt pour l’individu le plus humble, même indigne.There is not room here to dwell on that marvellous unison of virtues in the character of Jesus, — virtues often apparently contrasted. It was not piety without philanthropy, or philanthropy without piety, but both in the closest union. It was love to God and love to man, each in perfection, and both forming one spirit. It was not compassion alone, not disunited from the sentiment of justice; nor was it rectitude, austere, unpitying. It was compassion and justice, the spirit of love and the spirit of truth, neither clashing with the other. There was a deep concern for the soul and the life to come, but no cynical indifference to human suffering and well-being now. There was courage that quailed before no adversary, but without the least ingredient of reckless daring, and observant of the limits of prudence. There was a dignity which needed no insignia to uphold it, yet was mixed with a sweet humility. There was rebuke for the proudest, a relentless unmasking of sanctimonious oppressors of the poor, and the gentlest words for the child, the suffering invalid, the penitent evil-doer. There was a deep concern for the good of large bodies of men, for the nation, for the race of mankind, yet a heartfelt affection for the single family, a tender interest in the humblest individual, even when unworthy.
Il est un fait qui devrait dissiper toute ombre de doute quant à l’absolue impeccabilité de Jésus. Que ce fait soit sérieusement médité. Il était entièrement exempt d’auto-accusation, de la conscience d’une faute ; alors que, s’il y avait eu un manquement au devoir, son sentiment de culpabilité aurait été intense et écrasant. Il en aurait nécessairement été ainsi s’il n’y avait eu qu’une seule défaillance — un seul cas, même en pensée, d’infidélité envers Dieu et la conscience. Mais une telle offense n’aurait pas pu exister isolément ; elle aurait souillé le caractère. Le péché ne vient pas et ne disparaît pas comme un nuage qui passe. Le péché n’est jamais une souillure microscopique. Le péché se propage de lui-même. Son premier pas est une chute et le commencement d’une habitude. Nous le répétons : la conscience d’un défaut moral chez quelqu’un tel que nous savons qu’était Jésus, et tel qu’on reconnaît universellement qu’il fut, se serait infailliblement trahie par les manifestations les plus claires d’une culpabilité consciente, de pénitence ou de remords.There is one fact which ought to dispel every shadow of doubt as to the absolute sinlessness of Jesus. Let this fact be seriously pondered. He was utterly free from self-accusation, from the consciousness of fault; whereas, had there been a failure in duty, his sense of guilt would have been intense and overwhelming. This must have been the case had there been only a single lapse, — one instance, even in thought, of infidelity to God and conscience. But no such offence could have existed by itself; it would have tainted the character. Sin does not come and disappear, like a passing cloud. Sin is never a microscopic taint. Sin is self-propagating. Its first step is a fall and the beginning of a habit. We reiterate that a consciousness of moral defect in such an one as we know that Jesus was, and as he is universally conceded to have been, must infallibly have betrayed itself in the clearest manifestations of conscious guilt, of penitence, or of remorse.
L’extrême délicatesse de son sens moral est parfaitement évidente. Sa critique morale descend jusqu’aux replis secrets du cœur. Il exige, remarquons-le, le jugement de soi-même : « Ôte premièrement la poutre de ton œil » ; « Ne jugez point. » Sa condamnation du mal moral est absolument sans ménagement ; ses racines mêmes dans le désir illicite doivent être extirpées. Il sait combien les hommes sont pécheurs. Il leur enseigne à tous à prier : « Pardonne-nous nos offenses » ; et pourtant il n’y a pas la moindre étincelle d’indice qu’il ait jamais ressenti le besoin d’offrir cette prière pour lui-même. Du début à la fin, il n’y a pas un murmure de reproche envers lui-même. Il prie souvent, il a besoin du secours d’en haut ; mais il n’y a aucune confession d’indignité personnelle. Les hommes se souviennent généralement de leurs péchés quand le malheur les frappe. Les exclamations de Jésus en présence de ses compagnons intimes, alors qu’il succombait sous le fardeau de la tristesse, nous ont été transmises — et rien n’indique de la part des disciples une disposition à voiler ou à déformer ce qu’il éprouvait intérieurement — mais pas la moindre conscience d’une faute ne se trahit dans ces épanchements spontanés. « La sienne était une piété sans conscience du péché, et sans expression de repentance. »The extreme delicacy of his moral sense is perfectly obvious. His moral criticism goes down to the secret recesses of the heart. He demands, be it observed, self-judgment: "First cast the beam out of thine own eye;" "Judge not." His condemnation of moral evil is utterly unsparing; the very roots of it in illicit desire are to be extirpated. He knows how sinful men are. He teaches them all to pray, "Forgive us our debts"; yet there is not a scintilla of evidence that he ever felt the need of offering that prayer for himself. From beginning to end there is not a lisp of self-blame. He prays often, he needs help from above; but there is no confession of personal unworthiness. Men generally are reminded of their sins when they are overtaken by calamity. The ejaculations of Jesus in the presence of his intimate associates, when he was sinking under the burden of mental sorrow, are transmitted, — and there is no sign whatever of a disposition on the part of disciples to cloak his mental experiences, or misrepresent them, — but not the slightest consciousness of error is betrayed in these spontaneous outpourings of feeling. "His was a piety with no consciousness of sin, and no expression of repentance."
Que le lecteur compare cette paix ininterrompue de la conscience avec l’auto-châtiment d’un esprit droit qui s’est éveillé aux obligations de la loi divine — la même loi que Jésus enseignait. « Misérable que je suis ! » Aucun langage moindre que ce cri ne suffirait à exprimer la profonde détresse de Paul. Son abaissement de lui-même n’a pas de bornes ; il est « le premier des pécheurs ». Le fardeau de la condamnation de soi est trop lourd à porter pour de tels esprits consciencieux. Si la volonté de Jésus avait jamais succombé au tentateur, si le mal moral avait jamais trouvé entrée dans son cœur, est-il possible que son humiliation eût été moindre, ou moins manifeste ? Cette sereine approbation de soi aurait fui de son âme. Il aurait partagé l’esprit qu’il a dépeint chez le publicain repentant. Le grand Maître, dont les paroles sont une sorte de conscience audible qui nous accompagne toujours, et qui sont plus puissantes que toute autre chose pour aviver le sens du devoir — aurait-il eu si peu de sensibilité morale qu’il se serait faussement déclaré innocent devant Dieu ? Il est psychologiquement impossible qu’il ait été coupable sans le savoir, sans le ressentir vivement, et sans manifester de la componction, ou du remords et de la honte, de la manière la plus évidente. Il n’y eut pas une telle conscience, il n’y eut pas une telle expression de culpabilité. Donc il était sans péché.Let the reader contrast this unbroken peace of conscience with the self-chastisement of an upright spirit which has become alive to the obligations of divine law, — the same law that Jesus inculcated. "Oh, wretched man that I am!" No language short of this outcry will avail to express the abject distress of Paul. There are no bounds to his self-abasement; he is "the chief of sinners." The burden of self-condemnation is too heavy for such conscientious minds to carry. Had the will of Jesus ever succumbed to the tempter, had moral evil ever found entrance into his heart, is it possible that his humiliation would have been less, or less manifest? That serene self-approbation would have fled from his soul. He would have partaken of the spirit which he depicted in the penitent Publican. Had the Great Teacher, whose words are a kind of audible conscience ever attending us, and are more powerful than anything else to quicken the sense of obligation — had he so little moral sensibility as falsely to acquit himself of blame before God? It is psychologically impossible that he should have been blameworthy without knowing it, without feeling it vividly, and without exhibiting compunction, or remorse and shame, in the plainest manner. There was no such consciousness, there was no such expression of guilt. Therefore he was without sin.
4. Les miracles, la loi naturelle et l’objection de Hume4. Miracles, Natural Law, and Hume’s Objection
George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapitre 8, « Les miracles : leur nature, leur crédibilité et leur place parmi les preuves chrétiennes ». Extrait au programme. Les interprétations sont celles de l’auteur.George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapter 8, “Miracles: Their Nature, Credibility, and Place in Christian Evidences”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Que sont les « lois naturelles » ? Elles ne sont pas des causes. Elles n’exercent aucune puissance. Elles ne sont pas un code superposé aux objets naturels. Elles sont simplement l’énoncé généralisé de la manière dont on observe que les objets de la nature agissent et interagissent. Ainsi le miracle ne heurte pas les lois naturelles. Il est une modification de l’effet, due à l’exercice inhabituel de l’agent volontaire qui en est la cause. S’il y a un phénomène nouveau, il est la conséquence naturelle de cette variation. Il n’y a aucune violation de la loi de la gravitation quand on lance une pierre en l’air. La nature est, dans certaines limites, soumise à la volonté humaine. L’intervention de la volonté de l’homme donne l’existence à des phénomènes qu’aucune propriété de la matière, indépendamment de l’agent humain, ne produirait jamais. Pourtant, de tels effets consécutifs à un acte de volonté ne sont pas appelés des violations de la loi. La loi décrit l’action des choses dans la nature lorsque cette action n’est pas modifiée et dirigée par l’agent volontaire qui se tient derrière elle. Si l’efficacité de la volonté divine dépasse infiniment celle de la volonté de l’homme, les miracles n’en sont pas moins réellement compatibles avec les lois naturelles que le fait de lever la main sous l’impulsion d’un acte de volonté. Ce fait évident, peut-on ajouter, réfute l’affirmation que l’on entend parfois, selon laquelle un miracle en un seul lieu détruirait partout l’ordre de la nature.What are "natural laws"? They are not causes. They exert no power. They are not a code superimposed upon natural objects. They are simply a generalized statement of the way in which the objects of Nature are observed to act and interact. Thus the miracle does not clash with natural laws. It is a modification in the effect due to unusual exertion of the voluntary agency which is its cause. If there is a new phenomenon, it is the natural consequence of this variation. There is no violation of the law of gravitation when a stone is thrown into the air. Nature is, within limits, subject to the human will. The intervention of man's will gives being to phenomena which no qualities of matter, independently of the human agent, would ever produce. Yet such effects following upon volition are not said to be violations of law. Law describes the action of things in nature when that action is not modified and controlled by the voluntary agency back of it. If the efficiency of the divine will infinitely outstrips that of the will of man, still miracles are as really consistent with natural laws as the lifting of a man's hand under the impulse of a volition. This obvious fact, it may be added, disproves the statement sometimes heard, that a miracle in any one place would destroy the order of Nature everywhere.
Si l’on discerne la possibilité des miracles, le point suivant à régler est celui de leur crédibilité. La question de savoir si les miracles décrits dans le Nouveau Testament, par lesquels, affirme-t-on, le christianisme a été introduit dans le monde, ont réellement eu lieu doit être tranchée par l’examen des preuves. C’est une question historique, qui doit être résolue par l’application des règles propres à l’enquête historique.If the possibility of miracles is discerned, the next point to be settled is that of their credibility. The question whether the miracles described in the New Testament, by which it is alleged that Christianity was ushered into the world, actually occurred, is to be settled by an examination of the evidence. It is an historical question, and is to be determined by an application of the canons applicable to historical inquiry.
Le grand philosophe sceptique du siècle dernier a déployé son ingéniosité pour tenter de montrer qu’un miracle est, par sa nature même, et donc en toutes circonstances, impossible à prouver. Hume fonde notre croyance au témoignage uniquement sur l’expérience. « La raison, dit-il, pour laquelle nous accordons quelque crédit aux témoins et aux historiens ne vient pas d’une connexion que nous percevrions a priori entre le témoignage et la réalité, mais de ce que nous sommes habitués à trouver une conformité entre eux. » C’est loin d’être un compte rendu complet de l’origine de notre croyance au témoignage. La coutume n’est pas la source première du crédit que nous accordons. La vérité est que nous accordons instinctivement crédit à ce qu’on nous dit ; c’est-à-dire que nous supposons que les faits s’accordent avec le témoignage. L’expérience, certes, sert à modifier cette attente naturelle, et nous apprenons à accorder ou à refuser notre crédit selon les circonstances. La circonstance qui nous détermine à croire ou à ne pas croire est notre conviction quant à la capacité du témoin à établir la vérité sur le sujet de son récit, et quant à son honnêteté. Si nous sommes convaincus qu’il n’a pas pu être trompé et qu’il dit vrai, nous croyons son récit. Sans doute, l’une des choses qui contribuent à déterminer son droit à être cru est la probabilité ou l’improbabilité des faits rapportés. La circonstance que de tels faits ne se sont jamais produits auparavant, ou qu’ils sont « contraires à l’expérience » au sens où Hume prend l’expression, ne détruit pas nécessairement la crédibilité du témoignage qui les rapporte. Un événement n’est pas rendu impossible à prouver parce qu’il se produit, s’il se produit, pour la première fois. À moins qu’on ne puisse montrer qu’il est impossible, ou incroyable pour quelque autre raison que le fait d’être sans précédent, il peut être susceptible d’être prouvé par des témoins. Hume n’est pas fondé à supposer que les miracles sont « contraires à l’expérience », au sens où il définit ce terme. C’est là précisément la question débattue. Les preuves en faveur de l’affirmative, comme l’a justement dit J. S. Mill, sont affaiblies de tout le poids qui appartient aux preuves que certains miracles ont eu lieu.The great sceptical philosopher of the last century displayed his ingenuity in an attempt to show that a miracle is from its very nature, and therefore under all circumstances, incapable of proof. Hume founds our belief in testimony solely on experience. "The reason," he says, "why we place any credit in witnesses and historians is not derived from any connection which we perceive a priori between testimony and reality, but because we are accustomed to find a conformity between them." This is far from being a full account of the origin of our belief in testimony. Custom is not the primary source of credence. The truth is, that we instinctively give credit to what is told us; that is, we assume that the facts accord with testimony. Experience, to be sure, serves to modify this natural expectation, and we learn to give or withhold credence according to circumstances. The circumstance which determines us to believe or disbelieve is our conviction respecting the capacity of the witness for ascertaining the truth on the subject of his narration and respecting his honesty. If we are convinced that he could not have been deceived, and that he is truthful, we believe his story. No doubt one thing which helps to determine his title to credit is the probability or improbability of the occurrences related. The circumstance that such occurrences have never taken place before, or are "contrary to experience" in Hume's sense of the phrase, does not of necessity destroy the credibility of testimony to them. An event is not rendered incapable of proof because it occurs, if it occurs at all, for the first time. Unless it can be shown to be impossible, or incredible on some other account than because it is an unexampled event, it may be capable of being proved by witnesses. Hume is not justified in assuming that miracles are "contrary to experience," as he defines this term. This is the very question in dispute. The evidence for the affirmative, as J. S. Mill has correctly stated, is diminished in force by whatever weight belongs to the evidence that certain miracles have taken place.
L’essentiel de l’argumentation de Hume tient dans cette remarque : « Supposons que le fait qu’ils [les témoins] affirment, au lieu d’être seulement merveilleux, soit réellement miraculeux ; et supposons aussi que le témoignage, considéré à part et en lui-même, équivaille à une preuve entière : dans ce cas, il y a preuve contre preuve, et la plus forte doit l’emporter », etc. Au mieux, selon Hume, dans chaque cas où l’on allègue un miracle, une preuve en contrebalance une autre. Une faille de cet argument vient d’être signalée. Le sophisme fondamental de ce raisonnement est dans les prémisses, qui fondent la croyance sur l’« expérience » nue, séparée de toutes les attentes rationnelles tirées de quelque autre source. L’argument part de la supposition qu’un miracle est tout aussi susceptible de se produire en un lieu qu’en un autre ; qu’un miracle par lequel les marques de la véracité seraient transformées en un masque d’erreur et de mensonge est aussi susceptible de se produire que (par exemple) la guérison d’un aveugle par un toucher de la main. Il pourrait en être ainsi si la Puissance qui gouverne le monde était dépourvue d’attributs moraux. « La question est de savoir si la présomption contre les miracles en tant que simples phénomènes physiques est réfutée par la présomption en faveur des miracles en tant qu’œuvres d’une bienveillance infinie. » L’argument de Hume n’est valable que dans la théorie de l’athéisme.The gist of Hume's argumentation is contained in this remark, "Let us suppose that the fact which they [the witnesses] affirm, instead of being only marvellous, is really miraculous; and suppose, also, that the testimony, considered apart and in itself, amounts to an entire proof: in that case, there is proof against proof, of which the strongest must prevail," etc. At the best, according to Hume, in every instance where a miracle is alleged, proof balances proof. One flaw in this argument has just been pointed out. The fundamental fallacy of this reasoning is in the premises, which base belief on naked "experience" divorced from all rational expectations drawn from any other source. The argument proceeds on the assumption that a miracle is just as likely to occur in one place as in another; that a miracle whereby the marks of truthfulness are transformed into a mask of error and falsehood is as likely to occur as (for example) the healing of a blind man by a touch of the hand. This might be so if the Power that governs the world were destitute of moral attributes. "The question is whether the presumption against miracles as mere physical phenomena is rebutted by the presumption in favor of miracles as works of infinite benevolence." Hume's argument is valid only on the theory of Atheism.
5. La résurrection et l’échec de la théorie des visions5. The Resurrection and the Failure of the Vision Theory
George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapitre 9, « Preuve des miracles de Christ indépendamment d’une enquête particulière sur les auteurs des Évangiles ». Extrait au programme. Les interprétations sont celles de l’auteur.George Park Fisher, The Grounds of Theistic and Christian Belief (1902), chapter 9, “Proof of the Miracles of Christ Independently of Special Inquiry into the Authorship of the Gospels”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.
Il existe des critères de l’hallucination. S’il n’y en avait pas, nous serions en toute occasion incapables de savoir quand croire des témoins, ou même quand nous fier à nos propres sens. Nous devons considérer, en premier lieu, l’état d’esprit dans lequel la crucifixion avait jeté les apôtres. C’était un état de tristesse et d’abattement. Leurs espoirs étaient pour le moment anéantis. Quiconque a vu le Christ mort dans le célèbre tableau de Rubens à Anvers peut imaginer ce que ressentirent les disciples devant la terrible réalité. Comment leur fut-il possible, en quelques jours — en deux jours, pour certains d’entre eux sinon pour tous — de se remettre du choc ? Comment fut-il possible qu’en si peu de temps la joie prît la place du chagrin et de la peur ? D’où vint ce soudain réveil de la foi, et avec lui le courage de sortir et de témoigner, au péril de leur vie, que Jésus était bien le Messie ? La foi ardente, s’élevant jusqu’à une extase de paix et d’assurance, d’où l’hallucination aurait pu jaillir, n’existait pas. Les matériaux nécessaires à l’illusion faisaient absolument défaut. Ce que suggère naturellement le langage de Paul, c’est que la manifestation à Pierre eut lieu le troisième jour, et cela est confirmé par Luc (Luc 24.34). Il n’y eut pas de long intervalle de méditation silencieuse sur les paroles et la valeur du Maître. Il n’y eut pas de rappel progressif des prédictions ou des allusions à une présence continue ou à un autre avènement qui s’étaient mêlées à ses conversations avec eux. Le temps fut court — quelques jours. Même alors, on ne trouve aucune trace d’une fièvre d’enthousiasme. Les entretiens avec le Christ ressuscité sont rapportés dans les Évangiles de façon brève et calme, sans aucune marque d’agitation désordonnée. Non, le revirement des sentiments a dû être produit du dehors. L’événement qui l’a produit n’était pas une création de l’esprit des apôtres. Il les a pris par surprise.There are criteria of hallucination. If there were not, we should on all occasions be at a loss to know when to credit witnesses, or even when to trust our own senses. We have to consider, in the first place, the state of mind into which the apostles were thrown by the crucifixion. It was a state of sorrow and dejection. Their hopes for the time were crushed. Whoever has seen the dead Christ in the famous painting of Rubens at Antwerp can imagine the feeling of the disciples when they looked on the terrible reality. How was it possible for them within a few days — within two days, in the case of some, if not of all — to recover from the shock? How was it possible that in so short a time joy took the place of grief and fear? Whence came the sudden rekindling of faith, and with it the courage to go forth and testify, at the risk of their own lives, that Jesus was indeed the Messiah? The glowing faith, rising to an ecstasy of peace and assurance, out of which hallucination might spring, did not exist. The necessary materials of illusion were absolutely wanting. The natural suggestion of the language of Paul is that the manifestation to Peter was on the third day, and this is confirmed by Luke (xxiv. 34). There was no long interval of silent brooding over the Master's words and worth. There was no gradual recall of predictions or intimations of a continued presence or another coming that had mingled in his conversations with them. The time was short — a few days. Even then there are no traces of any fever of enthusiasm. The interviews with the risen Christ are set down in the Gospels in a brief, calm way, without any marks of bewildering agitation. No, the revulsion of feeling must have been produced from without. The event that produced it was no creation of the apostles' minds. It took them by surprise.
Deuxièmement, le nombre et la variété des personnes — cinq cents à la fois — qui constituent les témoins aggravent la difficulté pour la théorie de l’hallucination. Dans des circonstances si sombres et si décourageantes, comment tant de personnes — comprenant, comme elles devaient le faire, toutes les variétés de tempérament — auraient-elles été transportées par le même enthousiasme à un tel degré d’égarement qu’elles confondent une image mentale de Christ avec la réalité véritable et présente ?Secondly, the number and variety of the persons — five hundred at once — who constitute the witnesses, heighten the difficulty in the way of the hallucination-theory. Under circumstances so gloomy and disheartening, how were so many persons — comprising, as they must have comprised, all varieties of temperament — transported by the same enthusiasm to such a pitch of bewilderment as to confound a mental image of Christ with the veritable, present reality?
Mais, troisièmement, une difficulté plus grande réside dans le nombre limité des apparitions alléguées de Jésus, compte tenu de l’état d’esprit qu’il faudrait supposer si l’on adoptait la théorie de l’hallucination. Au lieu d’un petit nombre, il y aurait eu une multitude de telles « visions ». L’analogie des illusions religieuses nous autorise à l’affirmer. Si les cinq cents s’étaient collectivement imaginé voir Christ, une grande partie d’entre eux se seraient imaginé individuellement, avant et après, la même chose. Le nombre limité, soigneusement marqué et distinctement remémoré des apparitions de Jésus aux apôtres est un puissant argument contre la théorie de l’illusion.But, thirdly, a greater difficulty lies in the limited number of the alleged appearances of Jesus, considering the state of mind which must be assumed to have existed if the hallucination-theory is adopted. Instead of a small number, there would have been a multitude of such "visions." This the analogy of religious delusions authorizes us to assert. If the five hundred collectively imagined themselves to see Christ, a great portion of them would individually, before and after, have imagined the same thing. The limited, carefully marked, distinctly recollected number of the appearances of Jesus to the apostles is a powerful argument against the theory of illusion.
Quatrièmement, à cette dernière considération se rattache un autre fait des plus impressionnants. Il y eut une limitation de temps aussi bien que de nombre. Les apparitions de Jésus, quelles qu’elles aient été, cessèrent au bout d’une courte période. Pourquoi ne continuèrent-elles pas plus longtemps ? Il y eut par la suite des visions d’un genre ou d’un autre. Les incrédules les invoquent comme preuve de la crédulité des apôtres. Quoi qu’il en soit, la question revient. Pourquoi n’y eut-il pas d’autres visions de Jésus ressuscité à ranger dans la même catégorie que celles qu’énumère Paul ? La vision d’Étienne était celle de Christ dans le monde céleste. Dans les persécutions rapportées dans les Actes, quand des martyrs périssaient, pourquoi n’y eut-il pas de christophanies ? Il n’existe pas un seul cas d’une apparition réelle alléguée de Jésus sur la terre à des disciples après la brève période que couvrent les cas rapportés par Paul et les évangélistes. Il y eut ces événements distincts, isolés, nettement délimités, commençant à un moment donné et finissant à un moment donné.Fourthly, connected with this last consideration is another most impressive fact. There was a limitation of time as well as of number. The appearances of Jesus, whatever they were, ceased in a short period. Why did they not continue longer? There were visions of one kind and another afterward. Disbelievers point to these as a proof of the apostles' credulity. Be this as it may, the question recurs. Why were there no more visions of the risen Jesus to be placed in the same category with those enumerated by Paul? Stephen's vision was of Christ in the heavenly world. In the persecutions recorded in Acts, when martyrs were perishing, why were there no Christophanies? There is not a solitary case of an alleged actual appearance of Jesus on the earth to disciples, after the brief period which is covered by the instances recorded by Paul and the Evangelists. There were those distinct occurrences, standing by themselves, definitely marked, beginning at a certain time, ending at a certain time.
Nous savons quelle fut la disposition des apôtres à partir de ces entretiens allégués avec le Christ ressuscité. Ils se mirent à l’œuvre pour prêcher l’Évangile de la résurrection et fonder l’Église. Il n’y eut plus d’abattement, plus d’hésitation. Il est indéniable qu’ils se caractérisent par la sobriété d’esprit et par une habitude de la réflexion, sans lesquelles, en vérité, tout le mouvement aurait rapidement pris fin.We know what the mood of the apostles was from the time of these alleged interviews with the risen Christ. They set about the work of preaching the gospel of the resurrection, and of founding the Church. There was no more despondency, no more faltering. It is undeniable that they are characterized by sobriety of mind, and by a habit of reflection, without which, indeed, the whole movement would quickly have come to an end.