Manuel de masterMaster's textbook

📘 Broadus, On the Preparation and Delivery of Sermons (extraits choisis)Broadus, On the Preparation and Delivery of Sermons (assigned excerpts)

Manuel historique · John A. Broadus, éd. E. C. DarganHistorical textbook · John A. Broadus, ed. E. C. Dargan

John A. Broadus, édition de 1898 révisée par Edwin C. Dargan · original du domaine public ; cinq extraits assignés traduits par le STCJohn A. Broadus, 1898 edition revised by Edwin C. Dargan · public-domain original; five assigned excerpts translated by CTS

À propos de ce manuelAbout this textbook

Les lectures assignées de ce livre se trouvent sur cette page, en anglais et dans des traductions espagnole et française réalisées par le STC.The assigned readings from this book are on this page, in English and in a CTS Spanish translation. La page de l’examen explique quand il est obligatoire pour valider le cours au niveau master. Les validations antérieures restent acquises.The test page explains when this examination is required for master’s course completion. Valid earlier completions remain valid.

1. L’importance de la prédication, et la difficulté de bien prêcher1. The Importance of Preaching, and the Difficulty of Preaching Well

John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, nouvelle édition (23e), éditée par Edwin Charles Dargan (1898), Introduction, § 1, « Importance de la prédication et difficulté de bien prêcher ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, new (23d) edition, edited by Edwin Charles Dargan (1898), Introduction, § 1, “Importance of Preaching and Difficulty of Preaching Well”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.

La prédication est propre au christianisme. Aucune fausse religion n’a jamais prévu le rassemblement régulier et fréquent des masses humaines pour entendre un enseignement et une exhortation religieuse. Le judaïsme avait quelque chose de semblable chez les prophètes, puis chez les lecteurs et les orateurs de la synagogue ; mais le judaïsme était une religion vraie, destinée à s’épanouir dans le christianisme. Il est vrai que certains maîtres religieux païens, voyant la puissance de la prédication, ont parfois essayé d’imiter le christianisme sur ce point. Ainsi l’empereur romain Julien, communément appelé l’Apostat, ordonna aux philosophes païens de prêcher chaque semaine comme le faisaient les chrétiens. Et à l’époque moderne, il y aurait eu en Chine, au Japon et en Inde des exemples d’adoption de quelque chose qui ressemble à la prédication. Mais, autant qu’on le sache, la prédication demeure, tant par son origine que par son histoire, une institution particulièrement chrétienne.Preaching is characteristic of Christianity. No false religion has ever provided for the regular and frequent assembling of the masses of men, to hear religious instruction and exhortation. Judaism had something like it in the prophets, and afterwards in the readers and speakers of the synagogue; but Judaism was a true religion, designed to be developed into Christianity. It is true that some heathen religious teachers, seeing the power of preaching, have at times tried to imitate Christianity in this respect. Thus the Roman emperor Julian, commonly called the Apostate, directed the pagan philosophers to preach every week as the Christians did. And in modern times there are said to have been in China, Japan, and India instances of the adoption of something like preaching. But so far as is known preaching remains, both in origin and history, a peculiarly Christian institution.

Le grand moyen institué pour répandre la bonne nouvelle du salut par Christ est la prédication — des paroles prononcées, que ce soit à l’individu ou à l’assemblée. Et rien ne peut la remplacer. L’imprimerie est devenue un puissant instrument pour le bien et pour le mal ; et les chrétiens devraient l’employer, avec la plus grande diligence et de toutes les manières possibles, pour répandre la vérité. Mais l’imprimerie ne pourra jamais prendre la place de la parole vivante. Quand un homme propre à enseigner, dont l’âme brûle de la vérité qui, il en a l’assurance, l’a sauvé, et qui, il l’espère, en sauvera d’autres, parle à ses semblables face à face, les yeux dans les yeux, et que des courants électriques de sympathie jaillissent entre lui et ses auditeurs, jusqu’à ce qu’ils s’élèvent mutuellement, toujours plus haut, jusqu’à la pensée la plus intense et à l’émotion la plus passionnée — toujours plus haut, jusqu’à être emportés comme sur des chars de feu au-dessus du monde —, il y a là une puissance pour émouvoir les hommes, pour influer sur le caractère, la vie et la destinée, qu’aucune page imprimée ne pourra jamais posséder.The great appointed means of spreading the good tidings of salvation through Christ is preaching — words spoken whether to the individual, or to the assembly. And this, nothing can supersede. Printing has become a mighty agency for good and for evil; and Christians should employ it, with the utmost diligence and in every possible way, for the spread of truth. But printing can never take the place of the living word. When a man who is apt in teaching, whose soul is on fire with the truth which he trusts has saved him and hopes will save others, speaks to his fellow-men, face to face, eye to eye, and electric sympathies flash to and fro between him and his hearers, till they lift each other up, higher and higher, into the intensest thought, and the most impassioned emotion — higher and yet higher, till they are borne as on chariots of fire above the world, — there is a power to move men, to influence character, life, destiny, such as no printed page can ever possess.

Le travail pastoral est d’une immense importance, et tous les prédicateurs devraient s’en acquitter avec diligence. Mais il ne peut prendre la place de la prédication, ni compenser pleinement le manque de puissance en chaire. Les deux s’aident mutuellement, et aucun d’eux, sans le soutien de l’autre, ne peut atteindre les résultats les plus grands et les plus bénis. Quand celui qui prêche est le pasteur compatissant, le conseiller de confiance, l’ami bienveillant et honoré des jeunes et des vieux, des riches et des pauvres, alors « les vérités divines sortent embellies de ses lèvres », et la porte du cœur des hommes, par le pouvoir magique de la sympathie, s’ouvrira toute grande à sa parole. Mais d’un autre côté, quand celui qui visite est le prédicateur — dont la connaissance approfondie de l’Écriture et la haute conception de la vie, dont les discours habiles et passionnés ont porté la conviction, suscité l’admiration et fondu en un seul les cœurs de la multitude, qui a l’habitude de se tenir devant eux comme l’ambassadeur de Dieu, et qui est associé dans leur esprit à l’autorité et au caractère sacré de la Parole de Dieu —, quand il vient parler avec ceux qui souffrent, qui sont dans le chagrin ou dans la tentation, sa visite a un sens et une puissance dont elle serait autrement dépourvue. Si un pasteur se sent particulièrement attiré par l’un de ces deux domaines d’activité, qu’il s’oblige aussi à la diligence dans l’autre.Pastoral work is of immense importance, and all preachers should be diligent in performing it. But it cannot take the place of preaching, nor fully compensate for lack of power in the pulpit. The two help each other, and neither of them is able, unless supported by the other, to achieve the largest and most blessed results. When he who preaches is the sympathizing pastor, the trusted counsellor, the kindly and honored friend of young and old, of rich and poor, then “truths divine come mended from his lips,” and the door to men’s hearts, by the magical power of sympathy, will fly open at his word. But on the other hand, when he who visits is the preacher, whose thorough knowledge of Scripture and elevated views of life, whose able and impassioned discourses have carried conviction and commanded admiration, and melted into one the hearts of the multitude, who is accustomed to stand before them as the ambassador of God, and is associated in their minds with the authority and the sacredness of God’s Word, — when he comes to speak with the suffering, the sorrowing, the tempted, his visit has a meaning and a power of which otherwise it must be destitute. If a minister feels himself specially drawn towards either of these departments of effort, let him also constrain himself to diligence in the other.

Les cérémonies religieuses peuvent être instructives et impressionnantes. L’ancienne économie en faisait grand usage, comme nous employons des images pour instruire les enfants. Même le christianisme, qui a le minimum de cérémonies, illustre ses faits fondamentaux, et produit souvent de profondes impressions religieuses, par ses deux ordonnances simples mais expressives. Mais ce ne sont que des images pour illustrer, que des aides à cette grande œuvre d’enseigner et de convaincre, de gagner et de retenir les hommes, que la prédication, rendue puissante par l’Esprit de Dieu, doit accomplir.Religious ceremonies may be instructive and impressive. The older dispensation made much use of these, as we employ pictures in teaching children. Even Christianity, which has the minimum of ceremony, illustrates its fundamental facts, and often makes deep religious impressions, by its two simple but expressive ordinances. But these are merely pictures to illustrate, merely helps to that great work of teaching and convincing, of winning and holding men, which preaching, made mighty by God’s Spirit, has to perform.

Il s’ensuit que la prédication sera toujours une nécessité, et la bonne prédication une puissance considérable. À chaque époque du christianisme, depuis que Jean-Baptiste attira les foules au désert, il n’y a eu aucun grand mouvement religieux, aucune restauration de la vérité biblique et aucun renouveau de la piété authentique sans une puissance nouvelle dans la prédication, à la fois comme cause et comme effet.It follows that preaching must always be a necessity, and good preaching a mighty power. In every age of Christianity, since John the Baptist drew crowds into the desert, there has been no great religious movement, no restoration of Scripture truth, and reanimation of genuine piety, without new power in preaching, both as cause and as effect.

Mais hélas ! combien nous trouvons difficile de bien prêcher. Quelle faible proportion des sermons entendus chaque semaine dans le monde est vraiment bonne ! Les hommes de lettres dilettantes qui, de temps à autre, remplissent les périodiques de sarcasmes sur la prédication jugent sans doute de façon très malveillante et injuste, car ils comparent à dessein des exemples ordinaires de prédication avec les plus beaux spécimens de la littérature, et ils oublient leur propre absence totale, dans ce cas, de cette appréciation bienveillante sans laquelle tout jugement littéraire et artistique est nécessairement en défaut ; mais nous qui aimons la prédication et qui essayons de prêcher connaissons mieux qu’eux les insuffisances qui gâtent nos efforts et les difficultés qui accompagnent notre œuvre. Un pasteur vénérable et éminemment utile remarqua un jour, en se levant du divan où il s’était reposé : « Eh bien, il faut que je me prépare à prêcher ce soir. Mais je ne sais pas prêcher — je n’ai jamais prêché — oh, je n’ai jamais entendu personne prêcher. » Et pourtant, dans notre œuvre, si redoutable et si attirante, si difficile et si solennellement responsable, et pourtant si bénie, nous devons aspirer à l’excellence la plus haute. Si c’est vrai des autres formes d’art oratoire, c’est surtout ici que nous pouvons adopter les paroles de Cicéron au sujet du jeune orateur : « Je ne me contenterai pas de l’exhorter, je le supplierai même de travailler. »But alas! how difficult we find it to preach well. How small a proportion of the sermons heard weekly throughout the world are really good. The dilettanti men of letters who every now and then fill the periodicals with sneers at preaching, no doubt judge most unkindly and unjustly, for they purposely compare ordinary examples of preaching with the finest specimens of literature, and they forget their own utter lack, in the one case, of that sympathetic appreciation without which all literary and artistic judgment is necessarily at fault; but we who love preaching and who try to preach are better aware than they are, of the deficiencies which mar our efforts, and the difficulties which attend our work. A venerable and eminently useful minister once remarked, as he rose from the couch on which he had been resting, “Well, I must get ready to preach to-night. But I can’t preach — I never did preach — O, I never heard anybody preach.” And yet in this work of ours, so awful and so attractive, so difficult and solemnly responsible and yet so blessed, we ought to aspire after the highest excellence. If in other varieties of public speaking, then most of all in this, may we adopt Cicero’s words with reference to the young orator, “I will not only exhort, but will even beseech him, to labor.”

2. Ce qu’exige une prédication efficace : piété, dons, connaissance, habileté2. What Effective Preaching Requires: Piety, Gifts, Knowledge, Skill

John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, nouvelle édition (23e), éditée par Edwin Charles Dargan (1898), Introduction, § 3, « Conditions d’une prédication efficace ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, new (23d) edition, edited by Edwin Charles Dargan (1898), Introduction, § 3, “Requisites to Effective Preaching”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.

Les conditions d’une prédication efficace peuvent être ramenées à quatre, à savoir : la piété, les dons naturels, la connaissance et l’habileté.The requisites to effective preaching may be stated as four, namely, piety, natural gifts, knowledge, skill.

(1) La piété. Il arrive que des hommes fassent du bien en prêchant alors qu’ils se révèlent avoir été dépourvus de piété. C’est l’une des nombreuses manières merveilleuses dont Dieu tire le bien du mal. Mais de tels cas sont exceptionnels, et, en règle générale, la condition première de l’efficacité dans la prédication est une piété sincère. C’est elle qui inspire au prédicateur lui-même un zèle ardent, et qui entretient la flamme au milieu de toute l’indifférence glaciale dont il sera si souvent entouré. C’est elle qui lui gagne la bienveillance et la sympathie de ses auditeurs, dont les plus impies sentiront qu’un sérieux pieux de sa part est convenable et lui donne droit au respect. Et c’est à elle qu’est promise la bénédiction de Dieu sur les travaux qu’elle inspire. Bien des théories fausses et des pratiques mauvaises en matière de prédication tiennent à ce qu’on ne saisit pas l’importance fondamentale de la piété chez le prédicateur. Comme on l’a dit plus haut sur un sujet voisin, de justes principes de rhétorique, aussi bien que d’autres considérations bien plus élevées, exigent impérativement qu’un prédicateur de l’Évangile cultive la piété personnelle. La négliger, c’est de la mauvaise rhétorique.(1) Piety. Men sometimes do good by preaching who turn out to have been destitute of piety. It is one of the many wonderful ways in which God brings good out of evil. But such cases are exceptional, and as a rule, the prime requisite to efficiency in preaching is earnest piety. This inspires the preacher himself with ardent zeal, and keeps the flame alive amid all the icy indifference by which he will so often be encompassed. This gains for him the good-will and sympathy of his hearers, the most ungodly of whom will feel that devout earnestness on his part is becoming, and entitles him to respect. And to this is promised the blessing of God upon the labors which it prompts. Much false theory and bad practice in preaching is connected with a failure to apprehend the fundamental importance of piety in the preacher. As was said above on a kindred topic, just rhetorical principles, as well as other and far higher considerations, imperatively require that a preacher of the gospel shall cultivate personal piety. It is bad rhetoric to neglect it.

(2) Les dons naturels. Le prédicateur a besoin de la capacité de penser clairement, avec des sentiments forts et une imagination vigoureuse ; il a besoin aussi de la capacité d’expression et du pouvoir de parler avec force. Beaucoup d’autres dons servent son utilité, mais ceux-ci sont presque indispensables à tout haut degré d’efficacité. Chacun d’eux peut être perfectionné presque indéfiniment, et certains peuvent être développés chez quelqu’un qui n’avait pas conscience de les posséder ; mais tous doivent exister comme dons naturels.(2) Natural gifts. The preacher needs the capacity for clear thinking, with strong feelings, and a vigorous imagination; also capacity for expression, and the power of forcible utterance. Many other gifts help his usefulness, these are well-nigh indispensable to any high degree of efficiency. Each of these can be improved almost indefinitely, some of them developed in one who had not been conscious of possessing them; but all must exist as natural gifts.

(3) La connaissance. Il faut la connaissance de la vérité religieuse et des choses qui l’éclairent ; la connaissance de la nature humaine dans ses rapports avec la vérité religieuse, et de la vie humaine dans les conditions réelles qui nous entourent. C’était une idée chère à Cicéron que l’orateur devait tout savoir. Il n’y a évidemment aucune connaissance qu’un prédicateur ne puisse rendre utile. Nous pouvons reconnaître avec gratitude que certains hommes font du bien avec un bagage très mince, et cependant insister pour que la norme minimale du prédicateur soit de surpasser, quant à la connaissance, la grande majorité de ceux qui l’écoutent, et pour que sa sainte ambition soit de savoir tout ce qu’il peut apprendre par un effort de toute une vie, accompagné de prière.(3) Knowledge. There must be knowledge of religious truth, and of such things as throw light upon it; knowledge of human nature in its relations to religious truth, and of human life in its actual conditions around us. It was a favorite idea of Cicero that the orator ought to know everything. There is of course no knowledge which a preacher might not make useful. We may thankfully recognize the fact that some men do good who have very slender attainments, and yet may insist that it should be the preacher’s lowest standard to surpass, in respect of knowledge, the great majority of those who hear him, and should be his sacred ambition to know all that he can learn by life-long and prayerful endeavor.

La piété fournit la force motrice ; les dons naturels, cultivés autant que possible, fournissent les moyens ; la connaissance donne la matière ; et il reste —Piety furnishes motive power; natural gifts, cultivated as far as possible, supply means; knowledge gives material; and there remains —

(4) L’habileté. Il ne s’agit pas seulement du style et de la prise de parole, mais aussi de la collecte, du choix et de l’agencement des matériaux. Tous ceux qui prêchent remarquablement bien — et il en va de même des orateurs profanes — se révèlent, presque sans exception, avoir beaucoup travaillé pour acquérir de l’habileté. Henry Clay, dans une allocution à des étudiants en droit à Albany vers la fin de sa vie, rapporta que dans sa jeunesse au Kentucky, il « commença, et poursuivit pendant des années, la pratique de lire chaque jour et de parler sur le contenu de quelque livre d’histoire ou de science. Ces exercices improvisés se faisaient tantôt dans un champ de maïs, tantôt dans la forêt, et assez souvent dans quelque grange éloignée, avec le cheval et le bœuf pour auditeurs ». …(4) Skill. This does not refer merely to style and delivery, but also to the collection, choice, and arrangement of materials. All who preach eminently well — and the same thing is true of secular speakers — will be found, with scarcely an exception, to have labored much to acquire skill. Henry Clay, in an address to some law-students at Albany towards the close of his life, mentioned that during his early life in Kentucky, he “commenced, and continued for years, the practice of daily reading and speaking upon the contents of some historical or scientific book. These off-hand efforts were made sometimes in a cornfield, at others in the forest, and not unfrequently in some distant barn, with the horse and the ox for my auditors.” …

Quiconque a eu le bonheur d’être intime avec quelques-uns de ces nobles prédicateurs baptistes et méthodistes qui, partis presque sans instruction, se sont élevés à la plus haute excellence dans leur vocation, aura vu des preuves abondantes, particulièrement dans leur conversation privée sans contrainte, que leur capacité d’expression claire et précise, et de prise de parole forte et attrayante, est le fruit d’une attention aiguë et critique, d’un travail sérieux et longtemps poursuivi. La différence entre l’habileté et son absence dans l’art de parler est presque aussi grande que dans le maniement des outils, par exemple ceux du charpentier ou du forgeron. Et si aucune véritable habileté ne peut s’acquérir sans pratique — selon le dicton véridique : « La seule façon d’apprendre à prêcher, c’est de prêcher » —, la simple pratique n’apportera pourtant jamais la plus haute habileté : il faut une pratique attentive et réfléchie, avec une observation attentive des autres et une surveillance aiguë de soi-même, et réglée par le bon sens et le bon goût. Or, sous le rapport de l’habileté, la prédication est un art ; et si l’art ne peut créer les facultés requises de l’esprit ou du corps, ni les remplacer si elles font réellement défaut, il peut les développer et les perfectionner, et aider à les employer au mieux. Acquérir de l’habileté, voilà donc l’objet des études de rhétorique : l’habileté dans la construction et dans la prononciation du discours.Any one whose good fortune it has been to be intimate with some of those noble Baptist and Methodist preachers, who beginning with hardly any education have worked their way up to the highest excellence in their calling, will have seen ample proofs, particularly in their unrestrained private conversation, that their power of clear and precise expression, and of forcible and attractive delivery, is the result of sharp, critical attention, of earnest and long-continued labor. The difference between skill and the lack of it in speaking, is almost as great as in handling tools, those, for example, of the carpenter or the blacksmith. And while no real skill can be acquired without practice — according to the true saying, “The only way to learn to preach is to preach” — yet mere practice will never bring the highest skill: it must be heedful, thoughtful practice, with close observation of others and sharp watching of ourselves, and controlled by good sense and good taste. Now in respect of skill, preaching is an art; and while art cannot create the requisite powers of mind or body, nor supply their place if really absent, it can develop and improve them, and aid in using them to the best advantage. To gain skill, then, is the object of rhetorical studies, skill in the construction and in the delivery of discourse.

3. Le devoir du prédicateur d’interpréter fidèlement son texte3. The Preacher’s Duty to Interpret His Text Truly

John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, nouvelle édition (23e), éditée par Edwin Charles Dargan (1898), Première partie, chapitre II, « Le texte — l’interprétation », § 1, « Obligation d’interpréter avec soin et rigueur ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, new (23d) edition, edited by Edwin Charles Dargan (1898), Part I, chapter II, “The Text — Interpretation”, § 1, “Obligation to Interpret Carefully and Strictly”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.

Interpréter et appliquer son texte conformément à son sens réel est l’un des devoirs les plus sacrés du prédicateur. Il se tient devant le peuple dans le but même de l’enseigner et de l’exhorter à partir de la Parole de Dieu. Il annonce un passage particulier de la Parole de Dieu comme son texte, avec l’entente clairement implicite que c’est de là que son sermon sera tiré — sinon toujours ses diverses pensées, du moins certainement son sujet général. S’il ne veut pas être lié par cette entente, il devrait renoncer à la pratique qui l’y engage, et prêcher sans texte. Mais s’il utilise un texte et entreprend d’en développer et d’en appliquer les enseignements, il est solennellement tenu de présenter le texte comme signifiant précisément ce qu’il signifie.To interpret and apply his text in accordance with its real meaning, is one of the preacher’s most sacred duties. He stands before the people for the very purpose of teaching and exhorting them out of the Word of God. He announces a particular passage of God’s Word as his text with the distinctly implied understanding that from this his sermon will be drawn — if not always its various thoughts, yet certainly its general subject. If he is not willing to be bound by this understanding, he ought to reject the practice which commits him to it, and preach without any text. But using a text, and undertaking to develop and apply its teachings, he is solemnly bound to represent the text as meaning precisely what it does mean.

Cela semblerait être une évidence. Mais c’est une règle souvent et gravement violée. Non seulement il y a beaucoup d’ignorance satisfaite d’elle-même en matière d’interprétation, beaucoup de négligence insouciante de la part de personnes bien capables d’interpréter correctement, et beaucoup de spiritualisation débridée de mots simples, mais, par une méthode violente d’« accommodation », des phrases ou des expressions de l’Écriture sont employées pour signifier ce que l’on sait bien, et peut-être même ce que l’on déclare sur le moment, que l’écrivain sacré n’a pas voulu dire et n’a nullement dit. « Le sens original de ces paroles, telles que l’écrivain inspiré les a employées, est ceci ou cela ; mais je me propose, en la présente occasion, de les employer dans le sens suivant. » Autrement dit — cher frère, voyez ce que vous faites —, vous vous levez pour enseigner les hommes à partir d’un passage de la Parole bénie de Dieu, et vous déclarez froidement que vous vous proposez de faire dire au passage ce qu’il ne dit pas. « Mais les mots pourraient avoir ce sens. » Ils le pourraient, mais en tant que partie de la Bible, en tant que texte de l’Écriture, ils ne l’ont pas. Si nous prenons le passage dans un sens entièrement étranger à ce que l’écrivain sacré voulait dire, tel que l’indique le contexte, alors, tel que nous l’employons, l’expression n’est plus du tout un passage de l’Écriture. Ce ne sont plus que des mots de l’Écriture, employés sans autorité pour transmettre un sens différent ; exactement comme si nous avions choisi des mots dans une concordance et en avions composé une phrase.This would seem to be a truism. But it is often and grievously violated. Not only is there much contented ignorance as to interpretation, and much careless neglect on the part of persons well able to interpret correctly, and much wild spiritualizing of plain words, but, by a violent method of “accommodation,” Scripture sentences or phrases are employed as signifying what it is well known, and perhaps even declared at the time, that the sacred writer did not mean to say, and has not at all said. “The original meaning of these words, as used by the inspired writer, is — so and so; but I propose on the present occasion to employ them in the following sense.” That is to say — honored brother, see what you are doing — you stand up to teach men from a passage of God’s blessed Word, and coolly declare that you propose to make the passage mean what it does not mean. “But the words might have that sense.” They might, but as a part of the Bible, as a text of Scripture, they do not. If we take the passage in a sense entirely foreign to what the sacred writer designed, as indicated by his connection, then, as we use it, the phrase is no longer a passage of Scripture at all. It is merely words of Scripture, used without authority to convey a different meaning; just as truly as if we had picked out words from a concordance, and framed them into a sentence.

« Mais j’emploie le passage simplement comme une devise. » Eh bien, si un prédicateur a le droit de ne prendre aucun texte mais seulement une devise — ce qui est discutable —, il n’a certainement pas le droit de faire signifier à une devise biblique ce qu’il sait qu’elle ne signifie pas. « Mais le langage de l’Écriture est si riche, ses paroles pleines de sens signifient souvent tant de choses, que je pense que cette expression peut transmettre, entre autres, le sens que je propose. » Si elle le transmet réellement, il n’y a aucune objection à l’employer ainsi. Mais un vague « peut-être » est une excuse mince et chancelante pour un prédicateur que le peuple considère comme une autorité en la matière, qui est censé avoir étudié son texte et en connaître le sens, et dont les affirmations seront, pour cette raison, acceptées par beaucoup sans discussion. Un tel homme est vraiment coupable devant Dieu s’il ne s’efforce pas honnêtement de comprendre ce qu’il interprète, et d’en donner le sens réel et aucun autre.“But I use the passage merely as a motto.” Well, if a preacher has the right to take no text but only a motto — which is questionable — he certainly has not the right to make a Scriptural motto signify what he knows it does not signify. “But the language of Scripture is so rich, its pregnant sayings often mean so much, that I think perhaps this expression may convey, among other things, the sense which I propose.” If it really does, there is no objection whatever to using it so. But a mere vague “perhaps” is a slender and tottering excuse for a preacher, who is looked up to by the people as authority in this matter, who is supposed to have studied his text and to know its meaning, and whose statements will, for that reason, be accepted by many without question. Such a man is verily guilty before God if he does not honestly strive to understand that which he interprets, and give forth its real meaning and no other.

Phillips Brooks a un passage admirable sur ce sujet, dont voici les dernières phrases : « Ne tirez jamais d’un texte un sens que vous savez ne pas s’y trouver. Si votre texte ne contient pas votre vérité, trouvez un autre texte qui la contienne. Si vous ne trouvez dans la Bible aucun texte pour elle, alors prêchez sur autre chose. » Et Phelps dit dans le même sens : « C’est un ministère faussé que celui qui traite, dans une large proportion, de sujets qui ne sont pas logiquement présentés dans les Écritures. Ce n’est pas un ministère biblique. »Phillips Brooks has an admirable passage on this subject, the closing sentences of which are as follows: “Never draw out of a text a meaning which you know is not there. If your text has not your truth in it, find some other text which has. If you can find no text for it in the Bible, then preach on something else.” And to the same purport Phelps says: “That is a distorted ministry which deals in any large proportion with subjects which are not logically presented in the Scriptures. It is not a biblical ministry.”

Dans une direction, cependant, l’idée d’une interprétation stricte peut être poussée trop loin. Il est certainement préférable, en règle générale, de limiter le sermon au sujet précis, et à l’aspect précis d’un sujet, que le texte présente dans son contexte. Mais nous n’y sommes pas nécessairement restreints. Un principe peut être présenté par le texte dans une application, et nous pouvons, en toute légitimité, en faire d’autres applications. Si c’est là tout ce que l’on entend par accommodation, ce n’est pas une perversion de l’Écriture, car le texte enseigne réellement le principe, et les nouvelles applications sont ouvertement faites par nous-mêmes, guidés par l’enseignement général de l’Écriture. L’apôtre Paul énonce souvent un principe général en rapport avec quelque question particulière de vérité ou de devoir. Par exemple, Galates 6.7 : « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi », est dit en référence particulière au devoir de contribuer à l’entretien de ceux qui enseignent la religion, mais c’est donné comme une vérité générale, et cela admet de nombreuses applications qu’il nous est permis de faire. …In one direction, however, the idea of strict interpretation may be carried too far. It is certainly best, as a general rule, to confine the sermon to the precise subject and aspect of a subject, which the text in its connection sets forth. But we are not necessarily restricted to this. Some principle may be presented by the text in one application, and we may with perfect propriety make other applications of it. If this is all that is meant by accommodation, it is not a perversion of the Scripture, for the text really teaches the principle, and the new applications are avowedly made by ourselves, guided by the general teachings of Scripture. The apostle Paul often states a broad principle as bearing on some particular question of truth or duty. For example, Gal. vi. 7, “Whatsoever a man soweth, that shall he also reap,” is said with special reference to the duty of contributing to the support of religious teachers, but it is given as a general truth, and admits of many applications which it is lawful for us to make. …

Il apparaît ainsi que l’on peut prêcher à partir d’un texte sur toute question qu’il présente à l’esprit, directement ou indirectement, par affirmation, présupposition ou déduction, pourvu qu’il signifie réellement, d’une manière ou d’une autre, ce qu’on lui fait dire ; et là où ce sens n’est présenté qu’indirectement, il vaudra mieux le signaler d’une manière simple, afin de ne pas encourager chez les gens des idées relâchées sur l’interprétation. Tout autre fut la démarche d’un prédicateur qui fit un jour un sermon missionnaire sur les paroles du jeune chef : « Que me manque-t-il encore ? », en se demandant ce qui nous manque pour un plus grand succès dans l’entreprise missionnaire. C’est un cas extrême ; mais on prêche des milliers de sermons dans lesquels le sens réel du texte est tout aussi complètement violé, bien que rarement de façon aussi manifeste.It thus appears that one may preach from a text on any matter which it presents to the mind, whether directly or indirectly, by statement, presupposition, or inference, provided that in some way it really does mean what is claimed; and where this meaning is only indirectly presented it will be better, in some simple way, to point out the fact, so as not to encourage in the people loose notions of interpretation. Very different from this was the course of a preacher who once gave a missionary sermon from the words of the young ruler, “What lack I yet?” inquiring what we lack for greater success in the missionary enterprise. This is an extreme case; but thousands of sermons are preached in which the real meaning of the text is just as completely, though not often so manifestly, violated.

4. L’application : la chose principale à faire4. Application: The Main Thing to Be Done

John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, nouvelle édition (23e), éditée par Edwin Charles Dargan (1898), Première partie, chapitre IX, « Matériaux particuliers — l’application ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, new (23d) edition, edited by Edwin Charles Dargan (1898), Part I, chapter IX, “Special Materials — Application”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.

L’application dans un sermon n’est pas un simple appendice à l’exposé, ni une partie secondaire de celui-ci : elle est la chose principale à faire. Spurgeon dit : « Là où commence l’application, là commence le sermon. » Nous ne devons pas parler devant les gens, mais à eux, et nous devons nous efforcer sérieusement de leur faire prendre pour eux-mêmes ce que nous disons. Daniel Webster dit un jour, et le répéta avec insistance : « Quand un homme me prêche, je veux qu’il en fasse une affaire personnelle, une affaire personnelle, une affaire personnelle ! » Et c’est notre devoir solennel de nous adresser ainsi à tous les hommes, qu’ils le veuillent ou non. Les sermons de Jonathan Edwards, malgré toute leur puissance, montrent l’inconvénient d’avoir toujours une « application » régulière, annoncée ou signalée formellement. Souvent, une application brève et informelle est préférable. Souvent aussi, il vaut mieux ne pas réserver l’application à la dernière partie du discours, mais appliquer chaque pensée à mesure qu’elle est présentée, pourvu qu’elles concourent toutes à un résultat commun.The application in a sermon is not merely an appendage to the discussion, or a subordinate part of it, but is the main thing to be done. Spurgeon says, “Where the application begins, there the sermon begins.” We are not to speak before the people, but to them, and must earnestly strive to make them take to themselves what we say. Daniel Webster once said, and repeated it with emphasis, “When a man preaches to me, I want him to make it a personal matter, a personal matter, a personal matter!” And it is our solemn duty thus to address all men, whether they wish it or not. The sermons of Jonathan Edwards, with all their power, show the evil of having always a regular “application,” formally announced or indicated. Often a brief and informal application is best. Often, too, it is better not to reserve the application for the latter part of the discourse, but to apply each thought as it is presented, provided they all conspire towards a common result.

Le terme d’application est, en général, employé de façon assez lâche à propos de la prédication, car il recouvre deux ou trois choses distinctes. Outre l’application proprement dite, par laquelle nous montrons à l’auditeur comment les vérités du sermon s’appliquent à lui, et outre les fréquentes suggestions pratiques sur la meilleure manière et les meilleurs moyens d’accomplir le devoir recommandé, on y inclut aussi d’ordinaire tout ce que nous désignons par les termes de « persuasion » et d’« exhortation ». Mais si l’on garde distinctes les idées exprimées, il est probablement préférable de conserver ce terme, si familier à tous les prédicateurs et à tous les auditeurs.The term application is, in general, somewhat loosely employed in regard to preaching, for it includes two or three distinct things. Besides the application proper, in which we show the hearer how the truths of the sermon apply to him, and besides the frequent practical suggestions as to the best mode and means of performing the duty urged, there is also commonly included all that we denote by the terms “persuasion” and “exhortation.” But if the ideas conveyed are kept distinct, it is probably better to retain the term, with which all preachers and hearers are so familiar.

(1) L’application, au sens strict, est la partie, ou les parties, du discours dans lesquelles nous montrons comment le sujet s’applique aux personnes à qui nous parlons, quelles instructions pratiques il leur offre, quelles exigences pratiques il leur impose. Cela se fait parfois au moyen de ce qu’on appelle des remarques, c’est-à-dire certains points notables appartenant au sujet ou liés à lui, sur lesquels on attire maintenant particulièrement l’attention. Celles-ci doivent toujours avoir un caractère très pratique, pesant sur les sentiments et sur la volonté. Et les remarques ne doivent pas partir dans des directions diverses, comme la mèche défaite d’un fouet, mais doivent avoir un but commun et produire une impression d’ensemble. Dans les sermons sur des sujets historiques, il est permis de dégager plusieurs leçons distinctes, mais il vaut mieux qu’elles soient assez étroitement liées.(1) Application, in the strict sense, is that part, or those parts, of the discourse in which we show how the subject applies to the persons addressed, what practical instructions it offers them, what practical demands it makes upon them. Sometimes this is effected by means of what are called remarks, that is, certain noticeable matters belonging to or connected with the subject, to which attention is now especially directed. These should always be of a very practical character, bearing down upon the feelings and the will. And the remarks must not diverge in various directions, and become like the untwisted cracker of a whip, but should have a common aim and make a combined impression. In sermons upon historical subjects, it is lawful to bring out several distinct lessons, but these had better be pretty closely related.

Il est évident que si certains sujets peuvent être appliqués à l’assemblée dans son ensemble, d’autres ne s’appliqueront qu’à des catégories particulières, ou devront être appliqués séparément à des catégories distinctes, comme les convertis et les inconvertis, les vieux et les jeunes. Mais il n’est pas nécessaire, comme certains prédicateurs semblent l’imaginer, de toujours faire une sorte d’application aux inconvertis, ou de leur adresser quelque remarque en conclusion. Un sermon adressé d’un bout à l’autre à des gens pieux instruira et touchera souvent particulièrement les inconvertis. Ce que les hommes s’appliquent à eux-mêmes, sans sentir que cela les visait, est propre à produire le plus grand effet. Il n’est jamais judicieux de faire une application à un individu en particulier, et très rarement à une catégorie restreinte et bien définie. Ce qu’on appelle familièrement « viser » une personne ou quelques personnes fera presque toujours plus de mal que de bien.It is obvious that while some subjects may be applied to the congregation as a whole, others will be applicable only to particular classes, or will have to be applied to distinct classes separately, as converted and unconverted, old and young. But it is not necessary, as some preachers seem to imagine, always to make some kind of application to the unconverted, or some remark to them in conclusion. A sermon addressed throughout to pious people will often specially instruct and impress the unconverted. What men apply to themselves, without feeling that it was aimed at them, is apt to produce the greatest effect. It is never judicious to make an application to any particular individual, and very rarely to a small and well-defined class. What is popularly called “hitting at” some person or some few persons will almost always do more harm than good.

L’application prend aussi souvent la forme de déductions. … Cette forme d’application du sujet doit être soigneusement limitée dans deux directions. Rien ne doit être présenté comme une déduction qui ne découle pas logiquement et directement du sujet traité. L’autre limite est qu’on ne doit tirer, en appliquant un sujet, aucune déduction qui ne soit d’importance pratique. Ce n’est pas l’affaire du prédicateur d’exposer tout ce qui peut se déduire de son exposé, comme s’il se livrait à un exercice de logique, mais seulement de dégager ce qui fera appel aux sentiments et à la volonté de ses auditeurs, et les poussera à agir.Application also frequently takes the form of inferences. … This form of making application of the subject ought to be in two directions carefully limited. Nothing should be presented as an inference which does not logically and directly follow from the subject discussed. The other limit is, that no inferences should be drawn in applying a subject which are not of practical importance. It is not a preacher’s business to exhibit all the matters which may be inferred from his discussion, as if he were attempting an exercise in logic, but only to draw out those which will appeal to the feelings and the will of his hearers, and move them to action.

Par ailleurs, l’application est souvent mieux présentée sous forme de leçons. Ce terme implique que les enseignements pratiques du sujet sont plus complètement dégagés et plus pleinement appliqués qu’ils ne le seraient dans de simples « remarques », sans pour autant restreindre l’application aux enseignements qui apparaissent comme des « déductions » logiques des propositions établies. Cette manière d’appliquer les vérités du discours semblerait donc avoir certains avantages sur les autres méthodes. Ces « leçons » doivent, bien entendu, être entièrement pratiques, et ne doivent être ni trop formelles ni prendre un air magistral. Le prédicateur n’est pas un dignitaire parlant ex cathedra à ses inférieurs. Il vaut mieux, en général, qu’il parle de leçons que nous pouvons apprendre.Again, application is often best presented in the form of lessons. This term implies that the practical teachings of the subject are more thoroughly brought out and more fully applied than would be done in mere “remarks,” while it does not restrict the application to those teachings which appear as logical “inferences” from the propositions established. This way of applying the truths of the discourse would seem, therefore, to have some advantages over the other methods. These “lessons” must, of course, be thoroughly practical, and must not be too formal, nor have a magisterial air. The preacher is not a dignitary, speaking ex cathedra to his inferiors. He had better speak, in general, of lessons which we may learn.

5. La prédication expositive5. Expository Preaching

John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, nouvelle édition (23e), éditée par Edwin Charles Dargan (1898), Deuxième partie, chapitre III, « Les différentes sortes de sermons », § 3, « Les sermons expositifs ». Extrait assigné. Les interprétations sont celles de l’auteur.John A. Broadus, A Treatise on the Preparation and Delivery of Sermons, new (23d) edition, edited by Edwin Charles Dargan (1898), Part II, chapter III, “Different Species of Sermons”, § 3, “Expository Sermons”. Assigned excerpt. The interpretations are the author’s.

Presque tout prédicateur qu’on rencontre, si on lui demande s’il fait souvent des discours expositifs, répondra : « Non ; je suis depuis longtemps convaincu qu’il devrait y avoir davantage de prédication de ce genre, mais les essais que j’ai faits autrefois dans ce sens ont été tout à fait infructueux, et il semble que je n’aie aucun talent pour cela. » Mais relativement peu ont jamais vraiment essayé de développer un tel talent. Des hommes travaillent pendant des années pour acquérir la capacité de produire un bon sermon thématique. Toute leur formation rhétorique et toute leur pratique tendent vers ce but. Puis ils tentent l’expérience de la prédication expositive, qui exige un autre genre de pratique, et peut-être même une autre méthode d’étude des Écritures, et ils s’étonnent que leurs premières tentatives se révèlent un échec relatif.Almost every preacher one meets, if asked whether he often makes expository discourses, will answer, “No; I have long believed there ought to be more preaching of that kind, but the attempts I formerly made in that direction were quite unsuccessful, and it seems I have no talent for it.” But comparatively few have ever fairly tried to develop such a talent. Men labor for years to acquire the power of producing a good topical sermon. All their rhetorical training, and all their practice, is directed to that end. Then they try the experiment of expository preaching, which requires a different kind of practice, and perhaps even a different method of studying the Scriptures, and wonder that their first attempts prove a comparative failure.

Les avantages de la prédication expositive sont dans une certaine mesure évidents et généralement reconnus, et ils ont été admirablement présentés par Alexander dans ses « Thoughts on Preaching ». Tels qu’il les énonce, ils sont les suivants : a) Cette méthode correspond mieux à l’idée même et au but de la prédication. b) C’est la méthode primitive et ancienne. c) Elle assure une meilleure connaissance des Écritures, de la part du prédicateur et des auditeurs — et des Écritures dans leur enchaînement. d) Elle fait que les sermons contiennent davantage de pures vérités bibliques et de manières bibliques de voir les choses. e) Elle donne l’occasion de commenter beaucoup de passages de la Bible qui autrement n’entreraient peut-être jamais dans nos sermons, et de donner d’importants conseils et avertissements pratiques qui pourraient paraître à certains auditeurs blessants et personnels s’ils étaient introduits dans un exposé thématique, mais qui sont ici naturellement suggérés par le passage étudié. f) Et elle diminue grandement la tentation de mal interpréter les textes par une allégorisation excessive, par l’« accommodation », etc. ; car les hommes sont souvent poussés à de telles erreurs d’interprétation par la difficulté de trouver pour chaque sermon un court passage qui fournisse légitimement la quantité de matière nécessaire.The advantages of expository preaching are to some extent obvious and generally recognized, and they have been admirably presented by Alexander, in his “Thoughts on Preaching.” As stated by him, they are as follows: (a) This method better corresponds with the very idea and design of preaching. (b) It is the primitive and ancient method. (c) It insures a better knowledge of the Scriptures, on the part of preacher and hearers — and of the Scriptures in their connection. (d) It causes sermons to contain more of pure Scripture truths, and scriptural modes of viewing things. (e) It gives occasion for remarking on many passages of the Bible which otherwise might never enter into one’s sermons; and for giving important practical hints and admonitions which might seem to some hearers offensively personal if introduced into a topical discussion, but which are here naturally suggested by the passage in hand. (f) And it greatly diminishes the temptation to misinterpret texts by excessive allegorizing, by “accommodation,” etc.; for men are often driven into such misinterpretation by the difficulty of finding for every sermon a short passage which will legitimately afford the requisite amount of material.

Il serait peut-être plus utile de discuter les objections à cette méthode, car elles paraissent souvent plus sérieuses qu’elles ne le sont réellement. Il existe en bien des milieux un préjugé populaire contre la prédication expositive, qui vient de ce qu’elle est si souvent mal conduite, et de l’idée qu’elle est un procédé pour s’épargner du travail. Les dimanches de pluie, ou les soirs de semaine, le prédicateur qui n’a pas de sermon préparé, ou qui veut garder sa préparation élaborée pour une occasion plus favorable, entreprendra souvent de « lire un passage de l’Écriture et faire quelques remarques », estimant que cette entreprise ne comporte aucun risque, puisque, comme l’a dit plaisamment quelque vieux prédicateur, s’il est « persécuté dans un verset, il peut fuir dans un autre ». C’est pourquoi les gens concluent assez naturellement que chaque fois que quelqu’un prend un long texte, c’est un expédient pour se dispenser de travailler. …It might be more desirable to discuss the objections to this method, for these often appear more serious than they really are. There is, in many quarters, a popular prejudice against expository preaching, arising from the fact that it is so often badly managed, and from the notion that it is a labor-saving contrivance. On rainy Sundays, or on week-nights, the preacher who has no sermon prepared, or wishes to save his elaborate preparation for a more auspicious occasion, will frequently undertake to “read a passage of Scripture, and make a few remarks;” feeling that this enterprise is attended by no risk, because, as some quaint old preacher expressed it, if he is “persecuted in one verse, he can flee to another.” Hence the people rather naturally conclude that whenever one takes a long text, it is an expedient to dispense with labor. …

D’autres objectent que le sermon expositif ne peut pas présenter ces raisonnements suivis dans lesquels l’esprit humain se plaît tant ; mais il peut suivre et déployer le raisonnement d’un écrivain inspiré, qui devrait être plus intéressant qu’un raisonnement construit par le prédicateur lui-même. Si l’on objecte encore qu’un discours principalement ou largement occupé par l’explication du texte ne peut laisser que peu de place à l’application, nous pouvons répondre que la force d’une application dépend en très grande partie de l’intérêt que les auditeurs ont été amenés auparavant à éprouver pour le sujet appliqué ; et qu’une application ou un appel bref, et même inattendu, est souvent plus saisissant que celui qui s’annonce et met les gens sur la défensive. … La grande difficulté pour la rendre efficace n’est pas la connaissance de l’Écriture, mais son ignorance.Others object that the expository sermon cannot present those connected arguments in which the human mind so greatly delights; but it may trace and unfold the argument of an inspired writer, which ought to be more interesting than one constructed by the preacher himself. If it be still further objected that a discourse which is mainly or largely occupied with explanation of the text, can leave but little room for application, we may answer that the impressiveness of an application depends very largely upon the interest which the hearers have been previously brought to feel in the subject applied; and that a brief, and even unexpected application or appeal is often more impressive than one which gives notice, and throws men on the defensive. … The great difficulty in the way of making it effective is not knowledge of Scripture but ignorance of it.

Un discours expositif peut se définir comme un discours qui est principalement, ou en tout cas très largement, consacré à l’exposition de l’Écriture. Il n’exclut nullement l’argumentation et l’exhortation au sujet des doctrines ou des leçons que cette exposition dégage. Il peut porter sur un long passage, ou sur un très court, voire sur une partie de phrase. Il peut faire partie d’une série, ou être isolé. Nous voyons aussitôt qu’il n’y a pas de ligne de démarcation nette entre la prédication expositive et les méthodes courantes, mais qu’on peut passer par des gradations presque insensibles des sermons textuels aux sermons expositifs. … Une très grande partie de la Bible se compose de récits, et en cela, comme à d’autres égards, la Bible est adaptée à son but ; car le récit possède un intérêt qui ne se dément jamais, pour les vieux et les jeunes, les gens instruits et les ignorants, les convertis et les inconvertis.An expository discourse may be defined as one which is occupied mainly, or at any rate very largely, with the exposition of Scripture. It by no means excludes argument and exhortation as to the doctrines or lessons which this exposition develops. It may be devoted to a long passage, or to a very short one, even a part of a sentence. It may be one of a series, or may stand by itself. We at once perceive that there is no broad line of division between expository preaching and the common methods, but that one may pass by almost insensible gradations from textual to expository sermons. … A very large portion of the Bible consists of narrative, and in this, as in other respects, the Bible is adapted to its purpose; for narrative possesses an unfailing interest, for old and young, cultivated and ignorant, converted and unconverted.

Lectures assignées tirées d’une édition historique du domaine public (Public-domain original / CTS faculty draft 2026) ; l’espagnol et le français sont des traductions du STC.Assigned readings from a historical public-domain edition (Public-domain original / CTS faculty draft 2026); the Spanish is a CTS translation.