1. L’Esprit qui nous unit à Christ et la foi qu’il donne1. The Spirit Who Unites Us to Christ, and the Faith He Gives
Jean Calvin, Institutes of the Christian Religion (édition latine définitive, 1559 ; traduction anglaise de John Allen, 1813, édition de la Presbyterian Board of Publication ; Projet Gutenberg n° 45001), Livre III, chapitre I, complet (sections I–IV) ; chapitre II, sections I, VI–VII, XIV–XVI, XXXIII et XXXVI (sections II–V, VIII–XIII, XVII–XXXII, XXXIV–XXXV et XXXVII–XLIII omises) : le Saint-Esprit comme le lien qui nous unit à Christ, et la foi définie comme une connaissance ferme et certaine de la bienveillance de Dieu envers nous, fondée sur la promesse gratuite en Christ et scellée par l’Esprit. Source primaire ; traduction du Séminaire théologique de Chapala (ébauche assistée par machine) à partir de l’anglais d’Allen. Les interprétations sont celles de l’auteur.John Calvin, Institutes of the Christian Religion (final Latin edition, 1559; English translation by John Allen, 1813, Presbyterian Board of Publication edition; Project Gutenberg #45001), Book III, chapter I, complete (sections I–IV); chapter II, sections I, VI–VII, XIV–XVI, XXXIII and XXXVI (sections II–V, VIII–XIII, XVII–XXXII, XXXIV–XXXV and XXXVII–XLIII omitted): the Holy Spirit as the bond that unites us to Christ, and faith defined as a firm and certain knowledge of God’s kindness toward us, founded on the free promise in Christ and sealed by the Spirit. Primary source; the interpretations are the author’s.
Note du STC : Le livre III de l’Institution demande comment les bienfaits acquis par Christ deviennent nôtres. La réponse de Calvin est l’union avec Christ, opérée par le Saint-Esprit et reçue par la foi. Sa définition de la foi à la section VII est l’une des phrases les plus citées de la théologie réformée : la foi n’est pas un simple assentiment à l’histoire évangélique, mais une connaissance certaine de la bienveillance de Dieu envers nous, qui repose sur la promesse gratuite en Christ, révélée à l’esprit et confirmée dans le cœur par l’Esprit. « Les scolastiques » et « les écoles » désignent les théologiens médiévaux ; la « foi implicite » consiste à croire tout ce que croit l’Église sans le connaître ; πληροφορία (« pleine certitude ») est le mot grec de Paul. Calvin admet aussi que la vraie foi lutte contre le doute ; les sections omises (XVII–XXXII) traitent longuement de ce combat. La première section de chaque chapitre ne porte pas de numéro, comme chez Allen. Les appels de notes ont été supprimés.CTS note: Book III of the Institutes asks how the benefits Christ won become ours. Calvin’s answer is union with Christ, brought about by the Holy Spirit, and received by faith. His definition of faith in section VII is one of the most quoted sentences in Reformed theology: faith is not bare agreement with the gospel story, but a sure knowledge of God’s kindness toward us, resting on the free promise in Christ, made known to the mind and confirmed in the heart by the Spirit. “The schoolmen” and “the schools” are the medieval scholastic theologians; “implicit faith” means believing whatever the Church believes without knowing it; πληροφορία (“full assurance”) is Paul’s Greek word. Calvin also admits that real faith struggles with doubt; the omitted sections (XVII–XXXII) treat that struggle at length. The first section of each chapter carries no number, as in Allen. Footnote markers have been removed.
Livre III. Chapitre I. Ce qui a été dit de Christ nous est rendu profitable par l’opération secrète de l’Esprit.Book III. Chapter I. What Is Declared Concerning Christ Rendered Profitable to Us by the Secret Operation of the Spirit.
Nous devons maintenant examiner comment nous parvenons à jouir des biens que le Père a conférés à son Fils unique, non pour son usage particulier, mais pour enrichir les pauvres et les indigents. Et d’abord il faut remarquer que, tant qu’il y a séparation entre Christ et nous, tout ce qu’il a souffert et accompli pour le salut du genre humain nous est inutile et sans profit. Pour nous communiquer ce qu’il a reçu de son Père, il faut donc qu’il devienne nôtre et qu’il habite en nous. C’est pourquoi il est appelé notre « Chef » et « le premier-né entre plusieurs frères » ; et de nous, au contraire, il est dit que nous sommes « entés en lui » et que nous l’avons « revêtu » ; car, comme je l’ai observé, tout ce qu’il possède ne nous est rien jusqu’à ce que nous soyons unis à lui. Mais, bien qu’il soit vrai que nous obtenons cela par la foi, puisque nous voyons que la communication de Christ offerte dans l’Évangile n’est pas indistinctement embrassée de tous, la raison elle-même nous enseigne à aller plus loin et à rechercher l’énergie secrète de l’Esprit, par laquelle nous sommes introduits dans la jouissance de Christ et de tous ses bienfaits. J’ai déjà traité de la divinité et de l’essence éternelles de l’Esprit ; bornons-nous maintenant à ce point particulier : Christ est venu ainsi par l’eau et par le sang, afin que l’Esprit rende témoignage de lui, pour que le salut qu’il nous a acquis ne soit pas perdu pour nous. Car, comme « il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, la Parole et l’Esprit », de même « il y en a trois sur la terre : l’Esprit, l’eau et le sang ». Et ce n’est pas une vaine répétition du témoignage de l’Esprit, que nous sentons gravé comme un sceau dans nos cœurs, en sorte qu’il scelle l’ablution et le sacrifice de Christ. C’est pourquoi Pierre dit aussi que les croyants sont « élus par la sanctification de l’Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants et qu’ils participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ ». Ce passage nous fait comprendre que nos âmes sont purifiées par l’ablution secrète de l’Esprit, afin que l’effusion de ce sang sacré ne soit pas vaine. Pour la même raison Paul aussi, parlant de la purification et de la justification, dit que nous jouissons de l’une et de l’autre « au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu ». La somme de tout est celle-ci : le Saint-Esprit est le lien par lequel Christ nous unit efficacement à lui-même. Et ce que nous avons exposé au livre précédent touchant son onction tend à établir la même vérité.We are now to examine how we obtain the enjoyment of those blessings which the Father has conferred on his only begotten Son, not for his own private use, but to enrich the poor and needy. And first it must be remarked, that as long as there is a separation between Christ and us, all that he suffered and performed for the salvation of mankind is useless and unavailing to us. To communicate to us what he received from his Father, he must, therefore, become ours, and dwell within us. On this account he is called our “Head,” and “the first-born among many brethren;” and we, on the other hand, are said to be “grafted into him,” and to “put him on;” for, as I have observed, whatever he possesses is nothing to us, till we are united to him. But though it be true that we obtain this by faith, yet, since we see that the communication of Christ, offered in the gospel, is not promiscuously embraced by all, reason itself teaches us to proceed further, and to inquire into the secret energy of the Spirit, by which we are introduced to the enjoyment of Christ and all his benefits. I have already treated of the eternal Deity and essence of the Spirit; let us now confine ourselves to this particular point: Christ came thus by water and blood, that the Spirit may testify concerning him, in order that the salvation procured by him may not be lost to us. For as “there are three that bear record in heaven, the Father, the Word, and the Spirit,” so also “there are three on earth, the spirit, the water, and the blood.” Nor is this a useless repetition of the testimony of the Spirit, which we perceive to be engraven like a seal on our hearts, so that it seals the ablution and sacrifice of Christ. For which reason Peter also says, that believers are “elect through sanctification of the Spirit unto obedience, and sprinkling of the blood of Jesus Christ.” This passage suggests to us, that our souls are purified by the secret ablution of the Spirit, that the effusion of that sacred blood may not be in vain. For the same reason also Paul, when speaking of purification and justification, says, we enjoy both “in the name of the Lord Jesus, and by the Spirit of our God.” The sum of all is this—that the Holy Spirit is the bond by which Christ efficaciously unites us to himself. And what we have advanced in the last book concerning his unction, tends to establish the same truth.
II. Mais, pour confirmer davantage ce point, qui est très digne d’être compris, nous devons nous souvenir que Christ a été doué du Saint-Esprit d’une manière particulière, afin de nous séparer du monde et de nous introduire dans l’espérance d’un héritage éternel. C’est pourquoi l’Esprit est appelé « Esprit de sainteté » ; non seulement parce qu’il nous anime et nous soutient par cette puissance générale qui se déploie dans le genre humain et dans toutes les autres créatures, mais parce qu’il est en nous la semence et la racine d’une vie céleste. Aussi le principal sujet sur lequel s’arrêtent les prophètes, lorsqu’ils célèbrent le règne de Christ, est qu’il y aurait alors une effusion plus abondante de l’Esprit. Le passage le plus remarquable est celui de Joël : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair en ces jours-là. » Car, bien que le prophète semble restreindre les dons de l’Esprit à l’exercice de la fonction prophétique, il signifie, d’une manière figurée, que Dieu, par l’illumination de son Esprit, fera ses disciples de ceux qui auparavant étaient entièrement étrangers à la doctrine céleste. De plus, comme Dieu le Père nous donne son Saint-Esprit à cause de son Fils, et qu’il a néanmoins déposé « toute plénitude » dans le Fils, afin qu’il soit le ministre et le dispensateur de sa propre bonté, le Saint-Esprit est appelé tantôt l’Esprit du Père, tantôt l’Esprit du Fils. « Vous (dit Paul), vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’Esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » Et de là il fait naître l’espérance d’un renouvellement complet, car « celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ». Car il n’y a aucune absurdité à attribuer au Père la louange de ses propres dons, dont il est l’auteur, et à attribuer aussi la même gloire à Christ, en qui les dons de l’Esprit sont déposés pour être donnés à son peuple. C’est pourquoi il invite tous ceux qui ont soif à venir à lui et à boire. Et Paul nous enseigne qu’« à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». Et il faut remarquer qu’il est appelé l’Esprit de Christ non seulement parce que la Parole éternelle de Dieu est unie au même Esprit que le Père, mais aussi en raison de sa qualité de Médiateur ; car, s’il n’avait pas été doué de cette puissance, sa venue vers nous aurait été entièrement vaine. En ce sens il est appelé « le dernier Adam, le Seigneur venu du ciel, un esprit vivifiant » ; où Paul compare la vie particulière que le Fils de Dieu inspire à son peuple, afin qu’ils soient un avec lui, à cette vie animale qui est également commune aux réprouvés. Ainsi, lorsqu’il souhaite aux fidèles « la grâce de Christ et l’amour de Dieu », il ajoute aussi « la communion du Saint-Esprit », sans laquelle il ne peut y avoir aucune jouissance de la faveur paternelle de Dieu ni de la bienfaisance de Christ. Comme il dit aussi ailleurs : « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné ».II. But as a further confirmation of this point, which is highly worthy of being understood, we must remember that Christ was endued with the Holy Spirit in a peculiar manner; in order to separate us from the world, and introduce us into the hope of an eternal inheritance. Hence the Spirit is called “the Spirit of holiness;” not only because he animates and supports us by that general power which is displayed in mankind, and in all other creatures, but because he is the seed and root of a heavenly life within us. The principal topic, therefore, dwelt on by the prophets in celebrating the kingdom of Christ, is, that there would then be a more exuberant effusion of the Spirit. The most remarkable passage is that of Joel: “I will pour out my Spirit upon all flesh in those days.” For, though the prophet seems to restrict the gifts of the Spirit to the exercise of the prophetic function, yet he signifies, in a figurative way, that God, by the illumination of his Spirit, will make those his disciples, who before were total strangers to the heavenly doctrine. Besides, as God the Father gives us his Holy Spirit for the sake of his Son, and yet has deposited “all fulness” with his Son, that he might be the minister and dispenser of his own goodness,—the Holy Spirit is sometimes called the Spirit of the Father, and sometimes the Spirit of the Son. “Ye (says Paul) are not in the flesh, but in the Spirit, if so be that the Spirit of God dwell in you. Now, if any man have not the Spirit of Christ, he is none of his.” And thence he inspires a hope of complete renovation, for “he that raised up Christ from the dead, shall also quicken your mortal bodies by his Spirit that dwelleth in you.” For there is no absurdity in ascribing to the Father the praise of his own gifts, of which he is the author; and also ascribing the same glory to Christ, with whom the gifts of the Spirit are deposited, to be given to his people. Therefore he invites all who thirst to come to him and drink. And Paul teaches us, that “unto every one of us is given grace according to the measure of the gift of Christ.” And it must be remarked, that he is called the Spirit of Christ, not only because the eternal Word of God is united with the same Spirit as the Father, but also with respect to his character of Mediator; for, if he had not been endued with this power, his advent to us would have been altogether in vain. In which sense he is called “the second Adam, the Lord from heaven, a quickening Spirit;” where Paul compares the peculiar life with which the Son of God inspires his people, that they may be one with him, to that animal life which is equally common to the reprobate. So, where he wishes to the faithful “the grace of Christ, and the love of God,” he adds also “the communion of the Spirit,” without which there can be no enjoyment of the paternal favour of God, or the beneficence of Christ. As he says also in another place, “the love of God is shed abroad in our hearts by the Holy Ghost, which is given unto us.”
III. Et ici il convient de remarquer les titres par lesquels l’Écriture désigne l’Esprit lorsqu’elle traite du commencement, du progrès et de l’achèvement de notre salut. D’abord, il est appelé « Esprit d’adoption », parce qu’il nous rend témoignage de la bienveillance gratuite de Dieu, par laquelle Dieu le Père nous a embrassés en son Fils bien-aimé et unique, afin de nous être un père ; et il nous anime à prier avec confiance, et nous dicte même les paroles, en sorte que nous puissions crier hardiment : « Abba, Père ! » Pour la même raison, il est dit être « les arrhes » et le « sceau » de notre héritage ; parce que, tandis que nous sommes pèlerins et étrangers dans le monde, et comme morts, il nous infuse une telle vie venue du ciel que nous sommes certains que notre salut est assuré par la fidélité et le soin de Dieu. C’est pourquoi il est aussi dit être « vie » à cause de la justice. Puisque par ses pluies secrètes il nous rend féconds pour produire les fruits de la justice, il est fréquemment appelé « eau » ; comme dans Ésaïe : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux. » Et encore : « Je répandrai des eaux sur le sol altéré, et des ruisseaux sur la terre desséchée. » À quoi correspond l’invitation de Christ, citée tout à l’heure : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi. » Toutefois, il reçoit parfois ce nom en raison de sa vertu purifiante et nettoyante ; comme dans Ézéchiel, où le Seigneur promet de répandre une eau pure sur son peuple pour le purifier de ses souillures. Parce qu’il rend la vie et la vigueur, et soutient continuellement, ceux qu’il a oints de l’huile de sa grâce, il en reçoit le nom d’« onction ». Parce qu’il consume chaque jour les vices de notre convoitise et enflamme nos cœurs de l’amour de Dieu et du zèle de la piété, il est à juste titre appelé « feu » à cause de ces effets. Enfin, il nous est décrit comme une « source », d’où nous recevons tout l’écoulement des richesses célestes ; et comme « la main de Dieu », par laquelle il exerce sa puissance ; parce que, par le souffle de sa puissance, il nous inspire la vie divine, en sorte que nous ne sommes plus mus par nous-mêmes, mais dirigés par son action et son influence ; de sorte que, s’il y a quelque bien en nous, c’est le fruit de sa grâce, tandis que ce que nous sommes sans lui n’est que ténèbres de l’esprit et perversité du cœur. Il a déjà été clairement dit, en effet, que tant que nos esprits ne sont pas fixés sur l’Esprit, Christ demeure sans valeur pour nous ; parce que nous le regardons comme l’objet d’une froide spéculation hors de nous, et donc très loin de nous. Mais nous savons qu’il ne profite qu’à ceux qui l’ont pour « chef » et pour « frère aîné », et qui l’ont « revêtu ». Cette union seule nous rend profitable sa venue en qualité de Sauveur. Nous apprenons la même vérité de ce mariage sacré par lequel nous sommes faits chair de sa chair et os de ses os, et donc un avec lui. C’est par son Esprit seul qu’il s’unit à nous ; et par la grâce et la puissance du même Esprit nous sommes faits ses membres, afin qu’il nous tienne sous lui et que nous jouissions mutuellement de lui.III. And here it will be proper to notice the titles by which the Scripture distinguishes the Spirit, where it treats of the commencement, progress, and completion of our salvation. First, he is called the “Spirit of adoption,” because he witnesses to us the gratuitous benevolence of God, with which God the Father has embraced us in his beloved and only begotten Son, that he might be a father to us; and animates us to pray with confidence, and even dictates expressions, so that we may boldly cry, “Abba, Father.” For the same reason, he is said to be “the earnest” and “seal” of our inheritance; because, while we are pilgrims and strangers in the world, and as persons dead, he infuses into us such life from heaven, that we are certain of our salvation being secured by the Divine faithfulness and care. Whence he is also said to be “life,” because of righteousness. Since by his secret showers he makes us fertile in producing the fruits of righteousness, he is frequently called “water;” as in Isaiah: “Ho, every one that thirsteth, come ye to the waters.” Again: “I will pour water upon him that is thirsty, and floods upon the dry ground.” To which corresponds the invitation of Christ, just quoted: “If any man thirst, let him come unto me.” He sometimes, however, receives this appellation from his purifying and cleansing energy; as in Ezekiel, where the Lord promises to sprinkle clean water on his people, to cleanse them from their impurities. Because he restores to life and vigour, and continually supports, those whom he has anointed with the oil of his grace, he thence obtains the name of “unction.” Because he daily consumes the vices of our concupiscence, and inflames our hearts with the love of God and the pursuit of piety,—from these effects he is justly called “fire.” Lastly, he is described to us as a “fountain,” whence we receive all the emanation of heavenly riches; and as “the hand of God,” by which he exerts his power; because by the breath of his power he inspires us with Divine life, so that we are not now actuated from ourselves, but directed by his agency and influence; so that if there be any good in us, it is the fruit of his grace, whereas our characters without him are darkness of mind and perverseness of heart. It has, indeed, already been clearly stated, that till our minds are fixed on the Spirit, Christ remains of no value to us; because we look at him as an object of cold speculation without us, and therefore at a great distance from us. But we know that he benefits none but those who have him for their “head” and “elder brother,” and who have “put him on.” This union alone renders his advent in the character of a Saviour available to us. We learn the same truth from that sacred marriage, by which we are made flesh of his flesh and bone of his bone, and therefore one with him. It is only by his Spirit that he unites himself with us; and by the grace and power of the same Spirit we are made his members; that he may keep us under himself, and we may mutually enjoy him.
IV. Mais la foi, étant son œuvre principale, est l’objet auquel se rapportent principalement les expressions les plus fréquentes de sa puissance et de son opération ; parce qu’elle est le seul moyen par lequel il nous conduit à la lumière de l’Évangile ; selon la déclaration de Jean, que « Christ a donné le pouvoir (ou le privilège) de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu » ; où, opposant Dieu à la chair et au sang, il affirme que la réception de Christ par la foi, chez ceux qui autrement demeureraient incrédules, est un don surnaturel. Semblable est cette réponse de Christ : « Ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux » ; je ne fais que la mentionner maintenant, parce que je l’ai traitée ailleurs en détail. Semblable aussi est l’affirmation de Paul, que les Éphésiens « ont été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis ». Car cela montre qu’il y a un maître éternel par l’action duquel la promesse du salut, qui autrement ne ferait que frapper l’air, ou tout au plus nos oreilles, pénètre dans nos esprits. Semblable encore est sa remarque, que les Thessaloniciens ont été « choisis par Dieu par la sanctification de l’Esprit et par la foi en la vérité » ; par cette liaison, il fait brièvement entendre que la foi elle-même ne procède que de l’Esprit. Jean l’exprime en termes plus clairs : « Nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné. » Et encore : « Nous connaissons que nous demeurons en lui, et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous a donné de son Esprit. » C’est pourquoi Christ promit d’envoyer à ses disciples « l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir », afin qu’ils fussent capables d’atteindre la sagesse céleste. Il lui attribue l’office particulier de leur rappeler à l’esprit toutes les instructions qu’il leur avait données de vive voix. Car en vain la lumière se présenterait-elle aux aveugles, si cet Esprit d’intelligence n’ouvrait les yeux de leur esprit ; de sorte qu’il peut être à juste titre appelé la clef par laquelle les trésors du royaume des cieux nous sont ouverts ; et son illumination forme les yeux de notre esprit pour les contempler. C’est pourquoi Paul recommande si hautement le ministère de l’Esprit ; parce que les instructions des prédicateurs ne produiraient aucun fruit si Christ lui-même, le maître intérieur, n’attirait à lui par son Esprit ceux qui lui ont été donnés par le Père. Ainsi donc, comme nous avons dit que le salut complet se trouve dans la personne de Christ, de même, pour nous en rendre participants, il « nous baptise du Saint-Esprit et de feu », nous éclairant dans la foi de son Évangile, nous régénérant afin que nous devenions de nouvelles créatures et, nous purifiant des souillures profanes, il nous consacre comme des temples saints à Dieu.IV. But faith, being his principal work, is the object principally referred to in the most frequent expressions of his power and operation; because it is the only medium by which he leads us into the light of the gospel; according to the declaration of John, that “Christ gave power (or privilege) to become the sons of God to them that believed on his name; which were born, not of blood, nor of the will of the flesh, nor of the will of man, but of God;” where, opposing God to flesh and blood, he asserts the reception of Christ by faith, by those who would otherwise remain unbelievers, to be a supernatural gift. Similar to which is this answer of Christ: “Flesh and blood hath not revealed it unto thee, but my Father, which is in heaven;” which I now merely mention because I have elsewhere treated it at large. Similar also is the assertion of Paul, that the Ephesians “were sealed with that Holy Spirit of promise.” For this shows, that there is an eternal teacher, by whose agency the promise of salvation, which otherwise would only strike the air, or at most our ears, penetrates into our minds. Similar also is his remark, that the Thessalonians were “chosen by God through sanctification of the Spirit, and belief of the truth;” by which connection, he briefly suggests, that faith itself proceeds only from the Spirit. John expresses this in plainer terms: “We know that he abideth in us, by the Spirit which he hath given us.” Again: “Hereby know we that we dwell in him, and he in us, because he hath given us of his Spirit.” Therefore Christ promised to send to his disciples “the Spirit of truth, whom the world cannot receive,” that they might be capable of attaining heavenly wisdom. He ascribes to him the peculiar office of suggesting to their minds all the oral instructions which he had given them. For in vain would the light present itself to the blind, unless this Spirit of understanding would open their mental eyes; so that he may be justly called the key with which the treasures of the kingdom of heaven are unlocked to us; and his illumination constitutes our mental eyes to behold them. It is therefore that Paul so highly commends the ministry of the Spirit; because the instructions of preachers would produce no benefit, did not Christ himself, the internal teacher, by his Spirit, draw to him those who were given him by the Father. Therefore, as we have stated, that complete salvation is found in the person of Christ, so, to make us partakers of it, he “baptizes us with the Holy Spirit and with fire,” enlightening us into the faith of his Gospel, regenerating us so that we become new creatures, and, purging us from profane impurities, consecrates us as holy temples to God.
Livre III. Chapitre II. La foi définie et ses propriétés décrites.Book III. Chapter II. Faith Defined, and Its Properties Described.
Toutes ces choses seront aisément comprises quand nous aurons donné une définition plus claire de la foi, afin que le lecteur en perçoive la nature et l’importance. Mais il convient de lui remettre en mémoire ce qui a déjà été dit : que Dieu nous a donné sa loi comme règle de notre conduite, et que, si nous sommes coupables de la moindre transgression, nous sommes exposés au terrible châtiment de la mort éternelle dont il menace. Ensuite, que, puisque accomplir la loi comme il l’exige est non seulement difficile, mais entièrement au-dessus de nos forces et au-delà de toute l’étendue de notre capacité, si nous ne regardons que nous-mêmes et considérons ce que nous avons mérité, il ne nous reste pas la moindre espérance, mais, comme rejetés de Dieu, nous sommes au bord de la perdition éternelle. En troisième lieu, il a été expliqué qu’il n’y a qu’un seul moyen de délivrance par lequel nous puissions être tirés d’une si affreuse calamité : la venue de Christ le Rédempteur, par lequel notre Père céleste, ayant pitié de nous dans son infinie bonté et miséricorde, a bien voulu nous secourir, si nous embrassons cette miséricorde par une foi sincère et nous y reposons avec une espérance constante. Mais nous devons maintenant examiner la nature de cette foi, par laquelle tous ceux qui sont les fils adoptifs de Dieu entrent en possession du royaume céleste ; car il est certain que n’importe quelle opinion, ni même n’importe quelle persuasion, ne suffit pas à l’accomplissement d’une si grande œuvre. Et nous devons être d’autant plus prudents et diligents dans nos méditations et nos recherches sur la propriété véritable de la foi, que les erreurs de beaucoup en ce temps sur ce sujet sont plus pernicieuses. Car une grande partie du monde, lorsqu’elle entend le mot foi, s’imagine que ce n’est rien de plus qu’un assentiment commun à l’histoire évangélique. Et même les disputes des écoles sur la foi, en appelant simplement Dieu son objet (comme je l’ai observé ailleurs), égarent les pauvres âmes par une vaine spéculation plutôt qu’elles ne les dirigent vers le vrai but. Car, puisque Dieu « habite une lumière inaccessible », l’intervention de Christ est nécessaire comme moyen d’accès auprès de lui. C’est pourquoi il s’appelle lui-même « la lumière du monde », et ailleurs « le chemin, la vérité et la vie » ; parce que « nul ne vient au Père », qui est la source de la vie, « que par lui » ; parce que lui seul connaît le Père et le révèle aux croyants. Pour cette raison Paul affirme qu’il n’estimait rien digne d’être connu sinon Jésus-Christ ; et au vingtième chapitre des Actes il déclare qu’il avait prêché la foi en Christ ; et ailleurs il fait parler Christ de cette manière : « Je t’envoie vers les païens, afin qu’ils reçoivent le pardon des péchés et l’héritage avec les sanctifiés, par la foi en moi. » Cet apôtre nous dit que la gloire de Dieu nous est rendue visible en sa personne, ou (ce qui revient au même) que « la lumière de la connaissance de la gloire de Dieu » brille « sur sa face ». Il est vrai que la foi se rapporte au Dieu unique ; mais il faut y ajouter aussi la connaissance de Jésus-Christ, qu’il a envoyé. Car Dieu lui-même nous serait entièrement caché si nous n’étions éclairés par la splendeur de Christ. À cette fin le Père a déposé tous ses trésors dans son Fils unique, afin de se révéler en lui et, par une telle communication de biens, d’exprimer une vraie image de sa gloire. Car, comme il a été observé que nous avons besoin d’être attirés par l’Esprit pour être poussés à chercher Christ, de même nous devons savoir que le Père invisible ne doit être cherché que dans cette image. Sur quoi Augustin, traitant de l’objet de la foi, remarque admirablement « que nous devons savoir où aller et par quel chemin » ; et aussitôt après il conclut « que celui qui unit la divinité et l’humanité en une seule personne est le chemin le plus sûr contre toutes les erreurs ; car c’est Dieu vers qui nous tendons, et l’homme par qui nous allons ; mais l’un et l’autre ensemble ne se trouvent qu’en Christ ». Et Paul, lorsqu’il parle de la foi en Dieu, n’entend pas renverser ce qu’il enseigne si souvent touchant la foi, dont toute la fermeté est en Christ. Et Pierre les unit fort à propos lorsqu’il dit que « par lui nous croyons en Dieu ».All these things will be easily understood when we have given a clearer definition of faith, that the reader may perceive its nature and importance. But it will be proper to recall to his remembrance, what has been already stated; that God has given us his law as the rule of our conduct, and that, if we are guilty of even the smallest breach of it, we are exposed to the dreadful punishment of eternal death, which he denounces. Again, that since it is not only difficult, but entirely above our strength, and beyond the utmost extent of our ability, to fulfil the law as he requires,—if we only view ourselves, and consider what we have demerited, we have not the least hope left, but, as persons rejected by God, are on the verge of eternal perdition. In the third place, it has been explained, that there is but one method of deliverance, by which we can be extricated from such a direful calamity; that is, the appearance of Christ the Redeemer, by whose means our heavenly Father, commiserating us in his infinite goodness and mercy, has been pleased to relieve us, if we embrace this mercy with a sincere faith, and rely on it with a constant hope. But we must now examine the nature of this faith, by which all who are the adopted sons of God enter on the possession of the heavenly kingdom; since it is certain, that not every opinion, nor even every persuasion, is equal to the accomplishment of so great a work. And we ought to be the more cautious and diligent in our meditations and inquiries on the genuine property of faith, in proportion to the pernicious tendency of the mistakes of multitudes in the present age on this subject. For a great part of the world, when they hear the word faith, conceive it to be nothing more than a common assent to the evangelical history. And even the disputes of the schools concerning faith, by simply styling God the object of it, (as I have elsewhere observed,) rather mislead miserable souls by a vain speculation, than direct them to the proper mark. For, since God “dwelleth in the light, which no man can approach unto,” there is a necessity for the interposition of Christ, as the medium of access to him. Whence he calls himself “the light of the world,” and in another place, “the way, and the truth, and the life;” because “no man cometh unto the Father,” who is the fountain of life, “but by him;” because he alone knows the Father, and reveals him to believers. For this reason Paul asserts, that he esteemed nothing worthy of being known but Jesus Christ; and in the twentieth chapter of the Acts declares, that he had preached faith in Christ; and in another place, he introduces Christ speaking in the following manner: “I send thee unto the Gentiles, that they may receive forgiveness of sins, and inheritance among them which are sanctified by faith, that is in me.” This apostle tells us, that the glory of God is visible to us in his person, or (which conveys the same idea) that “the light of the knowledge of the glory of God” shines “in his face.” It is true, that faith relates to the one God; but there must also be added a knowledge of Jesus Christ, whom he has sent. For God himself would be altogether concealed from us, if we were not illuminated by the brightness of Christ. For this purpose the Father has deposited all his treasures with his only begotten Son, that he might reveal himself in him; and that, by such a communication of blessings, he might express a true image of his glory. For as it has been observed, that we require to be drawn by the Spirit, that we may be excited to seek Christ, so we should also be apprized, that the invisible Father is to be sought only in this image. On which subject, Augustine, treating of the object of faith, beautifully remarks, “that we ought to know whither we should go, and in what way;” and immediately after he concludes, “that he who unites Deity and humanity in one person, is the way most secure from all errors; for that it is God towards whom we tend, and man by whom we go; but that both together can be found only in Christ.” Nor does Paul, when he speaks of faith in God, intend to subvert what he so frequently inculcates concerning faith, whose stability is wholly in Christ. And Peter most suitably connects them together, when he says, that “by him we believe in God.”
[…] (Sections II–V omises.)[…] (Sections II–V omitted.)
VI. Telle est donc la vraie connaissance de Christ : le recevoir tel que le Père nous l’offre, c’est-à-dire revêtu de son Évangile ; car, comme il est établi pour être l’objet de notre foi, ainsi nous ne pouvons avancer par le droit chemin vers lui sans la conduite de l’Évangile. Assurément l’Évangile nous ouvre ces trésors de grâce sans lesquels Christ nous profiterait peu. Ainsi Paul joint la foi à la doctrine comme une compagne inséparable, lorsqu’il dit : « Vous n’avez pas appris ainsi Christ, si du moins vous l’avez entendu et si vous avez été instruits par lui selon la vérité qui est en Jésus. » Je ne restreins pas toutefois la foi à l’Évangile au point de ne pas reconnaître que Moïse et les prophètes ont enseigné ce qui suffisait à l’établir ; mais, parce que l’Évangile présente une manifestation plus pleine de Christ, Paul l’appelle à juste titre « les paroles de la foi et de la bonne doctrine ». Pour la même raison, il représente ailleurs la loi comme abolie par la venue de la foi, comprenant sous ce terme la nouvelle manière d’enseigner par laquelle Christ, depuis qu’il est apparu comme notre Maître, a fait éclater plus vivement la miséricorde du Père et a rendu un témoignage plus explicite de notre salut. La méthode la plus aisée et la plus commode pour nous sera de descendre par ordre du genre à l’espèce. En premier lieu, nous devons savoir que la foi a une relation perpétuelle avec la parole, et qu’elle ne peut pas plus en être séparée que les rayons du soleil d’où ils procèdent. C’est pourquoi Dieu proclame par Ésaïe : « Écoutez, et votre âme vivra. » Et que la parole soit la source de la foi, cela ressort de ce langage de Jean : « Ces choses ont été écrites afin que vous croyiez. » Le psalmiste aussi, voulant exhorter le peuple à la foi, dit : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix » ; et entendre signifie généralement croire. Enfin, ce n’est pas sans raison que, dans Ésaïe, Dieu distingue les enfants de l’Église des étrangers par cette marque, qu’ils seront tous ses disciples et enseignés par lui ; car, si c’était là un bienfait commun à tous, pourquoi s’adresserait-il à un petit nombre ? À cela correspond l’usage général que font les évangélistes en toute occasion des mots « croyants » et « disciples » comme synonymes, et Luc en particulier, très souvent dans les Actes des apôtres, au neuvième chapitre desquels il étend même ce dernier nom à une femme. C’est pourquoi, si la foi s’écarte le moins du monde de cet objet vers lequel elle doit être dirigée, elle ne garde plus sa propre nature, mais devient une crédulité incertaine et un égarement de l’esprit. La même parole divine est le fondement par lequel la foi est soutenue et appuyée, et dont elle ne peut être détournée sans tomber aussitôt. Ôtez donc la parole, et il ne restera plus de foi. Nous ne disputons pas ici de savoir si le ministère des hommes est nécessaire pour répandre la parole de Dieu par laquelle la foi est produite, ce que nous traiterons ailleurs ; mais nous affirmons que la parole elle-même, de quelque manière qu’elle nous soit transmise, est comme un miroir dans lequel la foi peut contempler Dieu. Ainsi, que Dieu se serve en cela du ministère des hommes, ou qu’il opère par sa seule puissance, il se découvre toujours par sa parole à ceux qu’il veut attirer à lui. C’est pourquoi Paul définit la foi comme une obéissance rendue à l’Évangile, et loue le service de la foi. Car l’appréhension de la foi ne se borne pas à savoir qu’il y a un Dieu, mais consiste principalement à comprendre quelle est sa disposition envers nous. Car il ne nous importe pas tant de savoir ce qu’il est en lui-même que ce qu’il veut être pour nous. Nous trouvons donc que la foi est une connaissance de la volonté de Dieu à notre égard, reçue de sa parole. Et le fondement en est une persuasion préalable de la véracité divine ; si l’esprit en conçoit quelque doute, l’autorité de la parole sera douteuse et faible, ou plutôt elle n’aura aucune autorité. Et il ne suffit pas de croire que la véracité de Dieu est incapable de tromperie ou de mensonge, si vous n’admettez aussi, comme hors de tout doute, que tout ce qui procède de lui est une vérité sacrée et inviolable.VI. This, then, is the true knowledge of Christ—to receive him as he is offered by the Father, that is, invested with his gospel; for, as he is appointed to be the object of our faith, so we cannot advance in the right way to him, without the guidance of the gospel. The gospel certainly opens to us those treasures of grace, without which Christ would profit us little. Thus Paul connects faith as an inseparable concomitant with doctrine, where he says, “Ye have not so learned Christ; if so be ye have been taught by him, as the truth is in Jesus.” Yet I do not so far restrict faith to the gospel, but that I admit Moses and the prophets to have delivered what was sufficient for its establishment; but because the gospel exhibits a fuller manifestation of Christ, it is justly styled by Paul, “the words of faith and of good doctrine.” For the same reason, in another place, he represents the law as abolished by the coming of faith; comprehending under this term the new kind of teaching, by which Christ, since his appearance as our Master, has given a brighter display of the mercy of the Father, and a more explicit testimony concerning our salvation. The more easy and convenient method for us will be, to descend regularly from the genus to the species. In the first place, we must be apprized, that faith has a perpetual relation to the word, and can no more be separated from it, than the rays from the sun, whence they proceed. Therefore God proclaims by Isaiah, “Hear, and your souls shall live.” And that the word is the fountain of faith, is evident from this language of John: “These are written, that ye might believe.” The Psalmist also, intending to exhort the people to faith, says, “To-day, if ye will hear his voice;” and to hear, generally means to believe. Lastly, it is not without reason that in Isaiah, God distinguishes the children of the Church from strangers, by this character, that they shall all be his disciples, and be taught by him; for, if this were a benefit common to all, why should he address himself to a few? Correspondent with this is the general use of the words “believers,” and “disciples,” as synonymous, by the evangelists, on all occasions, and by Luke in particular, very frequently in the Acts of the Apostles; in the ninth chapter of which, he extends the latter epithet even to a woman. Wherefore, if faith decline in the smallest degree from this object, towards which it ought to be directed, it no longer retains its own nature, but becomes an uncertain credulity, and an erroneous excursion of the mind. The same Divine word is the foundation by which faith is sustained and supported, from which it cannot be moved without an immediate downfall. Take away the word, then, and there will be no faith left. We are not here disputing whether the ministry of men be necessary to disseminate the word of God, by which faith is produced, which we shall discuss in another place; but we assert, that the word itself, however it may be conveyed to us, is like a mirror, in which faith may behold God. Whether, therefore, God in this instance use the agency of men, or whether he operate solely by his own power, he always discovers himself by his word to those whom he designs to draw to himself. Whence Paul defines faith as an obedience rendered to the gospel, and praises the service of faith. For the apprehension of faith is not confined to our knowing that there is a God, but chiefly consists in our understanding what is his disposition towards us. For it is not of so much importance to us to know what he is in himself, as what he is willing to be to us. We find, therefore, that faith is a knowledge of the will of God respecting us, received from his word. And the foundation of this is a previous persuasion of the Divine veracity; any doubt of which being entertained in the mind, the authority of the word will be dubious and weak, or rather it will be of no authority at all. Nor is it sufficient to believe that the veracity of God is incapable of deception or falsehood, unless you also admit, as beyond all doubt, that whatever proceeds from him is sacred and inviolable truth.
VII. Mais, comme le cœur humain n’est pas incité à la foi par n’importe quelle parole de Dieu, nous devons rechercher encore quelle est la partie de la parole à laquelle la foi a particulièrement affaire. Dieu déclara à Adam : « Tu mourras certainement » ; et à Caïn : « La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi » ; mais ces déclarations sont si peu propres à établir la foi que, par elles-mêmes, elles ne peuvent que l’ébranler. Nous ne nions pas que ce soit l’office de la foi de souscrire à la vérité de Dieu, quels que soient le temps, la nature ou la manière de ses communications ; mais ce que nous recherchons à présent, c’est seulement ce que la foi trouve dans la parole divine sur quoi appuyer sa dépendance et sa confiance. Quand notre conscience ne voit qu’indignation et vengeance, comment ne tremblerait-elle pas de crainte ? Et si Dieu est l’objet de sa terreur, comment ne le fuirait-elle pas ? Or la foi doit chercher Dieu, non le fuir. Il apparaît donc que nous n’avons pas encore une définition complète de la foi, puisque la connaissance de la volonté divine prise indéterminément ne doit pas être tenue pour la foi. Mais supposons qu’au lieu de la volonté, dont la déclaration produit souvent crainte et tristesse, nous mettions la bienveillance ou la miséricorde. Cela nous rapprochera certainement de la nature de la foi. Car nous sommes attirés à chercher Dieu après avoir appris que le salut nous est réservé auprès de lui ; ce qui nous est confirmé lorsqu’il déclare que c’est l’objet de son soin et de son affection. Nous avons donc besoin d’une promesse de grâce qui nous assure qu’il est notre Père propice ; puisque sans elle nous ne pouvons nous approcher de lui, et que c’est sur elle seule que le cœur humain peut s’appuyer en sûreté. C’est pourquoi, dans les Psaumes, la miséricorde et la vérité sont généralement unies, comme étroitement liées ; car il ne nous servirait de rien de connaître la véracité de Dieu s’il ne nous attirait à lui par sa miséricorde ; et nous n’embrasserions pas sa miséricorde s’il ne l’offrait de sa propre bouche. « J’ai publié ta fidélité et ton salut ; je n’ai pas caché ta bonté et ta vérité. Que ta bonté et ta vérité me gardent toujours ! » Et encore : « Seigneur, ta bonté atteint jusqu’aux cieux, ta fidélité jusqu’aux nues. » Et encore : « Tous les sentiers du Seigneur sont miséricorde et vérité pour ceux qui gardent son alliance. » Et encore : « Car sa bonté pour nous est grande, et la fidélité du Seigneur dure à toujours. » Et encore : « Je célébrerai ton nom, à cause de ta bonté et de ta vérité. » Je m’abstiens de citer ce que nous lisons dans les prophètes dans le même sens : que Dieu est miséricordieux et fidèle dans ses promesses. Car ce serait témérité de conclure que Dieu nous est propice, s’il ne rend témoignage de lui-même et ne nous prévient par son invitation, afin que sa volonté à notre égard ne soit ni ambiguë ni obscure. Mais nous avons déjà vu que Christ est le seul gage de son amour, sans lequel les signes de sa haine et de sa colère se manifestent en haut et en bas. Or, puisque la connaissance de la bonté divine ne nous apportera pas grand profit si elle ne nous conduit à nous y reposer, nous devons exclure cette appréhension mêlée de doutes, qui n’est pas égale et ferme, mais chancelante et indécise. Or l’esprit humain, aveuglé et obscurci comme il l’est, est bien loin de pouvoir pénétrer jusqu’à la connaissance de la volonté divine et y parvenir ; et le cœur aussi, flottant dans une perpétuelle hésitation, est loin de demeurer inébranlable dans cette persuasion. Il faut donc que notre esprit soit illuminé et notre cœur affermi par quelque puissance extérieure, afin que la parole de Dieu obtienne auprès de nous une pleine créance. Nous aurons donc une définition complète de la foi si nous disons qu’elle est une connaissance ferme et certaine de la bienveillance de Dieu envers nous, laquelle, fondée sur la vérité de la promesse gratuite en Christ, est révélée à notre esprit et confirmée en notre cœur par le Saint-Esprit.VII. But as the human heart is not excited to faith by every word of God, we must further inquire what part of the word it is, with which faith is particularly concerned. God declared to Adam, “Thou shalt surely die;” and to Cain, “The voice of thy brother’s blood crieth unto me from the ground;” but these declarations are so far from being adapted to the establishment of faith, that of themselves they can only shake it. We do not deny that it is the office of faith to subscribe to the truth of God, whatever be the time, the nature, or the manner of his communications; but our present inquiry is only, what faith finds in the Divine word, upon which to rest its dependence and confidence. When our conscience beholds nothing but indignation and vengeance, how shall it not tremble with fear? And if God be the object of its terror, how should it not fly from him? But faith ought to seek God, not to fly from him. It appears, then, that we have not yet a complete definition of faith; since a knowledge of the Divine will indefinitely, ought not to be accounted faith. But suppose, instead of will,—the declaration of which is often productive of fear and sorrow,—we substitute benevolence or mercy. This will certainly bring us nearer to the nature of faith. For we are allured to seek God, after we have learned that salvation is laid up for us with him; which is confirmed to us by his declaring it to be the object of his care and affection. Therefore we need a promise of grace, to assure us that he is our propitious Father; since we cannot approach to him without it, and it is upon that alone that the human heart can securely depend. For this reason, in the Psalms, mercy and truth are generally united, as being closely connected; because it would be of no avail for us to know the veracity of God, if he did not allure us to himself by his mercy; nor should we embrace his mercy, if he did not offer it with his own mouth. “I have declared thy faithfulness and thy salvation: I have not concealed thy loving-kindness and thy truth. Let thy loving-kindness and thy truth continually preserve me.” Again: “Thy mercy, O Lord, is in the heavens; and thy faithfulness reacheth unto the clouds.” Again: “All the paths of the Lord are mercy and truth unto such as keep his covenant.” Again: “His merciful kindness is great towards us; and the truth of the Lord endureth for ever.” Again: “I will praise thy name for thy loving-kindness, and for thy truth.” I forbear to quote what we read in the prophets to the same purport, that God is merciful and faithful in his promises. For it will be temerity to conclude that God is propitious to us, unless he testify concerning himself, and anticipate us by his invitation, that his will respecting us may be neither ambiguous nor obscure. But we have already seen, that Christ is the only pledge of his love, without whom the tokens of his hatred and wrath are manifest both above and below. Now, since the knowledge of the Divine goodness will not be attended with much advantage, unless it lead us to rely upon it, we must exclude that apprehension of it which is mixed with doubts, which is not uniform and steady, but wavering and undecided. Now, the human mind, blinded and darkened as it is, is very far from being able to penetrate and attain to a knowledge of the Divine will; and the heart also, fluctuating in perpetual hesitation, is far from continuing unshaken in that persuasion. Therefore our mind must be illuminated, and our heart established by some exterior power, that the word of God may obtain full credit with us. Now, we shall have a complete definition of faith, if we say, that it is a steady and certain knowledge of the Divine benevolence towards us, which, being founded on the truth of the gratuitous promise in Christ, is both revealed to our minds, and confirmed to our hearts, by the Holy Spirit.
[…] (Sections VIII–XIII omises.)[…] (Sections VIII–XIII omitted.)
XIV. Examinons maintenant de nouveau toutes les parties de cette définition ; un examen attentif, je pense, ne laissera rien de douteux. Quand nous l’appelons connaissance, nous n’entendons pas une compréhension telle que les hommes en ont communément des choses qui tombent sous leurs sens. Car elle est si supérieure que l’esprit humain doit se dépasser et s’élever au-dessus de lui-même pour y parvenir. Et l’esprit qui y parvient ne comprend pas ce qu’il perçoit, mais, persuadé de ce qu’il ne peut comprendre, il entend davantage par la certitude de cette persuasion qu’il ne comprendrait d’aucun objet humain par l’exercice de sa capacité naturelle. C’est pourquoi Paul l’exprime admirablement en ces termes : « comprendre quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance ». Car il a voulu faire entendre que ce que notre esprit appréhende par la foi est absolument infini, et que cette sorte de connaissance surpasse de loin toute intelligence. Toutefois, parce que Dieu a révélé à ses saints le secret de sa volonté, « caché de tout temps et dans tous les âges », la foi est à juste titre appelée dans l’Écriture « reconnaissance » ; et par Jean « connaissance », lorsqu’il affirme que les croyants savent qu’ils sont fils de Dieu. Et ils en ont en effet une connaissance certaine ; mais ils sont plutôt affermis par une persuasion de la véracité de Dieu qu’instruits par une démonstration de la raison. Le langage de Paul l’indique aussi : « en demeurant dans ce corps, nous demeurons loin du Seigneur ; car nous marchons par la foi et non par la vue ». Il montre par là que les choses que nous entendons par la foi sont loin de nous et hors de notre vue. D’où nous concluons que la connaissance de la foi consiste plus dans la certitude que dans la compréhension.XIV. Now, let us again examine all the parts of that definition; a careful consideration of which, I think, will leave nothing doubtful remaining. When we call it knowledge, we intend not such a comprehension as men commonly have of those things which fall under the notice of their senses. For it is so superior, that the human mind must exceed and rise above itself, in order to attain to it. Nor does the mind which attains it comprehend what it perceives, but being persuaded of that which it cannot comprehend, it understands more by the certainty of this persuasion, than it would comprehend of any human object by the exercise of its natural capacity. Wherefore Paul beautifully expresses it in these terms: “to comprehend what is the breadth, and length, and depth, and height; and to know the love of Christ, which passeth knowledge.” For he meant to suggest, that what our mind apprehends by faith is absolutely infinite, and that this kind of knowledge far exceeds all understanding. Yet, because God has revealed to his saints the secret of his will, “which had been hidden from ages and from generations,” therefore faith is in Scripture justly styled “an acknowledgment;” and by John, “knowledge,” when he asserts, that believers know that they are the sons of God. And they have indeed a certain knowledge of it; but are rather confirmed by a persuasion of the veracity of God, than taught by any demonstration of reason. The language of Paul also indicates this: “whilst we are at home in the body, we are absent from the Lord; for we walk by faith, not by sight.” By this he shows that the things which we understand through faith, are at a distance from us, and beyond our sight. Whence we conclude, that the knowledge of faith consists more in certainty than in comprehension.
XV. Pour exprimer la solide constance de la persuasion, nous disons encore que c’est une connaissance certaine et ferme. Car, de même que la foi ne se contente pas d’une opinion douteuse et changeante, de même elle ne se contente pas d’une conception obscure et confuse ; mais elle requiert une certitude pleine et fixe, telle qu’on l’obtient communément touchant les choses éprouvées et vérifiées. Car l’incrédulité est si profondément enracinée dans nos cœurs, et notre penchant pour elle est tel, que, bien que tous confessent de la langue que Dieu est fidèle, nul ne peut se persuader de cette vérité sans les plus rudes efforts. Surtout quand vient le temps de l’épreuve, l’hésitation générale découvre le défaut qui auparavant était caché. Et ce n’est pas sans raison que le Saint-Esprit affirme l’autorité de la parole divine en des termes d’une si haute recommandation, mais dans le dessein de remédier au mal que j’ai mentionné, afin que les promesses de Dieu obtiennent auprès de nous une pleine créance. « Les paroles du Seigneur (dit David) sont des paroles pures, un argent éprouvé sur terre au creuset, et sept fois épuré. » Et encore : « La parole du Seigneur est éprouvée ; il est un bouclier pour tous ceux qui se confient en lui. » Et Salomon confirme la même chose presque dans les mêmes termes : « Toute parole de Dieu est éprouvée. » Mais, comme le psaume cent dix-neuf est presque entièrement consacré à ce sujet, il serait superflu de citer davantage de témoignages. Chaque fois que Dieu nous recommande ainsi sa parole, il reprend sans doute indirectement notre incrédulité ; car le dessein de ces recommandations n’est autre que d’arracher de nos cœurs les doutes pervers. Il y en a aussi beaucoup qui conçoivent la miséricorde divine de telle sorte qu’ils n’en reçoivent que fort peu de consolation. Car ils sont en même temps tourmentés d’une malheureuse anxiété, doutant s’il leur sera miséricordieux ; parce qu’ils resserrent en des bornes trop étroites cette clémence dont ils se croient pleinement persuadés. Car ils raisonnent ainsi en eux-mêmes : que sa miséricorde est grande et abondante, répandue sur beaucoup et prête à être reçue de tous ; mais qu’il est incertain si elle parviendra aussi jusqu’à eux, ou plutôt s’ils parviendront jusqu’à elle. Cette pensée, parce qu’elle s’arrête au milieu de sa course, est incomplète. Aussi n’affermit-elle pas tant l’esprit dans une tranquillité assurée qu’elle ne le trouble par une hésitation inquiète. Mais bien différent est le sens de la « pleine certitude » (πληροφοριας), qui est toujours attribuée à la foi dans les Écritures, et qui place hors de tout doute la bonté de Dieu clairement révélée à nous. Or cela ne peut se faire si nous n’avons en nous-mêmes un sentiment et une expérience réels de sa douceur. C’est pourquoi l’apôtre tire de la foi la confiance, et de la confiance la hardiesse. Car tel est son langage : « En Christ nous avons, par la foi en lui, la liberté de nous approcher de Dieu avec confiance. » Ces paroles impliquent que nous n’avons de vraie foi que lorsque nous pouvons nous présenter avec tranquillité devant la face de Dieu. Cette hardiesse ne naît que d’une confiance certaine en la bienveillance divine et en notre salut ; ce qui est si vrai que le mot « foi » est fréquemment employé pour confiance.XV. To express the solid constancy of the persuasion, we further say, that it is a certain and steady knowledge. For, as faith is not content with a dubious and versatile opinion, so neither with an obscure and perplexed conception; but requires a full and fixed certainty, such as is commonly obtained respecting things that have been tried and proved. For unbelief is so deeply rooted in our hearts, and such is our propensity to it, that though all men confess with the tongue, that God is faithful, no man can persuade himself of the truth of it, without the most arduous exertions. Especially when the time of trial comes, the general indecision discloses the fault which was previously concealed. Nor is it without reason that the Holy Spirit asserts the authority of the Divine word in terms of such high commendation, but with a design to remedy the disease which I have mentioned, that the promises of God may obtain full credit with us. “The words of the Lord (says David) are pure words; as silver tried in a furnace of earth purified seven times.” Again: “The word of the Lord is tried: he is a buckler to all those that trust in him.” And Solomon confirms the same, nearly in the same words: “Every word of God is pure.” But, as the hundred and nineteenth Psalm is almost entirely devoted to this subject, it were needless to recite any more testimonies. Whenever God thus recommends his word to us, he, without doubt, obliquely reprehends our unbelief; for the design of those recommendations is no other than to eradicate perverse doubts from our hearts. There are also many, who have such conceptions of the Divine mercy, as to receive but very little consolation from it. For they are at the same time distressed with an unhappy anxiety, doubting whether he will be merciful to them; because they confine within too narrow limits that clemency, of which they suppose themselves to be fully persuaded. For they reflect with themselves thus: that his mercy is large and copious, bestowed upon many, and ready for the acceptance of all; but that it is uncertain whether it will reach them also, or, rather, whether they shall reach it. This thought, since it stops in the midst of its course, is incomplete. Therefore it does not so much confirm the mind with secure tranquillity, as disturb it with restless hesitation. But very different is the meaning of “full assurance,” (πληροφοριας,) which is always attributed to faith in the Scriptures; and which places the goodness of God, that is clearly revealed to us, beyond all doubt. But this cannot take place, unless we have a real sense and experience of its sweetness in ourselves. Wherefore the apostle from faith deduces confidence, and from confidence boldness. For this is his language: “In Christ we have boldness and access, with confidence by the faith of him.” These words imply that we have no right faith, but when we can venture with tranquillity into the Divine presence. This boldness arises only from a certain confidence of the Divine benevolence and our salvation; which is so true, that the word “faith” is frequently used for confidence.
XVI. Le principal pivot sur lequel tourne la foi est celui-ci : nous ne devons pas considérer les promesses de miséricorde que le Seigneur offre comme vraies seulement pour les autres et non pour nous, mais plutôt les faire nôtres en les embrassant dans notre cœur. De là naît cette confiance que le même apôtre appelle ailleurs « paix » ; à moins qu’on ne préfère faire de la paix l’effet de la confiance. C’est une assurance qui rend la conscience calme et sereine devant le tribunal de Dieu, et sans laquelle elle serait nécessairement tourmentée et presque déchirée par une frayeur tumultueuse, à moins qu’il ne lui arrive de s’assoupir un moment dans l’oubli de Dieu et d’elle-même. Et ce n’est en effet que pour un moment ; car elle ne jouit pas longtemps de ce misérable oubli, mais est très cruellement blessée par le souvenir, qui revient sans cesse, du jugement divin. En somme, nul n’est vraiment croyant s’il n’est fermement persuadé que Dieu lui est un Père propice et bienveillant, et ne se promet tout de sa bonté ; s’il ne s’appuie sur les promesses de la bienveillance divine envers lui et ne ressent une attente indubitable du salut ; comme l’apôtre le montre par ces paroles : « pourvu que nous retenions fermement jusqu’à la fin l’assurance que nous avions au commencement ». Il suppose ici que nul n’a une bonne espérance dans le Seigneur s’il ne se glorifie avec confiance d’être héritier du royaume des cieux. Il n’est pas croyant, dis-je, celui qui ne se repose pas sur l’assurance de son salut et ne triomphe pas avec confiance du diable et de la mort, comme Paul nous l’enseigne dans cette remarquable conclusion : « J’ai l’assurance (dit-il) que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ne pourront nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » Ainsi le même apôtre estime que « les yeux de notre entendement » ne sont pas vraiment « illuminés » si nous ne découvrons quelle est l’espérance de l’héritage éternel auquel nous sommes appelés. Et il enseigne partout que nous n’avons de juste appréhension de la bonté divine que si nous en tirons un degré considérable d’assurance.XVI. The principal hinge on which faith turns is this—that we must not consider the promises of mercy, which the Lord offers, as true only to others, and not to ourselves; but rather make them our own, by embracing them in our hearts. Hence arises that confidence, which the same apostle in another place calls “peace;” unless any one would rather make peace the effect of confidence. It is a security, which makes the conscience calm and serene before the Divine tribunal, and without which it must necessarily be harassed and torn almost asunder with tumultuous trepidation, unless it happen to slumber for a moment in an oblivion of God and itself. And indeed it is but for a moment; for it does not long enjoy that wretched oblivion, but is most dreadfully wounded by the remembrance, which is perpetually recurring, of the Divine judgment. In short, no man is truly a believer, unless he be firmly persuaded, that God is a propitious and benevolent Father to him, and promise himself every thing from his goodness; unless he depend on the promises of the Divine benevolence to him, and feel an undoubted expectation of salvation; as the apostle shows in these words: “If we hold fast the beginning of our confidence steadfast unto the end.” Here he supposes, that no man has a good hope in the Lord, who does not glory with confidence, in being an heir of the kingdom of heaven. He is no believer, I say, who does not rely on the security of his salvation, and confidently triumph over the devil and death, as Paul teaches us in this remarkable peroration: “I am persuaded (says he) that neither death, nor life, nor angels, nor principalities, nor powers, nor things present, nor things to come, shall be able to separate us from the love of God, which is in Christ Jesus our Lord.” Thus the same apostle is of opinion, that “the eyes of our understanding” are not truly “enlightened,” unless we discover what is the hope of the eternal inheritance, to which we are called. And he every where inculcates, that we have no just apprehensions of the Divine goodness, unless we derive from it a considerable degree of assurance.
[…] (Sections XVII–XXXII omises.)[…] (Sections XVII–XXXII omitted.)
XXXIII. Cette démonstration simple et extérieure de la parole divine devrait, à la vérité, suffire pleinement à produire la foi, si notre aveuglement et notre perversité n’y faisaient obstacle. Mais telle est notre propension à l’erreur que notre esprit ne peut jamais s’attacher à la vérité divine ; tel est notre engourdissement que nous ne pouvons jamais en discerner la lumière. Rien donc ne s’accomplit par la parole sans l’illumination du Saint-Esprit. D’où il apparaît que la foi est bien supérieure à l’intelligence humaine. Et il ne suffit pas que l’esprit soit illuminé par l’Esprit de Dieu, si le cœur n’est aussi fortifié et soutenu par sa puissance. Sur ce point les scolastiques se trompent entièrement, qui, en traitant de la foi, la regardent comme un simple assentiment de l’entendement, négligeant tout à fait la confiance et l’assurance du cœur. La foi est donc un don singulier de Dieu à deux égards : en ce que l’esprit est éclairé pour comprendre la vérité de Dieu, et en ce que le cœur y est affermi. Car le Saint-Esprit non seulement fait naître la foi, mais il l’accroît par degrés, jusqu’à ce qu’il nous conduise par elle tout le long du chemin jusqu’au royaume céleste. « Garde le bon dépôt, dit Paul, par le Saint-Esprit qui habite en nous. » Si l’on objecte que Paul déclare que l’Esprit nous est donné « par la prédication de la foi », l’objection est facile à résoudre. S’il n’y avait qu’un seul don de l’Esprit, il serait absurde de représenter l’Esprit comme l’effet de la foi, dont il est l’auteur et la cause ; mais quand l’apôtre traite des dons dont Dieu orne son Église pour la conduire, par des progrès dans la foi, jusqu’à la perfection, il ne faut pas s’étonner qu’il attribue ces dons à la foi, qui nous prépare à les recevoir. Le monde tient pour extrêmement paradoxal qu’on affirme que nul ne peut croire en Christ, sinon celui à qui cela est donné. Mais cela vient en partie de ce qu’on ne considère pas la profondeur et la sublimité de la sagesse céleste, ni l’extrême lenteur de l’homme à saisir les mystères de Dieu ; et en partie de ce qu’on ne tient pas compte de cette ferme et constante stabilité du cœur qui est la partie principale de la foi.XXXIII. This simple and external demonstration of the Divine word ought, indeed, to be fully sufficient for the production of faith, if it were not obstructed by our blindness and perverseness. But such is our propensity to error, that our mind can never adhere to Divine truth; such is our dulness, that we can never discern the light of it. Therefore nothing is effected by the word, without the illumination of the Holy Spirit. Whence it appears, that faith is far superior to human intelligence. Nor is it enough for the mind to be illuminated by the Spirit of God, unless the heart also be strengthened and supported by his power. On this point, the schoolmen are altogether erroneous, who, in the discussion of faith, regard it as a simple assent of the understanding, entirely neglecting the confidence and assurance of the heart. Faith, therefore, is a singular gift of God in two respects; both as the mind is enlightened to understand the truth of God, and as the heart is established in it. For the Holy Spirit not only originates faith, but increases it by degrees, till he conducts us by it all the way to the heavenly kingdom. “That good thing,” says Paul, “which was committed unto thee, keep, by the Holy Ghost which dwelleth in us.” If it be urged, that Paul declares the Spirit to be given to us “by the hearing of faith,” this objection is easily answered. If there were only one gift of the Spirit, it would be absurd to represent the Spirit as the effect of faith, of which he is the author and cause; but when the apostle is treating of the gifts with which God adorns his Church, to lead it, by advancements in faith, forwards to perfection, we need not wonder that he ascribes those gifts to faith, which prepares us for their reception. It is accounted by the world exceedingly paradoxical, when it is affirmed, that no one can believe in Christ, but he to whom it is given. But this is partly for want of considering the depth and sublimity of heavenly wisdom, and the extreme dulness of man in apprehending the mysteries of God, and partly from not regarding that firm and steadfast constancy of heart, which is the principal branch of faith.
[…] (Sections XXXIV–XXXV omises.)[…] (Sections XXXIV–XXXV omitted.)
XXXVI. Il reste ensuite que ce que l’esprit a reçu soit transmis au cœur. Car la parole de Dieu n’est pas reçue par la foi si elle flotte à la surface du cerveau, mais quand elle a pris racine profondément dans le cœur, de manière à devenir une forteresse imprenable pour soutenir et repousser tous les assauts de la tentation. Or, s’il est vrai que la juste appréhension de l’esprit procède de l’illumination de l’Esprit, son énergie paraît bien davantage dans cette confirmation du cœur ; car la défiance du cœur est plus grande que l’aveuglement de l’esprit, et il est plus difficile de munir le cœur d’assurance que de communiquer la connaissance à l’entendement. C’est pourquoi l’Esprit agit comme un sceau, pour sceller dans nos cœurs ces promesses mêmes dont il a auparavant imprimé la certitude dans nos esprits, et il sert d’arrhes pour les confirmer et les établir. « Après avoir cru, dit l’apôtre, vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis, lequel est les arrhes de notre héritage. » Voyez-vous comment il montre que les cœurs des croyants sont marqués par l’Esprit comme par un sceau ? Comment, pour cette raison, il l’appelle « l’Esprit de la promesse », parce qu’il ratifie pour nous l’Évangile ? Ainsi il dit aux Corinthiens : « Celui qui nous a oints, c’est Dieu, lequel nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit. » Et ailleurs, où il parle de la confiance et de la hardiesse de l’espérance, il fait des « arrhes de l’Esprit » leur fondement.XXXVI. It next remains, that what the mind has imbibed, be transfused into the heart. For the word of God is not received by faith, if it floats on the surface of the brain; but when it has taken deep root in the heart, so as to become an impregnable fortress to sustain and repel all the assaults of temptation. But if it be true that the right apprehension of the mind proceeds from the illumination of the Spirit, his energy is far more conspicuous in such a confirmation of the heart; the diffidence of the heart being greater than the blindness of the mind; and the furnishing of the heart with assurance being more difficult than the communication of knowledge to the understanding. Therefore the Spirit acts as a seal, to seal on our hearts those very promises, the certainty of which he has previously impressed on our minds, and serves as an earnest to confirm and establish them. “After that ye believed,” says the apostle, “ye were sealed with that Holy Spirit of promise, which is the earnest of our inheritance.” Do you see how he shows that the hearts of believers are impressed by the Spirit, as by a seal? How, for this reason, he calls him “the Spirit of promise,” because he ratifies the gospel to us? So, to the Corinthians, he says, “He which hath anointed us, is God; who hath also sealed us, and given the earnest of the Spirit in our hearts.” And in another place, where he speaks of the confidence and boldness of hope, he makes “the earnest of the Spirit” the foundation of it.
[…] (Sections XXXVII–XLIII omises.)[…] (Sections XXXVII–XLIII omitted.)
2. Nous ne sommes pas à nous : la vie chrétienne et le renoncement à soi-même2. Not Our Own: The Christian Life and Self-Denial
Jean Calvin, Institutes of the Christian Religion (édition latine définitive, 1559 ; traduction anglaise de John Allen, 1813, édition de la Presbyterian Board of Publication ; Projet Gutenberg n° 45001), Livre III, chapitre VI, sections I et V (sections II–IV omises) ; chapitre VII, sections I–II et VIII (sections III–VII et IX–X omises) ; chapitre VIII, sections I–II et XI (sections III–X omises) ; chapitre IX, sections I, III et V (sections II, IV et VI omises) ; chapitre X, sections II et VI (sections I et III–V omises) : le modèle de la vie chrétienne : appartenir à Dieu, le renoncement à soi-même, porter la croix, la méditation de la vie à venir, et le bon usage de la vie présente et de sa vocation. Source primaire ; traduction du Séminaire théologique de Chapala (ébauche assistée par machine) à partir de l’anglais d’Allen. Les interprétations sont celles de l’auteur.John Calvin, Institutes of the Christian Religion (final Latin edition, 1559; English translation by John Allen, 1813, Presbyterian Board of Publication edition; Project Gutenberg #45001), Book III, chapter VI, sections I and V (sections II–IV omitted); chapter VII, sections I–II and VIII (sections III–VII and IX–X omitted); chapter VIII, sections I–II and XI (sections III–X omitted); chapter IX, sections I, III and V (sections II, IV and VI omitted); chapter X, sections II and VI (sections I and III–V omitted): the pattern of the Christian life: belonging to God, self-denial, bearing the cross, meditation on the life to come, and the right use of this present life and of one’s calling. Primary source; the interpretations are the author’s.
Note du STC : Ces cinq courts chapitres (III.6–10) ont souvent été imprimés à part sous le titre de « Petit livre d’or de la vraie vie chrétienne ». Calvin les place avant son exposé complet de la justification pour montrer que la foi qui justifie produit toujours une vie changée. « Nous ne sommes pas à nous ; nous sommes à Dieu » (chapitre VII, section I) est le cœur de la lecture. Par « mépris de la vie présente », Calvin n’entend pas la haine de la vie ni des dons de Dieu, qu’il appelle des bénédictions à recevoir avec reconnaissance (chapitre IX, section III ; chapitre X, section II), mais le refus de laisser ce monde s’emparer de notre cœur. « Médiocrité » signifie des ressources modestes, non une mauvaise qualité ; la « vocation » ou « appel » est la condition de vie à laquelle Dieu assigne chacun, en sorte qu’aucun travail honnête n’est sans valeur à ses yeux. Les exemples de peines domestiques du chapitre IX reflètent la vie du XVIe siècle.CTS note: These five short chapters (III.6–10) were often printed on their own as the “Golden Booklet of the True Christian Life.” Calvin places them before his full treatment of justification to show that the faith which justifies always produces a changed life. “We are not our own; we are God’s” (chapter VII, section I) is the heart of the reading. By “contempt of the present life” Calvin does not mean hatred of life or of God’s gifts, which he calls blessings to be received with thanks (chapter IX, section III; chapter X, section II); he means refusing to let this world hold our hearts. “Mediocrity” means modest means, not poor quality; a “vocation” or “calling” is the station in life to which God assigns each person, so that no honest work is worthless in his sight. The examples of household troubles in chapter IX reflect sixteenth-century life.
Livre III. Chapitre VI. La vie du chrétien. Arguments et exhortations de l’Écriture pour y porter.Book III. Chapter VI. The Life of a Christian. Scriptural Arguments and Exhortations to It.
Nous avons dit que la fin de la régénération est que la vie des croyants manifeste une harmonie et un accord entre la justice de Dieu et leur obéissance, et qu’ainsi ils confirment l’adoption par laquelle ils sont reçus comme ses enfants. Mais, bien que la loi de Dieu contienne en elle cette nouveauté de vie par laquelle son image est restaurée en nous, comme notre lenteur a besoin de beaucoup d’aiguillon et d’aide, il sera utile de recueillir de divers endroits de l’Écriture une règle pour la réformation de la vie, afin que ceux qui se repentent de cœur ne s’égarent pas dans leurs efforts. Or, en entreprenant de régler la vie du chrétien, je sais que j’aborde un sujet varié et abondant, dont l’ampleur pourrait remplir un gros volume si je voulais traiter complètement chacune de ses parties. Car nous voyons jusqu’à quelle longueur les Pères ont étendu les exhortations qu’ils ont composées sur des vertus particulières, et cela sans bavardage excessif ; car, quelle que soit la vertu qu’on veuille recommander dans un discours, l’abondance de la matière produit naturellement une telle ampleur de style que, si l’on n’a pas parlé longuement, on semble n’avoir pas rendu justice au sujet. Mais mon dessein n’est pas d’étendre le plan de vie que je vais maintenant exposer jusqu’à discourir en particulier sur chaque vertu et à me répandre en exhortations. Ces choses peuvent être cherchées dans les écrits des autres, surtout dans les homélies des Pères. Il me suffira d’indiquer une méthode par laquelle l’homme pieux puisse être conduit à la vraie fin dans le règlement de sa vie, et de lui assigner brièvement une règle universelle par laquelle il puisse estimer justement ses devoirs. Il y aura peut-être plus tard une occasion propice pour des déclamations ; ou bien je laisserai à d’autres un office pour lequel je ne suis pas fait. J’aime naturellement la brièveté ; et peut-être, si je voulais parler plus abondamment, n’y réussirais-je pas. Et quand bien même une manière d’enseigner plus étendue serait la plus agréable, je serais à peine enclin à en faire l’essai. Le plan du présent ouvrage, toutefois, m’oblige à traiter une doctrine simple avec toute la brièveté possible. De même que les philosophes ont certains principes d’honnêteté et d’honneur d’où ils déduisent les devoirs particuliers et tout le cercle des vertus, de même l’Écriture n’est pas sans ordre à cet égard, mais garde une disposition souverainement belle, et bien plus certaine que tous les systèmes des philosophes. Il y a seulement cette différence : les philosophes, étant des hommes ambitieux, ont recherché avec soin une clarté de méthode exquise, afin de faire montre de leur habileté ingénieuse. Mais l’Esprit, dont l’enseignement est exempt d’affectation, n’a pas observé si exactement ni si constamment un plan méthodique ; et pourtant, en s’en servant en quelques endroits, il montre suffisamment que nous ne devons pas le négliger.We have said that the end of regeneration is, that the life of believers may exhibit a symmetry and agreement between the righteousness of God and their obedience; and that thus they may confirm the adoption by which they are accepted as his children. But though the law of God contains in it that newness of life by which his image is restored in us, yet since our tardiness needs much stimulation and assistance, it will be useful to collect from various places of Scripture a rule for the reformation of the life, that they who cordially repent may not be bewildered in their pursuits. Now, when I undertake the regulation of a Christian’s life, I know that I am entering on an argument various and copious, and the magnitude of which might fill a large volume, if I designed a complete discussion of every part of it. For we see to what great prolixity the fathers have extended the exhortations composed by them only on single virtues; and that without any excessive loquacity; for, whatever virtue it is intended to recommend in an oration, the copiousness of the matter naturally produces such a diffusiveness of style, that unless you have spoken largely, you seem not to have done justice to the subject. But my design is not to extend the plan of life, which I am now about to deliver, so far as particularly to discourse on each distinct virtue, and expatiate into exhortations. These things may be sought in the writings of others, especially in the homilies of the fathers. It will be sufficient for me if I point out a method by which a pious man may be conducted to the right end in the regulation of his life, and briefly assign a universal rule, by which he may properly estimate his duties. There will, perhaps, at some future period be a suitable opportunity for declamations; or I shall leave to others an office for which I am not calculated. I am naturally fond of brevity; and, perhaps, were I desirous of speaking in a more copious manner, I should not succeed. And if a more prolix method of teaching were most acceptable, yet I should scarcely be inclined to make the trial. The plan of the present work, however, requires me to treat a simple doctrine with all possible brevity. As the philosophers have certain principles of rectitude and honour, whence they deduce particular duties and the whole circle of virtues, so the Scripture is not without its order in this respect, but maintains an economy superlatively beautiful, and far more certain, than all the systems of the philosophers. There is only this difference—that, the philosophers being ambitious men, they have sedulously affected an exquisite perspicuity of method, in order to make an ostentatious display of their ingenious dexterity. But the Spirit, whose teaching is void of affectation, has not so exactly or perpetually observed a methodical plan; which, nevertheless, by using it in some places, he sufficiently indicates ought not to be neglected by us.
[…] (Sections II–IV omises.)[…] (Sections II–IV omitted.)
V. Toutefois je n’insisterais pas sur la nécessité absolue que les mœurs d’un chrétien ne respirent rien que l’Évangile parfait ; ce qui néanmoins doit être à la fois souhaité et recherché. Mais je n’exige pas si rigoureusement la perfection évangélique que je ne reconnaisse pour chrétien celui qui n’y est pas encore parvenu ; car alors tous seraient exclus de l’Église, puisqu’on ne trouve aucun homme qui n’en soit encore fort éloigné, et que beaucoup n’ont fait jusqu’ici que très peu de progrès, qu’il serait néanmoins injuste de rejeter. Quoi donc ? Mettons devant nos yeux ce but vers lequel seul notre effort doit être dirigé. Qu’il soit fixé comme le terme vers lequel nous devons tendre avec ardeur. Car il ne t’est pas permis de faire avec Dieu un tel accommodement que tu entreprennes une partie des devoirs qui te sont prescrits dans sa parole et que tu omettes l’autre à ton gré. Car, en premier lieu, il recommande partout l’intégrité comme une partie principale de son culte ; par laquelle il entend une sincère simplicité de cœur, exempte de toute fraude et de tout mensonge, dont le contraire est un cœur double ; comme s’il était dit que le commencement d’une vie droite est spirituel, lorsque l’affection intérieure de l’esprit est consacrée sans feinte à Dieu dans la pratique de la sainteté et de la justice. Mais, puisque nul homme, dans cette prison terrestre et corporelle, n’a assez de force pour avancer dans sa course avec l’allégresse qui convient, et que la plupart sont accablés d’une si grande faiblesse qu’ils chancellent et boitent, et même rampent à terre, et ainsi n’avancent que fort peu, avançons chacun selon notre petite mesure, et poursuivons le chemin commencé. Nul ne sera si malheureux qu’il ne puisse chaque jour faire quelque progrès, si petit soit-il. Ne cessons donc pas de nous efforcer d’avancer sans relâche dans la voie du Seigneur ; et ne désespérons pas à cause de la petitesse de nos succès ; car, bien que le succès ne réponde pas à nos désirs, notre travail n’est pas perdu lorsque ce jour surpasse le précédent ; pourvu qu’avec une sincère simplicité nous gardions notre fin en vue et que nous tendions vers le but, sans nous flatter nous-mêmes ni céder à nos mauvais penchants, mais en nous efforçant perpétuellement de croître toujours en amélioration, jusqu’à ce que nous soyons parvenus à une perfection de bonté que nous cherchons et poursuivons en vérité tant que nous vivons, et que nous atteindrons lorsque, dépouillés de toute infirmité corporelle, nous serons admis par Dieu dans une pleine communion avec lui.V. Yet I would not insist upon it as absolutely necessary, that the manners of a Christian should breathe nothing but the perfect gospel; which, nevertheless, ought both to be wished and to be aimed at. But I do not so rigorously require evangelical perfection as not to acknowledge as a Christian, one who has not yet attained to it; for then all would be excluded from the Church; since no man can be found who is not still at a great distance from it; and many have hitherto made but a very small progress, whom it would, nevertheless, be unjust to reject. What then? let us set before our eyes that mark, to which alone our pursuit must be directed. Let that be prescribed as the goal towards which we must earnestly tend. For it is not lawful for you to make such a compromise with God, as to undertake a part of the duties prescribed to you in his word, and to omit part of them, at your own pleasure. For, in the first place, he every where recommends integrity as a principal branch of his worship; by which he intends a sincere simplicity of heart, free from all guile and falsehood; the opposite of which is a double heart; as though it had been said, that the beginning of a life of uprightness is spiritual, when the internal affection of the mind is unfeignedly devoted to God in the cultivation of holiness and righteousness. But since no man in this terrestrial and corporeal prison has strength sufficient to press forward in his course with a due degree of alacrity, and the majority are oppressed with such great debility, that they stagger and halt, and even creep on the ground, and so make very inconsiderable advances,—let us every one proceed according to our small ability, and prosecute the journey we have begun. No man will be so unhappy, but that he may every day make some progress, however small. Therefore, let us not cease to strive, that we may be incessantly advancing in the way of the Lord; nor let us despair on account of the smallness of our success; for however our success may not correspond to our wishes, yet our labour is not lost, when this day surpasses the preceding one; provided that, with sincere simplicity, we keep our end in view, and press forward to the goal, not practising self-adulation, nor indulging our own evil propensities, but perpetually exerting our endeavours after increasing degrees of amelioration, till we shall have arrived at a perfection of goodness, which, indeed, we seek and pursue as long as we live, and shall then attain, when, divested of all corporeal infirmity, we shall be admitted by God into complete communion with him.
Livre III. Chapitre VII. Sommaire de la vie chrétienne. Le renoncement à soi-même.Book III. Chapter VII. Summary of the Christian Life. Self-Denial.
Bien que la loi divine contienne un plan très excellent et bien ordonné pour le règlement de la vie, il a plu au Maître céleste de conformer les hommes, par une doctrine plus précise, à la règle qu’il avait prescrite dans la loi. Et le principe de cette doctrine est celui-ci : c’est le devoir des croyants d’« offrir leurs corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu », et c’est en cela que consiste le culte légitime qui lui est dû. De là se tire un argument pour les exhorter : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu. » C’est une considération très importante, que nous sommes consacrés et dédiés à Dieu, afin que désormais nous ne pensions, ne parlions, ne méditions ni ne fassions rien qu’en vue de sa gloire. Car ce qui est sacré ne peut, sans grande injustice envers lui, être employé à des usages profanes. Si nous ne sommes pas à nous-mêmes, mais au Seigneur, il est manifeste quelle erreur nous devons éviter et à quelle fin toutes les actions de notre vie doivent être dirigées. Nous ne sommes pas à nous ; que donc ni notre raison ni notre volonté ne dominent dans nos délibérations et nos actions. Nous ne sommes pas à nous ; ne nous proposons donc pas pour fin de chercher ce qui nous est avantageux selon la chair. Nous ne sommes pas à nous ; oublions donc, autant que possible, nous-mêmes et tout ce qui est à nous. Au contraire, nous sommes à Dieu ; vivons donc et mourons pour lui. Nous sommes à Dieu ; que donc sa sagesse et sa volonté président à toutes nos actions. Nous sommes à Dieu ; que donc chaque partie de notre vie tende vers lui comme vers sa seule fin légitime. Oh ! combien a profité celui qui, ayant appris qu’il n’est pas à lui-même, a ôté à sa propre raison la souveraineté et le gouvernement de soi pour les remettre à Dieu ! Car, de même que suivre ses propres inclinations mène les hommes à la ruine le plus sûrement, de même ne s’appuyer ni sur son propre savoir ni sur sa propre volonté, mais suivre simplement la conduite du Seigneur, est le seul chemin du salut. Que ce soit donc là le premier pas : nous quitter nous-mêmes, afin d’appliquer toute la vigueur de nos facultés au service du Seigneur. Par service j’entends non seulement celui qui consiste en une obéissance de paroles, mais celui par lequel l’esprit humain, dépouillé de sa charnalité naturelle, se remet entièrement à la conduite de l’Esprit divin. De cette transformation, que Paul appelle renouvellement de l’intelligence, bien qu’elle soit la première entrée dans la vie, tous les philosophes ont été ignorants. Car ils établissent la Raison comme seule directrice de l’homme ; ils pensent que c’est elle seule qu’il faut écouter ; bref, c’est à elle seule qu’ils attribuent le gouvernement de la conduite. Mais la philosophie chrétienne lui commande de céder et de se soumettre au Saint-Esprit, en sorte que désormais ce n’est plus l’homme lui-même qui vit, mais il porte en lui Christ qui vit et règne en lui.Although the Divine law contains a most excellent and well-arranged plan for the regulation of life, yet it has pleased the heavenly Teacher to conform men by a more accurate doctrine to the rule which he had prescribed in the law. And the principle of that doctrine is this—that it is the duty of believers to “present their bodies a living sacrifice, holy, acceptable unto God;” and that in this consists the legitimate worship of him. Hence is deduced an argument for exhorting them, “Be not conformed to this world; but be ye transformed by the renewing of your mind, that ye may prove what is that will of God.” This is a very important consideration, that we are consecrated and dedicated to God; that we may not hereafter think, speak, meditate, or do any thing but with a view to his glory. For that which is sacred cannot, without great injustice towards him, be applied to unholy uses. If we are not our own, but the Lord’s, it is manifest both what error we must avoid, and to what end all the actions of our lives are to be directed. We are not our own; therefore neither our reason nor our will should predominate in our deliberations and actions. We are not our own; therefore let us not propose it as our end, to seek what may be expedient for us according to the flesh. We are not our own; therefore let us, as far as possible, forget ourselves and all things that are ours. On the contrary, we are God’s; to him, therefore, let us live and die. We are God’s; therefore let his wisdom and will preside in all our actions. We are God’s; towards him, therefore, as our only legitimate end, let every part of our lives be directed. O, how great a proficiency has that man made, who, having been taught that he is not his own, has taken the sovereignty and government of himself from his own reason, to surrender it to God! For as compliance with their own inclinations leads men most effectually to ruin, so to place no dependence on our own knowledge or will, but merely to follow the guidance of the Lord, is the only way of safety. Let this, then, be the first step, to depart from ourselves, that we may apply all the vigour of our faculties to the service of the Lord. By service I mean, not that only which consists in verbal obedience, but that by which the human mind, divested of its natural carnality, resigns itself wholly to the direction of the Divine Spirit. Of this transformation, which Paul styles a renovation of the mind, though it is the first entrance into life, all the philosophers were ignorant. For they set up Reason as the sole directress of man; they think that she is exclusively to be attended to; in short, to her alone they assign the government of the conduct. But the Christian philosophy commands her to give place and submit to the Holy Spirit; so that now the man himself lives not, but carries about Christ living and reigning within him.
II. De là aussi cette autre conséquence : que nous ne cherchions pas nos propres intérêts, mais ce qui est conforme à la volonté du Seigneur et propre à avancer sa gloire. C’est encore la marque d’un grand progrès que, nous oubliant presque nous-mêmes et laissant assurément de côté tout égard égoïste, nous nous efforcions fidèlement de consacrer notre attention à Dieu et à ses commandements. Car, lorsque l’Écriture nous enjoint de rejeter toute considération privée et égoïste, non seulement elle efface de nos esprits la convoitise des richesses, la soif du pouvoir et la faveur des hommes, mais elle déracine aussi l’ambition et tout appétit de gloire humaine, avec d’autres pestes plus secrètes. En vérité, le chrétien doit être disposé et préparé de telle sorte qu’il pense avoir affaire à Dieu à chaque moment de sa vie. Ainsi, comme il mesurera toutes ses actions à la volonté et au décret de Dieu, il rapportera religieusement à lui toute la pente de son esprit. Car celui qui a appris à regarder Dieu dans toute entreprise est aussi élevé au-dessus de toute vaine imagination. Tel est ce renoncement à nous-mêmes que Christ, dès le commencement de leur course, enjoint si soigneusement à ses disciples ; lequel, une fois qu’il a obtenu le gouvernement du cœur, ne laisse place ni à l’orgueil, à la hauteur ou à l’ostentation, ni à l’avarice, à la luxure, au luxe, à la mollesse, ni à aucun des autres maux qui sont les fruits de l’amour de soi. Au contraire, partout où il ne règne pas, ou bien les vices les plus grossiers se commettent sans la moindre honte, ou bien, s’il existe quelque apparence de vertu, elle est viciée par une passion dépravée de la gloire. Montrez-moi, si vous le pouvez, un seul homme qui, à moins d’avoir renoncé à lui-même selon le commandement du Seigneur, soit disposé de son plein gré à pratiquer la vertu parmi les hommes. Car tous ceux qui n’ont pas été mus par cette disposition ont suivi la vertu par le seul amour de la louange. Et même ceux des philosophes qui ont toujours soutenu que la vertu est désirable pour elle-même ont été enflés d’une telle arrogance qu’il est évident qu’ils n’ont désiré la vertu que pour avoir occasion d’exercer leur orgueil. Mais Dieu est si éloigné de se plaire, soit en ceux qui ambitionnent la louange populaire, soit en des cœurs si pleins d’orgueil et de présomption, qu’il déclare qu’« ils ont reçu leur récompense » en ce monde, et représente les prostituées et les publicains comme plus près du royaume des cieux que de telles personnes. Mais nous n’avons pas encore clairement exposé le nombre et la grandeur des obstacles qui empêchent l’homme de poursuivre ce qui est droit, tant qu’il s’est abstenu de tout renoncement à lui-même. Car c’est une observation ancienne et vraie qu’il y a un monde de vices caché dans l’âme de l’homme. Et tu ne peux trouver d’autre remède que de te renoncer toi-même, de rejeter toute considération égoïste et de consacrer toute ton attention à la poursuite des choses que le Seigneur requiert de toi, et qu’il faut poursuivre pour cette seule raison qu’elles lui sont agréables.II. Hence also that other consequence, that we should seek not our own things, but those which are agreeable to the will of the Lord, and conducive to the promotion of his glory. This also argues a great proficiency, that almost forgetting ourselves, and certainly neglecting all selfish regards, we endeavour faithfully to devote our attention to God and his commandments. For when the Scripture enjoins us to discard all private and selfish considerations, it not only erases from our minds the cupidity of wealth, the lust of power, and the favour of men, but also eradicates ambition and all appetite after human glory, with other more secret plagues. Indeed, a Christian man ought to be so disposed and prepared, as to reflect that he has to do with God every moment of his life. Thus, as he will measure all his actions by his will and determination, so he will refer the whole bias of his mind religiously to him. For he who has learned to regard God in every undertaking, is also raised above every vain imagination. This is that denial of ourselves, which Christ, from the commencement of their course, so diligently enjoins on his disciples; which, when it has once obtained the government of the heart, leaves room neither for pride, haughtiness, or ostentation, nor for avarice, libidinousness, luxury, effeminacy, or any other evils which are the offspring of self-love. On the contrary, wherever it does not reign, there either the grossest vices are indulged without the least shame; or, if there exist any appearance of virtue, it is vitiated by a depraved passion for glory. Show me, if you can, a single individual, who, unless he has renounced himself according to the command of the Lord, is voluntarily disposed to practise virtue among men. For all who have not been influenced by this disposition, have followed virtue merely from the love of praise. And even those of the philosophers who have ever contended that virtue is desirable for its own sake, have been inflated with so much arrogance, that it is evident they desired virtue for no other reason than to furnish them occasion for the exercise of pride. But God is so far from being delighted, either with those who are ambitious of popular praise, or with hearts so full of pride and presumption, that he pronounces “they have their reward” in this world, and represents harlots and publicans as nearer to the kingdom of heaven than such persons. But we have not yet clearly stated the number and magnitude of the obstacles by which a man is impeded in the pursuit of that which is right, as long as he has refrained from all self-denial. For it is an ancient and true observation, that there is a world of vices concealed in the soul of man. Nor can you find any other remedy than to deny yourself and discard all selfish considerations, and to devote your whole attention to the pursuit of those things which the Lord requires of you, and which ought to be pursued for this sole reason, because they are pleasing to him.
[…] (Sections III–VII omises.)[…] (Sections III–VII omitted.)
VIII. Décrivons de nouveau, plus amplement, la partie principale du renoncement à soi-même, qui, avons-nous dit, se rapporte à Dieu ; et à vrai dire bien des observations ont déjà été faites à son sujet, qu’il serait superflu de répéter : il suffira de montrer comment il nous accoutume à l’égalité d’âme et à la patience. D’abord donc, lorsque nous recherchons la commodité ou la tranquillité de la vie présente, l’Écriture nous appelle à ce point : que, nous remettant nous-mêmes et tout ce que nous avons à la volonté de Dieu, nous lui livrions les affections de notre cœur pour qu’elles soient vaincues et réduites à l’obéissance. Pour désirer les richesses et les honneurs, pour ambitionner le pouvoir, pour accumuler des biens, pour amasser toutes ces vanités qui semblent servir à la magnificence et à la pompe, notre passion est furieuse et notre convoitise sans bornes. Au contraire, nous éprouvons envers la pauvreté, l’obscurité et la bassesse une crainte et une horreur étonnantes, qui nous poussent à les éviter par tous les moyens possibles. Par là nous pouvons voir combien sont inquiets les esprits de tous ceux qui règlent leur vie selon leur propre raison ; combien d’artifices ils essaient, et par quels efforts ils se fatiguent, pour obtenir d’un côté les objets de leur ambition ou de leur avarice, et pour éviter de l’autre la pauvreté et la bassesse. Les hommes pieux donc, pour ne pas s’embarrasser dans de tels pièges, doivent suivre cette voie : premièrement, qu’ils ne désirent, n’espèrent ni n’imaginent aucune prospérité d’autre cause que de la bénédiction divine ; et qu’ils s’y appuient avec sécurité et confiance. Car, bien que la chair se croie abondamment suffisante lorsqu’elle tente, par sa propre industrie ou par des efforts acharnés, d’obtenir honneurs et richesses, ou qu’elle est aidée par la faveur des hommes, il est certain que toutes ces choses ne sont rien, et que nous ne tirerons aucun avantage ni de l’habileté ni du travail, sinon autant que le Seigneur fera prospérer l’une et l’autre. Au contraire, sa bénédiction seule trouve un chemin, même à travers tous les obstacles, pour conduire toutes nos affaires à une issue heureuse et prospère. Et quoique nous puissions, la plupart du temps, nous procurer sans elle quelque degré d’opulence et de gloire, comme nous voyons chaque jour des impies amasser de grands honneurs et d’énormes richesses, cependant, puisque ceux qui sont sous la malédiction de Dieu ne jouissent pas même de la moindre parcelle de bonheur, nous n’acquerrons rien sans la bénédiction divine qui ne finisse par tourner en calamité pour nous. Et il ne faut nullement désirer ce dont l’acquisition rend les hommes plus misérables.VIII. Let us describe again, more at large, the principal branch of self-denial, which we have said relates to God; and indeed many observations have already been made concerning it, which it would be needless to repeat: it will be sufficient to show how it habituates us to equanimity and patience. First, therefore, in seeking the convenience or tranquillity of the present life, the Scripture calls us to this point; that resigning ourselves and all that we have to the will of God, we should surrender to him the affections of our heart, to be conquered and reduced to subjection. To desire wealth and honours, to be ambitious of power, to accumulate riches, to amass all those vanities which appear conducive to magnificence and pomp, our passion is furious, and our cupidity unbounded. On the contrary, to poverty, obscurity, and meanness, we feel a wonderful fear and abhorrence, which stimulate us to avoid them by all possible means. Hence we may see, how restless the minds of all those persons are, who regulate their lives according to their own reason; how many arts they try, and with what exertions they fatigue themselves, in order, on the one hand, to obtain the objects of ambition or avarice, on the other, to avoid poverty and meanness. Pious men, therefore, that they may not be involved in such snares, must pursue the following course: First, let them neither desire, nor hope, nor entertain a thought of prosperity, from any other cause than the Divine blessing; and on that let them securely and confidently depend. For however the flesh may appear to itself to be abundantly sufficient, when it either attempts by its own industry, or strenuous exertions, to attain honours and wealth, or is assisted by the favour of man,—yet it is certain, that all these things are nothing, and that we shall obtain no advantage, either by ingenuity or by labour, but as far as the Lord shall prosper both. On the contrary, his benediction alone finds a way, even through all impediments, so as to bring all our affairs to a joyful and prosperous conclusion. And though we may, for the most part, be able without it to obtain for ourselves some degree of opulence and glory, as we daily behold impious men accumulating great honours and enormous wealth, yet, since those who are under the curse of God enjoy not even the smallest particle of happiness, we shall acquire nothing without the Divine blessing, which will not eventually prove a calamity to us. And that is by no means to be desired, the acquisition of which renders men more miserable.
[…] (Sections IX–X omises.)[…] (Sections IX–X omitted.)
Livre III. Chapitre VIII. Porter la croix, qui est une partie du renoncement à soi-même.Book III. Chapter VIII. Bearing the Cross, Which Is a Branch of Self-Denial.
Mais il convient à l’esprit pieux de s’élever plus haut encore, jusqu’à ce à quoi Christ appelle ses disciples : que chacun « se charge de sa croix ». Car tous ceux que le Seigneur a choisis et honorés en les admettant dans la société de ses saints doivent se préparer à une vie dure, laborieuse, inquiète et remplie de nombreuses et diverses calamités. C’est la volonté de leur Père céleste de les exercer de cette manière, afin d’avoir une preuve certaine de ceux qui lui appartiennent. Ayant commencé par Christ, son Fils premier-né, il suit cette méthode envers tous ses enfants. Car, bien que Christ fût par-dessus tous le Fils bien-aimé, en qui le Père a toujours mis son affection, nous voyons cependant combien peu d’indulgence et de douceur il a éprouvé ; de sorte qu’on peut dire avec vérité non seulement qu’il a été perpétuellement chargé d’une croix pendant son séjour sur la terre, mais que toute sa vie n’a été qu’une sorte de croix perpétuelle. L’apôtre en donne la raison : il fallait qu’il « apprît l’obéissance par les choses qu’il a souffertes ». Pourquoi donc nous exempterions-nous de cette condition à laquelle il a fallu que Christ, notre chef, fût assujetti ; surtout puisque sa soumission a été pour nous, afin de nous montrer en sa propre personne un exemple de patience ? C’est pourquoi l’apôtre enseigne que la destination de tous les enfants de Dieu est d’« être rendus conformes à lui ». C’est aussi pour nous une source de consolation singulière, dans les circonstances fâcheuses et rudes qu’on tient pour des adversités et des calamités, que nous participons aux souffrances de Christ ; que, comme il est entré d’un labyrinthe de tous les maux dans la gloire du ciel, ainsi nous sommes conduits à travers diverses tribulations à la même gloire ; car Paul nous enseigne que, lorsque nous « connaissons la communion de ses souffrances », nous saisissons aussi « la puissance de sa résurrection » ; que, tandis que nous sommes rendus conformes à sa mort, nous sommes ainsi préparés à participer à sa glorieuse résurrection. Combien cela est propre à adoucir toute l’amertume de la croix, que plus nous sommes affligés par les adversités, plus notre communion avec Christ est certainement confirmée ! Par cette communion, les souffrances elles-mêmes non seulement deviennent pour nous des bénédictions, mais nous apportent une aide considérable pour avancer notre salut.But it becomes a pious mind to rise still higher, even to that to which Christ calls his disciples; that every one should “take up his cross.” For all whom the Lord has chosen and honoured with admission into the society of his saints, ought to prepare themselves for a life, hard, laborious, unquiet, and replete with numerous and various calamities. It is the will of their heavenly Father to exercise them in this manner, that he may have a certain proof of those that belong to him. Having begun with Christ his first begotten Son, he pursues this method towards all his children. For though Christ was above all others the beloved Son, in whom the Father was always well pleased, yet we see how little indulgence and tenderness he experienced; so that it may be truly said, not only that he was perpetually burdened with a cross during his residence on earth, but that his whole life was nothing but a kind of perpetual cross. The apostle assigns the reason, that it was necessary for him to “learn obedience by the things which he suffered.” Why, then, should we exempt ourselves from that condition, to which it behoved Christ our head to be subject; especially since his submission was on our account, that he might exhibit to us an example of patience in his own person? Wherefore the apostle teaches, that it is the destination of all the children of God “to be conformed to him.” It is also a source of signal consolation to us, in unpleasant and severe circumstances, which are esteemed adversities and calamities, that we partake of the sufferings of Christ; that as he from a labyrinth of all evils entered into the glory of heaven, so we are conducted forward through various tribulations to the same glory; for Paul teaches us, that when we “know the fellowship of his sufferings,” we also apprehend “the power of his resurrection;” that while we are conformed to his death, we are thus prepared to partake of his glorious resurrection. How much is this adapted to alleviate all the bitterness of the cross, that the more we are afflicted by adversities, our fellowship with Christ is so much the more certainly confirmed! By this communion the sufferings themselves not only become blessings to us, but afford considerable assistance towards promoting our salvation.
II. D’ailleurs, notre Seigneur n’avait aucune nécessité de porter la croix, sinon pour témoigner et prouver son obéissance à son Père ; mais il y a bien des raisons qui nous rendent nécessaire de vivre sous une croix continuelle. D’abord, comme nous sommes naturellement trop enclins à tout attribuer à notre chair, si nous n’avons pas, pour ainsi dire, une démonstration oculaire de notre faiblesse, nous nous formons aisément une estime excessive de nos forces, présumant que, quoi qu’il arrive, elles demeureront intrépides et invincibles au milieu de toutes les difficultés. Cela nous enfle d’une confiance sotte, vaine et charnelle ; et, nous y appuyant, nous devenons rebelles et orgueilleux contre Dieu lui-même, comme si nos propres forces nous suffisaient sans sa grâce. Cette arrogance, il ne peut mieux la réprimer qu’en nous prouvant par l’expérience non seulement notre grande faiblesse, mais aussi notre extrême fragilité. C’est pourquoi il nous afflige d’ignominie, ou de pauvreté, ou de la perte de nos proches, ou de maladie, ou d’autres calamités ; et, n’étant pas capables par nous-mêmes de les supporter, nous y succombons bientôt. Ainsi humiliés, nous apprenons à invoquer sa force, qui seule nous fait tenir debout sous le fardeau des afflictions. De plus, même les plus grands saints, bien qu’ils sachent qu’ils se tiennent par la grâce de Dieu et non par leur propre force, sont néanmoins plus assurés qu’ils ne le devraient de leur courage et de leur constance, à moins qu’il ne les conduise par la discipline de la croix à une connaissance plus profonde d’eux-mêmes. Cette présomption s’insinua même en David : « Je disais dans ma sécurité : Je ne chancellerai jamais ! Seigneur, par ta grâce tu avais affermi ma montagne. Tu as caché ta face, et j’ai été troublé. » Car il confesse que ses sens étaient tellement engourdis et assoupis par la prospérité que, négligeant la grâce de Dieu, dont il aurait dû dépendre, il s’appuya sur lui-même jusqu’à se promettre une stabilité permanente. Si cela est arrivé à un si grand prophète, qui de nous ne devrait être craintif et prudent ? Ainsi, bien que dans la prospérité ils se soient flattés de l’idée d’une constance et d’une patience supérieures, quand ils sont humiliés par l’adversité ils apprennent que ce n’était que pure hypocrisie. Avertis par de telles preuves de leurs maladies, les croyants avancent dans l’humilité et, dépouillés de la confiance corrompue en la chair, se retirent vers la grâce de Dieu ; et lorsqu’ils y ont recouru, ils éprouvent la présence de la force divine, en laquelle ils trouvent une abondante protection.II. Besides, our Lord was under no necessity of bearing the cross, except to testify and prove his obedience to his Father; but there are many reasons which render it necessary for us to live under a continual cross. First, as we are naturally too prone to attribute every thing to our flesh, unless we have, as it were, ocular demonstration of our imbecility, we easily form an extravagant estimate of our strength, presuming that whatever may happen, it will remain undaunted and invincible amidst all difficulties. This inflates us with a foolish, vain, carnal confidence; relying on which, we become contumacious and proud, in opposition to God himself, just as though our own powers were sufficient for us without his grace. This arrogance he cannot better repress, than by proving to us from experience, not only our great imbecility, but also our extreme frailty. Therefore he afflicts us with ignominy, or poverty, or loss of relatives, or disease, or other calamities; to the bearing of which being in ourselves unequal, we ere long sink under them. Thus being humbled, we learn to invoke his strength, which alone causes us to stand erect under a load of afflictions. Moreover, the greatest saints, though sensible that they stand by the grace of God, not by their own strength, are nevertheless more secure than they ought to be of their fortitude and constancy, unless he leads them by the discipline of the cross into a deeper knowledge of themselves. This presumption insinuated itself even into David: “In my prosperity I said, I shall never be moved; Lord, by thy favour thou hast made my mountain to stand strong. Thou didst hide thy face, and I was troubled.” For he confesses that his senses were so stupefied and benumbed by prosperity, that disregarding the grace of God, on which he ought to have depended, he relied on himself, so as to promise himself a permanent standing. If this happened to so great a prophet, who of us should not be fearful and cautious? Though in prosperity, therefore, they have flattered themselves with the notion of superior constancy and patience, yet when humbled by adversity, they learn that this was mere hypocrisy. Admonished by such evidences of their maladies, believers advance in humility, and, divested of corrupt confidence in the flesh, betake themselves to the grace of God; and when they have applied to it, they experience the presence of the Divine strength, in which they find abundant protection.
[…] (Sections III–X omises.)[…] (Sections III–X omitted.)
XI. Mais, comme nous avons tiré la raison principale de porter la croix de la considération de la volonté divine, nous devons indiquer brièvement la différence entre la patience philosophique et la patience chrétienne. Car fort peu de philosophes se sont élevés à une telle hauteur de raison qu’ils aient aperçu que nous sommes exercés par des afflictions de la main de Dieu, et qu’ils aient conclu qu’il faut obéir à Dieu en ces occurrences ; et même ceux qui sont allés jusque-là n’allèguent d’autre raison sinon que c’est nécessaire. Qu’est-ce là, sinon dire qu’il faut se soumettre à Dieu parce qu’il serait vain de lutter contre lui ? Car, si nous n’obéissons à Dieu que par nécessité, s’il était possible de lui échapper, notre obéissance cesserait. Mais l’Écriture nous enjoint de considérer la volonté divine sous un tout autre point de vue : premièrement, comme conforme à la justice et à l’équité ; secondement, comme dirigée vers l’accomplissement de notre salut. Les exhortations chrétiennes à la patience sont donc telles que celles-ci : que nous soyons affligés de pauvreté, ou d’exil, ou de prison, ou d’opprobre, ou de maladie, ou de la perte de nos proches, ou de quelque autre calamité semblable, nous devons considérer qu’aucune de ces choses n’arrive sans la disposition et la providence de Dieu ; et, de plus, qu’il ne fait rien qu’avec la justice la plus ordonnée. Nos innombrables transgressions de chaque jour ne méritent-elles pas des châtiments plus sévères et plus rudes que ceux que sa clémence nous inflige ? N’est-il pas très raisonnable que notre chair soit domptée et comme accoutumée au joug, de peur qu’elle ne se déborde, selon ses penchants, en des excès sans frein ? La justice et la vérité de Dieu ne sont-elles pas dignes que nous travaillions pour elles ? Mais si l’équité de Dieu paraît évidemment dans nos afflictions, nous ne pouvons sans iniquité ni murmurer ni résister. Nous n’entendons plus cette froide maxime des philosophes : « Il faut céder à la nécessité » ; mais une leçon vivante et pleine d’efficace : « Il faut obéir, parce qu’il n’est pas permis de résister ; il faut souffrir patiemment, parce que l’impatience est une opposition rebelle à la justice de Dieu. » Parce que rien ne nous est vraiment aimable que ce que nous savons servir à notre bien et à notre salut, notre Père très miséricordieux nous donne aussi de la consolation à cet égard, en déclarant que, même en nous affligeant de la croix, il avance notre salut. Or, s’il est évident que les tribulations nous sont salutaires, pourquoi ne les supporterions-nous pas d’un cœur reconnaissant et paisible ? En les supportant patiemment, nous ne cédons donc pas à la nécessité, mais nous consentons à notre propre bien. L’effet de ces considérations est que, autant nos esprits sont oppressés sous la croix par le sentiment naturel de l’affliction, autant ils sont dilatés par la joie spirituelle. À cela s’ajoute aussi l’action de grâces, qui ne peut être sans joie. Mais si la louange et l’action de grâces envers le Seigneur ne peuvent procéder que d’un cœur gai et joyeux, et qu’il n’y a rien qui doive réprimer en nous ces mouvements, cela montre combien il est nécessaire que l’amertume de la croix soit tempérée par la joie spirituelle.XI. But as we have deduced the principal reason for bearing the cross from a consideration of the Divine will, we must briefly point out the difference between philosophical and Christian patience. For very few of the philosophers have risen to such an eminence of reason, as to perceive that we are exercised with afflictions by the Divine hand, and to conclude that God ought to be obeyed in these occurrences; and even those who have gone to this length, adduce no other reason, than because it is necessary. What is this but saying, that we must submit to God, because it were in vain to contend against him? For if we obey God only from necessity, if it were possible to escape from him, our obedience would cease. But the Scripture enjoins us to consider the Divine will in a very different point of view; first, as consistent with justice and equity; secondly, as directed to the accomplishment of our salvation. Christian exhortations to patience, then, are such as these: Whether we are afflicted with poverty, or exile, or imprisonment, or reproach, or disease, or loss of relatives, or any other similar calamity, we must reflect that none of these things happen without the appointment and providence of God; and, moreover, that he does nothing but with the most systematic justice. Do not our innumerable and daily transgressions deserve more severe and grievous chastisements than those which his clemency inflicts on us? Is it not highly reasonable that our flesh should be subdued, and as it were accustomed to the yoke, lest it should break out, according to its propensities, into lawless excesses? Are not the righteousness and truth of God worthy of our labours on their account? But if the equity of God evidently appears in our afflictions, we cannot without iniquity either murmur or resist. We no longer hear that frigid maxim of the philosophers, We must submit to necessity; but a lesson lively and full of efficacy, We must obey, because it is unlawful to resist: we must patiently suffer, because impatience is a rebellious opposition to the justice of God. Because nothing is really amiable to us but what we know to be conducive to our benefit and salvation, our most merciful Father affords us consolation also in this respect, by declaring, that even in afflicting us with the cross, he promotes our salvation. But if it be evident that tribulations are salutary for us, why should we not endure them with grateful and placid hearts? In patiently bearing them, therefore, we do not submit to necessity, but acquiesce in our own benefit. The effect of these considerations is, that in proportion as our minds are oppressed under the cross with the natural sense of affliction, so greatly are they dilated with spiritual joy. This is attended also by thanksgiving, which cannot be without joy. But if praise and thanksgiving to the Lord can only proceed from a cheerful and joyful heart,—and there is nothing which ought to repress these emotions within us,—this shows how necessary it is that the bitterness of the cross should be tempered with spiritual joy.
Livre III. Chapitre IX. La méditation de la vie à venir.Book III. Chapter IX. Meditation on the Future Life.
De quelque sorte de tribulation que nous soyons affligés, nous devons toujours avoir cette fin en vue : nous accoutumer au mépris de la vie présente, afin d’être par là incités à méditer celle qui est à venir. Car le Seigneur, sachant bien combien est forte notre inclination naturelle à un amour brutal du monde, emploie une méthode très excellente pour nous ramener et nous réveiller de notre insensibilité, afin que nous ne soyons pas trop obstinément attachés à cette folle affection. Il n’est aucun de nous qui ne désire paraître, durant tout le cours de sa vie, aspirer et tendre à l’immortalité céleste. Car nous avons honte de ne surpasser en rien les troupeaux des bêtes, dont la condition ne serait nullement inférieure à la nôtre s’il ne nous restait l’espérance de l’éternité après la mort. Mais si vous examinez les desseins, les poursuites et les actions de chacun, vous n’y trouverez rien que de terrestre. De là cette stupidité, que les yeux de l’esprit, éblouis par le vain éclat des richesses, du pouvoir et des honneurs, ne peuvent voir à quelque distance. Le cœur aussi, occupé et accablé d’avarice, d’ambition et d’autres désirs déréglés, ne peut s’élever à aucune hauteur. En un mot, l’âme entière, fascinée par les attraits charnels, cherche son bonheur sur la terre. Pour s’opposer à ce mal, le Seigneur, par des leçons continuelles de misères, enseigne à ses enfants la vanité de la vie présente. Afin qu’ils ne s’y promettent pas une paix profonde et assurée, il permet qu’ils soient souvent inquiétés et harcelés par des guerres ou des troubles, par des brigandages ou d’autres injures. Afin qu’ils n’aspirent pas avec trop d’avidité à des richesses passagères et incertaines, ou ne s’appuient pas sur celles qu’ils possèdent, tantôt par l’exil, tantôt par la stérilité de la terre, tantôt par un incendie, tantôt par d’autres moyens, il les réduit à l’indigence, ou du moins les tient dans les bornes de la médiocrité. Afin qu’ils ne se complaisent pas trop dans les biens du mariage, ou bien il permet qu’ils soient affligés par la méchanceté de leurs épouses, ou il les humilie par une postérité méchante, ou il les afflige par le manque ou la perte d’enfants. Et si en toutes ces choses il leur est plus indulgent, toutefois, afin qu’ils ne s’enflent pas de vaine gloire ou d’une confiance indue, il leur montre par les maladies et les dangers la nature instable et passagère de tous les biens mortels. Nous ne tirons donc vraiment profit de la discipline de la croix que lorsque nous apprenons que cette vie, considérée en elle-même, est inquiète, troublée, misérable en d’innombrables cas, et en rien entièrement heureuse ; et que tous ses biens prétendus sont incertains, passagers, vains et frelatés par le mélange de beaucoup de maux ; et qu’en conséquence nous concluons aussitôt qu’on ne peut chercher ni attendre sur la terre que combat, et que, lorsque nous pensons à une couronne, nous devons lever les yeux vers le ciel. Car il faut admettre que l’esprit n’est jamais sérieusement poussé à désirer et à méditer la vie future sans avoir auparavant conçu le mépris de la présente.With whatever kind of tribulation we may be afflicted, we should always keep this end in view—to habituate ourselves to a contempt of the present life, that we may thereby be excited to meditation on that which is to come. For the Lord, well knowing our strong natural inclination to a brutish love of the world, adopts a most excellent method to reclaim us and rouse us from our insensibility, that we may not be too tenaciously attached to that foolish affection. There is not one of us who is not desirous of appearing, through the whole course of his life, to aspire and strive after celestial immortality. For we are ashamed of excelling in no respect the brutal herds, whose condition would not be at all inferior to ours, unless there remained to us a hope of eternity after death. But if you examine the designs, pursuits, and actions of every individual, you will find nothing in them but what is terrestrial. Hence that stupidity, that the mental eyes, dazzled with the vain splendour of riches, power, and honours, cannot see to any considerable distance. The heart also, occupied and oppressed with avarice, ambition, and other inordinate desires, cannot rise to any eminence. In a word, the whole soul, fascinated by carnal allurements, seeks its felicity on earth. To oppose this evil, the Lord, by continual lessons of miseries, teaches his children the vanity of the present life. That they may not promise themselves profound and secure peace in it, therefore he permits them to be frequently disquieted and infested with wars or tumults, with robberies or other injuries. That they may not aspire with too much avidity after transient and uncertain riches, or depend on those which they possess,—sometimes by exile, sometimes by the sterility of the land, sometimes by a conflagration, sometimes by other means, he reduces them to indigence, or at least confines them within the limits of mediocrity. That they may not be too complacently delighted with conjugal blessings, he either causes them to be distressed with the wickedness of their wives, or humbles them with a wicked offspring, or afflicts them with want or loss of children. But if in all these things he is more indulgent to them, yet that they may not be inflated with vain glory, or improper confidence, he shows them by diseases and dangers the unstable and transitory nature of all mortal blessings. We therefore truly derive advantage from the discipline of the cross, only when we learn that this life, considered in itself, is unquiet, turbulent, miserable in numberless instances, and in no respect altogether happy; and that all its reputed blessings are uncertain, transient, vain, and adulterated with a mixture of many evils; and in consequence of this at once conclude, that nothing can be sought or expected on earth but conflict, and that when we think of a crown we must raise our eyes towards heaven. For it must be admitted, that the mind is never seriously excited to desire and meditate on the future life, without having previously imbibed a contempt of the present.
[…] (Section II omise.)[…] (Section II omitted.)
III. Mais les croyants doivent s’accoutumer à un mépris de la vie présente qui n’engendre ni la haine de la vie ni l’ingratitude envers Dieu. Car cette vie, quoiqu’elle soit remplie d’innombrables misères, est cependant à juste titre comptée parmi les bénédictions divines qu’il ne faut pas mépriser. C’est pourquoi, si nous n’y découvrons rien de la bienfaisance divine, nous sommes déjà coupables d’une ingratitude non petite envers Dieu lui-même. Mais pour les croyants surtout elle doit être un témoignage de la bienveillance divine, puisqu’elle est tout entière destinée à l’avancement de leur salut. Car, avant de nous découvrir ouvertement l’héritage de la gloire éternelle, il veut se révéler comme notre Père en des choses moindres ; et ce sont là les bienfaits qu’il nous confère chaque jour. Puisque donc cette vie sert à la connaissance de la bonté divine, la mépriserons-nous dédaigneusement, comme si elle ne contenait aucune parcelle de bien ? Nous devons donc avoir ce sentiment et cette affection : la ranger parmi les largesses de la bénignité divine qu’il ne faut pas rejeter. Car, si les témoignages de l’Écriture manquaient, lesquels sont très nombreux et très clairs, la nature elle-même nous exhorte à rendre grâces au Seigneur de nous avoir introduits à la lumière de la vie, de nous en accorder l’usage et de nous donner tous les secours nécessaires à sa conservation. Et c’est une raison bien supérieure de reconnaissance, si nous considérons qu’ici nous sommes en quelque mesure préparés pour la gloire du royaume céleste. Car le Seigneur a ordonné que ceux qui doivent être un jour couronnés dans le ciel livrent d’abord des combats sur la terre, afin qu’ils ne triomphent pas sans avoir surmonté les difficultés de la guerre et remporté la victoire. Une autre raison est qu’ici nous commençons à goûter, en diverses bénédictions, la douceur de la bénignité divine, afin que notre espérance et notre désir soient excités vers sa pleine révélation. Lorsque nous en serons venus à cette conclusion, que notre vie en ce monde est un don de la clémence divine que, puisque nous le lui devons, nous devons nous rappeler avec reconnaissance, il sera temps alors de descendre à la considération de sa condition très misérable, afin d’être délivrés de l’amour excessif que nous lui portons et auquel, comme on l’a observé, nous sommes naturellement enclins.III. But believers should accustom themselves to such a contempt of the present life, as may not generate either hatred of life, or ingratitude towards God. For this life, though it is replete with innumerable miseries, is yet deservedly reckoned among the Divine blessings which must not be despised. Wherefore, if we discover nothing of the Divine beneficence in it, we are already guilty of no small ingratitude towards God himself. But to believers especially it should be a testimony of the Divine benevolence, since the whole of it is destined to the advancement of their salvation. For before he openly discovers to us the inheritance of eternal glory, he intends to reveal himself as our Father in inferior instances; and those are the benefits which he daily confers on us. Since this life, then, is subservient to a knowledge of the Divine goodness, shall we fastidiously scorn it, as though it contained no particle of goodness in it? We must therefore have this sense and affection, to class it among the bounties of the Divine benignity which are not to be rejected. For if Scripture testimonies were wanting, which are very numerous and clear, even nature itself exhorts us to give thanks to the Lord for having introduced us to the light of life, for granting us the use of it, and giving us all the helps necessary to its preservation. And it is a far superior reason for gratitude, if we consider that here we are in some measure prepared for the glory of the heavenly kingdom. For the Lord has ordained, that they who are to be hereafter crowned in heaven, must first engage in conflicts on earth, that they may not triumph without having surmounted the difficulties of warfare and obtained the victory. Another reason is, that here we begin in various blessings to taste the sweetness of the Divine benignity, that our hope and desire may be excited after the full revelation of it. When we have come to this conclusion, that our life in this world is a gift of the Divine clemency, which, as we owe to him, we ought to remember with gratitude, it will then be time for us to descend to a consideration of its most miserable condition, that we may be delivered from excessive love of it, to which, as has been observed, we are naturally inclined.
[…] (Section IV omise.)[…] (Section IV omitted.)
V. Mais il est monstrueux qu’au lieu de ce désir de la mort, une multitude de gens qui se vantent d’être chrétiens en soient remplis d’une telle frayeur qu’ils tremblent chaque fois qu’on la mentionne, comme si c’était la plus grande calamité qui pût leur arriver. Il n’est pas étonnant, à la vérité, que nos sentiments naturels s’alarment quand on parle de notre dissolution. Mais il est intolérable qu’il n’y ait pas dans un cœur chrétien assez de lumière de piété pour vaincre et étouffer toute cette crainte par une consolation supérieure. Car, si nous considérons que ce tabernacle de notre corps, instable, dépravé, corruptible, fragile, flétri et pourri, est dissous afin d’être rétabli ensuite dans une gloire durable, parfaite, incorruptible et céleste, la foi ne nous contraindra-t-elle pas à désirer ardemment ce que la nature redoute ? Si nous considérons que par la mort nous sommes rappelés de l’exil pour habiter notre propre patrie, et une patrie céleste, n’en tirerons-nous aucune consolation ? Mais, dira-t-on, il n’y a rien qui ne désire être permanent. Je l’admets ; et je soutiens que c’est précisément pourquoi nous devons diriger nos regards vers l’immortalité future, où nous puissions obtenir une condition stable, qui ne se trouve nulle part sur la terre. Car Paul enseigne excellemment aux croyants à aller avec allégresse à la mort, « non pas que nous voulions être dépouillés, mais revêtus ». Les animaux privés de raison, et même les créatures inanimées, jusqu’aux troncs et aux pierres, conscients de leur vanité présente, attendront-ils la résurrection du dernier jour pour être délivrés de la vanité avec les enfants de Dieu ; et nous, doués de la lumière de l’intelligence et, ce qui est supérieur à l’intelligence naturelle, illuminés par l’Esprit de Dieu, quand il s’agit de notre propre existence, nous n’élèverons pas nos esprits au-dessus de la corruption de ce monde ? Mais il n’est pas nécessaire à mon présent dessein, ni convenable en ce lieu, de disputer contre une perversité si extrême. Et j’ai déjà déclaré au commencement que je n’entreprendrais pas une discussion diffuse de lieux communs. J’engagerais ces esprits craintifs à lire le traité de Cyprien sur la mortalité, s’ils ne méritaient plutôt d’être renvoyés aux philosophes, pour qu’ils commencent à rougir en voyant le mépris de la mort que ceux-ci ont montré. Mais nous pouvons conclure avec assurance que nul n’a fait de bons progrès à l’école de Christ, sinon celui qui attend avec joie et le jour de la mort et celui de la résurrection finale. Car Paul décrit tous les croyants par ce trait, et l’Écriture nous y ramène souvent lorsqu’elle veut nous fournir un motif de vraie joie. « Redressez-vous, dit le Seigneur, et levez vos têtes, parce que votre délivrance approche. » Est-il raisonnable que ce qu’il a voulu pour nous exciter si puissamment à l’allégresse et à l’ardeur ne produise que tristesse et consternation ? S’il en est ainsi, pourquoi nous glorifions-nous encore en lui comme en notre Maître ? Acquérons donc un jugement plus sain ; et, malgré l’opposition de la convoitise aveugle et stupide de notre chair, n’hésitons pas à désirer ardemment l’avènement du Seigneur, comme le plus heureux de tous les événements. Car il viendra vers nous comme Rédempteur, pour nous délivrer de ce gouffre sans fond de tous les maux et de toutes les misères, et nous introduire dans ce bienheureux héritage de sa vie et de sa gloire.V. But it is monstrous, that instead of this desire of death, multitudes who boast themselves to be Christians, are filled with such a dread of it, that they tremble whenever it is mentioned, as if it were the greatest calamity that could befall them. It is no wonder, indeed, if our natural feelings should be alarmed at hearing of our dissolution. But it is intolerable that there should not be in a Christian breast sufficient light of piety to overcome and suppress all that fear with superior consolation. For if we consider, that this unstable, depraved, corruptible, frail, withering, and rotten tabernacle of our body is dissolved, in order that it may hereafter be restored to a durable, perfect, incorruptible, and heavenly glory,—will not faith constrain us ardently to desire what nature dreads? If we consider, that by death we are recalled from exile to inhabit our own country, and that a heavenly one, shall we derive thence no consolation? But it will be said, There is nothing that does not desire to be permanent. I admit it; and contend that we ought therefore to direct our views to a future immortality, where we may obtain a fixed condition, which is nowhere to be found on earth. For Paul excellently teaches believers to go with alacrity to death, “not for that they would be unclothed, but clothed upon.” Shall brute animals, and even inanimate creatures, down to stocks and stones, conscious of their present vanity, be looking forward to the resurrection at the last day, that they may be delivered from vanity, together with the children of God; and shall we, endued with the light of understanding, and, what is superior to the natural understanding, illuminated with the Spirit of God, when the question respects our own existence, not raise our minds above the corruption of this world? But it is not necessary to my present design, nor suitable in this place, to argue against such extreme perverseness. And I have already declared in the beginning, that I would not undertake a diffuse discussion of commonplace topics. I would persuade such timid minds to read Cyprian’s treatise on Mortality, did they not deserve rather to be referred to the philosophers, that they may begin to blush, when they see the contempt of death discovered by them. But this we may positively conclude, that no man has made any good proficiency in the school of Christ, but he who joyfully expects both the day of death and that of the final resurrection. For Paul describes all believers by this character, and the Scripture often recalls our attention to it, when it intends to furnish us with a reason for true joy. “Look up,” saith the Lord, “and lift up your heads; for your redemption draweth nigh.” Is it reasonable, that what he designed so powerfully to excite us to exultation and alacrity, should produce nothing but sorrow and consternation? If this be the case, why do we still glory in him as our Master? Let us therefore acquire a sounder judgment; and notwithstanding the opposition of the blind and stupid cupidity of our flesh, let us not hesitate ardently to desire the advent of the Lord, as of all events the most auspicious. For he shall come to us as a Redeemer, to deliver us from this bottomless gulf of all evils and miseries, and introduce us into that blessed inheritance of his life and glory.
[…] (Section VI omise.)[…] (Section VI omitted.)
Livre III. Chapitre X. Le bon usage de la vie présente et de ses ressources.Book III. Chapter X. The Right Use of the Present Life and Its Supports.
[…] (Section I omise.)[…] (Section I omitted.)
II. Il faut poser comme principe que l’usage des dons de Dieu n’est pas fautif lorsqu’il est dirigé vers la même fin pour laquelle le Créateur lui-même les a créés et destinés pour nous ; puisqu’il les a créés pour notre bien, non pour notre dommage. C’est pourquoi nul n’observera une règle plus juste que celui qui considérera diligemment cette fin. Or, si nous considérons pour quelle fin il a créé les diverses sortes d’aliments, nous trouverons qu’il a voulu pourvoir non seulement à notre nécessité, mais aussi à notre plaisir et à notre délectation. De même, dans les vêtements, il a eu en vue non la simple nécessité, mais la bienséance et l’honnêteté. Dans les herbes, les arbres et les fruits, outre leurs divers usages, son dessein a été de nous réjouir par des formes gracieuses et des odeurs agréables. Car, si cela n’était pas vrai, le psalmiste ne compterait pas parmi les bénédictions divines « le vin qui réjouit le cœur de l’homme, et l’huile qui fait briller son visage » ; et les Écritures ne déclareraient pas partout, à la louange de sa bonté, qu’il a donné toutes ces choses aux hommes. Et même les propriétés naturelles des choses indiquent suffisamment pour quelle fin et dans quelle mesure il est permis d’en user. Le Seigneur aura-t-il revêtu les fleurs d’une telle beauté pour qu’elle se présente à nos yeux, et d’une telle douceur de parfum pour qu’elle touche notre odorat, et sera-t-il défendu à nos yeux d’être touchés par ce beau spectacle, ou à notre odorat par cette agréable odeur ? Quoi ! n’a-t-il pas mis entre les couleurs une telle distinction que les unes sont plus agréables que les autres ? N’a-t-il pas donné à l’or et à l’argent, à l’ivoire et au marbre, une beauté qui les rend plus précieux que les autres métaux ou pierres ? En un mot, n’a-t-il pas fait beaucoup de choses dignes de notre estime, indépendamment de tout usage nécessaire ?II. It must be laid down as a principle, that the use of the gifts of God is not erroneous, when it is directed to the same end for which the Creator himself has created and appointed them for us; since he has created them for our benefit, not for our injury. Wherefore, no one will observe a more proper rule, than he who shall diligently regard this end. Now, if we consider for what end he has created the various kinds of aliment, we shall find that he intended to provide not only for our necessity, but likewise for our pleasure and delight. So in clothing, he has had in view not mere necessity, but propriety and decency. In herbs, trees, and fruits, beside their various uses, his design has been to gratify us by graceful forms and pleasant odours. For if this were not true, the Psalmist would not recount among the Divine blessings, “wine that maketh glad the heart of man, and oil to make his face to shine;” nor would the Scriptures universally declare, in commendation of his goodness, that he has given all these things to men. And even the natural properties of things sufficiently indicate for what end, and to what extent, it is lawful to use them. But shall the Lord have endued flowers with such beauty, to present itself to our eyes, with such sweetness of smell, to impress our sense of smelling; and shall it be unlawful for our eyes to be affected with the beautiful sight, or our olfactory nerves with the agreeable odour? What! has he not made such a distinction of colours as to render some more agreeable than others? Has he not given to gold and silver, to ivory and marble, a beauty which makes them more precious than other metals or stones? In a word, has he not made many things worthy of our estimation, independently of any necessary use?
[…] (Sections III–V omises.)[…] (Sections III–V omitted.)
VI. Enfin, il faut remarquer que le Seigneur commande à chacun de nous, dans toutes les actions de la vie, d’avoir égard à sa vocation. Car il sait de quelle grande inquiétude l’esprit humain est enflammé, avec quelle légèreté inconstante il est emporté çà et là, et combien insatiable est son ambition d’embrasser plusieurs choses à la fois. C’est pourquoi, pour empêcher que notre folie et notre témérité ne produisent une confusion universelle, il a assigné à tous leurs devoirs particuliers dans les différentes conditions de la vie. Et afin que nul ne transgresse témérairement les limites prescrites, il a appelé ces conditions de vie des vocations, ou appels. Le genre de vie de chacun est donc comme un poste que le Seigneur lui a assigné, afin qu’il n’erre pas dans l’incertitude tous les jours de sa vie. Et cette distinction est si nécessaire que, devant lui, toutes nos actions sont estimées d’après elle, et souvent bien autrement que selon la sentence de la raison et de la philosophie humaines. Il n’est point d’exploit qu’on estime plus honorable, même parmi les philosophes, que de délivrer sa patrie de la tyrannie ; mais la voix du Juge céleste condamne ouvertement l’homme privé qui porte une main violente sur un tyran. Mon dessein n’est pas toutefois de m’arrêter à énumérer des exemples. Il suffit que nous sachions que le principe et le fondement d’une conduite droite en tout cas est la vocation du Seigneur, et que celui qui n’en tient pas compte ne gardera jamais le droit chemin dans les devoirs de son état. Il pourra peut-être quelquefois accomplir quelque chose d’apparemment louable ; mais, quoi qu’il en paraisse aux yeux des hommes, ce sera rejeté devant le trône de Dieu ; outre qu’il n’y aura aucune cohérence entre les diverses parties de sa vie. Notre vie sera donc le mieux réglée lorsqu’elle sera dirigée vers ce but ; puisque nul ne sera poussé par sa propre témérité à entreprendre plus que ce qui s’accorde avec sa vocation, parce qu’il saura qu’il n’est pas permis de franchir les bornes qui lui sont assignées. Celui qui vit dans l’obscurité mènera une vie privée sans mécontentement, de manière à ne pas abandonner le poste où Dieu l’a placé. Ce sera aussi un soulagement non petit de ses soucis, de ses travaux, de ses peines et de ses autres fardeaux, lorsqu’un homme saura qu’en toutes ces choses il a Dieu pour guide. Le magistrat exercera sa charge avec plus de plaisir, le père de famille s’en tiendra à son devoir avec plus de satisfaction, et tous, dans leurs conditions respectives, supporteront et surmonteront les incommodités, les soucis, les déceptions et les inquiétudes qui leur surviennent, lorsqu’ils seront persuadés que chacun a son fardeau imposé par Dieu. De là naîtra aussi une consolation particulière, puisqu’il n’y aura aucun emploi si humble et si vil (pourvu que nous suivions notre vocation) qu’il ne paraisse vraiment honorable et ne soit estimé très important devant Dieu.VI. Lastly, it is to be remarked, that the Lord commands every one of us, in all the actions of life, to regard his vocation. For he knows with what great inquietude the human mind is inflamed, with what desultory levity it is hurried hither and thither, and how insatiable is its ambition to grasp different things at once. Therefore, to prevent universal confusion being produced by our folly and temerity, he has appointed to all their particular duties in different spheres of life. And that no one might rashly transgress the limits prescribed, he has styled such spheres of life vocations, or callings. Every individual’s line of life, therefore, is, as it were, a post assigned him by the Lord, that he may not wander about in uncertainty all his days. And so necessary is this distinction, that in his sight all our actions are estimated according to it, and often very differently from the sentence of human reason and philosophy. There is no exploit esteemed more honourable, even among philosophers, than to deliver our country from tyranny; but the voice of the celestial Judge openly condemns the private man who lays violent hands on a tyrant. It is not my design, however, to stay to enumerate examples. It is sufficient if we know that the principle and foundation of right conduct in every case is the vocation of the Lord, and that he who disregards it will never keep the right way in the duties of his station. He may sometimes, perhaps, achieve something apparently laudable; but however it may appear in the eyes of men, it will be rejected at the throne of God; besides which, there will be no consistency between the various parts of his life. Our life, therefore, will then be best regulated, when it is directed to this mark; since no one will be impelled by his own temerity to attempt more than is compatible with his calling, because he will know that it is unlawful to transgress the bounds assigned him. He that is in obscurity will lead a private life without discontent, so as not to desert the station in which God has placed him. It will also be no small alleviation of his cares, labours, troubles, and other burdens, when a man knows that in all these things he has God for his guide. The magistrate will execute his office with greater pleasure, the father of a family will confine himself to his duty with more satisfaction, and all, in their respective spheres of life, will bear and surmount the inconveniences, cares, disappointments, and anxieties which befall them, when they shall be persuaded that every individual has his burden laid upon him by God. Hence also will arise peculiar consolation, since there will be no employment so mean and sordid (provided we follow our vocation) as not to appear truly respectable, and be deemed highly important in the sight of God.
3. Justifiés par la foi, mais non sans les œuvres3. Justified by Faith, Yet Not Without Works
Jean Calvin, Institutes of the Christian Religion (édition latine définitive, 1559 ; traduction anglaise de John Allen, 1813, édition de la Presbyterian Board of Publication ; Projet Gutenberg n° 64392), Livre III, chapitre XIV, sections IX–XI, XVI–XVII et XXI (sections I–VIII, XII–XV et XVIII–XX omises) ; chapitre XV, sections I–II et VIII (sections III–VII omises) ; chapitre XVI, sections I et IV (sections II–III omises) ; chapitre XVII, sections I et XI–XII (sections II–X et XIII–XV omises) : pourquoi même les meilleures œuvres des croyants ne peuvent justifier, les « quatre causes » du salut, pourquoi la justification gratuite ne détruit pas les bonnes œuvres, et comment Paul et Jacques s’accordent. Source primaire ; traduction du Séminaire théologique de Chapala (ébauche assistée par machine) à partir de l’anglais d’Allen. Les interprétations sont celles de l’auteur.John Calvin, Institutes of the Christian Religion (final Latin edition, 1559; English translation by John Allen, 1813, Presbyterian Board of Publication edition; Project Gutenberg #64392), Book III, chapter XIV, sections IX–XI, XVI–XVII and XXI (sections I–VIII, XII–XV and XVIII–XX omitted); chapter XV, sections I–II and VIII (sections III–VII omitted); chapter XVI, sections I and IV (sections II–III omitted); chapter XVII, sections I and XI–XII (sections II–X and XIII–XV omitted): why even the best works of believers cannot justify, the “four causes” of salvation, why free justification does not destroy good works, and how Paul and James agree. Primary source; the interpretations are the author’s.
Note du STC : Ces chapitres poursuivent l’enseignement de Calvin sur la justification (III.11–13, lus dans la première option sur Calvin). Son affirmation centrale est que même les œuvres des régénérés sont imparfaites et ne peuvent subsister devant le jugement de Dieu, en sorte que les croyants sont acceptés par le pardon des péchés et la seule justice de Christ, reçue par la foi ; mais cette foi n’est jamais seule, car Christ « ne peut être divisé », et celui qu’il justifie, il le sanctifie aussi (chapitre XVI, section I). Les « quatre causes » du chapitre XIV, section XVII, viennent d’Aristote : la cause efficiente (ce qui produit une chose), la cause matérielle (ce dont elle est faite), la cause formelle ou instrumentale (le moyen) et la cause finale (le but). « Mérite » et « satisfactions » sont des termes du système pénitentiel médiéval ; « papistes » et « sophistes » sont des étiquettes polémiques typiques du débat du XVIe siècle, auxquelles les adversaires de Calvin répondaient par un langage tout aussi dur. Les étudiants doivent peser l’argument, non adopter le ton. L’enseignement catholique romain, exposé au concile de Trente (1547), a répondu autrement à ces questions.CTS note: These chapters continue Calvin’s teaching on justification (III.11–13, read in the first Calvin elective). His central claim is that even the works of the regenerate are imperfect and cannot stand before God’s judgment, so believers are accepted through the forgiveness of sins and the righteousness of Christ alone, received by faith; yet that faith is never alone, for Christ “cannot be divided,” and whom he justifies he also sanctifies (chapter XVI, section I). The “four causes” in chapter XIV, section XVII, come from Aristotle: the efficient cause (who brings something about), the material cause (what it is made of), the formal or instrumental cause (the means), and the final cause (the purpose). “Merit” and “satisfactions” are terms of the medieval penitential system; “Papists” and “sophists” are polemical labels typical of sixteenth-century debate, matched by equally sharp language from Calvin’s opponents. Students should weigh the argument, not adopt the tone. Roman Catholic teaching, set out at the Council of Trent (1547), answered these questions differently.
Livre III. Chapitre XIV. Le commencement et le progrès continuel de la justification.Book III. Chapter XIV. The Commencement and Continual Progress of Justification.
[…] (Sections I–VIII omises.)[…] (Sections I–VIII omitted.)
IX. Examinons maintenant quel degré de justice possèdent ceux que nous avons rangés dans la quatrième classe. Nous admettons que, lorsque Dieu, par l’interposition de la justice de Christ, nous réconcilie avec lui-même et, nous ayant accordé la rémission gratuite de nos péchés, nous tient pour justes, il ajoute à cette miséricorde un autre bienfait ; car il habite en nous par son Saint-Esprit, par la puissance duquel nos désirs charnels sont de jour en jour de plus en plus mortifiés, et nous sommes sanctifiés, c’est-à-dire consacrés au Seigneur pour une réelle pureté de vie, nos cœurs étant façonnés à obéir à sa loi, en sorte que notre inclination dominante est de nous soumettre à sa volonté et d’avancer sa seule gloire par tous les moyens possibles. Mais, même tandis que, sous la conduite du Saint-Esprit, nous marchons dans les voies du Seigneur, afin que nous ne nous oubliions pas nous-mêmes et ne soyons pas remplis d’orgueil, nous sentons de tels restes d’imperfection qu’ils nous donnent un abondant sujet d’humilité. L’Écriture déclare qu’« il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais ». Quelle sorte de justice, donc, les croyants mêmes obtiendront-ils de leurs propres œuvres ? En premier lieu, j’affirme que les meilleures de leurs actions sont ternies et corrompues par quelque impureté charnelle et avilies par le mélange de quelque alliage. Qu’un saint serviteur de Dieu choisisse dans toute sa vie celle qu’il jugera avoir été la meilleure de toutes ses actions, et qu’il l’examine attentivement de tous côtés ; il y découvrira sans doute quelque souillure de la corruption de la chair ; puisque notre empressement aux bonnes actions n’est jamais ce qu’il devrait être, mais que notre course est retardée par une grande faiblesse. Bien que nous voyions que les taches qui déparent les œuvres des saints ne sont pas difficiles à découvrir, supposons que nous les admettions comme de très petites taches : ne seront-elles nullement offensantes aux yeux de Dieu, devant qui les étoiles mêmes ne sont pas pures ? Nous avons maintenant établi qu’il n’y a pas une seule action accomplie par les saints qui, jugée selon son mérite intrinsèque, ne mérite justement d’être récompensée par la honte.IX. Let us now examine what degree of righteousness is possessed by those whom we have ranked in the fourth class. We admit, that when God, by the interposition of the righteousness of Christ, reconciles us to himself, and having granted us the free remission of our sins, esteems us as righteous persons, to this mercy he adds also another blessing; for he dwells in us by his Holy Spirit, by whose power our carnal desires are daily more and more mortified, and we are sanctified, that is, consecrated to the Lord unto real purity of life, having our hearts moulded to obey his law, so that it is our prevailing inclination to submit to his will, and to promote his glory alone by all possible means. But even while, under the guidance of the Holy Spirit, we are walking in the ways of the Lord,—that we may not forget ourselves, and be filled with pride, we feel such remains of imperfection, as afford us abundant cause for humility. The Scripture declares, that “there is not a just man upon earth, that doeth good and sinneth not.” What kind of righteousness, then, will even believers obtain from their own works? In the first place, I assert, that the best of their performances are tarnished and corrupted by some carnal impurity and debased by a mixture of some alloy. Let any holy servant of God select from his whole life that which he shall conceive to have been the best of all his actions, and let him examine it with attention on every side; he will undoubtedly discover in it some taint of the corruption of the flesh; since our alacrity to good actions is never what it ought to be, but our course is retarded by great debility. Though we perceive that the blemishes which deform the works of the saints, are not difficult to be discovered, yet suppose we admit them to be very diminutive spots, will they not be at all offensive in the sight of God, in which even the stars are not pure? We have now ascertained, that there is not a single action performed by the saints, which, if judged according to its intrinsic merit, does not justly deserve to be rewarded with shame.
X. En second lieu, quand même il nous serait possible d’accomplir quelques œuvres entièrement pures et parfaites, un seul péché suffit pour éteindre et anéantir tout souvenir de la justice antérieure, comme le déclare le prophète. Avec lui Jacques s’accorde aussi : « Quiconque, dit-il, pèche contre un seul commandement devient coupable de tous. » Or, puisque cette vie mortelle n’est jamais pure ni exempte de péché, quelque justice que nous puissions acquérir, étant perpétuellement corrompue, accablée et détruite par les péchés suivants, ne serait ni admise devant Dieu ni imputée à justice. Enfin, en considérant la justice des œuvres, nous devons regarder non quelque action commandée dans la loi, mais le commandement lui-même. C’est pourquoi, si nous cherchons la justice par la loi, c’est en vain que nous accomplissons deux ou trois œuvres ; une observation perpétuelle de la loi est indispensable. C’est pourquoi Dieu ne nous impute pas à justice cette rémission des péchés dont nous avons parlé une seule fois (comme quelques-uns l’imaginent sottement), afin qu’ayant obtenu le pardon de notre vie passée nous cherchions ensuite la justice par la loi ; ce qui ne serait que se jouer de nous et nous tromper par une espérance fallacieuse. Car, puisque la perfection nous est inaccessible tant que nous sommes dans ce corps mortel, et que la loi dénonce la mort et le jugement à tous ceux dont les œuvres ne sont pas complètement et universellement justes, elle aura toujours matière à accusation et à condamnation contre nous, à moins que la miséricorde divine ne l’en empêche, en nous absolvant continuellement par une perpétuelle rémission de nos péchés. C’est pourquoi il sera toujours vrai, comme nous l’avons affirmé au commencement, que, si nous sommes jugés selon nos démérites, quels que soient nos desseins ou nos entreprises, nous sommes néanmoins, avec tous nos efforts et toutes nos poursuites, dignes de mort et de destruction.X. In the next place, even though it were possible for us to perform any works completely pure and perfect, yet one sin is sufficient to extinguish and annihilate all remembrance of antecedent righteousness, as is declared by the prophet. With him James also agrees: “Whosoever shall offend,” says he, “in one point, he is guilty of all.” Now, since this mortal life is never pure or free from sin, whatever righteousness we might acquire being perpetually corrupted, overpowered, and destroyed by subsequent sins, it would neither be admitted in the sight of God, nor be imputed to us for righteousness. Lastly, in considering the righteousness of works, we should regard, not any action commanded in the law, but the commandment itself. Therefore, if we seek righteousness by the law, it is in vain for us to perform two or three works; a perpetual observance of the law is indispensably necessary. Wherefore God does not impute to us for righteousness that remission of sins, of which we have spoken, once only, (as some foolishly imagine,) in order that, having obtained pardon for our past lives, we may afterwards seek righteousness by the law; which would be only sporting with us, and deluding us by a fallacious hope. For since perfection is unattainable by us, as long as we are in this mortal body, and the law denounces death and judgment on all whose works are not completely and universally righteous, it will always have matter of accusation and condemnation against us, unless it be prevented by the Divine mercy continually absolving us by a perpetual remission of our sins. Wherefore it will ever be true, as we asserted at the beginning, that if we be judged according to our demerits, whatever be our designs or undertakings, we are nevertheless with all our endeavours and all our pursuits, deserving of death and destruction.
XI. Nous devons insister fermement sur ces deux points : premièrement, qu’il n’y eut jamais une action accomplie par un homme pieux qui, examinée par l’œil scrutateur de la justice divine, ne méritât condamnation ; et secondement, que, si l’on en admet quelqu’une (bien que cela ne puisse se trouver chez aucun homme), cependant, étant corrompue et souillée par les péchés dont son auteur est reconnu coupable, elle perd tout droit à la faveur divine. Et c’est là le principal pivot sur lequel tourne notre controverse [avec les papistes]. Car, touchant le commencement de la justification, il n’y a pas de dispute entre nous et les scolastiques les plus sains, mais nous convenons tous que le pécheur, gratuitement délivré de la condamnation, obtient la justice, et cela par la rémission de ses péchés ; seulement ils comprennent, sous le terme de justification, ce renouvellement par lequel nous sommes renouvelés par l’Esprit de Dieu pour obéir à la loi, et ainsi ils décrivent la justice de l’homme régénéré comme consistant en ceci : que l’homme, après avoir été une fois réconcilié avec Dieu par la foi en Christ, est tenu pour juste devant Dieu à cause de ses bonnes œuvres, dont le mérite est la cause de son acceptation. Mais le Seigneur, au contraire, déclare « que la foi fut imputée à justice à Abraham », non pendant le temps où il était encore adorateur d’idoles, mais après qu’il se fut distingué pendant de nombreuses années par la sainteté de sa vie. Abraham avait donc longtemps adoré Dieu d’un cœur pur et rendu toute l’obéissance à la loi qu’un homme mortel est capable de rendre ; et cependant, après tout, sa justice consistait dans la foi. D’où nous concluons, selon l’argument de Paul, qu’elle ne venait pas des œuvres. De même, lorsque le prophète dit : « Le juste vivra par sa foi », il ne parle pas des impies et des profanes, que le Seigneur justifie en les convertissant à la foi ; mais son discours s’adresse aux croyants, et c’est à eux que la vie est promise par la foi. Paul aussi ôte tout doute lorsque, pour confirmer cette sentence, il cite ce passage de David : « Heureux ceux dont les iniquités sont pardonnées. » Or il est certain que David ne parlait pas des impies, mais des croyants semblables à lui ; car il parlait d’après l’expérience de sa propre conscience. Il nous est donc nécessaire non pas d’avoir cette béatitude une seule fois, mais de la garder tant que nous vivons. Enfin, il affirme que le message d’une réconciliation gratuite avec Dieu n’est pas seulement publié pour un jour ou deux, mais qu’il est perpétuel dans l’Église. Les croyants n’ont donc, jusqu’à la fin de leur vie, point d’autre justice que celle qui y est décrite. Car l’office de Médiateur est perpétuellement soutenu par Christ, par qui le Père nous est réconcilié, et dont la mort a une efficace perpétuellement la même, consistant dans l’ablution, la satisfaction, l’expiation et l’obéissance parfaite, qui couvre toutes nos iniquités. Et Paul ne dit pas aux Éphésiens qu’ils ne doivent à la grâce que le commencement de leur salut, mais qu’ils « sont sauvés par grâce, non par les œuvres, afin que personne ne se glorifie ».XI. We must strenuously insist on these two points—first, that there never was an action performed by a pious man, which, if examined by the scrutinizing eye of Divine justice, would not deserve condemnation; and secondly, if any such thing be admitted, (though it cannot be the case with any individual of mankind,) yet being corrupted and contaminated by the sins, of which its performer is confessedly guilty, it loses every claim to the Divine favour. And this is the principal hinge on which our controversy [with the Papists] turns. For concerning the beginning of justification, there is no dispute between us and the sounder schoolmen, but we all agree, that a sinner being freely delivered from condemnation obtains righteousness, and that by the remission of his sins; only they, under the term justification, comprehend that renovation in which we are renewed by the Spirit of God to an obedience to the law, and so they describe the righteousness of a regenerate man as consisting in this—that a man, after having been once reconciled to God through faith in Christ, is accounted righteous with God on account of his good works, the merit of which is the cause of his acceptance. But the Lord, on the contrary, declares, “that faith was reckoned to Abraham for righteousness,” not during the time while he yet remained a worshipper of idols, but after he had been eminent during many years for the sanctity of his life. Abraham, then, had for a long time worshipped God from a pure heart, and performed all that obedience to the law, which a mortal man is capable of performing; yet, after all, his righteousness consisted in faith. Whence we conclude, according to the argument of Paul, that it was not of works. So when the prophet says, “The just shall live by his faith,” he is not speaking of the impious and profane, whom the Lord justifies by converting them to the faith; but his address is directed to believers, and they are promised life by faith. Paul also removes every doubt, when, in confirmation of this sentiment, he adduces the following passage of David: “Blessed are they whose iniquities are forgiven.” But it is certain that David spake not of impious men, but of believers, whose characters resembled his own; for he spoke from the experience of his own conscience. Wherefore it is necessary for us, not to have this blessing for once only, but to retain it as long as we live. Lastly, he asserts, that the message of a free reconciliation with God, is not only promulgated for a day or two, but is perpetual in the church. Believers, therefore, even to the end of their lives, have no other righteousness than that which is there described. For the mediatorial office is perpetually sustained by Christ, by whom the Father is reconciled to us; and the efficacy of whose death is perpetually the same, consisting in ablution, satisfaction, expiation, and perfect obedience, which covers all our iniquities. And Paul does not tell the Ephesians that they are indebted to grace merely for the beginning of their salvation, but that they “are saved by grace, not of works, lest any man should boast.”
[…] (Sections XII–XV omises.)[…] (Sections XII–XV omitted.)
XVI. Sur ce sujet, nos esprits doivent être gardés principalement contre deux principes pernicieux : que nous ne mettions aucune confiance dans la justice de nos œuvres, et que nous ne leur attribuions aucune gloire. Les Écritures nous chassent partout de toute confiance, lorsqu’elles déclarent que toutes nos justices sont odieuses aux yeux de Dieu si elles ne sont parfumées de la sainteté de Christ, et qu’elles ne peuvent qu’exciter la vengeance de Dieu si elles ne sont soutenues par son pardon miséricordieux. Ainsi elles ne nous laissent rien d’autre à faire que de détourner la colère de notre Juge par la confession de David : « N’entre pas en jugement avec ton serviteur ! Car aucun vivant n’est juste devant toi. » Et lorsque Job dit : « Si je suis coupable, malheur à moi ! Si je suis juste, je n’ose lever la tête », bien qu’il se rapporte à cette justice consommée de Dieu, en comparaison de laquelle les anges mêmes sont en défaut, il montre en même temps que, lorsque Dieu vient en jugement, tous les hommes doivent rester muets. Car il ne veut pas seulement dire qu’il aimerait mieux se retirer de son plein gré que de courir le danger de contester avec la rigueur de Dieu, mais il signifie qu’il ne sent en lui-même d’autre justice que celle qui s’évanouirait à l’instant devant la face de Dieu. La confiance détruite, il faut nécessairement renoncer à toute vanterie. Car qui peut attribuer la louange de la justice à ses œuvres, auxquelles il craint de se fier en présence de Dieu ? Nous devons donc recourir au Seigneur, en qui, comme Ésaïe nous l’assure, « sera justifiée et se glorifiera toute la postérité d’Israël » ; car il est strictement vrai, comme il le dit ailleurs, que nous sommes « une plantation du Seigneur, pour servir à sa gloire ». Nos esprits seront donc bien purifiés lorsqu’ils ne se fieront ni ne se glorifieront en aucune manière dans nos œuvres. Mais les insensés sont conduits à une confiance si fausse et si trompeuse par l’erreur de considérer toujours leurs œuvres comme la cause de leur salut.XVI. On this subject our minds require to be guarded chiefly against two pernicious principles—That we place no confidence in the righteousness of our works, and that we ascribe no glory to them. The Scriptures every where drive us from all confidence, when they declare that all our righteousnesses are odious in the Divine view, unless they are perfumed with the holiness of Christ; and that they can only excite the vengeance of God, unless they are supported by his merciful pardon. Thus they leave us nothing to do, but to deprecate the wrath of our Judge with the confession of David, “Enter not into judgment with thy servant; for in thy sight shall no man living be justified.” And where Job says, “If I be wicked, woe unto me; and if I be righteous, yet will I not lift up my head;” though he refers to that consummate righteousness of God, compared to which even the angels are deficient, yet he at the same time shows, that when God comes to judgment, all men must be dumb. For he not only means that he would rather freely recede, than incur the danger of contending with the rigour of God, but signifies that he experiences in himself no other righteousness than what would instantaneously vanish before the Divine presence. When confidence is destroyed, all boasting must of necessity be relinquished. For who can give the praise of righteousness to his works, in which he is afraid to confide in the presence of God? We must therefore have recourse to the Lord, in whom we are assured, by Isaiah, that “all the seed of Israel shall be justified, and shall glory;” for it is strictly true, as he says in another place, that we are “the planting of the Lord, that he might be glorified.” Our minds therefore will then be properly purified, when they shall in no degree confide nor glory in our works. But foolish men are led into such a false and delusive confidence, by the error of always considering their works as the cause of their salvation.
XVII. Mais si nous considérons les quatre sortes de causes que les philosophes nous enseignent à considérer dans la production des effets, nous n’en trouverons aucune qui s’accorde avec les œuvres dans l’accomplissement de notre salut. Car l’Écriture proclame partout que la cause efficiente de la vie éternelle qui nous a été acquise a été la miséricorde de notre Père céleste et son amour gratuit envers nous ; que la cause matérielle est Christ et son obéissance, par laquelle il nous a obtenu la justice ; et comment nommerons-nous la cause formelle et instrumentale, sinon la foi ? Ces trois, Jean les comprend en une seule sentence, lorsqu’il dit que « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle ». La cause finale, l’apôtre déclare qu’elle est à la fois la démonstration de la justice divine et la louange de la bonté divine, dans un passage où il mentionne aussi expressément les trois autres causes. Car tel est son langage aux Romains : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ; et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce » : nous avons ici la source première de notre salut, qui est la miséricorde gratuite de Dieu envers nous. Il suit : « par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ » : nous avons ici la matière de notre justification. « Par la foi en son sang » : il indique ici la cause instrumentale, par laquelle la justice de Christ nous est révélée. Enfin, il ajoute la fin de tout, lorsqu’il dit : « afin de montrer sa justice, de manière à être juste tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus ». Et pour faire entendre en passant que cette justice consiste dans la réconciliation ou propitiation, il affirme expressément que Christ a été « destiné à être une victime propitiatoire ». De même, au premier chapitre aux Éphésiens, il enseigne que nous sommes reçus en la faveur de Dieu par sa pure miséricorde ; que cela s’accomplit par la médiation de Christ ; que cela est saisi par la foi ; et que la fin de tout est que la gloire de la bonté divine soit pleinement manifestée. Quand nous voyons que chaque partie de notre salut s’accomplit hors de nous, quelle raison avons-nous de nous fier ou de nous glorifier dans nos œuvres ? Et même les ennemis les plus acharnés de la grâce divine ne peuvent soulever aucune controverse avec nous touchant la cause efficiente ou la cause finale, à moins qu’ils ne veuillent renoncer entièrement à l’autorité de l’Écriture. Sur les causes matérielle et formelle, ils jettent une fausse couleur, comme si nos propres œuvres devaient en partager l’honneur avec la foi et la justice de Christ. Mais cela aussi est contredit par l’Écriture, qui affirme que Christ est le seul auteur de notre justice et de notre vie, et que ce bienfait de la justice est reçu par la foi seule.XVII. But if we advert to the four kinds of causes, which the philosophers direct us to consider in the production of effects, we shall find none of them consistent with works in the accomplishment of our salvation. For the Scripture every where proclaims, that the efficient cause of eternal life being procured for us, was the mercy of our heavenly Father, and his gratuitous love towards us; that the material cause is Christ and his obedience, by which he obtained a righteousness for us; and what shall we denominate the formal and instrumental cause, unless it be faith? These three John comprehends in one sentence, when he says, that “God so loved the world that he gave his only begotten Son, that whosoever believeth in him should not perish, but have everlasting life.” The final cause the apostle declares to be, both the demonstration of the Divine righteousness and the praise of the Divine goodness, in a passage in which he also expressly mentions the other three causes. For this is his language to the Romans: “All have sinned, and come short of the glory of God, being justified freely by his grace:” here we have the original source of our salvation, which is the gratuitous mercy of God towards us. It follows, “through the redemption that is in Christ Jesus:” here we have the matter of our justification. “Through faith in his blood:” here he points out the instrumental cause, by which the righteousness of Christ is revealed to us. Lastly, he subjoins the end of all, when he says, “To declare his righteousness; that he might be just, and the justifier of him which believeth in Jesus.” And to suggest, by the way, that this righteousness consists in reconciliation or propitiation, he expressly asserts that Christ was “set forth to be a propitiation.” So also in the first chapter to the Ephesians, he teaches that we are received into the favour of God through his mere mercy; that it is accomplished by the mediation of Christ; that it is apprehended by faith; and that the end of all is, that the glory of the Divine goodness may be fully displayed. When we see that every part of our salvation is accomplished without us, what reason have we to confide or to glory in our works? Nor can even the most inveterate enemies of Divine grace raise any controversy with us concerning the efficient or the final cause, unless they mean altogether to renounce the authority of the Scripture. Over the material and formal causes they superinduce a false colouring; as if our own works were to share the honour of them with faith and the righteousness of Christ. But this also is contradicted by the Scripture, which affirms that Christ is the sole author of our righteousness and life, and that this blessing of righteousness is enjoyed by faith alone.
[…] (Sections XVIII–XX omises.)[…] (Sections XVIII–XX omitted.)
XXI. L’objection qui reste est que l’Écriture représente les bonnes œuvres des croyants comme les causes pour lesquelles le Seigneur les bénit. Mais cela doit s’entendre de manière à ne pas toucher à ce que nous avons prouvé auparavant : que la cause efficiente de notre salut est l’amour de Dieu le Père ; la cause matérielle, l’obéissance du Fils ; la cause instrumentale, l’illumination de l’Esprit, c’est-à-dire la foi ; et la cause finale, la gloire de la bonté infinie de Dieu. Rien en cela n’empêche que les bonnes œuvres soient considérées par le Seigneur comme des causes inférieures. Mais comment cela se fait-il ? Parce que ceux que sa miséricorde a destinés à l’héritage de la vie éternelle, il les introduit, dans sa dispensation ordinaire, à sa possession par les bonnes œuvres. Ce qui, dans l’ordre de ses dispensations, précède, il l’appelle la cause de ce qui suit. Pour cette raison il fait parfois découler la vie éternelle des œuvres ; non que l’acceptation de cette vie doive leur être rapportée, mais parce qu’il justifie ceux qu’il a élus afin de les glorifier finalement ; il fait de la faveur antérieure, qui est un degré vers la suivante, en quelque sorte sa cause. Mais toutes les fois qu’il s’agit d’assigner la vraie cause, il ne nous dirige pas vers les œuvres comme refuge, mais renferme entièrement nos pensées dans sa miséricorde. Car que nous enseigne-t-il par l’apôtre ? « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. » Pourquoi n’oppose-t-il pas la justice au péché, comme la vie à la mort ? Pourquoi ne fait-il pas de la justice la cause de la vie, comme du péché la cause de la mort ? Car alors l’antithèse aurait été complète, tandis que par ce changement elle est en partie détruite. Mais l’apôtre a voulu exprimer par cette comparaison une vérité certaine : que la mort est due aux démérites des hommes, et que la vie procède uniquement de la miséricorde de Dieu. Enfin, ces expressions marquent plutôt l’ordre des dons divins que leur cause. En accumulant grâces sur grâces, Dieu tire des premières une raison d’ajouter les suivantes, afin de ne rien omettre de ce qui est nécessaire pour enrichir ses serviteurs. Et tandis qu’il poursuit ainsi sa libéralité, il veut que nous nous souvenions toujours de son élection gratuite, qui est la source et l’origine de tout. Car, bien qu’il aime les dons qu’il confère chaque jour, comme des émanations de cette source, c’est notre devoir de nous attacher à cette acceptation gratuite, qui seule peut soutenir nos âmes, et de rattacher les dons de son Esprit, qu’il nous accorde ensuite, à la cause première, de manière à ne lui rien ôter.XXI. The remaining objection is, that the Scripture represents the good works of believers as the causes for which the Lord blesses them. But this must be understood so as not to affect what we have before proved, that the efficient cause of our salvation is the love of God the Father; the material cause, the obedience of the Son; the instrumental cause, the illumination of the Spirit, that is, faith; and the final cause, the glory of the infinite goodness of God. No obstacle arises from these things to prevent good works being considered by the Lord as inferior causes. But how does this happen? Because those whom his mercy has destined to the inheritance of eternal life, he, in his ordinary dispensations, introduces to the possession of it by good works. That which, in the order of his dispensations, precedes, he denominates the cause of that which follows. For this reason he sometimes deduces eternal life from works; not that the acceptance of it is to be referred to them; but because he justifies the objects of his election, that he may finally glorify them; he makes the former favour, which is a step to the succeeding one, in some sense the cause of it. But whenever the true cause is to be assigned, he does not direct us to take refuge in works, but confines our thoughts entirely to his mercy. For what does he teach us by the apostle? “The wages of sin is death; but the gift of God is eternal life through Jesus Christ our Lord.” Why does he not oppose righteousness to sin, as well as life to death? Why does he not make righteousness the cause of life, as well as sin the cause of death? For then the antithesis would have been complete, whereas by this variation it is partly destroyed. But the apostle intended by this comparison to express a certain truth—that death is due to the demerits of men, and that life proceeds solely from the mercy of God. Lastly, these phrases denote rather the order of the Divine gifts, than the cause of them. In the accumulation of graces upon graces, God derives from the former a reason for adding the next, that he may not omit any thing necessary to the enrichment of his servants. And while he thus pursues his liberality, he would have us always to remember his gratuitous election, which is the source and original of all. For although he loves the gifts which he daily confers, as emanations from that fountain, yet it is our duty to adhere to that gratuitous acceptance, which alone can support our souls, and to connect the gifts of his Spirit, which he afterwards bestows on us, with the first cause, in such a manner as will not be derogatory to it.
Livre III. Chapitre XV. La vanterie du mérite des œuvres détruit également la gloire de Dieu dans le don de la justice et la certitude du salut.Book III. Chapter XV. Boasting of the Merit of Works, Equally Subversive of God’s Glory in the Gift of Righteousness, and of the Certainty of Salvation.
Nous avons maintenant traité la partie principale de ce sujet : que, parce que la justice, si elle dépendait des œuvres, serait inévitablement confondue devant Dieu, elle est par conséquent contenue exclusivement dans la miséricorde de Dieu et dans la participation à Christ, et donc dans la foi seule. Or il faut remarquer avec soin que c’est là le principal pivot sur lequel tourne l’argument, afin que nous ne soyons pas enveloppés dans l’illusion commune, qui atteint également les savants et le vulgaire. Car, dès qu’il est question de la justification par la foi ou par les œuvres, ils recourent aussitôt aux passages qui semblent attribuer aux œuvres quelque degré de mérite devant Dieu ; comme si la justification par les œuvres était pleinement démontrée dès qu’on pourrait prouver qu’elles ont quelque valeur devant Dieu. Nous avons déjà clairement démontré que la justice des œuvres ne consiste que dans une observation parfaite et complète de la loi. D’où il suit que nul n’est justifié par les œuvres, sinon celui qui, élevé au sommet de la perfection, ne peut être convaincu même de la moindre transgression. C’est donc une question différente et séparée de savoir si, bien que les œuvres soient tout à fait insuffisantes pour la justification des hommes, elles ne méritent pas néanmoins la grâce de Dieu.We have now discussed the principal branch of this subject; that because righteousness, if dependent on works, must inevitably be confounded in the sight of God, therefore it is contained exclusively in the mercy of God and the participation of Christ, and consequently in faith alone. Now, it must be carefully remarked that this is the principal hinge on which the argument turns, that we may not be implicated in the common delusion, which equally affects the learned and the vulgar. For as soon as justification by faith or works becomes the subject of inquiry, they have immediate recourse to those passages which seem to attribute to works some degree of merit in the sight of God; as though justification by works would be fully evinced, if they could be proved to be of any value before God. We have already clearly demonstrated that the righteousness of works consists only in a perfect and complete observance of the law. Whence it follows, that no man is justified by works, but he who, being elevated to the summit of perfection, cannot be convicted even of the least transgression. This, therefore, is a different and separate question, whether, although works be utterly insufficient for the justification of men, they do not, nevertheless, merit the grace of God.
II. En premier lieu, quant au terme de mérite, je dois dire d’avance que quiconque l’a appliqué le premier aux œuvres humaines, comparées au jugement divin, a montré bien peu de souci de la pureté de la foi. Je m’abstiens volontiers de toute controverse sur de simples mots ; mais je voudrais que les écrivains chrétiens eussent toujours observé cette sobriété : qu’ils eussent évité d’adopter sans nécessité des termes qui ne sont pas employés dans les Écritures, et propres à causer un grand scandale pour bien peu d’avantage. Car quelle nécessité y avait-il d’introduire le mot de mérite, quand la valeur des bonnes œuvres pouvait être exprimée de façon significative et sans scandale par un autre terme ? Mais le grand scandale qu’il renferme paraît par le grand dommage que le monde en a reçu. L’extrême hauteur de son sens ne peut qu’obscurcir la grâce divine et infecter les esprits des hommes d’une arrogance présomptueuse. Je confesse que les anciens écrivains de l’Église l’ont généralement employé, et je voudrais que le mauvais usage qu’ils ont fait d’un mot n’eût pas été pour la postérité une occasion d’erreur. Toutefois ils déclarent aussi en quelques endroits qu’ils n’entendaient rien qui fût préjudiciable à la vérité. Car tel est le langage d’Augustin dans un passage : « Que le mérite humain, qui a été perdu par Adam, se taise ici, et que la grâce de Dieu règne par Jésus-Christ. » Et encore : « Les saints n’attribuent rien à leurs propres mérites ; ils attribueront tout, ô Dieu, à ta seule miséricorde. » Ailleurs : « Et quand l’homme voit que tout le bien qu’il a, il ne l’a pas de lui-même, mais de son Dieu, il voit que tout ce qu’on loue en lui ne procède pas de ses propres mérites, mais de la miséricorde divine. » Nous voyons comment, en ôtant à l’homme le pouvoir de faire de bonnes actions, il détruit aussi la dignité du mérite. Chrysostome dit : « Nos œuvres, s’il y en a qui suivent la vocation gratuite de Dieu, sont rétribution et dette ; mais les dons de Dieu sont grâce, bienfaisance et immense libéralité. » Laissant toutefois le nom, attachons-nous plutôt à la chose. J’ai cité auparavant un passage de Bernard : « Comme ne pas présumer de nos mérites est assez méritoire, de même être dépourvu de mérites suffit pour le jugement. » Mais, par l’explication qu’il ajoute aussitôt, il adoucit à propos la dureté de ces expressions, lorsqu’il dit : « Tu dois donc avoir soin d’avoir des mérites ; et, si tu en as, tu dois savoir qu’ils te sont donnés ; tu dois espérer le fruit, la miséricorde de Dieu ; et tu as échappé à tout danger de pauvreté, d’ingratitude et de présomption. Heureuse l’Église qui ne manque ni de mérites sans présomption, ni de présomption sans mérites. » Et juste avant, il avait pleinement montré combien son intention était pieuse. « Car, touchant les mérites, dit-il, pourquoi l’Église s’inquiéterait-elle, elle qui a un fondement plus ferme et plus sûr pour se glorifier dans le dessein de Dieu ? Car Dieu ne peut se renier lui-même ; il accomplira ce qu’il a promis. Ainsi tu n’as pas de raison de rechercher pour quels mérites nous pouvons espérer des bénédictions, surtout quand tu lis : “Ce n’est pas à cause de vous, mais à cause de moi” ; c’est assez de mérite de savoir que les mérites ne suffisent pas. »II. In the first place, with respect to the term merit, it is necessary for me to premise, that whoever first applied it to human works, as compared with the Divine judgment, showed very little concern for the purity of the faith. I gladly abstain from all controversies about mere words; but I could wish that this sobriety had always been observed by Christian writers, that they had avoided the unnecessary adoption of terms not used in the Scriptures, and calculated to produce great offence, but very little advantage. For what necessity was there for the introduction of the word merit, when the value of good works might be significantly expressed without offence by a different term? But the great offence contained in it, appears in the great injury the world has received from it. The consummate haughtiness of its import can only obscure the Divine grace, and taint the minds of men with presumptuous arrogance. I confess, the ancient writers of the Church have generally used it, and I wish that their misuse of one word had not been the occasion of error to posterity. Yet they also declare in some places that they did not intend any thing prejudicial to the truth. For this is the language of Augustine in one passage: “Let human merit, which was lost by Adam, here be silent, and let the grace of God reign through Jesus Christ.” Again: “The saints ascribe nothing to their own merits; they will ascribe all, O God, only to thy mercy.” In another place: “And when a man sees that whatever good he has, he has it not from himself, but from his God, he sees that all that is commended in him proceeds not from his own merits, but from the Divine mercy.” We see how, by divesting man of the power of performing good actions, he likewise destroys the dignity of merit. Chrysostom says, “Our works, if there be any consequent on God’s gratuitous vocation, are a retribution and a debt; but the gifts of God are grace, beneficence, and immense liberality.” Leaving the name, however, let us rather attend to the thing. I have before cited a passage from Bernard: “As not to presume on our merits is sufficiently meritorious, so to be destitute of merits is sufficient for the judgment.” But by the explanation immediately annexed, he properly softens the harshness of these expressions, when he says, “Therefore you should be concerned to have merits; and if you have them, you should know that they are given to you; you should hope for the fruit, the mercy of God; and you have escaped all danger of poverty, ingratitude, and presumption. Happy the Church which is not destitute, either of merits without presumption, or of presumption without merits.” And just before he had fully shown how pious his meaning was. “For concerning merits,” he says, “why should the Church be solicitous, which has a more firm and secure foundation for glorying in the purpose of God? For God cannot deny himself; he will perform what he has promised. Thus you have no reason for inquiring, on account of what merits we may hope for blessings, especially when you read, ‘Not for your sakes, but for my sake;’ it is sufficiently meritorious to know that merits are insufficient.”
[…] (Sections III–VII omises.)[…] (Sections III–VII omitted.)
VIII. C’est pourquoi ne nous laissons pas détourner, même de l’épaisseur d’un cheveu, du seul fondement sur lequel, une fois posé, les sages architectes élèvent un édifice ferme et bien ordonné. Car, s’il est besoin de doctrine et d’exhortation, ils nous avertissent que « le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable ; quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché » ; « c’est assez d’avoir dans le temps passé accompli la volonté des païens » ; les élus de Dieu sont des vases de miséricorde choisis pour l’honneur, et doivent donc se purifier de toute souillure. Mais tout est dit d’un coup lorsqu’il est montré que Christ choisit pour ses disciples ceux qui renonceront à eux-mêmes, se chargeront de leur croix et le suivront. Celui qui a renoncé à lui-même a mis la cognée à la racine de tous les maux, afin de ne plus chercher ce qui est à lui ; celui qui s’est chargé de sa croix s’est préparé à toute patience et à toute douceur. Mais l’exemple de Christ comprend non seulement ces devoirs, mais tous les autres devoirs de la piété et de la sainteté. Il a été obéissant à son Père jusqu’à la mort ; il a été entièrement occupé à faire les œuvres de Dieu ; il a aspiré de toute son âme à avancer la gloire de son Père ; il a donné sa vie pour ses frères ; il a agi et prié pour le bien de ses ennemis. Mais, s’il est besoin de consolation, ces passages la fourniront à un degré merveilleux : « Nous sommes pressés de toute manière, mais non réduits à l’extrémité ; dans la détresse, mais non dans le désespoir ; persécutés, mais non abandonnés ; abattus, mais non perdus ; portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps. » « Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui ; si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui. » « En devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir, si je puis, à la résurrection d’entre les morts. » Le Père a prédestiné tous ceux qu’il a choisis en son Fils « à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères » ; et c’est pourquoi « ni la mort, ni la vie, ni les choses présentes, ni les choses à venir ne pourront nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » ; mais « toutes choses concourront à notre bien » et serviront à notre salut. Nous ne justifions pas les hommes par les œuvres devant Dieu ; mais nous disons que tous ceux qui sont de Dieu sont régénérés et faits nouvelles créatures, afin qu’ils passent du royaume du péché au royaume de la justice ; et que par ce témoignage ils s’assurent de leur vocation et, comme les arbres, sont jugés à leurs fruits.VIII. Wherefore let us not suffer ourselves to be seduced even a hair’s breadth from the only foundation, on which, when it is laid, wise architects erect a firm and regular superstructure. For if there be a necessity for doctrine and exhortation, they apprize us, that “for this purpose the Son of God was manifested, that he might destroy the works of the devil; whosoever is born of God doth not commit sin:” “the time past of our life may suffice us to have wrought the will of the Gentiles;” the elect of God are vessels of mercy selected to honour, and therefore ought to be cleansed from all impurity. But every thing is said at once, when it is shown that Christ chooses such for his disciples as will deny themselves, take up their cross, and follow him. He who has denied himself, has laid the axe to the root of all evils, that he may no longer seek those things which are his own; he who has taken up his cross, has prepared himself for all patience and gentleness. But the example of Christ comprehends not only these, but all other duties of piety and holiness. He was obedient to his Father, even to death; he was entirely occupied in performing the works of God; he aspired with his whole soul to promote the glory of his Father; he laid down his life for his brethren; he both acted and prayed for the benefit of his enemies. But if there be need of consolation, these passages will afford it in a wonderful degree: “We are troubled on every side, yet not distressed; we are perplexed, but not in despair; persecuted, but not forsaken; cast down, but not destroyed; always bearing about in the body the dying of the Lord Jesus, that the life also of Jesus might be made manifest in our body.” “If we be dead with him, we shall also live with him; if we suffer, we shall also reign with him.” “Being made conformable unto his death; if by any means I might attain unto the resurrection of the dead.” The Father has predestinated all whom he has chosen in his Son “to be conformed to his image, that he might be the first-born among many brethren;” and therefore “neither death, nor life, nor things present, nor things to come, shall separate us from the love of God which is in Christ Jesus;” but “all things shall work together for good” to us, and conduce to our salvation. We do not justify men by works before God; but we say, that all who are of God are regenerated and made new creatures, that they may depart from the kingdom of sin into the kingdom of righteousness; and that by this testimony they ascertain their vocation, and, like trees, are judged by their fruits.
Livre III. Chapitre XVI. Réfutation des calomnies injurieuses des papistes contre cette doctrine.Book III. Chapter XVI. A Refutation of the Injurious Calumnies of the Papists Against This Doctrine.
L’observation par laquelle nous avons clos le chapitre précédent suffit par elle-même à réfuter l’impudence de quelques impies qui nous accusent, premièrement, de détruire les bonnes œuvres et d’en détourner les hommes, lorsque nous disons qu’ils ne sont pas justifiés par les œuvres ni sauvés par leur propre mérite ; et, secondement, de rendre trop facile le chemin de la justice, lorsque nous enseignons qu’elle consiste dans la rémission gratuite des péchés, et d’attirer les hommes, par cet appât, à la pratique du péché, vers lequel ils n’ont naturellement que trop de penchant. Ces calomnies, dis-je, sont suffisamment réfutées par cette seule observation ; cependant je répondrai brièvement à l’une et à l’autre. Ils allèguent que la justification par la foi détruit les bonnes œuvres. Je m’abstiens de toute remarque sur le caractère de ces zélateurs des bonnes œuvres qui nous calomnient ainsi. Qu’ils invectivent impunément avec autant de licence qu’ils infectent le monde entier par l’impureté de leur vie. Ils feignent de déplorer que, tandis que la foi est si magnifiquement exaltée, les œuvres soient déchues de leur rang. Et si elles en étaient plutôt encouragées et affermies ? Car nous ne songeons jamais ni à une foi dépourvue de bonnes œuvres, ni à une justification qui n’en soit pas accompagnée : la seule différence est que, tout en reconnaissant une liaison nécessaire entre la foi et les bonnes œuvres, nous attribuons la justification non aux œuvres, mais à la foi. La raison en est facile à expliquer, si seulement nous nous tournons vers Christ, vers qui la foi est dirigée et de qui elle reçoit toute sa vertu. Pourquoi donc sommes-nous justifiés par la foi ? Parce que par la foi nous saisissons la justice de Christ, qui est le seul moyen de notre réconciliation avec Dieu. Mais vous ne pouvez l’obtenir sans obtenir en même temps la sanctification ; car il « a été fait pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption ». Christ donc ne justifie personne qu’il ne sanctifie aussi. Car ces bienfaits sont perpétuellement et indissolublement liés, de sorte que ceux qu’il illumine de sa sagesse, il les rachète ; ceux qu’il rachète, il les justifie ; ceux qu’il justifie, il les sanctifie. Mais, comme la question présente ne concerne que la justice et la sanctification, arrêtons-nous à elles. Nous pouvons les distinguer, mais Christ les contient toutes deux inséparablement en lui-même. Voulez-vous donc obtenir la justice en Christ ? Il vous faut d’abord posséder Christ ; mais vous ne pouvez le posséder sans devenir participant de sa sanctification ; car il ne peut être divisé. Puisque donc le Seigneur ne nous accorde la jouissance de ces bienfaits qu’en se donnant lui-même, il nous les donne tous deux ensemble, et jamais l’un sans l’autre. Ainsi nous voyons combien il est vrai que nous sommes justifiés, non sans les œuvres, et pourtant non par les œuvres ; puisque l’union avec Christ, par laquelle nous sommes justifiés, contient la sanctification aussi bien que la justice.The observation with which we closed the preceding chapter is, of itself, sufficient to refute the impudence of some impious persons, who accuse us, in the first place, of destroying good works, and seducing men from the pursuit of them, when we say that they are not justified by works, nor saved through their own merit; and secondly, of making too easy a road to righteousness, when we teach that it consists in the gratuitous remission of sins; and of enticing men, by this allurement, to the practice of sin, to which they have naturally too strong a propensity. These calumnies, I say, are sufficiently refuted by that one observation; yet I will briefly reply to them both. They allege that justification by faith destroys good works. I forbear any remarks on the characters of these zealots for good works, who thus calumniate us. Let them rail with impunity as licentiously as they infest the whole world with the impurity of their lives. They affect to lament that while faith is so magnificently extolled, works are degraded from their proper rank. What if they be more encouraged and established? For we never dream either of a faith destitute of good works, or of a justification unattended by them: this is the sole difference, that while we acknowledge a necessary connection between faith and good works, we attribute justification, not to works, but to faith. Our reason for this we can readily explain, if we only turn to Christ, towards whom faith is directed, and from whom it receives all its virtue. Why, then, are we justified by faith? Because by faith we apprehend the righteousness of Christ, which is the only medium of our reconciliation to God. But this you cannot attain, without at the same time attaining to sanctification; for he “is made unto us wisdom and righteousness, and sanctification and redemption.” Christ therefore justifies no one whom he does not also sanctify. For these benefits are perpetually and indissolubly connected, so that whom he illuminates with his wisdom, them he redeems; whom he redeems, he justifies; whom he justifies, he sanctifies. But as the present question relates only to righteousness and sanctification, let us insist upon them. We may distinguish between them, but Christ contains both inseparably in himself. Do you wish, then, to obtain righteousness in Christ? You must first possess Christ; but you cannot possess him without becoming a partaker of his sanctification; for he cannot be divided. Since, then, the Lord affords us the enjoyment of these blessings only in the bestowment of himself, he gives them both together, and never one without the other. Thus we see how true it is that we are justified, not without works, yet not by works; since union with Christ, by which we are justified, contains sanctification as well as righteousness.
[…] (Sections II–III omises.)[…] (Sections II–III omitted.)
IV. Mais la plus futile de toutes leurs calomnies est que les hommes sont encouragés à la pratique du péché parce que nous soutenons la rémission gratuite des péchés, en laquelle nous faisons consister la justice. Car nous disons qu’un si grand bienfait ne pourrait jamais être compensé par aucune vertu de notre part, et que par conséquent il ne pourrait jamais être obtenu s’il n’était accordé gratuitement ; de plus, qu’il est gratuit pour nous, certes, mais non pour Christ, à qui il a tant coûté, à savoir son propre sang très sacré, en dehors duquel aucun prix d’une valeur suffisante ne pouvait être payé à la justice divine. Quand les hommes sont enseignés de cette manière, ils sont avertis que ce n’est pas grâce à eux que ce sang très sacré n’est pas répandu chaque fois qu’ils pèchent. En outre, nous apprenons que notre souillure est telle qu’elle ne peut jamais être lavée, sinon dans la source de ce sang immaculé. Ceux qui entendent ces choses ne doivent-ils pas concevoir une plus grande horreur du péché que si l’on disait qu’il est purifié par une aspersion de bonnes œuvres ? Et s’ils ont quelque crainte de Dieu, ne redouteront-ils pas, après avoir été une fois purifiés, de se replonger dans la fange, et de troubler et infecter par là, autant qu’il est en eux, la pureté de cette source ? « J’ai lavé mes pieds, dit l’âme croyante dans Salomon, comment les salirais-je ? » Or il est clair quel parti mérite le mieux l’accusation d’avilir le prix de la rémission des péchés et de prostituer la dignité de la justice. Ils prétendent que Dieu est apaisé par leurs frivoles satisfactions, qui ne valent pas mieux que du fumier ; nous affirmons que la culpabilité du péché est trop atroce pour être expiée par de si insignifiantes bagatelles ; que le déplaisir de Dieu est trop grand pour être apaisé par ces satisfactions sans valeur ; et que, par conséquent, c’est là la prérogative exclusive du sang de Christ. Ils disent que la justice, si elle vient jamais à défaillir, est restaurée et réparée par des œuvres de satisfaction. Nous l’estimons si précieuse qu’aucune compensation d’œuvres ne peut l’égaler ; et que, par conséquent, pour sa restitution, nous devons recourir à la seule miséricorde de Dieu. Les autres points qui concernent la rémission des péchés se trouveront au chapitre suivant.IV. But the most futile of all their calumnies is, that men are encouraged to the practice of sin by our maintaining the gratuitous remission of sins, in which we make righteousness to consist. For we say that so great a blessing could never be compensated by any virtue of ours, and that therefore it could never be obtained, unless it were gratuitously bestowed; moreover, that it is gratuitous to us indeed, but not so to Christ, whom it cost so much, even his own most sacred blood, beside which no price sufficiently valuable could be paid to Divine justice. When men are taught in this manner, they are apprized that it is not owing to them that this most sacred blood is not shed as often as they sin. Besides, we learn that such is our pollution, that it can never be washed away, except in the fountain of this immaculate blood. Must not persons who hear these things conceive a greater horror of sin, than if it were said to be cleansed by a sprinkling of good works? And if they have any fear of God, will they not dread, after being once purified, to plunge themselves again into the mire, and thereby to disturb and infect, as far as they can, the purity of this fountain? “I have washed my feet,” (says the believing soul in Solomon,) “how shall I defile them?” Now, it is plain which party better deserves the charge of degrading the value of remission of sins, and prostituting the dignity of righteousness. They pretend that God is appeased by their frivolous satisfactions, which are no better than dung; we assert, that the guilt of sin is too atrocious to be expiated by such insignificant trifles; that the displeasure of God is too great to be appeased by these worthless satisfactions; and therefore that this is the exclusive prerogative of the blood of Christ. They say, that righteousness, if it ever be defective, is restored and repaired by works of satisfaction. We think it so valuable that no compensation of works can be adequate to it; and therefore that for its restitution we must have recourse to the mercy of God alone. The remaining particulars that pertain to the remission of sins may be found in the next chapter.
Livre III. Chapitre XVII. L’accord entre les promesses de la loi et celles de l’Évangile.Book III. Chapter XVII. The Harmony Between the Promises of the Law and Those of the Gospel.
Poursuivons maintenant les autres arguments par lesquels Satan, par ses suppôts, s’efforce de détruire ou d’affaiblir la justification par la foi. Je pense que nous avons déjà gagné ce point sur ces calomniateurs : qu’ils ne peuvent plus nous accuser d’être ennemis des bonnes œuvres. Car nous rejetons l’idée de la justification par les œuvres, non pour qu’on ne fasse point de bonnes œuvres, ni pour nier que celles qui sont faites soient bonnes, mais afin que nous ne nous y fiions pas, que nous ne nous en glorifiions pas et que nous ne leur attribuions pas le salut. Car voici notre confiance, voici notre gloire et l’unique ancre de notre salut : que Christ, le Fils de Dieu, est à nous, et que nous sommes de même, en lui, fils de Dieu et héritiers du royaume céleste, appelés, non à cause de notre dignité, mais par la bonté divine, à l’espérance de la félicité éternelle. Mais, puisqu’ils nous assaillent en outre, comme nous l’avons observé, avec d’autres armes, procédons aussi à les repousser. En premier lieu, ils reviennent aux promesses légales que le Seigneur a données à ceux qui observent sa loi, et demandent si nous les tenons pour entièrement vaines ou pour valables en quelque chose. Comme il serait dur et ridicule de dire qu’elles sont vaines, ils tiennent pour acquis qu’elles ont quelque efficace. De là ils concluent que nous ne sommes pas justifiés par la foi seule. Car ainsi dit le Seigneur : « Si vous écoutez ces ordonnances, si vous les observez et les mettez en pratique, le Seigneur ton Dieu gardera envers toi l’alliance et la miséricorde qu’il a jurées à tes pères ; il t’aimera, il te bénira et te multipliera. » Et encore : « Si vous réformez réellement vos voies et vos œuvres, si vous pratiquez réellement la justice envers les uns et les autres, si vous n’opprimez pas, et si vous n’allez pas après d’autres dieux, alors je vous laisserai habiter dans ce lieu », etc. Je ne veux pas citer mille passages du même genre, qui, n’étant pas différents de sens, seront éclaircis par l’explication de ceux-ci. La somme de tout est déclarée par Moïse, qui dit que dans la loi sont proposées « la bénédiction et la malédiction, la vie et la mort ». Or, raisonnent-ils, ou bien cette bénédiction devient inefficace et vaine, ou bien la justification n’est pas par la foi seule. Nous avons déjà montré comment, si nous nous en tenons à la loi, dépourvus de toute bénédiction, nous sommes exposés à la malédiction qui est prononcée contre tous les transgresseurs. Car le Seigneur ne promet rien qu’aux parfaits observateurs de sa loi, dont on ne peut trouver un seul. La conséquence est donc que tout le genre humain est convaincu par la loi d’être exposé à la malédiction et à la colère de Dieu ; et, pour en être sauvés, ils ont besoin d’être délivrés de la puissance de la loi et affranchis de sa servitude ; non d’une liberté charnelle, qui nous détournerait de l’obéissance à la loi, inviterait à toute sorte de licence, abattrait les barrières du désir déréglé et lâcherait la bride à toute passion effrénée ; mais d’une liberté spirituelle, qui console et relève la conscience affligée et abattue, en lui montrant qu’elle est délivrée de la malédiction et de la condamnation sous lesquelles la loi la tenait. Cette délivrance de l’assujettissement à la loi, et cet affranchissement (si je puis employer ce terme), nous les obtenons lorsque nous saisissons par la foi la miséricorde de Dieu en Christ, par laquelle nous sommes assurés de la rémission des péchés, dont le sentiment nous faisait éprouver par la loi la componction et le remords.Let us now pursue the other arguments with which Satan by his satellites attempts to destroy or to weaken justification by faith. I think we have already gained this point with these calumniators—that they can no longer accuse us of being enemies to good works. For we reject the notion of justification by works, not that no good works may be done, or that those which are performed may be denied to be good, but that we may neither confide in them, nor glory in them, nor ascribe salvation to them. For this is our trust, this is our glory, and the only anchor of our salvation, That Christ the Son of God is ours, and that we are likewise, in him, sons of God and heirs of the celestial kingdom; being called, not for our worthiness, but by the Divine goodness, to the hope of eternal felicity. But since they assail us besides, as we have observed, with other weapons, let us also proceed to the repulsion of them. In the first place, they return to the legal promises which the Lord gave to the observers of his law, and inquire whether we suppose them to be entirely vain, or of any validity. As it would be harsh and ridiculous to say they are vain, they take it for granted that they have some efficacy. Hence they argue, that we are not justified by faith alone. For thus saith the Lord, “Wherefore it shall come to pass, if ye hearken to these judgments, and keep and do them, that the Lord thy God shall keep unto thee the covenant and the mercy which he sware unto thy fathers; and he will love thee, and bless thee, and multiply thee.” Again: “If ye thoroughly amend your ways and your doings; if ye thoroughly execute judgment between a man and his neighbour; if ye oppress not, neither walk after other gods; then will I cause you to dwell in this place,” &c. I am not willing to recite a thousand passages of the same kind, which, not being different in sense, will be elucidated by an explanation of these. The sum of all is declared by Moses, who says that in the law are proposed “a blessing and a curse, life and death.” Now, they argue, either that this blessing becomes inefficacious and nugatory, or that justification is not by faith alone. We have already shown, how, if we adhere to the law, being destitute of every blessing, we are obnoxious to the curse which is denounced on all transgressors. For the Lord promises nothing, except to the perfect observers of his law, of which description not one can be found. The consequence then is, that all mankind are proved by the law to be obnoxious to the curse and wrath of God; in order to be saved from which, they need deliverance from the power of the law, and emancipation from its servitude; not a carnal liberty, which would seduce us from obedience to the law, invite to all kinds of licentiousness, break down the barriers of inordinate desire, and give the reins to every lawless passion; but a spiritual liberty, which will console and elevate a distressed and dejected conscience, showing it to be delivered from the curse and condemnation under which it was held by the law. This liberation from subjection to the law, and manumission, (if I may use the term,) we attain, when we apprehend by faith the mercy of God in Christ, by which we are assured of the remission of sins, by the sense of which the law penetrated us with compunction and remorse.
[…] (Sections II–X omises.)[…] (Sections II–X omitted.)
XI. Mais nos adversaires disent que nous avons encore plus de difficulté avec Jacques, puisqu’il nous contredit en termes exprès. Car il enseigne qu’« Abraham fut justifié par les œuvres », et que nous sommes tous « justifiés par les œuvres, et non par la foi seulement ». Quoi donc ? Mettront-ils Paul en controverse avec Jacques ? S’ils considèrent Jacques comme un ministre de Christ, ses déclarations doivent être entendues en quelque sens qui ne soit pas en désaccord avec Christ parlant par la bouche de Paul. L’Esprit affirme, par la bouche de Paul, qu’Abraham a obtenu la justice par la foi, non par les œuvres ; nous enseignons de même que nous sommes tous justifiés par la foi sans les œuvres de la loi. Le même Esprit affirme par Jacques que la justice d’Abraham comme la nôtre consiste dans les œuvres, et non dans la foi seulement. Que l’Esprit ne se contredise pas lui-même, c’est une vérité certaine. Mais quel accord peut-il y avoir entre ces deux affirmations apparemment opposées ? Nos adversaires seraient satisfaits s’ils pouvaient renverser entièrement la justice de la foi, que nous voulons voir fermement établie ; mais de procurer la tranquillité à la conscience troublée, ils se soucient fort peu. De là nous voyons qu’ils combattent la doctrine de la justification par la foi, mais sans fixer en même temps aucune règle certaine de justice dont la conscience puisse être satisfaite. Qu’ils triomphent donc à leur gré, s’ils ne peuvent se vanter d’autre victoire que d’avoir ôté toute certitude de justice. Et cette misérable victoire, ils l’obtiendront en effet là où, après avoir éteint la lumière de la vérité, le Seigneur leur permet de répandre les ténèbres de l’erreur. Mais partout où la vérité de Dieu demeure, ils ne prévaudront pas. Je nie donc que l’affirmation de Jacques, qu’ils nous opposent comme un bouclier impénétrable, leur apporte le moindre appui. Pour le montrer, nous examinerons d’abord le dessein de l’apôtre, puis nous remarquerons en quoi ils se trompent. Parce qu’il y avait en ce temps-là beaucoup de gens, et l’Église est perpétuellement infestée de pareils caractères, qui, en négligeant et en omettant les devoirs propres des croyants, trahissaient manifestement leur réelle infidélité, tout en continuant à se glorifier de la fausse apparence de la foi, Jacques expose ici la folle confiance de ces personnes. Son dessein n’est donc pas de diminuer en rien la vertu de la vraie foi, mais de montrer la folie de ces frivoles qui se contentaient de s’attribuer sa vaine image et s’abandonnaient sans souci à tous les vices. Cela posé, il sera facile de découvrir où est l’erreur de nos adversaires. Car ils tombent dans deux sophismes : l’un touchant le mot « foi », l’autre touchant le mot « justification ». Quand l’apôtre donne le nom de foi à une notion vaine, fort différente de la vraie foi, c’est une concession qui ne retranche rien à l’argument ; il le montre dès le commencement par ces paroles : « Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? » Il ne dit pas : si quelqu’un a la foi sans les œuvres ; mais : si quelqu’un se vante de l’avoir. Il parle plus clairement encore peu après, où il la tourne en dérision en la représentant comme pire que la connaissance des démons ; et enfin, lorsqu’il l’appelle morte. Mais son sens peut être suffisamment compris par la définition qu’il donne : « Tu crois, dit-il, qu’il y a un seul Dieu. » En vérité, si ce credo ne contient rien d’autre que la croyance en l’existence divine, il n’est nullement surprenant qu’il soit insuffisant pour la justification. Et il ne faut pas supposer que cette négation porte atteinte à la foi chrétienne, dont la nature est fort différente. Car comment la vraie foi justifie-t-elle, sinon en nous unissant à Christ, afin qu’étant faits un avec lui nous participions à sa justice ? Elle ne nous justifie donc pas en atteignant la connaissance de l’existence de Dieu, mais en s’appuyant sur la certitude de sa miséricorde.XI. But our adversaries say that we have yet more difficulty with James, since he contradicts us in express terms. For he teaches, that “Abraham was justified by works,” and that we are all “justified by works, and not by faith only.” What then? Will they draw Paul into a controversy with James? If they consider James as a minister of Christ, his declarations must be understood in some sense not at variance with Christ when speaking by the mouth of Paul. The Spirit asserts, by the mouth of Paul, that Abraham obtained righteousness by faith, not by works; we likewise teach, that we are all justified by faith without the works of the law. The same Spirit affirms by James, that both Abraham’s righteousness and ours consists in works, and not in faith only. That the Spirit is not inconsistent with himself is a certain truth. But what harmony can there be between these two apparently opposite assertions? Our adversaries would be satisfied, if they could totally subvert the righteousness of faith, which we wish to be firmly established; but to afford tranquillity to the disturbed conscience, they feel very little concern. Hence we perceive, that they oppose the doctrine of justification by faith, but at the same time fix no certain rule of righteousness, by which the conscience may be satisfied. Let them triumph then as they please, if they can boast no other victory but that of having removed all certainty of righteousness. And this miserable victory, indeed, they will obtain, where, after having extinguished the light of truth, they are permitted by the Lord to spread the shades of error. But, wherever the truth of God remains, they will not prevail. I deny, therefore, that the assertion of James, which they hold up against us as an impenetrable shield, affords them the least support. To evince this, we shall first examine the scope of the apostle, and then remark wherein they are deceived. Because there were many persons at that time, and the Church is perpetually infested with similar characters, who, by neglecting and omitting the proper duties of believers, manifestly betrayed their real infidelity, while they continued to glory in the false pretence of faith, James here exposes the foolish confidence of such persons. It is not his design, then, to diminish, in any respect, the virtue of true faith, but to show the folly of these triflers, who were content with arrogating to themselves the vain image of it, and securely abandoned themselves to every vice. This statement being premised, it will be easy to discover where lies the error of our adversaries. For they fall into two fallacies; one respecting the word “faith,” the other respecting the word “justification.” When the apostle gives the appellation of faith to a vain notion, widely different from true faith, it is a concession which derogates nothing from the argument; this he shows from the beginning in these words: “What doth it profit, my brethren, though a man say he hath faith, and have not works?” He does not say, If any one have faith without works; but, If any one boast of having it. He speaks still more plainly just after, where he ridicules it by representing it as worse than the knowledge of devils; and lastly, when he calls it dead. But his meaning may be sufficiently understood from the definition he gives: “Thou believest,” says he, “that there is one God.” Indeed, if nothing be contained in this creed but a belief of the Divine existence, it is not at all surprising that it is inadequate to justification. And we must not suppose this denial to be derogatory to Christian faith, the nature of which is widely different. For how does true faith justify, but by uniting us to Christ, that, being made one with him, we may participate his righteousness? It does not, therefore, justify us, by attaining a knowledge of God’s existence, but by a reliance on the certainty of his mercy.
XII. Mais nous n’aurons pas saisi tout le dessein de l’apôtre tant que nous n’aurons pas exposé l’autre sophisme ; car il attribue la justification en partie aux œuvres. Si nous voulons mettre Jacques d’accord avec le reste des Écritures, et même avec lui-même, nous devons entendre le mot « justifier » dans un sens différent de celui où Paul l’emploie. Car, selon Paul, nous sommes dits justifiés lorsque le souvenir de notre injustice est effacé et que nous sommes tenus pour justes. Si Jacques avait fait allusion à cela, il aurait été absurde de sa part de citer ce passage de Moïse : « Abraham crut à Dieu », etc. Car il l’introduit de la manière suivante : Abraham obtint la justice par les œuvres, parce qu’il n’hésita pas à sacrifier son fils sur l’ordre de Dieu ; et ainsi s’accomplit l’Écriture qui dit : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. S’il est absurde qu’un effet précède sa cause, ou bien Moïse affirme faussement en cet endroit que la foi d’Abraham lui fut imputée à justice, ou bien Abraham n’obtint pas la justice par son obéissance, manifestée dans l’offrande de son fils. Abraham fut justifié par la foi alors qu’Ismaël, qui parvint à l’adolescence avant la naissance d’Isaac, n’était pas encore conçu. Comment donc pouvons-nous attribuer sa justification à un acte d’obéissance accompli si longtemps après ? C’est pourquoi, ou bien Jacques a renversé à tort l’ordre des événements (ce qu’il n’est pas permis d’imaginer), ou bien, en disant qu’Abraham fut justifié, il n’a pas voulu dire que le patriarche mérita d’être tenu pour juste. Quel était donc son sens ? Il paraît évidemment parler d’une déclaration de la justice devant les hommes, et non d’une imputation de celle-ci devant Dieu ; comme s’il avait dit : ceux qui sont justifiés par la vraie foi prouvent leur justification, non par une ressemblance stérile et imaginaire de la foi, mais par l’obéissance et les bonnes œuvres. En un mot, il ne dispute pas de la manière de la justification, mais il exige des croyants une justice manifestée par les bonnes œuvres. Et comme Paul soutient la justification indépendamment des œuvres, ainsi Jacques ne permet pas que soient tenus pour justes ceux qui sont dépourvus de bonnes œuvres. La considération de ce but nous tirera de toute difficulté. Car l’erreur principale de nos adversaires consiste à supposer que Jacques décrit la manière de la justification, tandis qu’il s’efforce seulement de détruire la sécurité corrompue de ceux qui font de vaines prétentions à la foi pour excuser leur mépris des bonnes œuvres. En quelque forme donc qu’ils tordent les paroles de Jacques, ils n’en arracheront que ces deux vérités : qu’une vaine notion de la foi ne peut justifier, et que les fidèles, non contents d’une telle imagination, manifestent leur justice par leurs bonnes œuvres.XII. But we shall not have ascertained the whole scope of the apostle, till we have exposed the other fallacy; for he attributes justification partly to works. If we wish to make James consistent with the rest of the Scriptures, and even with himself, we must understand the word “justify” in a different signification from that in which it is used by Paul. For we are said by Paul to be justified, when the memory of our unrighteousness is obliterated, and we are accounted righteous. If James had alluded to this, it would have been preposterous for him to make that quotation from Moses: “Abraham believed God,” &c. For he introduces it in the following manner: Abraham obtained righteousness by works, because he hesitated not to sacrifice his son at the command of God. And thus was the Scripture fulfilled, which saith, Abraham believed God, and it was imputed unto him for righteousness. If an effect antecedent to its cause be an absurdity, either Moses falsely asserts in that place, that Abraham’s faith was imputed to him for righteousness, or Abraham did not obtain righteousness by his obedience, displayed in the oblation of his son. Abraham was justified by faith, while Ishmael, who arrived at adolescence before the birth of Isaac, was not yet conceived. How, then, can we ascribe his justification to an act of obedience performed so long after? Wherefore, either James improperly inverted the order of events, (which it is unlawful to imagine,) or, by saying that Abraham was justified, he did not mean that the patriarch deserved to be accounted righteous. What, then, was his meaning? He evidently appears to speak of a declaration of righteousness before men, and not of an imputation of it in the sight of God; as though he had said, They who are justified by true faith, prove their justification, not by a barren and imaginary resemblance of faith, but by obedience and good works. In a word, he is not disputing concerning the method of justification, but requiring of believers a righteousness manifested in good works. And as Paul contends for justification independent of works, so James will not allow those to be accounted righteous, who are destitute of good works. The consideration of this object will extricate us from every difficulty. For the principal mistake of our adversaries consists in supposing, that James describes the method of justification, while he only endeavours to destroy the corrupt security of those who make vain pretences to faith, in order to excuse their contempt of good works. Into whatever forms, therefore, they pervert the words of James, they will extort nothing but these two truths—that a vain notion of faith cannot justify; and that the faithful, not content with such an imagination, manifest their righteousness by their good works.
[…] (Sections XIII–XV omises.)[…] (Sections XIII–XV omitted.)
4. La source de la libre miséricorde : l’élection4. The Fountain of Free Mercy: Election
Jean Calvin, Institutes of the Christian Religion (édition latine définitive, 1559 ; traduction anglaise de John Allen, 1813, édition de la Presbyterian Board of Publication ; Projet Gutenberg n° 64392), Livre III, chapitre XXI, sections I–II, V et VII (sections III–IV et VI omises) ; chapitre XXII, sections I et X (sections II–IX et XI omises) ; chapitre XXIII, sections I, VIII et XII (sections II–VII, IX–XI et XIII–XIV omises) : la définition calvinienne de la prédestination, les limites qu’il impose à la curiosité, sa démonstration que l’élection est gratuite et non fondée sur des mérites prévus, et ses réponses aux objections sur l’appel universel, la volonté et la permission de Dieu, et la vie sainte. Source primaire ; traduction du Séminaire théologique de Chapala (ébauche assistée par machine) à partir de l’anglais d’Allen. Les interprétations sont celles de l’auteur.John Calvin, Institutes of the Christian Religion (final Latin edition, 1559; English translation by John Allen, 1813, Presbyterian Board of Publication edition; Project Gutenberg #64392), Book III, chapter XXI, sections I–II, V and VII (sections III–IV and VI omitted); chapter XXII, sections I and X (sections II–IX and XI omitted); chapter XXIII, sections I, VIII and XII (sections II–VII, IX–XI and XIII–XIV omitted): Calvin’s definition of predestination, the limits he sets on curiosity, his case that election is free and not based on foreseen merit, and his answers to objections about the universal call, God’s will and permission, and holy living. Primary source; the interpretations are the author’s.
Note du STC : Calvin traite de l’élection à la fin du livre III, après la foi, la vie chrétienne et la justification, et il la présente comme une doctrine de consolation et d’humilité : notre salut découle de la seule libre miséricorde de Dieu. Sa définition se trouve au chapitre XXI, section V ; son résumé, qui comprend à la fois l’élection et la réprobation (le fait de « laisser de côté », ou prétérition, les autres), se trouve à la section VII. Il met en garde à plusieurs reprises contre la curiosité qui va au-delà de l’Écriture, et il insiste sur le fait que la cause de la condamnation est dans le péché humain, non en Dieu (chapitre XXIII, section VIII). « Manichéens », « pélagiens » et « épicuriens » sont des adversaires anciens qu’il nomme ; « le vulgaire » désigne les gens ordinaires. Des chrétiens d’autres traditions répondent autrement à cette question, avec un égal amour de l’Écriture. Les chrétiens arminiens et wesleyens enseignent que Dieu a choisi en Christ ceux dont il a prévu qu’ils croiraient, et que sa grâce prévenante rend capables de répondre tous ceux qui entendent l’Évangile. Les chrétiens luthériens affirment que l’élection au salut est entièrement de grâce, mais rejettent tout décret de réprobation, enseignant que ceux qui périssent le font par leur propre rejet de la grâce. Les étudiants doivent bien connaître l’argument de Calvin et présenter avec justesse ces autres positions.CTS note: Calvin treats election late in Book III, after faith, the Christian life and justification, and he presents it as a doctrine of comfort and humility: our salvation flows from God’s free mercy alone. His definition is in chapter XXI, section V; his summary, including both election and reprobation (the “passing over,” or preterition, of others), is in section VII. He warns repeatedly against curiosity that goes beyond Scripture, and he insists that the cause of condemnation lies in human sin, not in God (chapter XXIII, section VIII). “Manichæans,” “Pelagians” and “Epicureans” are ancient opponents he names; “the vulgar” means ordinary people. Christians in other traditions answer this question differently and with equal love for Scripture. Arminian and Wesleyan Christians teach that God chose in Christ those he foresaw would believe, and that his prevenient grace enables all who hear the gospel to respond. Lutheran Christians affirm that election to salvation is wholly of grace but deny any decree of reprobation, teaching that those who perish do so by their own rejection of grace. Students should know Calvin’s argument well and represent these other views fairly.
Livre III. Chapitre XXI. L’élection éternelle, ou prédestination de Dieu, des uns au salut et des autres à la perdition.Book III. Chapter XXI. Eternal Election, or God’s Predestination of Some to Salvation, and of Others to Destruction.
L’alliance de vie n’étant pas également prêchée à tous, et, parmi ceux à qui elle est prêchée, ne rencontrant pas toujours le même accueil, cette diversité découvre la merveilleuse profondeur du jugement divin. Et il ne faut pas douter que cette variété aussi ne suive, soumise à la décision de l’élection éternelle de Dieu. S’il résulte évidemment de la volonté divine que le salut soit gratuitement offert aux uns, et que les autres soient empêchés d’y parvenir, cela fait naître aussitôt des questions importantes et difficiles, qui ne peuvent recevoir d’autre explication que celle qui établit les esprits pieux dans ce qu’il faut recevoir touchant l’élection et la prédestination : question, au jugement de beaucoup, pleine de perplexité ; car ils ne trouvent rien de plus déraisonnable que, de la masse commune du genre humain, les uns soient prédestinés au salut et les autres à la perdition. Mais combien ils s’embarrassent sans raison, la suite de notre discours le fera voir. En outre, l’obscurité même qui excite une telle frayeur non seulement montre l’utilité de cette doctrine, mais prouve qu’elle produit un fruit très doux. Nous ne serons jamais clairement convaincus, comme nous devons l’être, que notre salut découle de la source de la libre miséricorde de Dieu, jusqu’à ce que nous connaissions son élection éternelle, qui met en lumière la grâce de Dieu par cette comparaison : il n’adopte pas indistinctement tous les hommes à l’espérance du salut, mais il donne aux uns ce qu’il refuse aux autres. L’ignorance de ce principe ôte évidemment à la gloire de Dieu et diminue la vraie humilité. Mais, selon Paul, ce qu’il est si nécessaire de connaître ne peut jamais être connu, si Dieu, sans aucun égard aux œuvres, ne choisit ceux qu’il a décrétés. « De même aussi dans le temps présent il y a un reste, selon l’élection de la grâce. Or, si c’est par grâce, ce n’est plus par les œuvres ; autrement la grâce n’est plus une grâce. Et si c’est par les œuvres, ce n’est plus une grâce ; autrement l’œuvre n’est plus une œuvre. » S’il nous faut être ramenés à l’origine de l’élection pour prouver que nous n’obtenons le salut d’aucune autre source que de la pure bonté de Dieu, ceux qui désirent éteindre ce principe font tout ce qu’ils peuvent pour obscurcir ce qui devrait être magnifiquement et hautement célébré, et pour arracher l’humilité jusqu’à la racine. En attribuant le salut du reste du peuple à l’élection de la grâce, Paul témoigne clairement que c’est alors seulement qu’on connaît que Dieu sauve qui il veut par son pur bon plaisir, et qu’il ne dispense pas une récompense à laquelle nul ne peut prétendre. Ceux qui ferment les portes pour empêcher que personne n’ose approcher et goûter cette doctrine ne font pas moins de tort à l’homme qu’à Dieu ; car rien d’autre ne suffira pour produire en nous l’humilité qui convient, ni pour nous pénétrer d’un juste sentiment de nos grandes obligations envers Dieu. Et il n’y a pas d’autre base pour une confiance solide, même selon l’autorité de Christ, qui, pour nous délivrer de toute crainte et nous rendre invincibles au milieu de tant de dangers, d’embûches et de combats mortels, promet de garder en sûreté tous ceux que le Père a confiés à ses soins. D’où nous concluons que ceux qui ne se savent pas le peuple particulier de Dieu seront tourmentés d’une anxiété continuelle ; et, par conséquent, que l’intérêt de tous les croyants, aussi bien que le leur propre, est fort mal servi par ceux qui, aveugles aux trois avantages que nous avons remarqués, voudraient ôter entièrement le fondement de notre salut. Et de là l’Église apparaît à nos yeux, elle qui autrement, comme l’observe justement Bernard, ne pourrait être ni découverte ni reconnue parmi les créatures, étant à deux égards merveilleusement cachée : dans le sein d’une bienheureuse prédestination et dans la masse d’une misérable damnation. Mais, avant d’entrer dans le sujet lui-même, je dois adresser quelques observations préliminaires à deux sortes de personnes. La discussion de la prédestination, sujet de soi assez épineux, est rendue très embrouillée, et donc dangereuse, par la curiosité humaine, qu’aucune barrière ne peut empêcher d’errer dans des labyrinthes interdits et de s’élever au-delà de sa sphère, comme résolue à ne laisser aucun des secrets divins sans l’examiner ni l’explorer. Comme nous voyons partout une multitude de gens coupables de cette arrogance et de cette présomption, et parmi eux quelques-uns qui ne sont pas répréhensibles à d’autres égards, il convient de les avertir des bornes de leur devoir en ce sujet. Premièrement donc, qu’ils se souviennent que, lorsqu’ils s’enquièrent de la prédestination, ils pénètrent dans les plus intimes retraites de la sagesse divine, où l’intrus négligent et présomptueux n’obtiendra aucune satisfaction pour sa curiosité, mais entrera dans un labyrinthe dont il ne trouvera pas d’issue. Car il n’est pas raisonnable que l’homme sonde impunément les choses que le Seigneur a résolu de tenir cachées en lui-même, et qu’il recherche, même depuis l’éternité, cette sublimité de sagesse que Dieu veut que nous adorions et non que nous comprenions, pour accroître notre admiration de sa gloire. Les secrets de sa volonté qu’il a résolu de nous révéler, il les découvre dans sa parole ; et ce sont tous ceux qu’il a prévu devoir nous concerner ou servir à notre avantage.The covenant of life not being equally preached to all, and among those to whom it is preached not always finding the same reception, this diversity discovers the wonderful depth of the Divine judgment. Nor is it to be doubted that this variety also follows, subject to the decision of God’s eternal election. If it be evidently the result of the Divine will, that salvation is freely offered to some, and others are prevented from attaining it,—this immediately gives rise to important and difficult questions, which are incapable of any other explication, than by the establishment of pious minds in what ought to be received concerning election and predestination—a question, in the opinion of many, full of perplexity; for they consider nothing more unreasonable, than that, of the common mass of mankind, some should be predestinated to salvation, and others to destruction. But how unreasonably they perplex themselves will afterwards appear from the sequel of our discourse. Besides, the very obscurity which excites such dread, not only displays the utility of this doctrine, but shows it to be productive of the most delightful benefit. We shall never be clearly convinced as we ought to be, that our salvation flows from the fountain of God’s free mercy, till we are acquainted with his eternal election, which illustrates the grace of God by this comparison, that he adopts not all promiscuously to the hope of salvation, but gives to some what he refuses to others. Ignorance of this principle evidently detracts from the Divine glory, and diminishes real humility. But according to Paul, what is so necessary to be known, never can be known, unless God, without any regard to works, chooses those whom he has decreed. “At this present time also, there is a remnant according to the election of grace. And if by grace, then it is no more of works; otherwise, grace is no more grace. But if it be of works, then it is no more grace; otherwise, work is no more work.” If we need to be recalled to the origin of election, to prove that we obtain salvation from no other source than the mere goodness of God, they who desire to extinguish this principle, do all they can to obscure what ought to be magnificently and loudly celebrated, and to pluck up humility by the roots. In ascribing the salvation of the remnant of the people to the election of grace, Paul clearly testifies, that it is then only known that God saves whom he will of his mere good pleasure, and does not dispense a reward to which there can be no claim. They who shut the gates to prevent any one from presuming to approach and taste this doctrine, do no less injury to man than to God; for nothing else will be sufficient to produce in us suitable humility, or to impress us with a due sense of our great obligations to God. Nor is there any other basis for solid confidence, even according to the authority of Christ, who, to deliver us from all fear, and render us invincible amidst so many dangers, snares, and deadly conflicts, promises to preserve in safety all whom the Father has committed to his care. Whence we infer, that they who know not themselves to be God’s peculiar people will be tortured with continual anxiety; and therefore, that the interest of all believers, as well as their own, is very badly consulted by those who, blind to the three advantages we have remarked, would wholly remove the foundation of our salvation. And hence the Church rises to our view, which otherwise, as Bernard justly observes, could neither be discovered nor recognized among creatures, being in two respects wonderfully concealed in the bosom of a blessed predestination, and in the mass of a miserable damnation. But before I enter on the subject itself, I must address some preliminary observations to two sorts of persons. The discussion of predestination—a subject of itself rather intricate—is made very perplexed, and therefore dangerous, by human curiosity, which no barriers can restrain from wandering into forbidden labyrinths, and soaring beyond its sphere, as if determined to leave none of the Divine secrets unscrutinized or unexplored. As we see multitudes every where guilty of this arrogance and presumption, and among them some who are not censurable in other respects, it is proper to admonish them of the bounds of their duty on this subject. First, then, let them remember that when they inquire into predestination, they penetrate the inmost recesses of Divine wisdom, where the careless and confident intruder will obtain no satisfaction to his curiosity, but will enter a labyrinth from which he will find no way to depart. For it is unreasonable that man should scrutinize with impunity those things which the Lord has determined to be hidden in himself; and investigate, even from eternity, that sublimity of wisdom which God would have us to adore and not comprehend, to promote our admiration of his glory. The secrets of his will which he determined to reveal to us, he discovers in his word; and these are all that he foresaw would concern us or conduce to our advantage.
II. « Nous sommes entrés dans le chemin de la foi, dit Augustin ; poursuivons-le avec constance. Il conduit au palais du roi, dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science. Car le Seigneur Christ lui-même n’a point été avare envers ses grands et très excellents disciples, lorsqu’il a dit : “J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant.” Il nous faut marcher, il nous faut avancer, il nous faut croître, afin que nos cœurs puissent comprendre les choses dont nous sommes à présent incapables. Si le dernier jour nous trouve en progrès, nous apprendrons alors ce que nous n’avons jamais pu apprendre dans l’état présent. » Si seulement nous considérons que la parole du Seigneur est le seul chemin qui nous conduise à la recherche de tout ce qu’il faut croire de lui, et la seule lumière qui nous éclaire pour contempler tout ce qu’il faut voir de lui, cette considération nous retiendra et nous préservera aisément de toute présomption. Car nous saurons que, lorsque nous aurons dépassé les limites de la parole, nous nous engagerons dans une route détournée et ténébreuse, où les erreurs, les glissades et les chutes seront souvent inévitables. Souvenons-nous donc, en premier lieu, que désirer de la prédestination une autre connaissance que celle qui est déployée dans la parole de Dieu marque une aussi grande folie que de vouloir marcher par des chemins impraticables ou voir dans les ténèbres. Et n’ayons pas honte d’ignorer certaines choses touchant un sujet où il y a une sorte d’ignorance savante. Abstenons-nous plutôt avec joie de la recherche d’une connaissance dont la prétention est folle, dangereuse et même mortelle. Mais si nous sommes poussés par l’intempérance de l’intelligence, nous devons lui opposer une réflexion propre à la réprimer : que, comme « il n’est pas bon de manger beaucoup de miel, ainsi rechercher sa propre gloire n’est pas une gloire ». Car il y a là de quoi nous détourner de cette présomption, qui ne peut que nous précipiter dans la ruine.II. “We are come into the way of faith,” says Augustine; “let us constantly pursue it. It conducts into the king’s palace, in which are hidden all the treasures of wisdom and knowledge. For the Lord Christ himself envied not his great and most select disciples when he said, ‘I have many things to say unto you, but ye cannot bear them now.’ We must walk, we must improve, we must grow, that our hearts may be able to understand those things of which we are at present incapable. If the last day finds us improving, we shall then learn what we never could learn in the present state.” If we only consider that the word of the Lord is the only way to lead us to an investigation of all that ought to be believed concerning him, and the only light to enlighten us to behold all that ought to be seen of him, this consideration will easily restrain and preserve us from all presumption. For we shall know that when we have exceeded the limits of the word, we shall get into a devious and darksome course, in which errors, slips, and falls, will often be inevitable. Let us, then, in the first place, bear in mind, that to desire any other knowledge of predestination than what is unfolded in the word of God, indicates as great folly, as a wish to walk through unpassable roads, or to see in the dark. Nor let us be ashamed to be ignorant of some things relative to a subject in which there is a kind of learned ignorance. Rather let us abstain with cheerfulness from the pursuit of that knowledge, the affectation of which is foolish, dangerous, and even fatal. But if we are stimulated by the wantonness of intellect, we must oppose it with a reflection calculated to repress it, that as “it is not good to eat much honey, so for men to search their own glory, is not glory.” For there is sufficient to deter us from that presumption, which can only precipitate us into ruin.
[…] (Sections III–IV omises.)[…] (Sections III–IV omitted.)
V. La prédestination, par laquelle Dieu adopte les uns à l’espérance de la vie et adjuge les autres à la mort éternelle, nul qui désire être estimé pieux n’ose la nier absolument. Mais on l’enveloppe de beaucoup de chicanes, surtout ceux qui font de la prescience sa cause. Nous soutenons que l’une et l’autre appartiennent à Dieu ; mais il est absurde de représenter l’une comme dépendante de l’autre. Quand nous attribuons la prescience à Dieu, nous entendons que toutes choses ont toujours été et demeurent perpétuellement devant ses yeux, en sorte que pour sa connaissance rien n’est futur ni passé, mais que toutes choses sont présentes ; et présentes de telle manière qu’il ne les conçoit pas seulement par des idées formées dans son esprit, comme les choses dont nous nous souvenons paraissent présentes à notre esprit, mais qu’il les regarde et les voit réellement comme si elles étaient effectivement placées devant lui. Et cette prescience s’étend au monde entier et à toutes les créatures. Nous appelons prédestination le décret éternel de Dieu par lequel il a déterminé en lui-même ce qu’il veut qu’il advienne de chaque homme. Car ils ne sont pas tous créés pour une semblable destinée ; mais la vie éternelle est préordonnée pour les uns, et la damnation éternelle pour les autres. Chaque homme étant donc créé pour l’une ou l’autre de ces fins, nous disons qu’il est prédestiné ou à la vie ou à la mort. Cela, Dieu ne l’a pas seulement attesté en des personnes particulières, mais il en a donné un exemple dans toute la postérité d’Abraham, qui devait montrer évidemment que la condition future de chaque nation dépend de sa décision. « Quand le Très-Haut donna un héritage aux nations, quand il sépara les enfants d’Adam, la portion du Seigneur, c’est son peuple ; Jacob est la part de son héritage. » La séparation est devant les yeux de tous : en la personne d’Abraham, comme dans le tronc sec d’un arbre, un peuple est particulièrement choisi, les autres étant rejetés ; il n’en apparaît aucune raison, sinon que Moïse, pour ôter à leur postérité toute occasion de se glorifier, leur enseigne que leur élévation vient entièrement de l’amour gratuit de Dieu. Il donne cette raison de leur délivrance : « il a aimé tes pères et il a choisi leur postérité après eux ». Plus pleinement dans un autre chapitre : « Ce n’est point parce que vous surpassez en nombre tous les peuples que le Seigneur s’est attaché à vous et qu’il vous a choisis, mais parce que le Seigneur vous aime. » Il répète souvent le même avertissement : « Voici, au Seigneur ton Dieu appartiennent les cieux, la terre et tout ce qu’elle renferme. Et c’est à tes pères seulement que le Seigneur s’est attaché pour les aimer, et il a choisi leur postérité après eux. » Ailleurs, la sanctification leur est enjointe, parce qu’ils ont été choisis pour être un peuple particulier. Et encore ailleurs, l’amour est affirmé être la cause de leur protection. La voix unanime des fidèles le déclare : « Il nous a choisi notre héritage, la gloire de Jacob qu’il aime. » Car les dons que Dieu leur a conférés, tous les attribuent à l’amour gratuit, non seulement parce qu’ils ont conscience de ne les avoir obtenus par aucun mérite de leur part, mais parce qu’ils sont convaincus que le saint patriarche lui-même n’était pas doué d’une telle excellence qu’il pût acquérir le privilège d’un si grand honneur pour lui et pour sa postérité. Et, pour abattre plus efficacement tout orgueil, il leur reproche de n’avoir mérité aucune faveur, étant « un peuple au cou raide et rebelle ». Les prophètes aussi reprochent souvent aux Juifs, par la mention importune de cette élection, de s’en être honteusement détournés. Qu’ils viennent donc maintenant, ceux qui veulent restreindre l’élection de Dieu au mérite des hommes ou au mérite des œuvres. Quand ils voient une nation préférée à toutes les autres, quand ils entendent que Dieu n’avait aucun motif d’être plus favorable à un peuple petit, sans noblesse, et même désobéissant et obstiné, lui chercheront-ils querelle parce qu’il a voulu donner un tel exemple de miséricorde ? Mais leurs clameurs bruyantes n’empêcheront pas son œuvre, et les reproches qu’ils lancent contre le ciel ne blesseront ni n’atteindront sa justice ; ils retomberont plutôt sur leurs propres têtes. À ce principe de l’alliance de grâce les Israélites sont aussi ramenés toutes les fois qu’il faut rendre grâces à Dieu ou relever leurs espérances pour l’avenir. « C’est lui qui nous a faits, et non pas nous, dit le psalmiste ; nous sommes son peuple et le troupeau de son pâturage. » Ce n’est pas sans raison que la négation est ajoutée, « et non pas nous », afin qu’ils sachent que de tous les bienfaits dont ils jouissent Dieu n’est pas seulement l’auteur, mais qu’il en a tiré la cause de lui-même, n’y ayant en eux rien qui méritât un si grand honneur. Il leur enjoint aussi de se contenter du pur bon plaisir de Dieu, en ces termes : « Postérité d’Abraham, son serviteur, enfants de Jacob, ses élus ! » Et après avoir énuméré les bienfaits continuels accordés par Dieu comme fruits de l’élection, il conclut enfin qu’il a agi avec une telle libéralité « parce qu’il s’est souvenu de son alliance ». En accord avec cette doctrine est le cantique de toute l’Église : « C’est ta droite, c’est ton bras, c’est la lumière de ta face qui ont donné le pays à nos pères, parce que tu les aimais. » Il faut observer que, là où il est fait mention du pays, c’est un symbole visible de la séparation secrète, qui comprend l’adoption. David, ailleurs, exhorte le peuple à la même reconnaissance : « Heureuse la nation dont le Seigneur est le Dieu, le peuple qu’il s’est choisi pour héritage ! » Samuel anime à une bonne espérance : « Le Seigneur n’abandonnera pas son peuple, à cause de son grand nom, car le Seigneur a résolu de faire de vous son peuple. » David, lorsque sa foi est assaillie, s’arme ainsi pour le combat : « Heureux celui que tu choisis et que tu admets en ta présence, pour qu’il habite dans tes parvis ! » Mais, puisque l’élection cachée en Dieu a été confirmée par la première délivrance, aussi bien que par la seconde et par d’autres bienfaits intermédiaires, le mot choisir lui est appliqué dans Ésaïe : « Le Seigneur aura pitié de Jacob, il choisira encore Israël » ; car, contemplant un temps à venir, il déclare que le rassemblement du reste du peuple, qu’il avait paru abandonner, serait le signe de l’élection stable et sûre, qui avait aussi semblé défaillir. Quand il dit aussi ailleurs : « Je t’ai choisi, et ne t’ai point rejeté », il recommande le cours continuel de sa libéralité insigne et de sa bienveillance paternelle. L’ange, dans Zacharie, parle plus clairement : « Le Seigneur choisira encore Jérusalem » ; comme si son châtiment sévère avait été un rejet, ou leur exil une interruption de l’élection ; laquelle cependant demeure inviolable, bien que ses signes ne soient pas toujours visibles.V. Predestination, by which God adopts some to the hope of life, and adjudges others to eternal death, no one, desirous of the credit of piety, dares absolutely to deny. But it is involved in many cavils, especially by those who make foreknowledge the cause of it. We maintain, that both belong to God; but it is preposterous to represent one as dependent on the other. When we attribute foreknowledge to God, we mean that all things have ever been, and perpetually remain, before his eyes, so that to his knowledge nothing is future or past, but all things are present; and present in such a manner, that he does not merely conceive of them from ideas formed in his mind, as things remembered by us appear present to our minds, but really beholds and sees them as if actually placed before him. And this foreknowledge extends to the whole world, and to all the creatures. Predestination we call the eternal decree of God, by which he has determined in himself, what he would have to become of every individual of mankind. For they are not all created with a similar destiny; but eternal life is fore-ordained for some, and eternal damnation for others. Every man, therefore, being created for one or the other of these ends, we say, he is predestinated either to life or to death. This God has not only testified in particular persons, but has given a specimen of it in the whole posterity of Abraham, which should evidently show the future condition of every nation to depend upon his decision. “When the Most High divided the nations, when he separated the sons of Adam, the Lord’s portion was his people; Jacob was the lot of his inheritance.” The separation is before the eyes of all: in the person of Abraham, as in the dry trunk of a tree, one people is peculiarly chosen to the rejection of others: no reason for this appears, except that Moses, to deprive their posterity of all occasion of glorying, teaches them that their exaltation is wholly from God’s gratuitous love. He assigns this reason for their deliverance, that “he loved their fathers, and chose their seed after them.” More fully in another chapter: “The Lord did not set his love upon you, nor choose you, because you were more in number than any people; but because the Lord loved you.” He frequently repeats the same admonition: “Behold, the heaven is the Lord’s thy God, the earth also, with all that therein is. Only the Lord had a delight in thy fathers to love them, and he chose their seed after them.” In another place, sanctification is enjoined upon them, because they were chosen to be a peculiar people. And again, elsewhere, love is asserted to be the cause of their protection. It is declared by the united voice of the faithful, “He hath chosen our inheritance for us, the excellency of Jacob, whom he loved.” For the gifts conferred on them by God, they all ascribe to gratuitous love, not only from a consciousness that these were not obtained by any merit of theirs, but from a conviction, that the holy patriarch himself was not endued with such excellence as to acquire the privilege of so great an honour for himself and his posterity. And the more effectually to demolish all pride, he reproaches them with having deserved no favour, being “a stiff-necked and rebellious people.” The prophets also frequently reproach the Jews with the unwelcome mention of this election, because they had shamefully departed from it. Let them, however, now come forward, who wish to restrict the election of God to the desert of men, or the merit of works. When they see one nation preferred to all others,—when they hear that God had no inducement to be more favourable to a few, and ignoble, and even disobedient and obstinate people,—will they quarrel with him because he has chosen to give such an example of mercy? But their obstreperous clamours will not impede his work, nor will the reproaches they hurl against Heaven, injure or affect his justice; they will rather recoil upon their own heads. To this principle of the gracious covenant, the Israelites are also recalled whenever thanks are to be rendered to God, or their hopes are to be raised for futurity. “He hath made us, and not we ourselves,” says the Psalmist: “we are his people, and the sheep of his pasture.” It is not without reason that the negation is added, “not we ourselves,” that they may know that of all the benefits they enjoy, God is not only the Author, but derived the cause from himself, there being nothing in them deserving of such great honour. He also enjoins them to be content with the mere good pleasure of God, in these words: “O ye seed of Abraham his servant, ye children of Jacob his chosen.” And after having recounted the continual benefits bestowed by God as fruits of election, he at length concludes that he had acted with such liberality, “because he remembered his covenant.” Consistent with this doctrine is the song of the whole Church: “Thy right hand, and thine arm, and the light of thy countenance, gave our fathers the land, because thou hadst a favour unto them.” It must be observed that where mention is made of the land, it is a visible symbol of the secret separation, which comprehends adoption. David, in another place, exhorts the people to the same gratitude: “Blessed is the nation whose God is the Lord; and the people whom he hath chosen for his own inheritance.” Samuel animates to a good hope: “The Lord will not forsake his people, for his great name’s sake; because it hath pleased the Lord to make you his people.” David, when his faith is assailed, thus arms himself for the conflict: “Blessed is the man whom thou choosest, and causest to approach unto thee; he shall dwell in thy courts.” But since the election hidden in God has been confirmed by the first deliverance, as well as by the second and other intermediate blessings, the word choose is transferred to it in Isaiah: “The Lord will have mercy on Jacob, and will yet choose Israel;” because, contemplating a future period, he declares that the collection of the residue of the people, whom he had appeared to have forsaken, would be a sign of the stable and sure election, which had likewise seemed to fail. When he says also, in another place, “I have chosen thee, and not cast thee away,” he commends the continual course of his signal liberality and paternal benevolence. The angel, in Zechariah, speaks more plainly: “The Lord shall choose Jerusalem again;” as though his severe chastisement had been a rejection, or their exile had been an interruption of election; which, nevertheless, remains inviolable, though the tokens of it are not always visible.
[…] (Section VI omise.)[…] (Section VI omitted.)
VII. Bien qu’il soit assez clair que Dieu, dans son conseil secret, choisit librement qui il veut et rejette les autres, son élection gratuite n’est montrée qu’à moitié tant que nous n’en venons pas aux personnes particulières, auxquelles Dieu non seulement offre le salut, mais l’assigne de telle manière que la certitude de l’effet n’est sujette à aucune suspension ni à aucun doute. Celles-ci sont comprises dans cette unique semence dont parle Paul ; car, bien que l’adoption ait été déposée dans la main d’Abraham, beaucoup de sa postérité ayant été retranchés comme des membres pourris, il est nécessaire, pour maintenir l’efficace et la stabilité de l’élection, de remonter jusqu’au chef, en qui leur Père céleste a lié ses élus les uns aux autres et les a unis à lui-même par un lien indissoluble. Ainsi l’adoption de la famille d’Abraham a manifesté la faveur de Dieu qu’il a refusée aux autres ; mais dans les membres de Christ paraît d’une manière éclatante l’efficace supérieure de la grâce ; parce que, étant unis à leur chef, ils ne manquent jamais le salut. Paul raisonne donc justement, à partir du passage de Malachie que je viens de citer, que, là où Dieu, introduisant l’alliance de la vie éternelle, appelle quelque peuple à lui, il y a une sorte particulière d’élection quant à une partie de ce peuple, en sorte qu’il ne choisit pas efficacement tous les hommes d’une grâce indistincte. La déclaration : « J’ai aimé Jacob », regarde toute la postérité du patriarche, que le prophète oppose là aux descendants d’Ésaü. Cela n’empêche pas cependant que nous ayons en la personne d’un individu un exemple de l’élection, qui ne peut jamais manquer d’atteindre son plein effet. Ceux qui appartiennent vraiment à Christ, Paul les appelle justement « un reste » ; car l’expérience prouve que, d’une grande multitude, la plupart se détournent et disparaissent, en sorte que souvent il n’en reste qu’une petite portion. Pourquoi l’élection générale d’un peuple n’est pas toujours efficace et permanente, la raison s’en présente aisément : quand Dieu fait alliance avec eux, il ne leur donne pas aussi l’esprit de régénération pour les rendre capables de persévérer dans l’alliance jusqu’à la fin ; mais l’appel extérieur, sans l’efficace intérieure de la grâce, qui suffirait à leur conservation, est une sorte de milieu entre le rejet de tout le genre humain et l’élection du petit nombre des croyants. Toute la nation d’Israël fut appelée « l’héritage de Dieu », bien que beaucoup d’entre eux lui fussent étrangers ; mais Dieu, ayant fermement fait alliance pour être leur Père et leur Rédempteur, regarde à cette faveur gratuite plutôt qu’à la défection de la multitude ; par laquelle sa vérité n’a pas été violée, parce qu’en conservant pour lui-même un certain reste il a rendu évident que son appel était sans repentance. Car si Dieu s’est rassemblé une Église, de temps en temps, parmi les enfants d’Abraham plutôt que parmi les nations profanes, c’était en considération de son alliance, laquelle, violée par la multitude, il a restreinte à un petit nombre, pour l’empêcher de faillir entièrement. Enfin, l’adoption générale de la semence d’Abraham était une représentation visible d’un plus grand bienfait, que Dieu a conféré à un petit nombre parmi la multitude. C’est la raison pour laquelle Paul distingue si soigneusement les descendants d’Abraham selon la chair de ses enfants spirituels appelés à l’exemple d’Isaac. Non que la simple descendance d’Abraham fût une chose vaine et inutile, ce qu’on ne pourrait affirmer sans déprécier l’alliance ; mais parce que, pour ces derniers seuls, le conseil immuable de Dieu, par lequel il a prédestiné qui il a voulu, était par lui-même efficace pour le salut. Mais je conseille à mes lecteurs de n’adopter aucun préjugé d’un côté ni de l’autre, jusqu’à ce qu’il apparaisse, par les passages de l’Écriture allégués, quel sentiment il faut avoir. Conformément donc à la claire doctrine de l’Écriture, nous affirmons que, par un conseil éternel et immuable, Dieu a une fois pour toutes déterminé à la fois ceux qu’il admettrait au salut et ceux qu’il condamnerait à la perdition. Nous affirmons que ce conseil, en ce qui concerne les élus, est fondé sur sa miséricorde gratuite, sans aucun égard au mérite humain ; mais que, pour ceux qu’il destine à la condamnation, la porte de la vie est fermée par un jugement juste et irrépréhensible, mais incompréhensible. Chez les élus, nous considérons la vocation comme une preuve de l’élection, et la justification comme un autre signe de sa manifestation, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la gloire, qui en constitue l’achèvement. Comme Dieu scelle ses élus par la vocation et la justification, de même, en excluant les réprouvés de la connaissance de son nom et de la sanctification de son Esprit, il donne une indication du jugement qui les attend. Je passerai ici sur bien des fictions forgées par des insensés pour renverser la prédestination. Il n’est pas nécessaire de réfuter des choses qui, dès qu’elles sont avancées, prouvent suffisamment leur propre fausseté. Je m’arrêterai seulement aux choses qui sont sujets de controverse parmi les savants, ou qui peuvent causer de la difficulté aux esprits simples, ou que l’impiété allègue avec quelque apparence pour flétrir la justice divine.VII. Though it is sufficiently clear, that God, in his secret counsel, freely chooses whom he will, and rejects others, his gratuitous election is but half displayed till we come to particular individuals, to whom God not only offers salvation, but assigns it in such a manner, that the certainty of the effect is liable to no suspense or doubt. These are included in that one seed mentioned by Paul; for though the adoption was deposited in the hand of Abraham, yet many of his posterity being cut off as putrid members, in order to maintain the efficacy and stability of election, it is necessary to ascend to the head, in whom their heavenly Father has bound his elect to each other, and united them to himself by an indissoluble bond. Thus the adoption of the family of Abraham displayed the favour of God, which he denied to others; but in the members of Christ there is a conspicuous exhibition of the superior efficacy of grace; because, being united to their head, they never fail of salvation. Paul, therefore, justly reasons from the passage of Malachi which I have just quoted, that where God, introducing the covenant of eternal life, invites any people to himself, there is a peculiar kind of election as to part of them, so that he does not efficaciously choose all with indiscriminate grace. The declaration, “Jacob have I loved,” respects the whole posterity of the patriarch, whom the prophet there opposes to the descendants of Esau. Yet this is no objection to our having in the person of one individual a specimen of the election, which can never fail of attaining its full effect. These, who truly belong to Christ, Paul correctly observes, are called “a remnant;” for experience proves, that of a great multitude the most part fall away and disappear, so that often only a small portion remains. That the general election of a people is not always effectual and permanent, a reason readily presents itself, because, when God covenants with them, he does not also give them the spirit of regeneration to enable them to persevere in the covenant to the end; but the external call, without the internal efficacy of grace, which would be sufficient for their preservation, is a kind of medium between the rejection of all mankind and the election of the small number of believers. The whole nation of Israel was called “God’s inheritance,” though many of them were strangers; but God, having firmly covenanted to be their Father and Redeemer, regards that gratuitous favour rather than the defection of multitudes; by whom his truth was not violated, because his preservation of a certain remnant to himself, made it evident that his calling was without repentance. For God’s collection of a Church for himself, from time to time, from the children of Abraham, rather than from the profane nations, was in consideration of his covenant, which, being violated by the multitude, he restricted to a few, to prevent its total failure. Lastly, the general adoption of the seed of Abraham was a visible representation of a greater blessing, which God conferred on a few out of the multitude. This is the reason that Paul so carefully distinguishes the descendants of Abraham according to the flesh, from his spiritual children called after the example of Isaac. Not that the mere descent from Abraham was a vain and unprofitable thing, which could not be asserted without depreciating the covenant; but because to the latter alone the immutable counsel of God, in which he predestinated whom he would, was of itself effectual to salvation. But I advise my readers to adopt no prejudice on either side, till it shall appear from adduced passages of Scripture what sentiments ought to be entertained. In conformity, therefore, to the clear doctrine of the Scripture, we assert, that by an eternal and immutable counsel, God has once for all determined, both whom he would admit to salvation, and whom he would condemn to destruction. We affirm that this counsel, as far as concerns the elect, is founded on his gratuitous mercy, totally irrespective of human merit; but that to those whom he devotes to condemnation, the gate of life is closed by a just and irreprehensible, but incomprehensible, judgment. In the elect, we consider calling as an evidence of election, and justification as another token of its manifestation, till they arrive in glory, which constitutes its completion. As God seals his elect by vocation and justification, so by excluding the reprobate from the knowledge of his name and the sanctification of his Spirit, he affords an indication of the judgment that awaits them. Here I shall pass over many fictions fabricated by foolish men to overthrow predestination. It is unnecessary to refute things which, as soon as they are advanced, sufficiently prove their own falsehood. I shall dwell only on those things which are subjects of controversy among the learned, or which may occasion difficulty to simple minds, or which impiety speciously pleads in order to stigmatize the Divine justice.
Livre III. Chapitre XXII. Témoignages de l’Écriture pour confirmer cette doctrine.Book III. Chapter XXII. Testimonies of Scripture in Confirmation of This Doctrine.
Toutes les positions que nous avons avancées sont contestées par beaucoup, surtout l’élection gratuite des croyants, qui néanmoins ne peut être ébranlée. C’est une opinion communément reçue que Dieu, prévoyant quels seraient les mérites respectifs de chacun, fait une distinction correspondante entre les différentes personnes ; qu’il adopte pour ses enfants ceux qu’il prévoit devoir être dignes de sa grâce, et voue à la damnation de la mort les autres, dont il voit que les dispositions seront enclines à la méchanceté et à l’impiété. Ainsi non seulement ils obscurcissent l’élection en la couvrant du voile de la prescience, mais ils prétendent qu’elle procède d’une autre cause. Et cette notion communément reçue n’est pas seulement l’opinion du vulgaire, car elle a eu de grands défenseurs dans tous les siècles ; ce que je confesse franchement, afin que personne ne se flatte de nuire à notre cause en nous opposant leurs noms. Car la vérité de Dieu sur ce point est trop certaine pour être ébranlée, trop claire pour être renversée par l’autorité des hommes. D’autres, qui ne connaissent pas l’Écriture et ne méritent aucune attention, s’opposent à la saine doctrine avec une présomption extrême et une effronterie intolérable. L’élection souveraine que Dieu fait des uns et la prétérition des autres, ils en font le sujet d’une accusation formelle contre lui. Mais si c’est là un fait connu, que gagneront-ils à chercher querelle à Dieu ? Nous n’enseignons rien que ce que l’expérience a prouvé : que Dieu a toujours été libre d’accorder sa grâce à qui il veut. Je ne rechercherai pas en quoi la postérité d’Abraham surpassait les autres nations, sinon par cette faveur dont la cause ne peut se trouver qu’en Dieu. Qu’ils répondent pourquoi ils sont hommes, et non bœufs ou ânes : alors qu’il était au pouvoir de Dieu de les créer chiens, il les a formés à sa propre image. Permettront-ils aux bêtes de faire des remontrances à Dieu sur leur condition, comme si la distinction était injuste ? Qu’ils jouissent d’un privilège qu’ils n’ont acquis par aucun mérite n’est certainement pas plus raisonnable que la distribution diverse que Dieu fait de ses faveurs selon la mesure de son jugement. S’ils passent aux personnes, où l’inégalité les choque davantage, l’exemple de Christ au moins devrait les détourner de discourir à la légère sur ce sublime mystère. Un homme mortel est conçu de la semence de David : au mérite de quelles vertus attribueront-ils qu’il ait été fait, dès le sein de sa mère, le Chef des anges, le Fils unique de Dieu, l’Image et la Gloire du Père, la Lumière, la Justice et le Salut du monde ? Augustin remarque judicieusement que dans le Chef même de l’Église se trouve l’exemple le plus éclatant de l’élection gratuite, afin qu’elle ne nous embarrasse pas dans les membres ; qu’il n’est pas devenu Fils de Dieu en menant une vie juste, mais qu’il a été gratuitement revêtu de ce haut honneur, afin de rendre ensuite d’autres participants des dons qui lui ont été conférés. Si quelqu’un demande pourquoi les autres ne sont pas tout ce qu’il a été, ou pourquoi nous sommes tous à une si grande distance de lui, pourquoi nous sommes tous corrompus et lui la pureté même, il montrera à la fois sa folie et son impudence. Mais s’ils persistent à vouloir priver Dieu du droit souverain de choisir et de rejeter, qu’ils ôtent aussi ce qui est donné à Christ. Or il importe d’être attentif à ce que l’Écriture déclare touchant chaque personne. L’affirmation de Paul, que nous avons été « élus en Christ avant la fondation du monde », exclut certainement toute considération de mérite en nous ; car c’est comme s’il avait dit : notre Père céleste, ne trouvant rien de digne de son choix dans toute la postérité d’Adam, a tourné ses regards vers son Christ, pour choisir de son corps des membres qu’il admettrait à la communion de la vie. Que les croyants se contentent donc de cette raison : que nous avons été adoptés en Christ pour l’héritage céleste, parce qu’en nous-mêmes nous étions incapables d’une si haute dignité. Il fait une remarque semblable ailleurs, où il exhorte les Colossiens à « rendre grâces au Père, qui les a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints ». Si l’élection précède cette grâce de Dieu qui nous rend capables d’obtenir la gloire de la vie à venir, que trouvera Dieu en nous qui le pousse à nous élire ? Un autre passage de cet apôtre exprimera plus clairement encore ma pensée. « Il nous a élus, dit-il, avant la fondation du monde, selon le bon plaisir de sa volonté, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui » ; où il oppose le bon plaisir de Dieu à tous nos mérites quels qu’ils soient.All the positions we have advanced are controverted by many, especially the gratuitous election of believers, which nevertheless cannot be shaken. It is a notion commonly entertained, that God, foreseeing what would be the respective merits of every individual, makes a correspondent distinction between different persons; that he adopts as his children such as he foreknows will be deserving of his grace, and devotes to the damnation of death others, whose dispositions he sees will be inclined to wickedness and impiety. Thus they not only obscure election by covering it with the veil of foreknowledge, but pretend that it originates in another cause. Nor is this commonly received notion the opinion of the vulgar only, for it has had great advocates in all ages; which I candidly confess, that no one may cherish a confidence of injuring our cause by opposing us with their names. For the truth of God on this point is too certain to be shaken, too clear to be overthrown by the authority of men. Others, neither acquainted with the Scripture, nor deserving of any attention, oppose the sound doctrine with extreme presumption and intolerable effrontery. God’s sovereign election of some, and preterition of others, they make the subject of formal accusation against him. But if this is the known fact, what will they gain by quarrelling with God? We teach nothing but what experience has proved, that God has always been at liberty to bestow his grace on whom he chooses. I will not inquire how the posterity of Abraham excelled other nations, unless it was by that favour, the cause of which can only be found in God. Let them answer why they are men, and not oxen or asses: when it was in God’s power to create them dogs, he formed them after his own image. Will they allow the brute animals to expostulate with God respecting their condition, as though the distinction were unjust? Their enjoyment of a privilege which they have acquired by no merits, is certainly no more reasonable than God’s various distribution of his favours according to the measure of his judgment. If they make a transition to persons where the inequality is more offensive to them, the example of Christ at least ought to deter them from carelessly prating concerning this sublime mystery. A mortal man is conceived of the seed of David: to the merit of what virtues will they ascribe his being made, even in the womb, the Head of angels, the only begotten Son of God, the Image and Glory of the Father, the Light, Righteousness, and Salvation of the world? It is judiciously remarked by Augustine, that there is the brightest example of gratuitous election in the Head of the Church himself, that it may not perplex us in the members; that he did not become the Son of God by leading a righteous life, but was gratuitously invested with this high honour, that he might afterwards render others partakers of the gifts bestowed upon him. If any one inquire, why others are not all that he was, or why we are all at such a vast distance from him,—why we are all corrupt, and he purity itself,—he will betray both folly and impudence. But if they persist in the wish to deprive God of the uncontrollable right of choosing and rejecting, let them also take away what is given to Christ. Now, it is of importance to attend to what the Scripture declares respecting every individual. Paul’s assertion, that we were “chosen in Christ before the foundation of the world,” certainly precludes any consideration of merit in us; for it is as though he had said, our heavenly Father, finding nothing worthy of his choice in all the posterity of Adam, turned his views towards his Christ, to choose members from his body whom he would admit to the fellowship of life. Let believers, then, be satisfied with this reason, that we were adopted in Christ to the heavenly inheritance, because in ourselves we were incapable of such high dignity. He has a similar remark in another place, where he exhorts the Colossians to “give thanks unto the Father, who had made them meet to be partakers of the inheritance of the saints.” If election precedes this grace of God, which makes us meet to obtain the glory of the life to come, what will God find in us to induce him to elect us? Another passage from this apostle will still more clearly express my meaning. “He hath chosen us,” he says, “before the foundation of the world, according to the good pleasure of his will, that we should be holy, and without blame before him;” where he opposes the good pleasure of God to all our merits whatsoever.
[…] (Sections II–IX omises.)[…] (Sections II–IX omitted.)
X. Quelques-uns objectent que Dieu sera en contradiction avec lui-même s’il invite universellement tous les hommes à venir à lui et ne reçoit qu’un petit nombre d’élus. Ainsi, selon eux, l’universalité des promesses détruit la distinction de la grâce spéciale ; et c’est là le langage de quelques hommes modérés, non tant pour étouffer la vérité que pour écarter les questions épineuses et réprimer la curiosité de beaucoup. Le but est louable, mais les moyens ne peuvent être approuvés ; car une échappatoire peu sincère ne peut jamais être excusée ; et chez ceux qui usent d’insulte et d’invective, c’est une chicane honteuse ou une erreur déshonorante. Comment l’Écriture concilie ces deux faits, que par la prédication extérieure tous sont appelés à la repentance et à la foi, et que cependant l’esprit de repentance et de foi n’est pas donné à tous, je l’ai exposé ailleurs, et j’aurai bientôt l’occasion de le répéter en partie. Ce qu’ils supposent, je le nie, comme faux à deux égards. Car celui qui menace une ville de sécheresse tandis qu’il fait pleuvoir sur une autre, et qui annonce à un autre lieu une famine de doctrine, ne s’impose aucune obligation positive d’appeler également tous les hommes. Et celui qui, défendant à Paul de prêcher la parole en Asie et ne lui permettant pas d’aller en Bithynie, l’appelle en Macédoine, démontre son droit de distribuer ce trésor à qui il lui plaît. Dans Ésaïe, il déclare plus pleinement encore qu’il destine les promesses du salut exclusivement aux élus ; car c’est d’eux seuls, et non indistinctement de tout le genre humain, qu’il déclare qu’ils seront ses disciples. D’où il apparaît que, lorsque la doctrine du salut est présentée comme offerte à tous pour leur profit effectif, c’est une profanation corrompue de ce qui est déclaré réservé particulièrement aux enfants de l’Église. Pour le moment, qu’il suffise que, bien que la voix de l’Évangile s’adresse à tous les hommes en général, le don de la foi soit accordé à peu. Ésaïe en donne la cause : « le bras du Seigneur » n’est pas « révélé » à tous. S’il avait dit que l’Évangile est méchamment et perversement méprisé parce que beaucoup refusent obstinément de l’entendre, il y aurait peut-être quelque couleur à cette notion de l’appel universel. Le dessein du prophète n’est pas d’atténuer la culpabilité des hommes lorsqu’il affirme que la source de l’aveuglement est que Dieu ne daigne pas leur révéler son bras ; il fait seulement entendre que c’est en vain que leurs oreilles sont frappées par la doctrine extérieure, parce que la foi est un don particulier. Je voudrais que ces docteurs m’apprennent si les hommes deviennent enfants de Dieu par la simple prédication ou par la foi. Assurément, quand Jean déclare que tous ceux qui croient au Fils unique de Dieu sont eux-mêmes faits enfants de Dieu, cela n’est pas dit de tous les auditeurs de la parole en une masse confuse, mais un rang particulier est assigné aux croyants, « lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu ». Mais, disent-ils, il y a un accord mutuel entre la foi et la parole. Il en est ainsi partout où il y a de la foi ; mais ce n’est pas chose nouvelle que la semence tombe parmi les épines ou dans les endroits pierreux ; non seulement parce que la plupart des hommes sont évidemment en rébellion actuelle contre Dieu, mais parce que tous ne sont pas doués d’yeux et d’oreilles. Où sera donc la cohérence de Dieu appelant à lui ceux qu’il sait ne devoir jamais venir ? Qu’Augustin réponde pour moi : « Veux-tu disputer avec moi ? Unis-toi plutôt à moi dans l’admiration, et écrie-toi : Ô profondeur ! Accordons-nous tous deux dans la crainte, de peur de périr dans l’erreur. » En outre, si l’élection est, comme Paul la représente, la mère de la foi, je retourne contre eux cet argument : la foi ne peut être générale, parce que l’élection est spéciale. Car de la liaison des causes et des effets on infère aisément, lorsque Paul dit : « Dieu nous a bénis de toute bénédiction spirituelle, selon qu’il nous a élus avant la fondation du monde », que par conséquent ces trésors ne sont pas communs à tous, parce que Dieu n’a choisi que ceux qu’il a voulu. C’est la raison pour laquelle il recommande ailleurs « la foi des élus de Dieu » ; afin que personne ne suppose acquérir la foi par quelque effort propre, mais que Dieu garde la gloire d’illuminer gratuitement les objets de son élection préalable. Car Bernard observe justement : « Les amis entendent chacun pour soi lorsqu’il leur dit : “Ne crains point, petit troupeau, car il vous est donné de connaître le mystère du royaume des cieux.” Qui sont-ils ? Assurément ceux qu’il a connus d’avance et prédestinés à être semblables à l’image de son Fils. Le grand et secret conseil a été révélé. Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent, mais ce qui était connu de Dieu est manifesté aux hommes. Et il ne favorise de la participation à un si grand mystère nuls autres que ces personnes particulières qu’il a connues d’avance et prédestinées à être siennes. » Un peu après il conclut : « La miséricorde de Dieu est d’éternité en éternité sur ceux qui le craignent ; d’éternité dans la prédestination, en éternité dans la béatification ; l’une ne connaissant point de commencement, l’autre point de fin. » Mais quelle nécessité y a-t-il de citer le témoignage de Bernard, puisque nous entendons de la bouche même du Maître que « nul n’a vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu » ; ce qui implique que tous ceux qui ne sont pas régénérés par Dieu sont éblouis par l’éclat de sa face ? La foi, certes, est proprement liée à l’élection, pourvu qu’elle occupe la seconde place. Cet ordre est clairement exprimé dans ces paroles de Christ : « La volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné. Et la volonté de mon Père, c’est que quiconque croit au Fils ait la vie éternelle. » S’il voulait le salut de tous, il les donnerait tous à la garde de son Fils et les unirait tous à son corps par le lien sacré de la foi. Or il est évident que la foi est le gage particulier de son amour paternel, réservé à ses enfants adoptifs. C’est pourquoi Christ dit ailleurs : « Les brebis suivent le berger, parce qu’elles connaissent sa voix ; elles ne suivront point un étranger, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » D’où vient cette différence, sinon de ce que leurs oreilles sont divinement pénétrées ? Car nul ne se fait brebis lui-même, mais il est créé tel par la grâce céleste. De là aussi le Seigneur prouve la perpétuelle certitude et sécurité de notre salut, parce qu’il est gardé par la puissance invincible de Dieu. C’est pourquoi il conclut que les incrédules ne sont pas ses brebis, parce qu’ils ne sont pas du nombre de ceux que Dieu, par Ésaïe, lui a promis pour ses futurs disciples. En outre, les témoignages que j’ai cités, exprimant la persévérance, sont autant de déclarations de l’invariable perpétuité de l’élection.X. It is objected by some, that God will be inconsistent with himself, if he invites all men universally to come to him, and receives only a few elect. Thus, according to them, the universality of the promises destroys the discrimination of special grace; and this is the language of some moderate men, not so much for the sake of suppressing the truth, as to exclude thorny questions, and restrain the curiosity of many. The end is laudable, but the means cannot be approved; for disingenuous evasion can never be excused; but with those who use insult and invective, it is a foul cavil or a shameful error. How the Scripture reconciles these two facts, that by external preaching all are called to repentance and faith, and yet that the spirit of repentance and faith is not given to all, I have elsewhere stated, and shall soon have occasion partly to repeat. What they assume, I deny, as being false in two respects. For he who threatens drought to one city while it rains upon another, and who denounces to another place a famine of doctrine, lays himself under no positive obligation to call all men alike. And he who, forbidding Paul to preach the word in Asia, and suffering him not to go into Bithynia, calls him into Macedonia, demonstrates his right to distribute this treasure to whom he pleases. In Isaiah, he still more fully declares his destination of the promises of salvation exclusively for the elect; for of them only, and not indiscriminately of all mankind, he declares that they shall be his disciples. Whence it appears, that when the doctrine of salvation is offered to all for their effectual benefit, it is a corrupt prostitution of that which is declared to be reserved particularly for the children of the church. At present let this suffice, that though the voice of the gospel addresses all men generally, yet the gift of faith is bestowed on few. Isaiah assigns the cause, that “the arm of the Lord” is not “revealed” to all. If he had said, that the gospel is wickedly and perversely despised, because many obstinately refuse to hear it, perhaps there would be some colour for this notion of the universal call. The design of the prophet is not to extenuate the guilt of men, when he states that the source of blindness is God’s not deigning to reveal his arm to them; he only suggests that their ears are in vain assailed with external doctrine, because faith is a peculiar gift. I would wish to be informed by these teachers, whether men become children of God by mere preaching, or by faith. Surely, when John declares that all who believe in God’s only begotten Son, are themselves made the children of God, this is not said of all the hearers of the word in a confused mass, but a particular rank is assigned to believers, “which were born, not of blood, nor of the will of the flesh, nor of the will of man, but of God.” But they say, there is a mutual agreement between faith and the word. This is the case wherever there is any faith; but it is no new thing for the seed to fall among thorns or in stony places; not only because most men are evidently in actual rebellion against God, but because they are not all endued with eyes and ears. Where, then, will be the consistency of God’s calling to himself such as he knows will never come? Let Augustine answer for me: “Do you wish to dispute with me? Rather unite with me in admiration, and exclaim, O the depth! Let us both agree in fear, lest we perish in error.” Besides, if election is, as Paul represents it, the parent of faith, I retort that argument upon them, that faith cannot be general, because election is special. For from the connection of causes and effects, it is easily inferred, when Paul says, “God hath blessed us with all spiritual blessings, according as he hath chosen us before the foundation of the world;” that therefore these treasures are not common to all, because God has chosen only such as he pleased. This is the reason why, in another place, he commends “the faith of God’s elect;” that none may be supposed to acquire faith by any exertion of their own, but that God may retain the glory of freely illuminating the objects of his previous election. For Bernard justly observes, “Friends hear each one for himself when he addresses them, ‘Fear not, little flock, for to you it is given to know the mystery of the kingdom of heaven.’ Who are these? Certainly those whom he has foreknown and predestinated to be conformed to the image of his Son. The great and secret counsel has been revealed. The Lord knows who are his, but what was known to God is manifested to men. Nor does he favour any others with the participation of so great a mystery, but those particular individuals whom he foreknew, and predestinated to be his own.” A little after he concludes, “The mercy of God is from everlasting to everlasting upon them that fear him; from everlasting in predestination, to everlasting in beatification; the one knowing no beginning; the other, no end.” But what necessity is there for citing the testimony of Bernard, since we hear from the Master’s own mouth, that “no man hath seen the Father, save he which is of God,” which implies, that all who are not regenerated by God, are stupefied with the splendour of his countenance. Faith, indeed, is properly connected with election, provided it occupies the second place. This order is clearly expressed in these words of Christ: “This is the Father’s will, that of all which he hath given me, I should lose nothing. And this is the will of him that sent me, that every one which believeth on the Son, may have everlasting life.” If he willed the salvation of all, he would give them all into the custody of his Son, and unite them all to his body by the sacred bond of faith. Now, it is evident, that faith is the peculiar pledge of his paternal love, reserved for his adopted children. Therefore Christ says in another place, “The sheep follow the shepherd, for they know his voice; and a stranger will they not follow, for they know not the voice of strangers.” Whence arises this difference, but because their ears are divinely penetrated? For no man makes himself a sheep, but is created such by heavenly grace. Hence also the Lord proves the perpetual certainty and security of our salvation, because it is kept by the invincible power of God. Therefore he concludes that unbelievers are not his sheep, because they are not of the number of those whom God by Isaiah promised to him for his future disciples. Moreover, the testimonies I have cited, being expressive of perseverance, are so many declarations of the invariable perpetuity of election.
[…] (Section XI omise.)[…] (Section XI omitted.)
Livre III. Chapitre XXIII. Réfutation des calomnies qu’on lance généralement, mais injustement, contre cette doctrine.Book III. Chapter XXIII. A Refutation of the Calumnies Generally, but Unjustly, Urged Against This Doctrine.
Quand l’esprit humain entend ces choses, sa pétulance rompt tout frein, et il montre une agitation aussi grave et aussi violente que s’il était alarmé par le son d’une trompette guerrière. Beaucoup, en effet, comme s’ils voulaient écarter de Dieu l’odieux, admettent l’élection de manière à nier que personne soit réprouvé. Mais cela est puéril et absurde, parce que l’élection elle-même ne pourrait exister sans être opposée à la réprobation. Il est dit que Dieu sépare ceux qu’il adopte pour le salut. Dire que d’autres obtiennent par hasard, ou acquièrent par leurs propres efforts, ce que l’élection seule confère à un petit nombre, serait pire qu’absurde. Ceux que Dieu laisse de côté, il les réprouve donc, et cela pour nulle autre cause que sa détermination de les exclure de l’héritage qu’il prédestine à ses enfants. Et la pétulance des hommes est intolérable si elle refuse d’être retenue par la parole de Dieu, qui traite de son conseil incompréhensible, adoré des anges mêmes. Or nous avons déjà entendu que l’endurcissement procède de la puissance et de la volonté divines tout autant que la miséricorde. À la différence des personnes que j’ai mentionnées, Paul ne s’efforce jamais d’excuser Dieu par de fausses allégations ; il déclare seulement qu’il n’est pas permis à l’ouvrage de contester avec celui qui l’a fait. Or comment ceux qui n’admettent pas que quelqu’un soit réprouvé de Dieu échapperont-ils à cette déclaration de Christ : « Toute plante que n’a pas plantée mon Père céleste sera déracinée » ? À tous ceux que notre Père céleste n’a pas daigné planter comme des arbres sacrés dans son jardin, ils entendent que la destruction est clairement dénoncée. S’ils nient que ce soit un signe de réprobation, il n’y a rien de si clair qui puisse être prouvé à de telles gens. Mais s’ils ne cessent leur clameur, que la sobriété de la foi se contente de cet avertissement de Paul : qu’il n’y a pas de raison de contester avec Dieu si, d’une part, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, il supporte « avec une grande patience des vases de colère formés pour la perdition », et si, d’autre part, il fait « connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire ». Que le lecteur observe que, pour ôter tout prétexte de murmure et de censure, Paul attribue la souveraine domination à la colère et à la puissance de Dieu ; parce qu’il n’est pas raisonnable que ces jugements profonds, qui engloutissent toutes nos facultés, soient mis en question par nous. C’est une réponse frivole de nos adversaires que Dieu ne rejette pas entièrement les objets de sa patience, mais demeure en suspens à leur égard, attendant la possibilité de leur repentance ; comme si Paul attribuait de la patience à Dieu dans l’attente de la conversion de ceux qu’il affirme être formés pour la perdition. Car Augustin, en exposant ce passage, où la puissance est jointe à la patience, observe justement que la puissance de Dieu n’est pas seulement permissive, mais agissante. Ils observent aussi que ce n’est pas sans intention qu’il est dit que les vases de colère sont formés pour la perdition, mais que Dieu a préparé les vases de miséricorde ; puisque par cette manière de parler il attribue et revendique pour Dieu la louange du salut, et rejette le blâme de la perdition sur ceux qui se la procurent par leur choix. Mais, bien que je leur accorde que Paul adoucit l’âpreté de la première proposition par la différence des termes, il n’est nullement cohérent de transférer la préparation à la perdition à autre chose qu’au conseil secret de Dieu ; ce qui est aussi affirmé juste avant dans le contexte : que « Dieu a suscité Pharaon, et qu’il endurcit qui il veut ». D’où il suit que la cause de l’endurcissement est le conseil secret de Dieu. Je maintiens toutefois ceci, qu’Augustin observe : que, lorsque Dieu change les loups en brebis, il les renouvelle par une grâce plus puissante pour vaincre leur obstination ; et que, par conséquent, les obstinés ne sont pas convertis parce que Dieu n’exerce pas cette grâce plus puissante, dont il ne manque pas s’il voulait la déployer.When the human mind hears these things, its petulance breaks all restraint, and it discovers as serious and violent agitation as if alarmed by the sound of a martial trumpet. Many, indeed, as if they wished to avert odium from God, admit election in such a way as to deny that any one is reprobated. But this is puerile and absurd, because election itself could not exist without being opposed to reprobation. God is said to separate those whom he adopts to salvation. To say that others obtain by chance, or acquire by their own efforts, that which election alone confers on a few, will be worse than absurd. Whom God passes by, therefore, he reprobates, and from no other cause than his determination to exclude them from the inheritance which he predestines for his children. And the petulance of men is intolerable, if it refuses to be restrained by the word of God, which treats of his incomprehensible counsel, adored by angels themselves. But now we have heard that hardening proceeds from the Divine power and will, as much as mercy. Unlike the persons I have mentioned, Paul never strives to excuse God by false allegations; he only declares that it is unlawful for a thing formed to quarrel with its maker. Now, how will those, who admit not that any are reprobated by God, evade this declaration of Christ: “Every plant which my heavenly Father hath not planted, shall be rooted up?” Upon all whom our heavenly Father has not deigned to plant as sacred trees in his garden, they hear destruction plainly denounced. If they deny this to be a sign of reprobation, there is nothing so clear as to be capable of proof to such persons. But if they cease not their clamour, let the sobriety of faith be satisfied with this admonition of Paul, that there is no cause for quarrelling with God, if, on the one hand, willing to show his wrath, and to make his power known, he endures, “with much long-suffering, the vessels of wrath fitted to destruction;” and on the other, makes “known the riches of his glory on the vessels of mercy, whom he had afore prepared unto glory.” Let the reader observe that, to preclude every pretext for murmurs and censures, Paul ascribes supreme dominion to the wrath and power of God; because it is unreasonable for those deep judgments, which absorb all our faculties, to be called in question by us. It is a frivolous reply of our adversaries, that God does not wholly reject the objects of his long-suffering, but remains in suspense towards them, awaiting the possibility of their repentance; as though Paul attributed patience to God, in expectation of the conversion of those whom he asserts to be fitted to destruction. For Augustine, in expounding this passage, where power is connected with patience, justly observes, that God’s power is not permissive, but influential. They observe, also, that it is not said without meaning, that the vessels of wrath are fitted to destruction, but that God prepared the vessels of mercy; since by this mode of expression, he ascribes and challenges to God the praise of salvation, and throws the blame of perdition upon those who by their choice procure it to themselves. But though I concede to them, that Paul softens the asperity of the former clause by the difference of phraseology, yet it is not at all consistent to transfer the preparation for destruction to any other than the secret counsel of God; which is also asserted just before in the context, that “God raised up Pharaoh, and whom he will he hardeneth.” Whence it follows, that the cause of hardening is the secret counsel of God. This, however, I maintain, which is observed by Augustine that when God turns wolves into sheep, he renovates them by more powerful grace to conquer their obduracy; and therefore the obstinate are not converted, because God exerts not that mightier grace, of which he is not destitute, if he chose to display it.
[…] (Sections II–VII omises.)[…] (Sections II–VII omitted.)
VIII. Ici ils recourent à la distinction entre la volonté et la permission, et soutiennent que Dieu permet la perdition des impies, mais ne la veut pas. Mais quelle raison donnerons-nous de ce qu’il la permet, sinon que c’est sa volonté ? Il n’est pas vraisemblable, toutefois, que l’homme se soit procuré sa propre perdition par la seule permission de Dieu et sans aucune ordonnance de sa part ; comme si Dieu n’avait pas déterminé quelle il voulait que fût la condition de la principale de ses créatures. Je n’hésiterai donc pas à confesser simplement avec Augustin « que la volonté de Dieu est la nécessité des choses, et que ce qu’il a voulu arrivera nécessairement ; comme arriveront réellement les choses qu’il a prévues ». Or si les pélagiens, ou les manichéens, ou les anabaptistes, ou les épicuriens (car c’est à ces quatre sectes que nous avons affaire sur ce sujet), pour s’excuser eux-mêmes et les impies, allèguent la nécessité par laquelle ils sont liés par la prédestination de Dieu, ils n’allèguent rien qui s’applique à la question. Car si la prédestination n’est autre chose qu’une dispensation de la justice divine, mystérieuse certes, mais sujette à aucun blâme, puisqu’il est certain qu’ils n’étaient pas indignes d’être prédestinés à ce sort, il est également certain que la perdition qu’ils encourent par la prédestination est conforme à la plus stricte justice. En outre, leur perdition dépend de la prédestination divine de telle manière que la cause et la matière s’en trouvent en eux-mêmes. Car le premier homme est tombé parce que le Seigneur avait déterminé qu’il en serait ainsi. La raison de cette détermination nous est inconnue. Il est certain cependant qu’il en a ainsi déterminé seulement parce qu’il a prévu que cela servirait à la juste manifestation de la gloire de son nom. Chaque fois que vous entendez parler de la gloire de Dieu, pensez à sa justice. Car ce qui mérite la louange doit être juste. L’homme tombe donc selon l’ordonnance de la Providence divine ; mais il tombe par sa propre faute. Le Seigneur avait peu auparavant déclaré que « tout ce qu’il avait fait » était « très bon ». D’où vient donc la dépravation de l’homme pour se révolter contre son Dieu ? De peur qu’on ne pensât qu’elle venait de la création, Dieu avait approuvé et loué ce qui était sorti de lui-même. C’est donc par sa propre méchanceté que l’homme a corrompu la nature qu’il avait reçue pure du Seigneur, et par sa chute il a entraîné avec lui toute sa postérité dans la perdition. C’est pourquoi contemplons plutôt la cause évidente de la condamnation, qui nous est plus proche dans la nature corrompue du genre humain, que de chercher une cause cachée et tout à fait incompréhensible dans la prédestination de Dieu. Et nous ne devons éprouver aucune répugnance à soumettre notre intelligence à la sagesse infinie de Dieu, jusqu’à nous reposer dans ses nombreux mystères. Ignorer les choses qu’il n’est ni possible ni permis de savoir, c’est être savant ; l’avidité de les connaître est une espèce de folie.VIII. Here they recur to the distinction between will and permission, and insist that God permits the destruction of the impious, but does not will it. But what reason shall we assign for his permitting it, but because it is his will? It is not probable, however, that man procured his own destruction by the mere permission, and without any appointment, of God; as though God had not determined what he would choose to be the condition of the principal of his creatures. I shall not hesitate, therefore, to confess plainly with Augustine, “that the will of God is the necessity of things, and that what he has willed will necessarily come to pass; as those things are really about to happen which he has foreseen.” Now, if either Pelagians, or Manichæans, or Anabaptists, or Epicureans, (for we are concerned with these four sects on this argument,) in excuse for themselves and the impious, plead the necessity with which they are bound by God’s predestination,—they allege nothing applicable to the case. For if predestination is no other than a dispensation of Divine justice,—mysterious indeed, but liable to no blame,—since it is certain they were not unworthy of being predestinated to that fate, it is equally certain, that the destruction they incur by predestination is consistent with the strictest justice. Besides, their perdition depends on the Divine predestination in such a manner, that the cause and matter of it are found in themselves. For the first man fell because the Lord had determined it was so expedient. The reason of this determination is unknown to us. Yet it is certain that he determined thus, only because he foresaw it would tend to the just illustration of the glory of his name. Whenever you hear the glory of God mentioned, think of his justice. For what deserves praise must be just. Man falls, therefore, according to the appointment of Divine Providence; but he falls by his own fault. The Lord had a little before pronounced “every thing that he had made” to be “very good.” Whence, then, comes the depravity of man to revolt from his God? Lest it should be thought to come from creation, God had approved and commended what had proceeded from himself. By his own wickedness, therefore, he corrupted the nature he had received pure from the Lord, and by his fall he drew all his posterity with him into destruction. Wherefore let us rather contemplate the evident cause of condemnation, which is nearer to us in the corrupt nature of mankind, than search after a hidden and altogether incomprehensible one in the predestination of God. And we should feel no reluctance to submit our understanding to the infinite wisdom of God, so far as to acquiesce in its many mysteries. To be ignorant of things which it is neither possible nor lawful to know, is to be learned: an eagerness to know them, is a species of madness.
[…] (Sections IX–XI omises.)[…] (Sections IX–XI omitted.)
XII. Un autre argument souvent avancé pour renverser la prédestination est que son établissement détruirait tout souci et tout effort pour une conduite droite. Car qui peut entendre, disent-ils, que la vie ou la mort lui est assignée par le décret éternel et immuable de Dieu, sans conclure aussitôt qu’il n’importe pas comment il se conduit, puisque aucune de ses actions ne peut en rien ni empêcher ni avancer la prédestination de Dieu ? Ainsi tous s’abandonneront au désespoir et se jetteront dans tous les excès où leurs penchants licencieux pourront les mener. Et vraiment cette objection n’est pas tout à fait dépourvue de vérité ; car il y a beaucoup de personnes impures qui souillent la doctrine de la prédestination de ces viles blasphèmes, et sous ce prétexte éludent toutes les admonitions et toutes les réprimandes : « Dieu sait ce qu’il a résolu de faire de nous ; s’il a décrété notre salut, il nous y conduira en son temps ; s’il nous a destinés à la mort, ce sera en vain que nous lutterons contre elle. » Mais l’Écriture, tout en inculquant une crainte et une révérence d’esprit supérieures dans la considération d’un si grand mystère, instruit les fidèles à une tout autre conclusion, et réfute pleinement les conséquences méchantes et déraisonnables de ces gens. Car le dessein de ce qu’elle contient touchant la prédestination n’est pas que, poussés à la présomption, nous tentions avec une témérité criminelle de sonder les secrets inaccessibles de Dieu, mais plutôt que, humiliés et abattus, nous apprenions à trembler devant sa justice et à admirer sa miséricorde. C’est à ce but que tendront les croyants. Mais les impures chicanes des méchants sont justement réprimées par Paul. Ils font profession de continuer en sécurité dans leurs vices, parce que, s’ils sont du nombre des élus, une telle conduite n’empêchera pas qu’ils soient finalement conduits à la vie. Mais Paul déclare que la fin de notre élection est que nous menions une vie sainte et irrépréhensible. Si l’objet de l’élection est la sainteté de vie, elle devrait plutôt nous réveiller et nous stimuler à la pratiquer avec joie que servir de prétexte à la paresse. Mais combien il est incohérent de cesser de pratiquer la vertu parce que l’élection suffit au salut, alors que la fin proposée dans l’élection est que nous accomplissions diligemment des actions vertueuses ! Loin de nous donc de si corrompues et sacrilèges perversions de tout l’ordre de l’élection. Ils poussent leurs blasphèmes bien plus loin, en affirmant que quiconque est réprouvé de Dieu travaillera en vain s’il s’efforce de lui plaire par l’innocence et l’intégrité de sa vie ; mais ici ils sont convaincus d’un mensonge des plus impudents. Car d’où un tel effort pourrait-il naître, sinon de l’élection ? Tous ceux qui sont du nombre des réprouvés, étant des vases faits pour le déshonneur, ne cessent de provoquer contre eux la colère divine par des transgressions continuelles, et de confirmer par des preuves évidentes le jugement de Dieu déjà prononcé contre eux ; de sorte que leur effort inutile pour lui plaire est une chose qui ne peut jamais arriver.XII. Another argument often urged to overthrow predestination is, that its establishment would destroy all solicitude and exertion for rectitude of conduct. For who can hear, they say, that either life or death is appointed for him by God’s eternal and immutable decree, without immediately concluding that it is of no importance how he conducts himself; since no action of his can in any respect either impede or promote the predestination of God? Thus all will abandon themselves to despair, and run into every excess to which their licentious propensities may lead them. And truly this objection is not altogether destitute of truth; for there are many impure persons who bespatter the doctrine of predestination with these vile blasphemies, and with this pretext elude all admonitions and reproofs: God knows what he has determined to do with us: if he has decreed our salvation, he will bring us to it in his own time; if he has destined us to death, it will be in vain for us to strive against it. But the Scripture, while it inculcates superior awe and reverence of mind in the consideration of so great a mystery, instructs the godly in a very different conclusion, and fully refutes the wicked and unreasonable inferences of these persons. For the design of what it contains respecting predestination is, not that, being excited to presumption, we may attempt, with nefarious temerity, to scrutinize the inaccessible secrets of God, but rather that, being humbled and dejected, we may learn to tremble at his justice and admire his mercy. At this object believers will aim. But the impure cavils of the wicked are justly restrained by Paul. They profess to go on securely in their vices; because if they are of the number of the elect, such conduct will not prevent their being finally brought into life. But Paul declares the end of our election to be, that we may lead a holy and blameless life. If the object of election be holiness of life, it should rather awaken and stimulate us to a cheerful practice of it, than be used as a pretext for slothfulness. But how inconsistent is it to cease from the practice of virtue because election is sufficient to salvation, while the end proposed in election is our diligent performance of virtuous actions! Away, then, with such corrupt and sacrilegious perversions of the whole order of election. They carry their blasphemies much further, by asserting, that any one who is reprobated by God will labour to no purpose if he endeavour to approve himself to him by innocence and integrity of life; but here they are convicted of a most impudent falsehood. For whence could such exertion originate but from election? Whoever are of the number of the reprobate, being vessels made to dishonour, cease not to provoke the Divine wrath against them by continual transgressions, and to confirm by evident proofs the judgment of God already denounced against them; so that their striving with him in vain is what can never happen.
[…] (Sections XIII–XIV omises.)[…] (Sections XIII–XIV omitted.)
5. Appelés, gardés et ressuscités : la vocation, la persévérance et la résurrection5. Called, Kept and Raised: Calling, Perseverance and the Resurrection
Jean Calvin, Institutes of the Christian Religion (édition latine définitive, 1559 ; traduction anglaise de John Allen, 1813, édition de la Presbyterian Board of Publication ; Projet Gutenberg n° 64392), Livre III, chapitre XXIV, sections I–II et V–VII (sections III–IV et VIII–XVII omises) ; chapitre XXV, sections I–III et X (sections IV–IX et XI–XII omises) : la vocation efficace comme preuve de l’élection, Christ comme miroir de l’élection, la persévérance des croyants, et l’espérance de la résurrection finale et de la gloire éternelle. Source primaire ; traduction du Séminaire théologique de Chapala (ébauche assistée par machine) à partir de l’anglais d’Allen. Les interprétations sont celles de l’auteur.John Calvin, Institutes of the Christian Religion (final Latin edition, 1559; English translation by John Allen, 1813, Presbyterian Board of Publication edition; Project Gutenberg #64392), Book III, chapter XXIV, sections I–II and V–VII (sections III–IV and VIII–XVII omitted); chapter XXV, sections I–III and X (sections IV–IX and XI–XII omitted): the effectual call as the evidence of election, Christ as the mirror of election, the perseverance of believers, and the hope of the final resurrection and eternal glory. Primary source; the interpretations are the author’s.
Note du STC : Calvin distingue l’appel extérieur de la prédication, qui parvient à beaucoup, de l’appel intérieur et efficace de l’Esprit, qui amène les élus à la foi ; cet appel intérieur est la preuve de l’élection. Son conseil pastoral du chapitre XXIV, section V, est souvent cité : ne cherchez pas l’assurance dans le conseil caché de Dieu, mais regardez à Christ, « le miroir dans lequel il nous faut contempler notre élection ». Il enseigne ensuite que ceux que Christ reçoit persévéreront jusqu’à la fin, tout en expliquant les avertissements bibliques contre l’apostasie ; les chrétiens des traditions arminienne et wesleyenne lisent ces avertissements comme montrant qu’un vrai croyant peut déchoir, et les étudiants doivent connaître les deux lectures. La lecture s’achève avec le livre III, chapitre XXV, sur la résurrection corporelle, les preuves de la résurrection de Christ et la gloire éternelle des croyants, y compris l’opinion de Calvin selon laquelle il y a des degrés de récompense dans le ciel.CTS note: Calvin distinguishes the outward call of preaching, which comes to many, from the inward, effectual call of the Spirit, which brings the elect to faith; this inward call is the evidence of election. His pastoral counsel in chapter XXIV, section V, is often quoted: do not look for assurance in God’s hidden counsel, but look to Christ, “the mirror, in which it behoves us to contemplate our election.” He then teaches that those whom Christ receives will persevere to the end, while explaining the Bible’s warnings against falling away; Christians in the Arminian and Wesleyan traditions read those warnings as showing that a true believer can fall away, and students should know both readings. The reading closes with Book III, chapter XXV, on the bodily resurrection, the evidence for Christ’s resurrection, and the eternal glory of believers, including Calvin’s view that there are degrees of reward in heaven.
Livre III. Chapitre XXIV. L’élection confirmée par l’appel divin. La perdition à laquelle les réprouvés sont destinés est procurée par eux-mêmes.Book III. Chapter XXIV. Election Confirmed by the Divine Call. The Destined Destruction of the Reprobate Procured by Themselves.
Mais, pour éclaircir davantage le sujet, il est nécessaire de traiter de la vocation des élus, et de l’aveuglement et de l’endurcissement des impies. Sur le premier point, j’ai déjà fait quelques observations, afin de réfuter l’erreur de ceux qui pensent que la généralité des promesses met tout le genre humain sur un pied d’égalité. Mais l’élection discriminante de Dieu, qui autrement est cachée en lui-même, il ne la manifeste que par sa vocation, laquelle peut donc être à juste titre appelée son témoignage ou sa preuve. « Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés », en vue de leur glorification finale. Bien qu’en choisissant son peuple le Seigneur les ait adoptés pour ses enfants, nous voyons cependant qu’ils n’entrent pas en possession d’une si grande bénédiction jusqu’à ce qu’ils soient appelés ; et, d’autre part, dès qu’ils sont appelés, ils jouissent aussitôt de quelque communication de son élection. C’est pourquoi Paul appelle l’Esprit qu’ils reçoivent à la fois « l’Esprit d’adoption » et « le sceau et les arrhes de l’héritage futur » ; parce que, par son témoignage, il confirme et scelle dans leurs cœurs la certitude de leur adoption future. Car, bien que la prédication de l’Évangile soit un ruisseau qui coule de la source de l’élection, cependant, étant commune aussi aux réprouvés, elle n’en serait pas par elle-même une preuve solide. Car Dieu enseigne efficacement ses élus pour les amener à la foi, comme nous l’avons déjà cité des paroles de Christ : « Celui qui vient de Dieu », et lui seul, « a vu le Père. » Et encore : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés. » Car il dit ailleurs : « Nul ne peut venir à moi, si le Père ne l’attire. » Ce passage est judicieusement expliqué par Augustin en ces termes : « Si, selon la déclaration de la vérité, quiconque a appris vient, celui qui ne vient pas n’a certainement pas appris. Il ne s’ensuit pas nécessairement que celui qui peut venir vienne effectivement, à moins qu’il ne l’ait voulu et fait ; mais quiconque a appris du Père non seulement peut venir, mais vient effectivement ; où il y a union immédiate de l’avantage de la possibilité, de l’inclination de la volonté et de l’action qui s’ensuit. » Ailleurs il est plus clair encore : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. N’est-ce pas dire : il n’est personne qui entende et apprenne du Père et qui ne vienne à moi ? Car, si quiconque a entendu et appris du Père vient, assurément quiconque ne vient pas n’a ni entendu ni appris du Père ; car, s’il avait entendu et appris, il viendrait. Bien éloignée de l’observation charnelle est cette école, dans laquelle les hommes entendent et apprennent du Père pour venir au Fils. » Juste après il dit : « Cette grâce, qui est communiquée secrètement aux cœurs des hommes, n’est reçue par aucun cœur dur ; car le premier objet de sa communication est que la dureté du cœur soit ôtée. Lors donc que le Père est entendu au-dedans, il ôte le cœur de pierre et donne un cœur de chair. Car c’est ainsi qu’il forme les enfants de la promesse et les vases de miséricorde qu’il a préparés pour la gloire. Pourquoi donc n’enseigne-t-il pas tous les hommes afin qu’ils viennent à Christ, sinon parce que tous ceux qu’il enseigne, il les enseigne par miséricorde ? Mais ceux qu’il n’enseigne pas, il ne les enseigne pas par jugement ; car il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » Ceux donc que Dieu a choisis, il les désigne pour ses enfants et se détermine à être leur Père. Par la vocation, il les introduit dans sa famille et les unit à lui-même, afin qu’ils soient un. En joignant la vocation à l’élection, l’Écriture fait évidemment entendre que rien n’y est requis que la libre miséricorde de Dieu. Car, si nous demandons qui il appelle, et pour quelle raison, la réponse est : ceux qu’il avait élus. Mais, quand nous en venons à l’élection, nous ne voyons de toutes parts que miséricorde. Et ainsi cette observation de Paul s’applique fort bien ici : « Cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » ; non pas toutefois comme l’entendent communément ceux qui font un partage entre la grâce de Dieu et la volonté et l’effort de l’homme. Car ils disent que les désirs et les efforts humains n’ont aucune efficace par eux-mêmes, à moins d’être rendus fructueux par la grâce de Dieu ; mais ils soutiennent qu’avec l’aide de sa bénédiction ces choses ont aussi leur part dans l’obtention du salut. Pour réfuter leur chicane, je préfère les paroles d’Augustin aux miennes : « Si l’apôtre a seulement voulu dire que cela ne dépend pas de celui qui veut ou de celui qui court sans l’aide du Seigneur miséricordieux, nous pouvons retourner la proposition et dire que cela ne dépend pas de la seule miséricorde sans l’aide du vouloir et du courir. » Si cela est manifestement impie, nous pouvons être certains que l’apôtre attribue tout à la miséricorde du Seigneur et ne laisse rien à nos volontés ni à nos efforts. Telle était l’opinion de ce saint homme. Et il ne faut avoir le moindre égard à leur méchant sophisme, que Paul ne se serait pas exprimé ainsi si nous n’avions ni effort ni volonté. Car il ne considérait pas ce qui était dans l’homme ; mais, voyant que certains attribuaient le salut en partie à l’industrie humaine, il a simplement condamné leur erreur dans la première partie de la sentence, et dans la seconde il a revendiqué pour la miséricorde divine tout l’accomplissement du salut. Et que font les prophètes, sinon proclamer perpétuellement la vocation gratuite de Dieu ?But, in order to a further elucidation of the subject, it is necessary to treat of the calling of the elect, and of the blinding and hardening of the impious. On the former I have already made a few observations, with a view to refute the error of those who suppose the generality of the promises to put all mankind on an equality. But the discriminating election of God, which is otherwise concealed within himself, he manifests only by his calling, which may therefore with propriety be termed the testification or evidence of it. “For whom he did foreknow, he also did predestinate to be conformed to the image of his Son. Moreover, whom he did predestinate, them he also called; and whom he called, them he also justified,” in order to their eventual glorification. Though by choosing his people, the Lord has adopted them as his children, yet we see that they enter not on the possession of so great a blessing till they are called; on the other hand, as soon as they are called, they immediately enjoy some communication of his election. On this account Paul calls the Spirit received by them, both “the Spirit of adoption, and the seal and earnest of the future inheritance;” because, by his testimony, he confirms and seals to their hearts the certainty of their future adoption. For though the preaching of the gospel is a stream from the source of election, yet, being common also to the reprobate, it would of itself be no solid proof of it. For God effectually teaches his elect, to bring them to faith, as we have already cited from the words of Christ: “He which is of God, he,” and he alone, “hath seen the Father.” Again: “I have manifested thy name unto the men which thou gavest me.” For he says in another place, “No man can come to me, except the Father draw him.” This passage is judiciously explained by Augustine in the following words: “If, according to the declaration of truth, every one that has learned comes, whosoever comes not, certainly has not learned. It does not necessarily follow that he who can come actually comes, unless he has both willed and done it; but every one that has learned of the Father, not only can come, but also actually comes; where there is an immediate union of the advantage of possibility, the inclination of the will, and the consequent action.” In another place he is still clearer: “Every one that hath heard and learned of the Father, cometh unto me. Is not this saying, There is no one that hears and learns of the Father, and comes not unto me? For if every one that has heard and learned of the Father comes, certainly every one that comes not has neither heard nor learned of the Father; for if he had heard and learned, he would come. Very remote from carnal observation is this school, in which men hear and learn of the Father to come to the Son.” Just after he says, “This grace, which is secretly communicated to the hearts of men, is received by no hard heart; for the first object of its communication is, that hardness of heart may be taken away. When the Father is heard within therefore, he takes away the heart of stone, and gives a heart of flesh. For thus he forms children of promise and vessels of mercy whom he has prepared for glory. Why, then, does he not teach all, that they may come to Christ, but because all whom he teaches, he teaches in mercy? but whom he teaches not, he teaches not in judgment; for he hath mercy on whom he will have mercy, and whom he will he hardeneth.” Those whom God has chosen, therefore, he designates as his children, and determines himself to be their Father. By calling, he introduces them into his family, and unites them to himself, that they may be one. By connecting calling with election, the Scripture evidently suggests that nothing is requisite to it but the free mercy of God. For if we inquire whom he calls, and for what reason, the answer is, those whom he had elected. But when we come to election, we see nothing but mercy on every side. And so that observation of Paul is very applicable here—“It is not of him that willeth, nor of him that runneth, but of God that showeth mercy;” but not as it is commonly understood by those who make a distribution between the grace of God, and the will and exertion of man. For they say, that human desires and endeavours have no efficacy of themselves, unless they are rendered successful by the grace of God; but maintain that, with the assistance of his blessing, these things have also their share in procuring salvation. To refute their cavil, I prefer Augustine’s words to my own. “If the apostle only meant that it is not of him that wills, or of him that runs, without the assistance of the merciful Lord, we may retort the converse proposition, that it is not of mercy alone without the assistance of willing and running.” If this be manifestly impious, we may be certain that the apostle ascribes every thing to the Lord’s mercy, and leaves nothing to our wills or exertions. This was the opinion of that holy man. Nor is the least regard due to their paltry sophism, that Paul would not have expressed himself so, if we had no exertion or will. For he considered not what was in man; but seeing some persons attribute salvation partly to human industry, he simply condemned their error in the former part of the sentence, and in the latter, vindicated the claim of Divine mercy to the whole accomplishment of salvation. And what do the prophets, but perpetually proclaim the gratuitous calling of God?
II. Ce point est encore démontré par la nature même et la dispensation de la vocation, qui ne consiste pas dans la simple prédication de la parole, mais dans l’illumination de l’Esprit qui l’accompagne. À qui Dieu offre sa parole, le prophète nous l’apprend : « J’ai été cherché par ceux qui ne me demandaient pas, j’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas ; j’ai dit : Me voici, me voici ! à une nation qui ne s’appelait pas de mon nom. » Et, de peur que les Juifs ne s’imaginent que cette clémence ne s’étendait qu’aux païens, il leur remet en mémoire l’état d’où il tira leur père Abraham lorsqu’il daigna l’attirer à lui ; c’est-à-dire du milieu de l’idolâtrie où lui et toute sa famille étaient plongés. Quand il fait luire pour la première fois sur ceux qui ne le méritent pas la lumière de sa parole, il montre par là un exemple très éclatant de sa bonté gratuite. Ici donc se déploie la bonté infinie de Dieu, mais non pour le salut de tous ; car un jugement plus lourd attend les réprouvés, parce qu’ils rejettent le témoignage de l’amour divin. Et Dieu aussi, pour manifester sa gloire, leur retire l’influence efficace de son Esprit. Cette vocation intérieure est donc un gage du salut qui ne peut tromper en aucune manière. À ce propos se rapporte ce passage de Jean : « Nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné. » Et, de peur que la chair ne se glorifie d’avoir au moins répondu à son appel et accepté ses offres gratuites, il affirme que les hommes n’ont d’oreilles pour entendre ni d’yeux pour voir que ceux qu’il a formés ; et qu’en cela il agit non selon la reconnaissance de chacun, mais selon sa propre élection. Luc nous en donne un exemple éminent, lorsque Juifs et païens entendirent en commun la prédication de Paul et de Barnabas. Bien qu’ils fussent tous instruits en cette occasion par le même discours, il est rapporté que « tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ». De quel front pouvons-nous donc nier la gratuité de la vocation, dans laquelle l’élection règne seule jusqu’au bout ?II. This point is further demonstrated by the very nature and dispensation of calling, which consists not in the mere preaching of the word, but in the accompanying illumination of the Spirit. To whom God offers his word, we are informed in the prophet: “I am sought of them that asked not for me: I am found of them that sought me not: I said, Behold me, behold me, unto a nation that was not called by my name.” And lest the Jews should suppose that this clemency extended only to the Gentiles, he recalls to their remembrance the situation from which he took their father Abraham, when he deigned to draw him to himself; that was from the midst of idolatry, in which he and all his family were sunk. When he first shines upon the undeserving with the light of his word, he thereby exhibits a most brilliant specimen of his free goodness. Here, then, the infinite goodness of God is displayed, but not to the salvation of all; for heavier judgment awaits the reprobate, because they reject the testimony of Divine love. And God also, to manifest his glory, withdraws from them the efficacious influence of his Spirit. This internal call, therefore, is a pledge of salvation, which cannot possibly deceive. To this purpose is that passage of John—“Hereby we know that he abideth in us, by the Spirit which he hath given us.” And lest the flesh should glory in having answered at least to his call, and accepted his free offers, he affirms that men have no ears to hear, or eyes to see, but such as he has formed; and that he acts in this, not according to individual gratitude, but according to his own election. Of this fact Luke gives us an eminent example, where Jews and Gentiles in common heard the preaching of Paul and Barnabas. Though they were all instructed on that occasion with the same discourse, it is narrated that “as many as were ordained to eternal life, believed.” With what face, then, can we deny the freeness of calling, in which election reigns alone, even to the last?
[…] (Sections III–IV omises.)[…] (Sections III–IV omitted.)
V. En premier lieu, si nous cherchons la clémence paternelle et le cœur propice de Dieu, nos yeux doivent être dirigés vers Christ, en qui seul le Père prend plaisir. Si nous cherchons le salut, la vie et l’immortalité du royaume céleste, il ne faut recourir à nul autre ; car lui seul est la Source de la vie, l’Ancre du salut et l’Héritier du royaume des cieux. Or quelle est la fin de l’élection, sinon que, adoptés comme enfants par notre Père céleste, nous obtenions par sa faveur le salut et l’immortalité ? Considérez-la et examinez-la autant qu’il vous plaira, vous ne trouverez pas que son but dernier s’étende au-delà. Ceux donc que Dieu a adoptés pour ses enfants, il est dit les avoir élus non en eux-mêmes, mais en Christ ; parce qu’il lui était impossible de les aimer sinon en lui, ou de les honorer de l’héritage de son royaume sans qu’ils aient été auparavant rendus participants de lui. Mais si nous sommes élus en lui, nous ne trouverons aucune assurance de notre élection en nous-mêmes ; ni même en Dieu le Père, considéré seul, abstraction faite du Fils. Christ est donc le miroir dans lequel il nous faut contempler notre élection ; et là nous pouvons le faire en sûreté. Car, comme le Père a résolu d’unir au corps de son Fils tous ceux qui sont l’objet de son choix éternel, afin d’avoir pour ses enfants tous ceux qu’il reconnaît parmi ses membres, nous avons un témoignage suffisamment clair et fort que, si nous avons communion avec Christ, nous sommes inscrits dans le livre de vie. Et il nous a donné cette communion certaine avec lui-même lorsqu’il a témoigné, par la prédication de l’Évangile, qu’il nous a été donné par le Père pour être nôtre avec tous ses bienfaits. Il est dit que nous le revêtons et que nous croissons en lui, afin que nous vivions parce qu’il vit. Cette doctrine est souvent répétée. « Dieu n’a pas épargné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point. » « Celui qui croit en lui est passé de la mort à la vie. » En ce sens il s’appelle lui-même « le pain de vie ; celui qui en mange vivra éternellement ». Lui, dis-je, est notre témoin que tous ceux qui le reçoivent par la foi seront tenus pour enfants de son Père céleste. Si nous désirons quelque chose de plus que d’être comptés parmi les fils et les héritiers de Dieu, il nous faut monter au-dessus de Christ. Si c’est là notre plus haute limite, quelle folie montrons-nous en cherchant hors de lui ce que nous avons déjà obtenu en lui, et qui ne peut jamais se trouver ailleurs ! En outre, comme il est la Sagesse éternelle du Père, la Vérité immuable et le Conseil arrêté, nous n’avons aucune raison de craindre la moindre différence entre les déclarations de sa parole et cette volonté du Père qui est l’objet de notre recherche ; bien plus, il nous la révèle fidèlement, telle qu’elle a été dès le commencement et qu’elle demeurera toujours. Cette doctrine doit avoir une influence pratique sur nos prières. Car, bien que la foi en l’élection nous anime à invoquer Dieu, il serait absurde de la lui imposer quand nous prions, ou de stipuler cette condition : « Seigneur, si je suis élu, exauce-moi » ; puisqu’il veut que nous nous contentions de ses promesses et que nous ne recherchions pas davantage s’il sera propice à nos prières. Cette prudence nous tirera de bien des pièges, si nous savons faire un bon usage de ce qui a été bien écrit ; mais nous ne devons pas appliquer inconsidérément à divers usages ce qui doit être restreint à l’objet particulièrement visé.V. In the first place, if we seek the fatherly clemency and propitious heart of God, our eyes must be directed to Christ, in whom alone the Father is well pleased. If we seek salvation, life, and the immortality of the heavenly kingdom, recourse must be had to no other; for he alone is the Fountain of life, the Anchor of salvation, and the Heir of the kingdom of heaven. Now, what is the end of election, but that, being adopted as children by our heavenly Father, we may by his favour obtain salvation and immortality? Consider and investigate it as much as you please, you will not find its ultimate scope extend beyond this. The persons, therefore, whom God has adopted as his children, he is said to have chosen, not in themselves, but in Christ; because it was impossible for him to love them, except in him; or to honour them with the inheritance of his kingdom, unless previously made partakers of him. But if we are chosen in him, we shall find no assurance of our election in ourselves; nor even in God the Father, considered alone, abstractedly from the Son. Christ, therefore, is the mirror, in which it behoves us to contemplate our election; and here we may do it with safety. For as the Father has determined to unite to the body of his Son all who are the objects of his eternal choice, that he may have, as his children, all that he recognizes among his members, we have a testimony sufficiently clear and strong, that if we have communion with Christ, we are written in the book of life. And he gave us this certain communion with himself, when he testified by the preaching of the gospel, that he was given to us by the Father, to be ours with all his benefits. We are said to put him on, and to grow up into him, that we may live because he lives. This doctrine is often repeated. “God spared not his only begotten Son, that whosoever believeth in him should not perish.” “He that believeth on him, is passed from death unto life.” In which sense he calls himself “The bread of life, he that eateth which, shall live for ever.” He, I say, is our witness, that all who receive him by faith shall be considered as the children of his heavenly Father. If we desire any thing more than being numbered among the sons and heirs of God, we must rise above Christ. If this is our highest limit, what folly do we betray in seeking out of him, that which we have already obtained in him, and which can never be found any where else! Besides, as he is the Father’s eternal Wisdom, immutable Truth, and determined Counsel, we have no reason to fear the least variation in the declarations of his word from that will of the Father, which is the object of our inquiry; indeed, he faithfully reveals it to us, as it has been from the beginning, and will ever continue to be. This doctrine ought to have a practical influence on our prayers. For though faith in election animates us to call upon God, yet it would be preposterous to obtrude it upon him when we pray, or to stipulate this condition—O Lord, if I am elected, hear me; since it is his pleasure that we should be satisfied with his promises, and make no further inquiries whether he will be propitious to our prayers. This prudence will extricate us from many snares, if we know how to make a right use of what has been rightly written; but we must not inconsiderately apply to various purposes, what ought to be restricted to the object particularly designed.
VI. Pour l’affermissement de notre confiance, il y a encore une autre confirmation de l’élection, qui, avons-nous dit, est liée à notre vocation. Car ceux que Christ éclaire de la connaissance de son nom et introduit dans le sein de son Église, il est dit les recevoir sous sa garde et sa protection. Et tous ceux qu’il reçoit sont dits lui être remis et confiés par le Père pour être gardés pour la vie éternelle. Que désirons-nous de plus pour nous-mêmes ? Christ proclame hautement que tous ceux dont le Père avait résolu le salut avaient été remis par lui à sa protection. Si donc nous voulons savoir si Dieu prend soin de notre salut, demandons-nous s’il nous a confiés à Christ, qu’il a établi seul Sauveur de tout son peuple. Or, si nous doutons que Christ nous ait reçus sous sa garde et sa protection, il prévient ce doute en s’offrant gratuitement comme notre Berger, et en déclarant que, si nous entendons sa voix, nous serons comptés parmi ses brebis. Embrassons donc Christ, qui s’offre ainsi à nous avec bonté et vient à notre rencontre ; et il nous comptera parmi ses brebis et nous gardera enfermés dans sa bergerie. Mais nous éprouvons pourtant de l’inquiétude pour notre état futur ; car, comme Paul déclare que « ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés », ainsi Christ nous apprend qu’« il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus ». En outre, Paul lui-même, ailleurs, met en garde contre la négligence, en disant : « Que celui qui pense être debout prenne garde de tomber. » Et encore : « As-tu été enté parmi le peuple de Dieu ? Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains. Dieu est puissant pour te retrancher de nouveau et enter d’autres. » Enfin, l’expérience elle-même nous enseigne que la vocation et la foi sont de peu de valeur si elles ne sont accompagnées de la persévérance, qui n’est pas le partage de tous. Mais Christ nous a délivrés de cette inquiétude, car ces promesses appartiennent sans aucun doute à l’avenir : « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi. Or la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. » Et encore : « Mes brebis entendent ma voix ; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous ; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. » En outre, quand il déclare : « Toute plante que n’a pas plantée mon Père céleste sera déracinée », il fait pleinement entendre, au contraire, que ceux qui sont enracinés en Dieu ne peuvent jamais être privés du salut par aucune violence. À cela correspond ce passage de Jean : « S’ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous. » De là aussi ce magnifique triomphe de Paul, défiant la vie et la mort, les choses présentes et à venir ; lequel devait nécessairement être fondé sur le don de la persévérance. Et l’on ne peut douter qu’il n’applique ce sentiment à tous les élus. Le même apôtre dit ailleurs : « Celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus-Christ. » C’est aussi ce qui soutint David lorsque sa foi défaillait : « N’abandonne pas les œuvres de tes mains. » Et il ne faut pas douter que, lorsque Christ intercède pour tous les élus, il ne demande pour eux la même chose que pour Pierre, à savoir que leur foi ne défaille jamais. D’où nous concluons qu’ils sont hors de tout danger de déchoir, parce que les intercessions du Fils de Dieu pour leur persévérance dans la piété n’ont pas été rejetées. Qu’a voulu Christ que nous apprenions par là, sinon la confiance en notre sûreté perpétuelle, puisque nous avons une fois été introduits au nombre de son peuple ?VI. For the establishment of our confidence, there is also another confirmation of election, which, we have said, is connected with our calling. For those whom Christ illuminates with the knowledge of his name, and introduces into the bosom of his Church, he is said to receive into his charge and protection. And all whom he receives are said to be committed and intrusted to him by the Father, to be kept to eternal life. What do we wish for ourselves? Christ loudly proclaims that all whose salvation was designed by the Father, had been delivered by him into his protection. If, therefore, we want to ascertain whether God is concerned for our salvation, let us inquire whether he has committed us to Christ, whom he constituted the only Saviour of all his people. Now, if we doubt whether Christ has received us into his charge and custody, he obviates this doubt, by freely offering himself as our Shepherd, and declaring that if we hear his voice, we shall be numbered among his sheep. We therefore embrace Christ, thus kindly offered to us and advancing to meet us; and he will number us with his sheep, and preserve us enclosed in his fold. But yet we feel anxiety for our future state; for as Paul declares that “whom he predestinated, them he also called,” so Christ informs us that “many are called, but few chosen.” Besides, Paul himself also, in another place, cautions against carelessness, saying, “Let him that thinketh he standeth, take heed lest he fall.” Again: “Art thou grafted among the people of God? Be not high-minded, but fear. God is able to cut thee off again, and graft in others.” Lastly, experience itself teaches us that vocation and faith are of little value, unless accompanied by perseverance, which is not the lot of all. But Christ has delivered us from this anxiety, for these promises undoubtedly belong to the future: “All that the Father giveth me, shall come to me; and him that cometh to me, I will in no wise cast out. And this is the Father’s will which hath sent me, that of all which he hath given me, I should lose nothing, but should raise it up again at the last day.” Again: “My sheep hear my voice, and I know them, and they follow me. And I give unto them eternal life, and they shall never perish, neither shall any pluck them out of my hand. My Father, which gave them me, is greater than all; and none is able to pluck them out of my Father’s hand.” Besides, when he declares, “Every plant which my heavenly Father hath not planted, shall be rooted up,” he fully implies on the contrary, that those who are rooted in God, can never by any violence be deprived of salvation. With this corresponds that passage of John, “If they had been of us, they would no doubt have continued with us.” Hence also that magnificent exultation of Paul, in defiance of life and death, of things present and future; which must necessarily have been founded in the gift of perseverance. Nor can it be doubted that he applies this sentiment to all the elect. The same apostle in another place says, “He which hath begun a good work in you, will perform it until the day of Jesus Christ.” This also supported David when his faith was failing: “Thou wilt not forsake the work of thine own hands.” Nor is it to be doubted, that when Christ intercedes for all the elect, he prays for them the same as for Peter, that their faith may never fail. Hence we conclude, that they are beyond all danger of falling away, because the intercessions of the Son of God for their perseverance in piety have not been rejected. What did Christ intend we should learn from this, but confidence in our perpetual security, since we have once been introduced into the number of his people?
VII. Mais il arrive tous les jours que ceux qui paraissaient appartenir à Christ se détournent de nouveau de lui et sombrent dans la ruine. Dans le passage même où il affirme que nul ne périt de ceux qui lui ont été donnés par le Père, il excepte le fils de perdition. Cela est vrai ; mais il est également certain que de telles personnes ne se sont jamais attachées à Christ avec cette confiance du cœur qui, disons-nous, nous donne l’assurance de notre élection. « Ils sont sortis du milieu de nous, dit Jean, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous. » Je ne conteste pas qu’ils aient des signes de vocation semblables à ceux des élus ; mais je suis loin d’admettre qu’ils possèdent cette assurance certaine de l’élection que j’enjoins aux croyants de chercher dans la parole de l’Évangile. C’est pourquoi, que de tels exemples ne nous détournent pas d’un repos tranquille sur la promesse de notre Seigneur, où il déclare que tous ceux qui le reçoivent par la foi lui ont été donnés par le Père, et que, puisqu’il est leur Gardien et leur Berger, aucun d’eux ne périra. Nous parlerons de Judas plus loin. Paul détourne les chrétiens non de toute assurance, mais d’une sécurité charnelle, nonchalante et sans vigilance, qui est accompagnée d’orgueil, d’arrogance et de mépris des autres, éteint l’humilité et la révérence envers Dieu, et produit l’oubli des faveurs reçues. Car il s’adresse aux païens, leur enseignant que les Juifs ne devaient pas être insultés avec orgueil et inhumanité parce qu’ils avaient été rejetés et que les païens avaient été mis à leur place. Il inculque aussi la crainte ; non une crainte qui produit la terreur et l’incertitude, mais une crainte qui enseigne l’admiration humble de la grâce de Dieu, sans aucune diminution de la confiance en elle ; comme on l’a observé ailleurs. En outre, il ne s’adresse pas à des individus, mais à des partis distincts en général. Car, comme l’Église était divisée en deux partis et que la rivalité engendrait la dissension, Paul avertit les païens que leur substitution à la place du peuple saint et particulier devait être pour eux un motif de crainte et de modestie. Il y avait toutefois parmi eux beaucoup de gens bruyants, dont il fallait réprimer la vaine vanterie. Mais nous avons déjà vu que notre espérance s’étend dans l’avenir, même au-delà du tombeau, et que rien n’est plus contraire à sa nature que les doutes touchant notre destinée finale.VII. But it daily happens, that they who appeared to belong to Christ, fall away from him again, and sink into ruin. Even in that very place, where he asserts that none perish of those who were given to him by the Father, he excepts the son of perdition. This is true; but it is equally certain, that such persons never adhered to Christ with that confidence of heart which, we say, gives us an assurance of our election. “They went out from us,” says John, “but they were not of us; for if they had been of us, they would no doubt have continued with us.” I dispute not their having similar signs of calling with the elect; but I am far from admitting them to possess that certain assurance of election which I enjoin believers to seek from the word of the gospel. Wherefore, let not such examples move us from a tranquil reliance on our Lord’s promise, where he declares, that all who receive him by faith were given him by the Father, and that since he is their Guardian and Shepherd, not one of them shall perish. Of Judas we shall speak afterwards. Paul is dissuading Christians, not from all security, but from supine, unguarded, carnal security, which is attended with pride, arrogance, and contempt of others, extinguishes humility and reverence of God, and produces forgetfulness of favours received. For he is addressing Gentiles, teaching them that the Jews should not be proudly and inhumanly insulted because they had been rejected, and the Gentiles substituted in their place. He also inculcates fear; not such a fear as produces terror and uncertainty, but such as teaches humble admiration of the grace of God, without any diminution of confidence in it; as has been elsewhere observed. Besides, he is not addressing individuals, but distinct parties generally. For as the Church was divided into two parties, and emulation gave birth to dissension, Paul admonishes the Gentiles, that their substitution in the place of the holy and peculiar people ought to be a motive to fear and modesty. There were, however, many clamorous people among them, whose empty boasting it was necessary to restrain. But we have already seen that our hope extends into futurity, even beyond the grave, and that nothing is more contrary to its nature than doubts respecting our final destiny.
[…] (Sections VIII–XVII omises.)[…] (Sections VIII–XVII omitted.)
Livre III. Chapitre XXV. La résurrection finale.Book III. Chapter XXV. The Final Resurrection.
Bien que Paul déclare que Christ, le Soleil de justice, après avoir « détruit la mort », a « mis en évidence la vie et l’immortalité », brillant sur nous « par l’Évangile », d’où il est dit aussi qu’en croyant nous sommes « passés de la mort à la vie », n’étant « plus des étrangers ni des gens du dehors, mais concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu », qui « nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes » avec son Fils unique, afin que rien ne manque à notre parfaite félicité, cependant, de peur qu’il ne nous soit pénible d’être encore exercés par une rude guerre, comme si nous ne retirions aucun profit de la victoire remportée par Christ, nous devons nous souvenir de ce qui est dit ailleurs touchant la nature de l’espérance. Car, « puisque nous espérons ce que nous ne voyons pas », et, selon un autre texte, « la foi est une démonstration de celles qu’on ne voit pas », tant que nous sommes enfermés dans la prison de la chair, « nous demeurons loin du Seigneur ». C’est pourquoi le même apôtre dit : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu » ; et « quand Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire ». Telle est donc notre condition : « que nous vivions dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ ». Nous avons besoin ici d’une patience plus qu’ordinaire, de peur que, lassés, nous ne revenions en arrière ou n’abandonnions le poste qui nous est assigné. Tout ce qui a été dit jusqu’ici de notre salut requiert donc des esprits élevés vers le ciel, afin que, selon l’indication de Pierre, nous aimions Christ, que nous n’avons pas vu, et que, croyant en lui, nous « nous réjouissions d’une joie ineffable et glorieuse », jusqu’à ce que nous recevions « le prix de notre foi ». C’est pourquoi Paul représente la foi et l’espérance des croyants comme se rapportant à « l’espérance qui vous est réservée dans les cieux ». Quand nous regardons ainsi vers le ciel, les yeux fixés sur Christ, et que rien ne les retient sur la terre pour les empêcher de nous porter en avant vers la béatitude promise, nous voyons s’accomplir cette déclaration : « Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » De là vient que la foi est si rare dans le monde ; parce que, pour notre paresse, rien n’est plus difficile que de monter à travers d’innombrables obstacles, « courant vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste ». À l’accumulation des misères qui nous accablent généralement s’ajoutent les moqueries des profanes, dont notre simplicité est assaillie ; tandis que, renonçant volontairement aux attraits de l’avantage ou du plaisir présent, nous semblons poursuivre un bonheur caché à notre vue, comme une ombre qui échappe continuellement à notre main. En un mot, en haut et en bas, devant et derrière, nous sommes assaillis de violentes tentations, que nos esprits auraient depuis longtemps été incapables de soutenir s’ils ne s’étaient détachés des choses terrestres et attachés à la vie céleste, qui en apparence est à une grande distance. Celui-là seul a donc fait un solide progrès dans l’Évangile qui s’est accoutumé à méditer continuellement la bienheureuse résurrection.Though Christ, the Sun of Righteousness, after having “abolished death,” is declared by Paul to have “brought life and immortality to light,” shining upon us “through the gospel,” whence also in believing we are said to have “passed from death unto life,” being “no more strangers and foreigners, but fellow-citizens with the saints, and of the household of God,” who “hath made us sit together in heavenly places” with his only begotten Son, that nothing may be wanting to our complete felicity,—yet, lest we should find it grievous to be still exercised with a severe warfare, as though we derived no benefit from the victory gained by Christ, we must remember what is stated in another place concerning the nature of hope. For “since we hope for that we see not,” and, according to another text, “faith is the evidence of things not seen;” as long as we are confined in the prison of the flesh, “we are absent from the Lord.” Wherefore the same apostle says, “Ye are dead, and your life is hid with Christ in God;” and “when Christ, who is our life, shall appear, then shall ye also appear with him in glory.” This, then, is our condition, “that we should live soberly, righteously, and godly, in this present world, looking for that blessed hope, and the glorious appearing of the great God and our Saviour Jesus Christ.” Here we have need of more than common patience, lest, being wearied, we pursue a retrograde course, or desert the station assigned us. All that has hitherto been stated, therefore, concerning our salvation, requires minds elevated towards heaven, that, according to the suggestion of Peter, we may love Christ, whom we have not seen, and, believing in him, may “rejoice with joy unspeakable and full of glory,” till we receive “the end of our faith.” For which reason, Paul represents the faith and hope of believers as having respect to “the hope that is laid up in heaven.” When we are thus looking towards heaven, with our eyes fixed upon Christ, and nothing detains them on earth from carrying us forward to the promised blessedness, we realize the fulfilment of that declaration, “Where your treasure is, there will your heart be also.” Hence it is, that faith is so scarce in the world; because to our sluggishness nothing is more difficult than to ascend through innumerable obstacles, “pressing toward the mark, for the prize of the high calling.” To the accumulation of miseries which generally oppress us, are added the mockeries of the profane, with which our simplicity is assailed; while voluntarily renouncing the allurements of present advantage or pleasure, we seem to pursue happiness, which is concealed from our view, like a shadow that continually eludes our grasp. In a word, above and below, before and behind, we are beset by violent temptations, which our minds would long ago have been incapable of sustaining, if they had not been detached from terrestrial things, and attached to the heavenly life, which is apparently at a remote distance. He alone, therefore, has made a solid proficiency in the gospel who has been accustomed to continual meditation on the blessed resurrection.
II. Le souverain bien a été l’objet d’une dispute anxieuse, et même de querelles, parmi les anciens philosophes ; cependant aucun d’eux, excepté Platon, n’a reconnu que le bien suprême de l’homme consiste dans son union avec Dieu. Mais de la nature de cette union il n’avait pas même la moindre idée ; et ce n’est pas étonnant, car il ignorait entièrement le lien sacré qui la forme. Nous savons quelle est la seule et parfaite félicité, même dans ce pèlerinage terrestre ; mais elle enflamme chaque jour nos cœurs de désirs croissants à son égard, jusqu’à ce que nous soyons rassasiés de sa pleine jouissance. C’est pourquoi j’ai observé que le profit des bienfaits de Christ n’est goûté que par ceux qui élèvent leurs esprits jusqu’à la résurrection. Ainsi Paul aussi propose aux croyants ce but, vers lequel il nous dit qu’il dirige tous ses propres efforts, oubliant tout le reste, « pour parvenir, s’il le peut », jusqu’à elle. Et il nous faut tendre vers le même point avec d’autant plus d’ardeur, de peur que, si ce monde absorbe notre attention, nous ne soyons gravement punis de notre paresse. Il caractérise donc les croyants par cette marque : « Notre cité est dans les cieux, d’où nous attendons aussi le Sauveur. » Et, afin que leurs esprits ne faiblissent pas dans cette course, il leur associe toutes les créatures comme compagnes. Car, comme la ruine et la difformité sont visibles de toutes parts, il nous dit que toutes choses au ciel et sur la terre tendent au renouvellement. Car, la chute d’Adam ayant bouleversé l’ordre parfait de la nature, la servitude à laquelle les créatures ont été assujetties par le péché de l’homme leur est pénible et pesante ; non qu’elles soient douées d’intelligence, mais parce qu’elles aspirent naturellement à l’état de perfection d’où elles sont déchues. Paul leur attribue donc des gémissements et les douleurs de l’enfantement, afin que nous, qui avons reçu les prémices de l’Esprit, ayons honte de demeurer dans notre corruption et de ne pas imiter au moins les éléments inanimés qui portent la peine du péché d’autrui. Mais, comme aiguillon plus puissant encore pour nous, il appelle le second avènement de Christ « notre rédemption ». Il est vrai que toutes les parties de notre rédemption sont déjà accomplies ; mais parce que « Christ s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, il apparaîtra sans péché une seconde fois pour le salut ». Quelles que soient les calamités qui nous accablent, cette rédemption doit nous soutenir jusqu’à sa pleine consommation.II. The supreme good was a subject of anxious dispute, and even contention, among the ancient philosophers; yet none of them, except Plato, acknowledged the chief good of man to consist in his union with God. But of the nature of this union he had not even the smallest idea; and no wonder, for he was totally uninformed respecting the sacred bond of it. We know what is the only and perfect happiness even in this earthly pilgrimage; but it daily inflames our hearts with increasing desires after it, till we shall be satisfied with its full fruition. Therefore I have observed that the advantage of Christ’s benefits is solely enjoyed by those who elevate their minds to the resurrection. Thus Paul also sets before believers this object, towards which he tells us he directs all his own efforts, forgetting every thing else, “if by any means he may attain unto it.” And it behoves us to press forward to the same point with the greater alacrity, lest, if this world engross our attention, we should be grievously punished for our sloth. He therefore characterizes believers by this mark, “Our conversation is in heaven, from whence also we look for the Saviour.” And that their minds may not flag in this course, he associates with them all creatures as their companions. For as ruin and deformity are visible on every side, he tells us that all things in heaven and earth are tending to renovation. For the fall of Adam having deranged the perfect order of nature, the bondage to which the creatures have been subjected by the sin of man is grievous and burdensome to them; not that they are endued with any intelligence, but because they naturally aspire to the state of perfection from which they have fallen. Paul therefore attributes to them groaning and travailing pains, that we who have received the first-fruits of the Spirit may be ashamed of remaining in our corruption, and not imitating at least the inanimate elements which bear the punishment of the sin of others. But as a still stronger stimulus to us, he calls the second advent of Christ “our redemption.” It is true, indeed, that all the parts of our redemption are already completed; but because “Christ was once offered to bear the sins of many, he shall appear the second time without sin unto salvation.” Whatever calamities oppress us, this redemption should support us even till its full consummation.
III. Que l’importance de l’objet aiguise notre poursuite. Paul soutient avec raison que, « s’il n’y a point de résurrection des morts », tout l’Évangile est vain et trompeur ; car nous serions « les plus malheureux de tous les hommes », exposés à la haine et aux outrages du genre humain, « en péril à toute heure », et même comme des brebis destinées à la boucherie ; et par conséquent son autorité tomberait non en un seul point, mais en tout ce qu’il contient touchant l’adoption et l’accomplissement de notre salut. À ce sujet, le plus important de tous, accordons une attention que la longueur du temps ne lasse jamais. Dans ce but j’ai renvoyé jusqu’ici ce que j’en dirai brièvement, afin que le lecteur, après avoir reçu Christ comme l’Auteur d’un salut complet, apprenne à s’élever plus haut, et sache qu’il est revêtu de la gloire et de l’immortalité célestes, afin que tout le corps soit rendu conforme au Chef ; comme en sa personne le Saint-Esprit donne souvent un exemple de la résurrection. C’est une chose difficile à croire que des corps, après avoir été consumés par la corruption, soient enfin, au temps marqué, ressuscités. C’est pourquoi, tandis que beaucoup de philosophes ont affirmé l’immortalité de l’âme, peu ont admis la résurrection du corps. Et, bien que cela ne fournisse aucune excuse, cela nous avertit que cette vérité est trop difficile pour obtenir l’assentiment de l’esprit humain. Pour que la foi puisse surmonter un si grand obstacle, l’Écriture nous fournit deux secours : l’un consiste dans la ressemblance de Christ, l’autre dans la toute-puissance de Dieu. Or, chaque fois qu’il est fait mention de la résurrection, mettons devant nous l’image de Christ, qui, dans notre nature qu’il a assumée, a achevé sa course en cette vie mortelle de telle manière que, ayant maintenant obtenu l’immortalité, il est pour nous le gage de la résurrection future. Car, dans les afflictions qui nous arrivent, « nous portons toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps ». Et le séparer de nous n’est ni permis ni même possible sans le déchirer. De là le raisonnement de Paul : « S’il n’y a point de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité » ; car il pose comme un principe reconnu que Christ n’est pas tombé sous la puissance de la mort, ni n’en a triomphé dans sa résurrection, pour lui-même comme personne privée, mais que tout cela était un commencement dans le Chef de ce qui doit s’accomplir dans tous les membres, selon l’ordre et le degré de chacun. Car il ne serait pas juste, en effet, qu’ils lui fussent égaux en toutes choses. Il est dit dans les Psaumes : « Tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption. » Bien qu’une part de cette confiance nous appartienne, selon la mesure qui nous est accordée, l’accomplissement parfait ne s’est vu qu’en Christ seul, à qui son corps a été rendu entier, exempt de toute corruption. Or, afin que nous n’ayons aucun doute sur notre communion avec Christ dans sa bienheureuse résurrection, et que nous nous contentions de ce gage, Paul affirme expressément que le dessein de sa séance dans le ciel et de son avènement comme Juge au dernier jour est de « transformer le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire ». Ailleurs aussi il montre que Dieu a ressuscité son Fils d’entre les morts, non pour donner une seule preuve de sa puissance, mais pour déployer envers les croyants la même énergie de son Esprit, qu’il appelle pour cette raison « notre vie » tandis qu’il habite en nous, parce qu’il a été donné dans ce but même : « rendre la vie à nos corps mortels ». Je ne fais qu’effleurer brièvement des choses qui admettraient une discussion plus ample et mériteraient plus d’élégance de style ; mais j’espère que le lecteur pieux trouvera en peu d’espace une matière suffisante pour l’édification de sa foi. Christ est donc ressuscité afin que nous soyons les compagnons de sa vie future. Il a été ressuscité par le Père, en tant qu’il était le Chef de l’Église, dont le Père ne souffre pas qu’il soit séparé. Il a été ressuscité par la puissance de l’Esprit, qui nous est donné aussi pour nous vivifier. En un mot, il a été ressuscité pour être « la résurrection et la vie ». Mais, comme nous avons observé que ce miroir nous présente une image vivante de notre résurrection, ainsi il fournira à nos esprits un fondement ferme sur lequel se reposer, pourvu que nous ne soyons ni lassés ni troublés par le long délai ; car il ne nous appartient pas de mesurer les moments du temps selon notre propre désir, mais d’attendre patiemment que Dieu établisse son règne au temps qu’il a fixé. À ce propos se rapporte l’expression de Paul : « Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement. » Mais, afin qu’aucun doute ne subsiste sur la résurrection de Christ, sur laquelle est fondée la résurrection de nous tous, nous voyons de combien de manières diverses il l’a fait attester pour nous. Les moqueurs tourneront en ridicule l’histoire racontée par les évangélistes comme une plaisanterie puérile. Car quel poids y a-t-il, demandent-ils, dans le message apporté par quelques femmes effrayées, et confirmé ensuite par les disciples à demi morts de peur ? Pourquoi Christ n’élève-t-il pas plutôt les trophées éclatants de sa victoire au milieu du temple et des places publiques ? Pourquoi ne fait-il pas une entrée redoutable devant Pilate ? Pourquoi ne se montre-t-il pas de nouveau vivant aux prêtres et à tous les habitants de Jérusalem ? Les profanes croiront à peine que les personnes choisies par lui soient des témoins compétents. Je réponds que, malgré la faiblesse méprisable évidente dans ces commencements, tout cela a été conduit par l’admirable providence de Dieu : ceux qui peu auparavant étaient abattus par la crainte furent emportés en hâte vers le sépulcre, en partie par amour pour Christ et par un zèle pieux, en partie par leur propre incrédulité, non seulement pour être témoins oculaires du fait, mais pour entendre des anges cela même qu’ils voyaient de leurs yeux. Comment pourrions-nous suspecter l’autorité de ceux qui tinrent ce qu’ils entendaient des femmes « pour des rêveries », jusqu’à ce qu’ils eussent le fait clairement devant eux ? Quant au peuple en général et au gouverneur lui-même, il n’est pas étonnant qu’après l’ample conviction qu’ils avaient reçue, la vue de Christ ou toute autre preuve leur ait été refusée. Le sépulcre est scellé, une garde est placée, le corps ne se trouve pas au troisième jour. Les soldats, corrompus à prix d’argent, répandent le bruit qu’il a été dérobé par ses disciples ; comme si ceux-ci avaient eu le pouvoir de rassembler une troupe nombreuse, ou étaient pourvus d’armes, ou même accoutumés à un exploit si hardi. Mais si les soldats n’avaient pas eu assez de courage pour les repousser, pourquoi ne les poursuivirent-ils pas, afin de saisir quelques-uns d’entre eux avec l’aide du peuple ? La vérité est donc que Pilate, par son zèle, a attesté la résurrection de Christ ; et que les gardes placés au sépulcre, soit par leur silence, soit par leur mensonge, ont été en réalité autant de hérauts publiant le même fait. Cependant la voix des anges proclamait hautement : « Il n’est point ici, mais il est ressuscité. » Leur splendeur céleste montrait évidemment qu’ils étaient des anges et non des hommes. Après cela, s’il restait encore quelque doute, Christ lui-même l’ôta. Plus d’une fois ses disciples le virent, et même le touchèrent et le palpèrent ; et leur incrédulité a éminemment contribué à la confirmation de notre foi. Il s’entretint avec eux des mystères du royaume de Dieu, et enfin ils le virent monter au ciel. Et ce spectacle ne fut pas seulement donné aux onze apôtres, mais « il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois ». Par l’envoi du Saint-Esprit il a donné une preuve irrécusable non seulement de sa vie, mais aussi de sa domination souveraine, selon sa prédiction : « Il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai. » Paul, sur le chemin de Damas, ne fut pas renversé à terre par l’influence d’un mort, mais il sentit que celui à qui il s’opposait était armé d’une puissance souveraine. Il apparut à Étienne pour une autre raison : pour vaincre la crainte de la mort par l’assurance de la vie. Refuser créance à des témoignages si nombreux et si authentiques, ce n’est pas de la défiance, mais une obstination perverse et déraisonnable.III. Let the importance of the object sharpen our pursuit. Paul justly argues, that “if there be no resurrection of the dead,” the whole gospel is vain and fallacious; for we should be “of all men the most miserable,” being exposed to the hatred and reproaches of mankind, “standing in jeopardy every hour,” and being even like sheep destined to the slaughter; and therefore its authority would fall to the ground not in one point only, but in every thing it contains relating to adoption and the accomplishment of our salvation. To this subject, the most important of all, let us give an attention never to be wearied by length of time. With this view I have deferred what I shall briefly say of it to this place, that the reader, after receiving Christ as the Author of complete salvation, may learn to soar higher, and may know that he is invested with heavenly glory and immortality, in order that the whole body may be conformed to the Head; as in his person the Holy Spirit frequently gives an example of the resurrection. It is a thing difficult to be believed, that bodies, after having been consumed by corruption, shall at length, at the appointed time, be raised again. Therefore, while many of the philosophers asserted the immortality of the soul, the resurrection of the body was admitted by few. And though this furnishes no excuse, yet it admonishes us that this truth is too difficult to command the assent of the human mind. To enable faith to surmount so great an obstacle, the Scripture supplies us with two assistances: one consists in the similitude of Christ, the other in the omnipotence of God. Now, whenever the resurrection is mentioned, let us set before us the image of Christ, who, in our nature, which he assumed, finished his course in this mortal life in such a manner, that, having now obtained immortality, he is the pledge of future resurrection to us. For in the afflictions that befall us, “we bear about in the body the dying of the Lord Jesus, that the life also of Jesus might be made manifest in our body.” And to separate him from us, is not lawful, nor indeed possible, without rending him asunder. Hence the reasoning of Paul: “If there be no resurrection of the dead, then is Christ not risen;” for he assumes this as an acknowledged principle, that Christ neither fell under the power of death, nor triumphed over it in his resurrection, for himself as a private individual; but that all this was a commencement in the Head of what must be fulfilled in all the members, according to every one’s order and degree. For it would not be right, indeed, for them to be in all respects equal to him. It is said in the Psalms, “Thou wilt not suffer thine Holy One to see corruption.” Though a portion of this confidence belongs to us, according to the measure bestowed upon us, yet the perfect accomplishment has been seen in Christ alone, who had his body restored to him entire, free from all corruption. Now that we may have no doubt of our fellowship with Christ in his blessed resurrection, and may be satisfied with this pledge, Paul expressly affirms that the design of his session in heaven, and his advent in the character of Judge at the last day, is to “change our vile body, that it may be fashioned like unto his glorious body.” In another place also, he shows that God raised his Son from the dead, not in order to display a single specimen of his power, but to exert on believers the same energy of his Spirit, whom he therefore calls “our life” while he dwells in us, because he was given for this very purpose, “to quicken our mortal bodies.” I am but briefly glancing at things which would admit of a fuller discussion, and are deserving of more elegance of style; but I trust the pious reader will find in a small compass sufficient matter for the edification of his faith. Christ, therefore, rose again, that we might be the companions of his future life. He was raised by the Father, inasmuch as he was the Head of the church, from which he does not suffer him to be separated. He was raised by the power of the Spirit, who is given to us also for the purpose of quickening us. In a word, he was raised that he might be “the resurrection and the life.” But as we have observed that this mirror exhibits to us a lively image of our resurrection, so it will furnish a firm foundation for our minds to rest upon, provided we are not wearied or disturbed by the long delay; because it is not ours to measure the moments of time by our own inclination, but to wait patiently for God’s establishment of his kingdom in his own appointed time. To this purpose is the expression of Paul, “Christ the first-fruits, afterward they that are Christ’s at his coming.” But that no doubt might be entertained of the resurrection of Christ, on which the resurrection of us all is founded, we see in how many and various ways he has caused it to be attested to us. Scorners will ridicule the history narrated by the evangelists, as a childish mockery. For what weight, they ask, is there in the message brought by some women in a fright, and afterwards confirmed by the disciples half dead with fear? Why does not Christ rather set up the splendid trophies of his victory in the midst of the temple and the public places? Why does he not make a formidable entrance into the presence of Pilate? Why does he not prove himself to be again alive, to the priests and all the inhabitants of Jerusalem? Profane men will scarcely believe the persons selected by him to be competent witnesses. I reply, notwithstanding the contemptible weakness evident in these beginnings, yet all this was conducted by the admirable providence of God, that they who were lately dispirited with fear, were hurried away to the sepulchre, partly by love to Christ and pious zeal, partly by their own unbelief, not only to be eye-witnesses of the fact, but to hear from the angels the same as they saw with their eyes. How can we suspect the authority of those who considered what they heard from the women “as idle tales,” till they had the fact clearly before them? As to the people at large, and the governor himself, it is no wonder that after the ample conviction they had, they were denied a sight of Christ, or any other proofs. The sepulchre is sealed, a watch is set, the body is not found on the third day. The soldiers, corrupted by bribes, circulate a rumour that he was stolen away by his disciples; as if they had power to collect a strong force, or were furnished with arms, or were even accustomed to such a daring exploit. But if the soldiers had not courage enough to repulse them, why did they not pursue them, that with the assistance of the people they might seize some of them? The truth is, therefore, that Pilate by his zeal attested the resurrection of Christ; and the guards who were placed at the sepulchre, either by their silence or by their falsehood, were in reality so many heralds to publish the same fact. In the mean time, the voice of the angels loudly proclaimed, “He is not here, but is risen.” Their celestial splendour evidently showed them to be angels, and not men. After this, if there was any doubt still remaining, it was removed by Christ himself. More than once, his disciples saw, and even felt and handled him; and their unbelief has eminently contributed to the confirmation of our faith. He discoursed among them concerning the mysteries of the kingdom of God, and at length they saw him ascend to heaven. Nor was this spectacle exhibited only to the eleven apostles, but “he was seen of above five hundred brethren at once.” By the mission of the Holy Spirit he gave an undeniable proof, not only of his life, but also of his sovereign dominion; according to his prediction, “It is expedient for you that I go away; for if I go not away, the Comforter will not come unto you; but if I depart, I will send him unto you.” Paul, in his way to Damascus, was not prostrated to the ground by the influence of a dead man, but felt that the person whom he was opposing was armed with supreme power. He appeared to Stephen for another reason—to overcome the fear of death by an assurance of life. To refuse credit to testimonies so numerous and authentic, is not diffidence, but perverse and unreasonable obstinacy.
[…] (Sections IV–IX omises.)[…] (Sections IV–IX omitted.)
X. Mais, comme la prophétie de « la mort engloutie dans la victoire » s’accomplira pleinement alors, et non auparavant, considérons toujours la félicité éternelle comme la fin de la résurrection ; de l’excellence de laquelle, quand on dirait tout ce que toutes les langues des hommes pourraient exprimer, à peine en mentionnerait-on la moindre partie. Car, bien que nous soyons clairement informés que le royaume de Dieu est plein de lumière, de joie, de félicité et de gloire, tout ce qui en est dit demeure bien au-dessus de notre compréhension, et comme enveloppé d’une obscurité énigmatique, jusqu’à la venue de ce jour où il nous montrera sa gloire face à face. « Maintenant nous sommes enfants de Dieu (dit Jean), et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » C’est pourquoi les prophètes, ne pouvant décrire cette béatitude spirituelle en des termes qui en exprimassent la nature sublime, l’ont généralement représentée sous des images corporelles. Cependant, comme toute indication de ce bonheur doit allumer en nous une ferveur de désir, arrêtons-nous principalement à cette réflexion : si Dieu, comme une source inépuisable, contient en lui-même la plénitude de tous les biens, rien au-delà de lui ne peut jamais être désiré par ceux qui aspirent au souverain bien et à la perfection du bonheur. Cela nous est enseigné en divers passages de l’Écriture. « Abraham, dit Dieu, je suis ta récompense très grande. » David s’accorde avec cela : « Le Seigneur est la portion de mon héritage ; un héritage délicieux m’est échu. » Et encore : « Je contemplerai ta face ; je serai rassasié. » Pierre déclare que les croyants sont appelés « afin qu’ils deviennent participants de la nature divine ». Comment cela sera-t-il ? Parce qu’« il viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru ». Si le Seigneur rend les élus participants de sa gloire, de sa force et de sa justice, et même se donne lui-même à eux pour qu’ils jouissent de lui, et, ce qui est meilleur encore, pour leur être en quelque sorte uni, souvenons-nous que dans cette faveur est comprise toute espèce de félicité. Et après que nous aurons fait de grands progrès dans cette méditation, nous pourrons encore reconnaître que les conceptions de nos esprits sont extrêmement basses en comparaison de la sublimité de ce mystère. La sobriété nous est donc d’autant plus nécessaire sur ce sujet, de peur que, oubliant notre faible capacité, nous ne nous élevions présomptueusement trop haut et ne soyons accablés par l’éclat de la gloire céleste. Nous voyons aussi combien nous sommes poussés par un désir déréglé d’en savoir plus qu’il ne convient ; ce qui fait naître une variété de questions, tant frivoles que pernicieuses. J’appelle frivoles celles dont on ne peut tirer aucun avantage. Mais celles de la seconde sorte sont pires, engageant ceux qui s’y livrent dans des spéculations nuisibles, et c’est pourquoi je les appelle pernicieuses. Ce qui est enseigné dans les Écritures, nous devons le recevoir sans aucune controverse : que, comme Dieu, dans la distribution diverse de ses dons aux saints en ce monde, ne les éclaire pas tous également, ainsi dans le ciel, où Dieu couronnera ces dons, il y aura inégalité dans les degrés de leur gloire. Le langage de Paul ne s’applique pas indistinctement à tous : « Vous êtes notre gloire et notre joie à l’avènement de notre Seigneur » ; ni la parole de Christ à ses apôtres : « Vous serez assis pour juger les douze tribus d’Israël. » Mais Paul, qui savait que, selon que Dieu enrichit les saints de dons spirituels sur la terre, ainsi il les orne de gloire dans le ciel, ne doute pas qu’une couronne particulière ne lui soit réservée en proportion de ses travaux. Et Christ recommande à ses apôtres la dignité de la charge dont ils étaient revêtus, en leur assurant que la récompense en était réservée dans le ciel. Ainsi Daniel aussi : « Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui auront enseigné la justice à la multitude brilleront comme les étoiles, à toujours et à perpétuité. » Et une considération attentive des Écritures nous convaincra qu’elles ne promettent pas seulement la vie éternelle en général aux croyants, mais aussi une récompense spéciale à chacun. De là cette expression de Paul : « Le Seigneur lui rendra selon ses œuvres. » Cela est aussi confirmé par la promesse de Christ que ses disciples recevraient au centuple dans la vie éternelle. En un mot, comme Christ commence la gloire de son corps par une variété multiple de dons en ce monde, et l’accroît par degrés, de même il la rendra parfaite dans le ciel.X. But, as the prophecy of “death being swallowed up in victory,” shall then, and not till then, be fully accomplished,—let us always reflect on eternal felicity as the end of the resurrection; of the excellence of which, if every thing were said that could be expressed by all the tongues of men, yet the smallest part of it would scarcely be mentioned. For though we are plainly informed, that the kingdom of God is full of light, joy, felicity, and glory, yet all that is mentioned remains far above our comprehension, and enveloped, as it were, in enigmatical obscurity, till the arrival of that day, when he shall exhibit his glory to us face to face. “Now are we the sons of God, (says John,) and it doth not yet appear what we shall be; but we know, that when he shall appear, we shall be like him; for we shall see him as he is.” Wherefore the prophets, because they could not describe that spiritual blessedness by any terms expressive of its sublime nature, generally represented it under corporeal images. Yet, as any intimation of that happiness must kindle in us a fervour of desire, let us chiefly dwell on this reflection—If God, as an inexhaustible fountain, contains within himself a plenitude of all blessings, nothing beyond him can ever be desired by those who aspire to the supreme good, and a perfection of happiness. This we are taught in various passages of Scripture. “Abraham,” says God, “I am thy exceeding great reward.” With this David agrees: “The Lord is the portion of mine inheritance; the lines are fallen unto me in pleasant places.” Again: “I will behold thy face; I shall be satisfied.” Peter declares, that believers are called, “that they might be partakers of the Divine nature.” How will this be? Because “he shall be glorified in his saints, and admired in all them that believe.” If the Lord will make the elect partakers of his glory, strength, and righteousness, and will even bestow himself upon them to be enjoyed, and, what is better than this, to be in some sense united to them,—let us remember, that in this favour every kind of felicity is comprised. And after we have made considerable progress in this meditation, we may still acknowledge the conceptions of our minds to be extremely low, in comparison with the sublimity of this mystery. Sobriety, therefore, is the more necessary for us on this subject, lest, forgetful of our slender capacity, we presumptuously soar to too high an elevation, and are overwhelmed with the blaze of celestial glory. We perceive, likewise, how we are actuated by an inordinate desire of knowing more than is right; which gives rise to a variety of questions, both frivolous and pernicious. I call those frivolous, from which no advantage can possibly be derived. But those of the second class are worse, involving persons, who indulge them, in injurious speculations, and therefore I call them pernicious. What is taught in the Scriptures, we ought to receive without any controversy; that as God, in the various distribution of his gifts to the saints in this world, does not equally enlighten them all, so in heaven, where God will crown those gifts, there will be an inequality in the degrees of their glory. The language of Paul is not indiscriminately applicable to all—“Ye are our glory and joy at our Lord’s coming;” nor Christ’s address to his apostles—“Ye shall sit judging the twelve tribes of Israel.” But Paul, who knew that according as God enriches the saints with spiritual gifts on earth, so he adorns them with glory in heaven, doubts not that there is in reserve for him a peculiar crown in proportion to his labours. And Christ commends to his apostles the dignity of the office with which they were invested, by assuring them that the reward of it was laid up in heaven. Thus also Daniel: “They that be wise, shall shine as the brightness of the firmament; and they that turn many to righteousness, as the stars, for ever and ever.” And an attentive consideration of the Scriptures will convince us, that they not only promise eternal life generally to believers, but also a special reward to each individual. Whence that expression of Paul—“The Lord reward him according to his works.” It is also confirmed by the promise of Christ that his disciples should receive a hundred-fold more in eternal life. In a word, as Christ begins the glory of his body by a manifold variety of gifts in this world, and enlarges it by degrees, in the same manner he will also perfect it in heaven.
[…] (Sections XI–XII omises.)[…] (Sections XI–XII omitted.)